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vendredi 27 janvier 2017

"Lyon au XIXème siècle : capitale de la fabrication d'instruments de musique. Principaux facteurs, luthiers et fabricants". Première partie. "Lyon in the XIXth century: Main town of the manufacture of musical instruments. Principal woodwind makers, luthiers and manufacturers". First part.

José Daniel Touroude et René Pierre

Première Partie.
Notre objectif est de faire un article synthétique et partager nos connaissances sur les liaisons entre grands facteurs lyonnais. Après nos recherches, grâce à la numérisation des archives, nombre d’erreurs répétées sont corrigées et des hypothèses logiques sont mentionnées essayant de combler certaines lacunes. Évidemment nous attendons les réactions des spécialistes lyonnais pour améliorer notre article. Cet article sera divisé en 2 parties : l’un qui sera consacré à Simiot et à ceux qui lui sont liés de près ou de loin aussi bien par des liens familiaux, professionnels et amicaux, l’autre à l’entourage des deux autres pôles de la facture lyonnaise à savoir les germanophones autour de Sautermeister et les diverses associations de Dubois . Mais il faut bien avoir à l’esprit que ces 3 pôles sont uniquement pédagogiques, tous étant liés les uns aux autres par différents liens (voisinage, amitiés, professionnels…).



Ce qui surprend c’est que Lyon, grande capitale a connu une des meilleures factures d'instruments de musique en Europe, donc du monde à l’époque, et qu'aucune analyse globale l’étudie. On trouve par contre des éléments parcellaires sur l’un ou sur l’autre facteur. En fait les facteurs lyonnais sont très liés. En effet ils  vivent dans la même ville et à la même époque, font les mêmes métiers, ont les mêmes fournisseurs et clients, voire des ouvriers à façon communs notamment des clétiers, se connaissent tous, et ils sont étroitement liés et pas uniquement professionnellement. Quand on étudie la facture d’instruments (la Couture Boussey, Strasbourg…), on peut analyser les liens étroits entre les membres de la même profession. (mariages, apprentissages, voisinage , concurrence, relations conflictuelles et rivalités mais aussi et surtout solidarités, commandes  groupées, co-traitance et sous-traitance, ouvriers à façon passant de l’un à l’autre, groupes professionnels, relations diverses amicales parfois intimes dans le milieu assez fermé de la facture. Ainsi les 3 pôles que nous avons distingués sont liés dans un même ensemble : par exemple Simiot a sans doute fait travailler Sautermeister  à son arrivée à Lyon et celui ci avait des contacts également avec son compatriote Rust.
Enseigne de Luthier. (Musée de la musique de Paris)
Pourquoi la facture lyonnaise se développe t-elle entre 1800 et 1870 ? 
Replaçons le contexte : Avant la révolution française, la facture lyonnaise est classique, modeste et comparable aux autres grandes villes de France. Plusieurs composantes contribuent à l’expansion d’une facture d’instruments à vent importante  et de qualité. En effet la demande en instruments à vent explose car Lyon dans la première moitié du XIXème siècle est à la fois une capitale régionale et stratégique par sa localisation près des frontières mais aussi par sa résistance à la révolution, une ville que la République naissante doit quadriller. Ce sont pour ces raisons que Lyon devient au début du XIXème siècle une ville de garnisons importantes (notamment 99ème Régiment Infanterie et le 24ème d’infanterie légère, 63ème RI, 33ème RI, 9ème RC cuirassiers (cavalerie) etc…). Et il n’y a pas d’armées sans musiques militaires (fanfares et harmonies) surtout depuis les armées napoléoniennes. 
(Nous n’avons pas trouvé le clarinettiste du 33ème  RI
 qui a joué avec la Tabard de JDT mais le tambour major !) 
Lyon est aussi une ville où la musique «civile» est omniprésente (orchestres de l’opéra, du grand théâtre, orchestres divers, académie des beaux arts, écoles de musique formant de nombreux amateurs et professionnels et qui dit musiciens dit réparateurs, facteurs d’instruments et marchands de musique. Entre 1810 à 1870 c’est aussi la grande époque d’évolution des instruments à vent qui se dotent de trous et clefs supplémentaires afin de jouer la musique romantique plus virtuose. Les harmonies sont nombreuses. De plus la loi révolutionnaire « Le Chapelier » supprime les corporations, permettant aux facteurs de s’installer et de créer leurs estampilles plus librement et facilement.
D’autre part l’immigration, notamment allemande, (habituelle dans la facture d’instruments), pendant cette période napoléonienne mouvementée qui modifie les frontières, arrive à Lyon et renforce la facture locale (allemands : Sautermeister, Treumann, Müller, Jung, Rust,  suisse : Piatet…..)  Ainsi Lyon connaît son âge d’or avec de grands facteurs talentueux et réparateurs d’instruments de musique, entre 1800 et 1870 mais aussi créateurs et inventeurs  produisant ses instruments devenus incontournables pour les collectionneurs. 
Place des Terreaux avec l’hôtel de ville de Lyon vers 1830.
Qui étaient les grands facteurs lyonnais ?
Entre 1800-1870, existe à Lyon, plusieurs centaines d’ouvriers anonymes qui fabriquent des instruments de musique et gravitent dans l’entourage d’une vingtaine de facteurs encore connus, véritables pôles d’excellence. Au niveau des instruments à vent, nous pouvons cerner 3 pôles  (qui sont aussi en interdépendance) :
Un premier sous ensemble autour de J.F. Simiot, dont les principaux facteurs sont : Favre, Tabard, Piatet, Brelet et d’autres plus ou moins connus.
Un second sous ensemble autour de Sautermeister,  Müller, Treumann , Eppel  etc…puis plus tard Cousin.
Un troisiéme sous ensemble autour de Rust, Dubois, Bernard, Couturier, Projean, Kimpflin, puis plus tard Pélisson
Et quelques électrons libres : Jeantet et Jung , mais aussi l’énigmatique Langé et d’autres moins connus.

