dimanche 15 janvier 2017

Hyppolite COLLIN père et fils luthiers et marchands d'instruments de musique à Paris. Hyppolite COLLIN father and son stringed-instrument makers and traders of musical instruments in Paris.

Lorsque nous avons réalisé notre article sur la famille Darche, nous avons évoqué également le luthier parisien Hyppolite Collin, mais tout était confus et nous n'avions pas résolu les problèmes de filiation entre les deux familles. Lors d'une rencontre au musée de la musique nous en avions parlé avec Thierry Maniguet, conservateur au musée qui a eu la gentillesse de nous transmettre le travail qu'il avait réalisé pour illustrer les dossiers du musée concernant ce luthier. Qu'il en soit ici remercié. 

Étiquette d'une guitare.

Claude Hyppolite Collin est né le 13 août 1766 à Suippes, petite commune de la Marne située entre Reims et Chalons en Champagne. Son père était teinturier dans cette ville ; il a été formé à la lutherie comme la plupart des luthiers à Mirecourt dans l'atelier de Charles François Vuillaume (1751-1810) grand père du grand luthier Jean Baptiste Vuillaume (1798-1875). Présent à Paris dès 1791, date à laquelle il épouse Jeanne Françoise Marchal (1772-1801), il est spécialisé dans la fabrication de guitare.
Cliquez sur l'image pour agrandir et voir la généalogie de la famille Collin.
Il a du joué un rôle actif pendant la révolution car en avril 1795 il était "agent comptable de l'atelier d'armes" au 59 rue du Chantre et dénoncé comme terroriste en mai 1795. Défendu par l'agent du comité des poudres et armes, il est arrêté et incarcéré le 24 mai 1795. Il sera libéré un mois plus tard le 28 juin 1795 et "réarmé" le 27 septembre 1795.
D'après "Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II".
Albert Soboul et Raymonde Monnier.
En octobre 1795 le directoire s'installe : la révolution est terminée. Il est temps pour notre luthier révolutionnaire de passer à autre chose. Le 26 mai 1797 né son fils Jean Baptiste Hyppolite Collin (qui s'installera comme luthier et dont la belle fille épousera Jean Nicolas Darche et qui nous a donné quelques soucis dans notre premier article....Il faut suivre), puis ce sera au tour d'Eulalie Nicole Aimée Collin née le 25 juillet 1799. Il y aura une deuxième fille : Jeanne Nicole Collin dont je n'ai pas trouvé la date de naissance mais qui sera présente en 1831 lors de l'inventaire de la demeure de son grand père. Elle restera célibataire......Pour en terminer avec cette première partie de généalogie familiale, sachez que Jeanne Marchal, première épouse de Claude Hyppolite est décédée à 28 ans le 2 avril 1801 à Paris.
Guitare de Claude Hyppolite Collin vers 1820 . (Siccas Guitare)
Claude Hyppolite Collin était installé dès 1799 rue des Fossés Montmartre comme luthier et fabricait principalement des guitares. Comme nous l'explique Daniel Sinier et Françoise Ridder dans leur ouvrage référence sur la guitare les instruments de Claude Hyppolite Collin son d'une facture très soignée et d'une grande qualité.
Étiquette d'une guitare réalisée vers 1795 et modifiée en 1811
de Claude Hyppolite Collin. (Collection Sinier de Ridder)
Guitare de 1811.
Tête de la guitare de 1811.
Guitare attribuée à Collin vers 1790 et ayant appartenue à
Alexandre Pollet (1748-1824) guitariste compositeur.
(Ventes Vichy 12 2016)
Détail de la guitare de Collin vers 1790.
Claude Hyppolite Collin veuf, se remarie à Apremont le 18 novembre 1806 avec Catherine Cléret (1783-1837) ; ils auront ensemble trois enfants : Mathias Eugéne (1808-1888), Caroline Sophie née vers 1806 et Bathilde née en 1812. A partir de 1810 il apparaît sur le Bottin comme "Marchand luthier", c'est sans doute vers cette période qu'il va se diversifier.
En 1822 il se déclare facteur d'instruments à vent, luthier et marchand en tout genre......

A partir de l'inventaire de décès de Claude Hyppolite Collin réalisé le 11 juillet 1831 par maître Charles Godot (Archives nationale de France) nous allons essayer de voir comment il vivait. Tout d'abord il a toujours exercé son métier à la même adresse "N°7 rue des Fossés Montmartre, près la place des Victoires" (aujourd'hui rue d'Aboukir dans le 2ème arrondissement de Paris).
Rue d'Aboukir vers 1900.

Il habitait avec sa seconde femme et les trois enfants de son second mariage un appartement de quatre pièces (plus une pièce au quatrième étage sans doute pour une domestique) à l'entresol derrière la boutique d'instruments de musique: "Cuisine avec fenêtre sur rue, une salle à manger avec fenêtre sur rue, chambre à coucher des parents avec fenêtre sur rue, chambre des "demoiselles" avec fenêtre sur cour, chambre à coucher de "Mr Collin fils" avec fenêtre sur cour. L'inventaire de l'appartement montre qu'ils vivaient aisément. Mais le plus intéressant de cet inventaire est celui réalisé dans le magasin par Jean François Alric (1765-1843), luthier à Paris au N°71 rue de Seine et Antoine François Désiré Paridaens, fabricant d'instruments en cuivre, passage Brady N°45. 
Le magasin était situé au rez de chaussée éclairé sur la rue par une porte en châssis vitrée. Il y avait un grand comptoir avec des tiroirs, une grande banquette couverte de basane verte, une grande glace, deux châssis vitrés, un rayon en bois garni de trente trois tiroirs avec un dessous vitré avec rayonnages, des rayons et un grand poêle de fayence.
Cliquez sur le tableau pour l'agrandir.
Inventaire aprés décés de Claude Hyppolite Collin en 1831.

Ophicléide portant la marque d'Hyppolite Claude Collin.
(Musée Grasset de Varzy)

Cliquez sur la photo pour agrandir cette page sur la suite de l'inventaire.
On pouvait lire dans le Bottin en 1825 : "Hyp. Collin, magasin en tout genre, fournit spécialement la musique militaire et les négociants pour les colonies, N°7 rue des Fossés Montmartre".
Basson russe portant la marque C. H. Collin
sans doute fabriqué par Coeffet à Gisors.
Musée de la musique de Paris.

La plupart des instruments type serpents, bassons russes vendus par Collin ont été fabriqué par Jean Baptiste Coeffet qui habitait à cette époque Chaumont en Vexin et par Forveille, fabricant de serpents au N°16 rue de la cerisaie, puisque dans l'inventaire on peut voir les comptes qui existaient avec tous les fournisseurs de Collin.
Cliquez sur ce lien pour lire notre article sur Jean Baptiste Coeffet.
Et si vous voulez vous documenter sur le serpent :
Pour les cuivres classiques il est plus difficile de dire qui était fournisseur de Collin, peut être Parideans qui était facteur de cuivres, mais plus connu comme revendeur, peut être Courtois.......où alors faisait-il travailler plusieurs ouvriers externes qui assemblaient les différentes parties des instruments (pavillons, tubulures, pistons fabriqués par d'autres fournisseurs) ? Il y avait dans l'inventaire "un livret écrit contenant les comptes courants de toutes les personnes avec lesquelles Mr Collin faisait des affaires et des ouvriers qu'il faisait travailler". 
Bugle à clès de C.H. Collin.(Musée de Bruxelles)