1) Entourage de JF Simiot : centre de gravité de la facture lyonnaise.
ENTOURAGE DE SIMIOT. Cliquez pour agrandir.
















Flèches noires : liens familiaux, Flèches orange : liens uniquement professionnels (collaboration, succession…). L’entourage de Simiot est français (Piatet suisse francophone).
Michel Favre (a1787-1816)
Luthier et facteur d’instruments, il est  actif entre 1787 et 1816. Facteur de la fin XVIIIéme ses instruments connus sont peu nombreux, de qualité et classiques, marqués d' une fleur de lys royale mais il est aussi marchand d’instruments, rue Saint Pierre sous l’Empire. Favre est intégré dans l’entourage de JF Simiot car celui ci épouse sa fille Marie Julie Favre en 1814 à Lyon. 
Marque d’une clarinette à 5 clés vers 1787-1788.
 Vendue à Vichy en 2015.
Jacques François Simiot (1769-1844).
Né à Dôle en 1769, il apprend le métier de tourneur, puis part faire son tour de France vers 1790. On le retrouve vers 1793 chez Keller et Bühner à Strasbourg où il passe un an, puis à Dijon où il est facteur. Là il fait des clarinettes et une fille illégitime ! Il reconnaîtra sa fille Emilie en 1794 (que nous retrouverons) née d’une relation adultère avec Marie Blanot (1766-1822) . Celle ci est aussi l’épouse Brelet, également mère de Jean François Brelet (né à Dijon en 1799). (d’où les relations étroites à venir avec le jeune JF Brelet ! fils de son ancienne maîtresse ou son fils adultérin reconnu par Brelet ? qu’importe). Il ne se mariera qu’en 1814 avec Mlle Favre (1788-1872) et a un fils légitime André–Reine Simiot né en 1815 compositeur de musique et musicien mais pas facteur. Jean-François Simiot s’installe à Lyon en 1808 (sans doute libéré des obligations militaires ?) ; reconnu comme facteur et innovateur de talent, il va attirer et influencer nombre de facteurs. En effet JF Simiot est reconnu comme un spécialiste de la clarinette à laquelle il apporte de nombreuses innovations  (en 1803 il élabore une clarinette révolutionnaire à 12 clés, en 1808, il publie le «Tableau explicatif des innovations et changements faits à la clarinette», en 1823, il participe à l’exposition nationale, en 1828 il fait une clarinette à 19 clés, reprend le chemisage du trou de douzième de l’anglais Wood, dispose le trou de douzième en face de l’instrument et non au dos, ce qui sera repris par Albert et les clarinettes allemandes, en fait il innove sans cesse également pour le basson et la clarinette alto. Installé rue du Plâtre il fait travailler d’autres facteurs  importants comme  Tabard, Piatet puis Brelet…D’autres sont moins connus comme Jean Févrot ou Jean Fiérot ? témoin à son mariage. JF Simiot décède en 1844. 
Marques relevées sur des
clarinettes de Simiot















Clarinerre Simiot en  Sib
Musée du Palais Lascaris
à Nice.
Jean Baptiste Tabard (1779-1845).
Né en 1779 d’un père fabricant soyeux et issu d’une vieille famille lyonnaise, JB Tabard quitte l’environnement de la soie alors en plein essor (introduction du métier Jacquard, Lyon devenant une capitale mondiale de la soie et des filatures de coton) pour faire son apprentissage de tourneur, facteur d’instruments à vent. (Chez qui ? Michel Favre à Lyon ?). Puis JB. Tabard fait sans doute un passage dans l'armée (conscription obligatoire à partir de 19 ans, guerre pratiquement sans interruption de 1793 à 1815, 2 500 000 hommes mobilisés sous l’empire, service militaire de 5 ans minimum, mobilisation supplémentaire pour remplacer les morts à chaque bataille), hypothèse possible. Comme facteur, il a du  réparer nombre d’instruments de fanfares militaires, peut être même a t-il été musicien ? (le niveau est faible et chaque facteur qui essaie ses instruments en joue suffisamment pour la musique militaire basique). Aussi, a-t-il dû progresser dans son métier et reprendre aisément son activité. En 1809, Jean Baptiste Tabard est ouvrier luthier et habite au 3 rue Saint Jean dans le même immeuble que sa sœur Marie Madeleine épouse Rivet  (Son mari est ouvrier en soie à domicile avec deux métiers à tisser de veloutier dans l'appartement lui permettant de faire du velours de luxe tissé à partir des fils de soie, de laine ou de coton) et qui avaient deux enfants (dont Michel le futur facteur que nous retrouverons). En 1811 J.B. Tabard déménage pour aller s’installer, seul, place Neuve Saint Jean comme tourneur en métaux, mécanicien  c’est à dire clétier et spécialiste des cuivres. Il  employait un ouvrier extérieur. Il épouse en 1812 Emilie Reyne Simiot (1794-1875) la fille mineure (illégitime mais reconnue) née à Dijon de Jean François Simiot et habite jusqu’en 1815 au 13 rue du Plâtre chez Simiot, où ils ont leur premier fils Jacques Charles (1813-1836). Simiot et Tabard collaborent pendant trois ans (1812-1815), (Tabard n’était donc pas fâché avec son beau-père après ce mariage et il ne s’installe pas à son compte en 1812 comme il est souvent écrit), cette période correspondant à la marque "Simiot et Tabard". Mais Simiot est spécialisé dans la clarinette et Tabard est tourneur en métaux, mécanicien donc  plutôt orienté dans la fabrication  des cuivres pour les fanfares militaires.  
Marque Simiot et Tabard. (1812-1815)
Puis J.B Tabard s’installe en 1815 jusqu’en 1826 au 30 Grand rue Mercière, comme facteur d’instruments à vent, puis en 1827 au 31 quai Saint Antoine où il développe son atelier (jusqu’à 10 ouvriers).  Son premier fils Jacques Charles (1813-1836) est ouvrier luthier avec son père mais décède à  22 ans, l’avenir repose alors sur le deuxiéme fils, Jean Baptiste Tabard (III) né en 1826 et qui n’a que dix ans à la mort de son frère. Fin 1845, Jean Baptiste Tabard père décède à 66 ans (juste après Simiot). Il laisse une Maison prospère et reconnue fournissant les armées en instruments de musique à vent, aussi bien bois que cuivres que l’on trouve désormais dans la plupart les musées et collections.  












Jean Baptiste Tabard fils (1826-1870). 
L’atelier Tabard en plein essor en 1845 va alors péricliter rapidement car le fils de 19 ans modeste ouvrier facteur ne peut assurer cette succession ; il vit avec sa mère Emilie (ex-fille Simiot) au 22 rue Vaubécour puis au 27 rue de Saxe.  En 1851, facteur d'instruments, il se marie avec Marie Rose Bernard la fille d’un menuisier. Dans l’article du Larigot écrit par Vincent Pussiau sur la famille Tabard, J.B. Tabard fils est présenté comme le repreneur de l’activité de son père….. d’autres (Hoeprich…) ne mentionne que le père. En fait JB. Tabard fils, apprenti puis ouvrier chez son père continuera à vendre et à finir le stock de l’atelier familial qui fabrique aussi bien des bois que des cuivres à la mort de son père avec la même estampille. Vu nos informations, nous ne pensons pas que l’atelier Tabard continue après la mort du père en 1845, même si le fils a bien exercé le métier de facteur d’instruments, il ne l’a pas fait dans le cadre d’une boutique et d’un atelier à son nom comme son père. En effet en 1846 il habite seulement une pièce et se déclare « ouvrier facteur de musique ». Sa mère Emilie Simiot-Tabard veuve à 52 ans est obligé de reprendre l’activité de couturière et gantière. De plus l’activité de cet atelier s’il avait existé, aurait dû être inscrit dans le Bottin. Le nom de Tabard n’apparait plus, alors que les autres facteurs apparaissent. D’autre part l’analyse technique de la majorité des instruments portant la marque Tabard, cuivres comme bois sont des instruments typiques d’avant 1850, plutôt de type militaire (Buccin, Serpent, Basson Russe, Basson à 10 clés, hautbois à 10 clés, Clavicor, clarinette et flûte ancien système). Jean Baptiste Tabard fils mourra à 44 ans en 1870 en laissant un fils nommé Marie Fréderic qui deviendra bijoutier. 
Clavicor de Tabard père.
Musée de la Musique
Paris
Basson russe de Tabard père.
Musée de la Musique
Paris



























Dans l’entourage de Simiot et des Tabard apparaissent d’autres facteurs qui sont témoins des mariages, naissances : Jean Fiérot ou Jean Févrot ?, facteur et témoin de Simiot et Tabard père, Claude Gentellet facteur et témoin de Tabard fils, Jean Guérin, Alphonse Blodel clétier … Ils devaient collaborer avec ces grands facteurs. Pour continuer la saga familiale, Emilie vivra plus longtemps enterrant son père, son mari, ses fils et son petit-fils. Son neveu Michel Rivet, sera un autre facteur connu à Lyon. Emilie mourra en 1875 et achèvera l’histoire de la famille Tabard.
Marque d'un ophicléide vendu à Vichy (2016).
Clar. Sib à 6 clés.
Datée 1835 de Tabard
33 ° RI
Collection JD Touroude









































Hautbois à 15 clés en argent de Tabard. (Musée de la musique de La Couture)

Michel Rivet (1804- vers 1871) : Il est le neveu de Jean Baptiste Tabard père. Né à Lyon en 1804, formé par son oncle  JB Tabard, il s’installe au n°6 de la rue du Palais Grillet dès 1837. En 1840 il fera travailler deux ouvriers internes et 6 ouvriers journaliers. Il s’installe en 1842 galerie de l’Argue où il exercera le métier de facteur actif entre 1838-1865 avec sa propre estampille (« Rivet A Lyon étoile 5 branches) puis sera revendeur d’instruments de musique à Lyon jusqu’en 1871. Il a été impliqué dans plusieurs procès contre Adolphe Sax.