Cornet à deux pistons de C.H. Collin. (Collection R. Charbit)
Cliquez sur le document d'inventaire pour l'agrandir.
Au niveau des cordes C. H. Collin devait travailler avec les ateliers de Mirecourt car on trouve des comptes dans l'inventaire avec : Husson et Duchéne, "Dépôt de leur fabrique à Mirecourt, violons, basses, archets, guitares, serinettes,orgues à manivelle et à toucher, dépôt de cordes de Naples, instruments à vent et en cuivre, N°15 rue Grenetat", Grobert aîné : " magasin de toute sorte d'instruments, dépôt des articles de Mirecourt, N°166 rue Saint Denis",  N.A. Lété, dépôt de sa fabrique de Mirecourt et d'instruments en tout genre, 
N°37 rue Meslay",  mais aussi avec des luthiers de Mirecourt en direct comme Antoine Henry, mais aussi avec des luthiers parisiens comme Aldric. Il proposait également des orgues sans doute venant de Mirecourt (Lété ou Husson Duchêne), mais aussi de la Maison Alexandre.
1830 dans le Bottin "Collin, magasin en tout genre, composition complète de musique militaire, facteurs d'instruments à vent, flageolet à nouveau procédé, harpes, orgues pour faire danser ". 
Flageolet d’Hippolyte Collin  « à nouveau procédé ». Dayton Miller Collection
Cliquez sur le document pour agrandir.
Clarinette à six clés rondes portant la marque de Collin.
Collection de William Rousselet
Les instruments à vent en bois provenaient de La Couture Boussey et plus particulièrement des ateliers de Godfroy Aîné, Hérouard, Noë Frères, Thibouville, Leroux avant leurs installations à Mirecourt....Buffet Aîné, Buffet Jeune à La Couture. (Tous ces facteurs sont cités comme fournisseurs dans l'inventaire).

Pour mieux connaître la famille Leroux de La Couture et de Mirecourt, cliquez sur ce lien.

Et si vous voulez tout savoir sur la famille Buffet, cliquez sur celui-ci.
Cliquez sur le document pour l'agrandir.
Claude Hyppolite Collin décède le 18 juin 1831 à l'âge de 64 ans. Lors de l'inventaire après décès qui à lieu le 11 juillet 1831, ses six enfants sont là.
Claude Hyppolite Collin, clarinette d'amour en sol à 6 clefs vers 1810
(Us-Ma-Newton Center)

Son fils Jean Baptiste Hyppolite Collin (1797-1879) né de son premier mariage s'était installé comme luthier et marchand d'instruments vers 1827 au N°9 rue de Clery où il exerça indépendamment de son père jusqu'en 1838 ; il avait sans doute profité de la somme de 1000 frs que son père lui avait remis en 1826 pour son renoncement au droit successif de sa mère Françoise Marchal.
Marque de Jean Baptiste Hyppolite Collin le fils.
Jean Baptiste Hyppolite Collin avait épousé en 1826 une veuve Joséphine Marthe Lefort (1799-p1879) épouse de Mayeul Kaindler décédé en 1825. C'est ici que nous avons résolu le "mystère" de la succession de la Maison Collin reprise par Jean Nicolas Darche (1806-1885). En effet on peut lire dans le Bottin en 1838 : "Darche gendre et successeur de Collin, fabricant en tout genre, dépôts de violons, orgues et guitares de Mirecourt, fournisseur des théâtres et concerts, N°7 rue des Fossés Montmartre".
En fait Jean Nicolas Darche à bien épousé la fille d'Hyppolite Collin....Mais pas la fille de Claude Hyppolite (le père) mais la fille de Jean Baptiste Hyppolite Collin (le fils)....Mais en fait Alexandrine Elisa Kaindler (1819-1836) n'étais que la belle fille de J.B. H Collin puisque née du premier mariage de Marthe Lefort. Cette malheureuse décéda à 17 ans (1836 l'année de son mariage) lors de l'accouchement de leur premier enfant qui décéda également. Donc Darche est bien le gendre de Collin (le fils).
Après le décès de Claude Hyppolite Collin (le père) en 1831, la Maison Collin fut reprise par sa veuve Catherine Cleret qui continua d'exploiter ce commerce jusqu'à sa mort en 1837, date à laquelle Nicolas Darche racheta l'affaire et en même temps repris l'activité de son beau père (Collin fils) de la rue de Clery. Darche est bien le successeur d'Hyppolite Collin (le père)......Ouf c'est fini, c'est compliqué les histoires de famille.



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