Marque d'un cornet à pistons de Michel Rivet.
Jean François Brelet (1799-v1870).
Né en 1799 à Dijon, formé par Simiot avec lequel il travaille dans son atelier jusqu’en 1824. Puis il s’installe rue de la Monnaie à Paris comme fabricant de clarinettes où il restera jusqu’en 1826. De retour à Lyon il retravaille avec J.F. Simiot en 1829 et 1830 rue de l’Herberie en 1829 et 1830. reprend l’affaire rue de Côme qui devient la maison « Simiot et Brelet ». Il innove également dans le domaine de la clarinette et exerce jusque vers 1850 avant de s’orienter de plus en plus vers le métier de négociant. Il est décédé vers 1870. 
Marque d'une clarinette
en Ut (Collection JDT)

Marques Simiot Brelet  d 'un bec de clarinette.
 (Musée d’Edimbourg)














Clarinette à 13 clès de Simiot et Brelet
 "innovée par simiot et brelet" (clé pouce droit originale)

(Collection JDT)
Pierre Piatet (v1795-a1869)
Est né à Carouge en Suisse à côté de Genève et arrive à Lyon vers 1820.  Il travaille pour Simiot et deviendra son disciple puis après 1830 pour Brelet. Il s’installe en 1833 seul comme facteur d’instruments à façon au 12 rue de Grenette, avant de s’associer avec Frédéric Benoit né à Saint Claude pour créer la Maison « Piatet et Benoit » toujours à la même adresse. Ils obtiennent en octobre 1836  un brevet de 5 ans pour un « Mécanisme qui supprime et remplace les clefs et les pistons adaptés jusqu’à présent aux instruments en cuivre de toute espèce ». En 1838 ils déclarent une dizaine d’ouvriers. L’association avec Frédéric Benoit s’arrête en 1840. P. Piatet continue avec ses ouvriers à la même adresse jusqu’en 1869. 













Clarinette Alto en Fa
de Piatet et Benoit.
Musée d'Edimbourg.
Jean Baptiste Magdeleine Mangean (t) (1820-p1883) est né le 2 janvier 1820 à Lyon. A son mariage en 1844, il est déjà facteur d'instruments de musique à vent et s'installe au 8 passage de l’Hôtel Dieu. Sa formation est lyonnaise (mais chez qui ?). Il utilise pour la flûte l'érable, bois rarement utilisé pour les instruments à vent, à cette époque sauf pour le basson voire le hautbois). Pendant sa période d'activité lyonnaise de 1844 à 1856, il fabriquait des flûtes "à la pointe du progrès" comme des systèmes Boehm système 1832, des flûtes système Tulou à 12 clés. En 1855 il déménage pour la galerie de l'Argue à coté de Michel Rivet et des Treumann père et fils et participe à l'exposition de Paris. (on voit bien les relations de voisinage et professionnels entre facteurs). Il quitte sa femme vers 1859 et s’installe au 1 place de la Préfecture. En 1860 il obtient un brevet de 15 ans pour « Des perfectionnements apportés aux instruments de musique en bois, en cuivre ou de toutes autres matières ». A partir de 1861 il s’installe au 6 passage Ponceau à Paris. Sa carrière de facteur s’arrête en 1865 car après la mort de sa première épouse, il se remarie en 1866 et change de métier.
Si vous voulez en savoir sur ce facteur : Cliquez sur ce Lien Jean Baptiste Mangean.






















Flûte 12 clès de Mangean à Lyon vers 1855, système très particulier dérivant du systéme perfectionné de Tulou avec des correspondances. (Collection RP)

Joseph Molleron (1816-1894) né en 1816 à Lyon. Après un séjour à Paris où il se marie en 1840, il revient à Lyon comme facteur d’instruments. Veuf, il se remarie et son ami Pierre Piatet est témoin à son mariage ; il aura quatre enfants et est installé au N° 7 rue du Buisson puis au N°23 rue Bonneveaux. De  nouveau veuf en 1850, il se remarie en 1851, s’installe au N° 29 rue Longue et s’associe quelques temps avec Mangean(t) avant que celui-ci quitte Lyon pour Paris. En 1852 il obtient deux brevets de 15 ans pour « un bouchon mécanique servant aux liquides gazeux ». En 1859 il crée la société Molleron qui fabriquera principalement des cuivres. Il vend son entreprise vers 1888 à Jean Marie Respaud et décède à Lyon en 1894. 












Jean Marie Respaud (1836- 1902) est né en 1836 à Saint Quirc en Ariège. Comment est-il arrivé à diriger la Maison Molleron et Respaud ? Nous n’en savons rien. Il était en 1888 encore tailleur d’habits et se déclarait peu après négociant. Il avait 52 ans lorsqu’il reprit la Maison Molleron. Il décède en 1902 à 65 ans à Bron et est déclaré luthier. Sa fille unique Marie Cécile Respaud né en 1883 avait épousé en 1902 Marius Chapuis, employé né à Lyon en 1876 ; c’est lui qui prit la suite et sera marchand de musique jusqu’à sa mort en 1927. 
En-tête d'une facture.
Curieusement l’entourage de Simiot qui fut si important dans la fabrication artisanale d’instruments de musique à vent à Lyon ne va pas évoluer vers  les fabriques industrielles d’instruments de musique comme le feront les deux autres entourages de facteurs lyonnais que nous allons étudier.


dimanche 8 janvier 2017

"Musique et clarinettes militaires du XIXème siècle (de 1835 à 1870)". "Music and military clarinets of the XIXth century (from 1835 to 1870)".

 Par José-Daniel Touroude

A  travers 3 clarinettes militaires de ma collection nous abordons la vie mouvementée de leurs régiments.

 1. La musique militaire est intimement liée à la vie militaire.

La musique militaire a toujours accompagné les soldats et cela dès l’antiquité. En France dès 1762 la première musique militaire composée de 16 musiciens est créée par De Biron puis s’étend à tous les régiments d’infanterie en 1766. Cette obligation royale est fondamentale car elle entraîne une demande d’instruments et de musiciens très importante. D’ailleurs la clarinette et le cor y ont font leurs entrées et cela va doper la facture d’instruments à vent. Le capitaine Bernard Sarrette lors de la révolution de 1789 fonde la musique de la garde nationale (qui est gratuite) et qui deviendra le conservatoire de musique de Paris. (Anecdote musicale sur Sarrette face à  Robespierre dans le quizz cf. lien)
Bernard Sarrette par Isabey.
Le quizz avec l'anecdote sur Sarette.

Les régiments ont donc tous une musique (1000 clarinettistes sous Napoléon 1er) plus ou moins élaborée basée sur les réflexes pavloviens mais qui ont plusieurs fonctions : 1°) rythmer la vie militaire dans le quotidien appelée musique d’ordonnance : le réveil, les repas (la soupe), les rassemblements, l’extinction des feux…), 2°) commander les troupes dans les combats (au début c’était pour faire du bruit et faire peur puis rapidement pour donner des ordres dans la bataille lors des moments clefs : rassemblement, en avant, chargez, feu, cessez le feu, retraite…), 3°)  accompagner les cérémonies (honneur aux drapeaux, aux morts, accueils de personnalités, prises d’armes, messes militaires, célébrations de triomphes, anniversaires divers…). Si vous voulez entendre toutes ces musiques militaires… (cf le site interactif de théatrum belli). Pour vous rappeler votre service militaire écouter ces sonneries.
La musique est omniprésente, souvent simple, elle possède un rôle social, intégrateur facilitant le lien entre les différentes régions et classes sociales de la République, créant un esprit d’équipe (chants communs), une cohésion sociale du groupe avec un répertoire de musiques identifiées (chant de marche, chant du régiment beuglé tous les jours, chansons de détente nostalgiques voire poétiques, chansons à boire paillardes qui permettent d’être soudés aussi bien dans le combat que pour tromper l’ennui du casernement, les réjouissances étant rares. Les chants sont appris et répétés pour créer un fonds culturel commun dès le début des classes pour les conscrits qui sont pour la plupart analphabètes et qui ne connaissent pas bien sûr la musique. La transmission du répertoire était uniquement orale,  par répétitions, « à l’oreille ». La musique militaire est très variée , reprenant des musiques existantes connues «civiles» et des chants plus spécifiquement militaires. Ainsi les soldats répètent les chansons populaires du XVIIIème siècle qui  accompagnent les longues marches (« sur la route de Louviers », « Auprès de ma blonde », « Malbrough s’en va en guerre », « Cadet Rousselle » « trois jeunes tambours »…   et qui ont été chantées pendant deux siècles ! Il y a toujours eu une tradition d’emprunt à des chants populaires par les soldats et ces chants et musiques varient avec le temps. Mais Chaque régiment possède aussi ses chants spécifiques (« Au trente et un du mois d’août » pour la marine la «Royale» , les chants spécifiques de la légion étrangère…)

Il y avait aussi les chants révolutionnaires, politiques et guerriers. De nombreux grands compositeurs ont crée des musiques militaires à commencer par Lulli et Couperin qui firent les premières marches militaires pour les armées de louis XIV. N’oublions pas que notre hymne national «la Marseillaise» est un chant militaire révolutionnaire (contrairement à beaucoup d’autres pays) mais aussi les populaires « ça ira, ça ira », « le chant du départ », « Sambre et Meuse » …Il y avait aussi les chants de distraction pour le bivouac afin de se détendre, chansons nostalgiques, chansons à boire, chansons paillardes populaires dans la tradition des fêtes paysannes rabelaisiennes qui donneront plus tard les musiques des comiques troupiers (le fameux « boire un petit coup c’est agréable » venant du Canada au XIXème siècle : c’est vrai qu’il faut se réchauffer à Quebec !) , et bien sûr « Fanchon » la chanson culte qui accompagna toutes les armées durant le XIXème siècle. Tous ces chants et musiques permettent de surmonter l’ennui et les épreuves de la guerre, voire redonner le moral (et encore plus pour les prisonniers de guerre pour faire oublier la détention ou pire.)  


     2 . La diffusion et la notoriété des instruments à vent sont intimement liés à la musique militaire.

Mais les musiques militaires ne sont pas seulement basiques avec roulement de tambour et cuivres et une troupe chantant des airs divers. Rapidement elle va de plus en plus se doter de véritables orchestres avec l’aide de la plupart des instruments à vent. Certains régiments possédaient des orchestres militaires de qualité qui permettaient de valoriser le régiment par des défilés de prestige (avec des uniformes seyants et chamarrés),  exécuter de beaux concerts publics régulièrement qui amélioraient les  relations publiques  avec l’environnement, voire faire des tournées ou participer à des manifestations importantes (hymnes nationaux pour l’accueil d’un chef d’état étranger, manifestations protocolaires…). La musique des équipages de la flotte fut le plus ancien orchestre militaire. (hommage au talentueux Désiré Dondeyne). Ainsi dans ces années 1830-1870, ces concerts sont nombreux, gratuits et admirés et nul doute que nos 3 clarinettes, objet de cet article, y ont participé régulièrement.
Défilé des grenadiers de la Garde aux Tuileries en 1810 par Hyppolyte Béllangé. 
3. Le rôle social et culturel de la musique militaire.


Les occasions d’entendre de la musique pour le peuple à cette époque est relativement rare. Bien sûr il y avait la musique religieuse (grégorien, cantiques, messes et l’orgue), et lors des festivités la musique de danse par des musiciens de rue ou de village de faible qualité, et enfin la musique militaire, qui était d’un tout autre niveau, dans les villes de garnisons. Ces bons musiciens en orchestres interprétaient aussi des airs d’opéra, de musique classique, ou d’opérettes, des valses, des chansons à la mode orchestrées avec talent et offraient ainsi gratuitement des concerts et une culture musicale pour tous. Par des défilés entraînants et de nombreux concerts, la musique militaire créait un lien social entre les militaires et la société de la ville qui l’hébergeait. Elle contribuait ainsi à inculquer une culture musicale au peuple avec un répertoire varié allant par exemple de l’incontournable air martial des trompettes d’Aïda de Verdi (1872) à la chanson nostalgique « Plaisir d’amour » vieille chanson de 1785 toujours actuelle ! Le peuple à l’époque ne pouvait jamais aller dans les salles de concert payantes des élites aisées. Issus du peuple, les musiciens militaires jouaient pour le peuple avec des instruments en plein air.  Mais pour assurer un répertoire varié et de qualité les musiciens militaires furent de plus en plus choisis parmi les meilleurs et  ainsi le musicien sorti du conservatoire avait un travail assuré.

3. La professionnalisation des musiciens militaires.
Les armées se fournissent alors parmi les meilleurs facteurs et souvent être lauréat d’une exposition nationale ouvrait la possibilité d’avoir des commandes des marchés publics  (listes restreintes habilitées à présenter leurs offres) aussi bien pour les conservatoires et écoles de musique publiques que pour l’armée. (C’est le cas pour nos 3 facteurs de clarinettes exposées). L’armée française est grande consommatrice d’instruments à vent, la plupart des régiments ayant une fanfare (cuivres et percussions) mais aussi une  harmonie (fanfare + les bois).
En 1836, la professionnalisation se renforce : diapason fixé, utilisation du métronome, liste des partitions officielles constituant un répertoire, rangement des instruments dans des étuis et boites, attribution d’un facteur par musique de régiment pour réparer les instruments, concours sélectifs difficiles pour entrer, chef de musique compétent...Si l’armée achetait des bons instruments, c’est que l’armée recrutait et recrute toujours parmi les meilleurs instrumentistes à vent (garde républicaine, musique de la flotte, musique de l’armée de l’air etc….). Ces musiciens assurent des services régulièrement et exécutent des concerts de prestige mais jouent aussi dans les meilleurs orchestres symphoniques, enseignent dans les conservatoires. Ceci est toujours vrai aujourd’hui et certains même sont connus comme «requins»  dans les studios  d’enregistrement de disques de variétés.
Après la défaite de 1870, date fondamentale car les musiques des régiments chutèrent rapidement, des centaines de bons musiciens furent démobilisés et continuèrent  dans la musique civile de plein air. Ainsi  les harmonies municipales civiles deviennent fort nombreuses, calquées sur les musiques militaires (voire paramilitaires avec leurs uniformes, marchant au pas…) Elles reprennent le flambeau (défilés, manifestations diverses, concerts dans les kiosques…), pérennisent le succès des instruments à vent et continuent à éduquer gratuitement le peuple à la pratique des instruments à vent et à la culture musicale dans des villes et campagnes (beaucoup d’entre nous ont commencé ainsi et non des moindres !)
Si vous agrandissez la photo vous pourrez reconnaître, le grand père,
le père, et la tante de René Pierre vers 1925 dans l'harmonie
la Renaissance de Woippy près de Metz.
Enfin les meilleurs musiciens continuent dans les orchestres de musique classique et font progresser le répertoire des instruments à vent grâce à leur virtuosité.  Ces instruments à vent, moins chers et plus faciles à maîtriser, ont aussi une connotation sociale plus populaire (surtout la clarinette) par rapport aux cordes et au piano réservés aux classes sociales aisées. Les harmonies municipales civiles sont essentielles jusqu’à l’arrivée des disques, radio, TV …. Qui vont banaliser et généraliser la musique sous toutes ses formes en continu. Mais les instrumentistes à vent vont se généraliser en dehors de l’orchestre militaire et les harmonies surtout dans la musique populaire variée (d’où le nom de variétés) puis plus tard dans le Jazz et toutes sortes de musiques de danse qu’ils vont devenir incontournables. 
3. Analysons 3 clarinettes militaires de 3 grands facteurs : Tabard, Buffet Crampon, Guerre 

Dans ma collection j’ai des clarinettes avec des numéros militaires de régiments prestigieux qui ont participés à des batailles communes (entre autres la conquête de l’Algérie (1830-47), la guerre de Crimée dont Sébastopol (1855), la campagne d’Italie dont Solferino (1859), la défaite à Sedan (1870.) puis après une vie mouvementée, et plein de cicatrices elles se reposent enfin chez un collectionneur ! Les régiments avaient l’habitude de marquer leurs instruments et cette marque disgracieuse est pour les collectionneurs bien pratiques pour connaître la traçabilité de l’instrument. Les facteurs mettaient rarement les dates de fabrication sur leurs instruments. Par contre l’armée a toujours aimé identifier et classer armes, vêtements, instruments divers…


A. JB Tabard père : clarinette Sib en buis, 6 clés laiton, bagues ivoire, datée de 1835 ayant appartenu au 33ème RI.

Le facteur : Jean Baptiste Tabard (II) père : est né à Lyon en 1779. Formé dans les différents ateliers lyonnais il est d’abord ouvrier luthier en 1809, puis tourneur en métaux et mécanicien en 1811, avant d’épouser en 1812 Emilie Reyne Simiot (1794-1875) la fille du célèbre facteur de clarinettes Jacques François Simiot (1769-1844). Associé avec son beau-père de 1812 à 1815, il prend son indépendance vers 1817 et fonde au 30 rue Mercière l’entreprise  lyonnaise la plus importante de la première moitié du XIXème spécialisée dans la fabrication des instruments de musique  à vent en bois et en cuivre. A sa mort à 66 ans en 1845 il fournissait les musiques de l’armée  en instruments et employait à cette époque plus de 10 ouvriers. Son fils Jean Baptiste Tabard (III) (1826-1870) n’avait que 19 ans à la mort de son père, trop jeune il ne put continuer de développer l’atelier, même s’il exerçait le métier de facteur d’instruments de musique comme son père.     
Marque Tabard de la clarinette avec
le numéro du régiment et l'année.
La clarinette et sa vie militaire : 







Le régiment :
Le chiffre 33 : prouve qu’elle appartenait au 33ème régiment d’infanterie de ligne basé à Lyon. Le 33ème RI est un régiment auréolé de grandes victoires (Fontenoy, Austerlitz, Wagram…) et a  participé à différentes guerres (notamment la conquête de l’Algérie (1830-1847), la guerre contre les autrichiens en Italie notamment la bataille de Solférino en 1859, la défaite à Sedan en 1870). Plus tard le 33èmeRI fut aussi célèbre, pas seulement pour ma clarinette ! , mais parce que le jeune De Gaulle et Pétain y servirent. La monarchie de Louis Philippe de 1830 à 1848 a connu certes des troubles internes (canuts de Lyon, barricades entre autres) mais fut relativement pacifique à l’extérieur à part la conquête de l’Algérie. Les musiques militaires sous la 2ème république de courte durée et l’empire de Napoléon III ont surtout plus défiler dans les villes de garnison, jouer du Offenbach dans les kiosques des jardins publics que se battre à l’extérieur. (sauf les guerres coloniales comme  au Maroc notamment à Mogador devenue Essaouira, à la guerre de Crimée à Sébastopol…)
Prise de la smalah d’Abdel Kader
(Si vous trouvez le clarinettiste dans cette mêlée vous avez gagné !)
Peut être au niveau du cercle rouge?
La clarinette :
Cette clarinette est classique, de qualité et robuste comme l’étaient les clarinettes en buis et clefs en laiton depuis l’épopée napoléonienne.  La clarinette 6 clés courante sous le 1er empire, a été fabriquée longtemps car d’une part elle était moins chère que la clarinette à 13 clés (cf. catalogue) et d’autre part les clarinettistes étaient encore formés en 1835 souvent avec la clarinette à 6 clés, la pratique de la clarinette  à 13 clés omnitonique d’I. Müller n’étant pas encore très répandue. Cette Tabard reprend la 6ème clef traditionnelle de Baumann do#/sol# sur le corps du haut et non la 6ème clé sur le corps du bas comme le font d’autres lyonnais (Simiot, Sautermeister).







1835 
Si le numéro du régiment n’est guère contestable, une interrogation demeure : la date inscrite est-elle la date de sa fabrication ou de sa vente par le facteur ou de son intégration comme fournitures de l’armée ?  Il peut y avoir une différence de quelques années notamment si c’est un achat d’occasion.  (Je penche plus pour un numéro d’inscription dans l’armée.) Cette clarinette en excellent état (y compris les bagues en ivoire fragiles) a servi pour les défilés et les concerts et non dans les combats (d’ailleurs les musiciens étaient souvent brancardiers). Vite démodée, cette clarinette a été remisée rapidement et vendue après 1870 lorsque les musiques militaires ont été en partie supprimées. Elle a peut être continué à jouer dans les harmonies civiles comme beaucoup d’instruments. Puis retrouvée, elle a été vendue à des antiquaires de Lyon Pick et Boch. Un article existe sur cette clarinette écrit en 2000 par V. Pussiau (revue larigot mars 2000). Achetée aux enchères à Vichy en 2015, elle fait partie désormais de ma collection. 


B. Clarinette en buis 13 clés en laiton de Buffet Crampon :

Le facteur : Jean Louis Buffet né en 1813. Il se marie avec Zoé Crampon, quitte son père Buffet Auger et se met à son compte au passage du grand cerf à Paris en 1842. La clarinette à cette époque est en pleine mutation avec le modèle omnitonique d’Iwan Müller à 13 clés et l’invention du système Boehm qui arrive ! JL Buffet gagne des concours lors des expositions nationales, reconnu par ses pairs et les musiciens, il fournit beaucoup d’instruments à vent (bois) aux conservatoires et à l’armée notamment des clarinettes Sib 13 clés (système Müller simple) en buis, clefs laiton , bagues ivoire  de 1842  à 1850. A partir de 1850 il s’associera avec d’autres facteurs pour créer la marque Buffet Crampon & Cie. Ainsi cette clarinette est facile à dater.













La clarinette et sa vie militaire :

Le régiment :
Le 47ème  régiment d’infanterie de ligne est un vieux régiment de Louis XIV. Il participe aux guerres révolutionnaires (Fleurus) et napoléoniennes (notamment la guerre d’Espagne). Puis en 1830 il fait la guerre d’Algérie (notamment la prise de Constantine en 1837). Cette clarinette a intégré le 47ème RI vers 1845 et le chiffre 47 y a été apposé. Le 47ème a participé à la guerre de Crimée et la prise de Sébastopol en 1855 puis a connu la défaite à Sedan et la capitulation de Napoléon III en 1870. Ce régiment est dissous et la clarinette remisée. Elle réapparaît en 1890 au 7ème Régiment d’Infanterie de Marine où est apposé le chiffre 7 ainsi qu’au dos l’ancre marine des « marsouins ». (J’ai fait mon service militaire dans les RIMA ! Le 7èmeRIM  est basé à Rochefort, et un brocanteur vient de la trouver près de Rochefort en Charente Maritime (17) (ma région d’origine !) et me l’a vendu en 2015. 
Étendard du 47éme de ligne en 1812.
La clarinette :
La vie mouvementée de ces régiments a causé quelques dégâts à cette clarinette  : fente ancienne réparée par un flipot, bagues ivoire remplacée par des bagues en laiton, pavillon disparu remplacé par un pavillon d’un autre grand facteur contemporain : Guerre. Le bec , ligature et couvre bec sont légèrement postérieur et sont signés de « Buffet Crampon et Compagnie »  sans doute pour le clarinettiste du RIM qui l’a rejouée en 1890.  Les armées après cette époque vont se doter de clarinettes moins fragiles (ébène, clés et bagues en maillechort) et plus modernes (système Boehm). Vendue par les domaines, elle a jouée apparemment jusqu’à la 1ère guerre mondiale en Charente Maritime dans un orchestre populaire avant d’échouer dans un grenier,  puis dans ma collection.


C.  clarinette en buis 13 clés en laiton de Guerre:  
Le facteur : Georges Antoine Guerre
Spécialiste réputé de la clarinette entre 1825-1855 à Paris ayant reçu des médailles d’honneur en 1827 et 1834. Il fournit aussi les armées. Son estampille face rayonnante montre sans doute son grade dans la franc maçonnerie. Il est connu par les collectionneurs pour la qualité de ses instruments mais aussi  pour avoir essayé  de reprendre et de s’attribuer l’innovation de la 14ème clé de JF Simiot. 
















La clarinette et sa vie militaire :

Les régiments :

Chiffre 8  et  1839 :  8ème RI : régiment de l’ancien régime, il participe à des batailles importantes (Valmy, Friedland, guerre d’Espagne, guerre d’Algérie aussi) et en 1859 à Solferino et lui aussi à Sedan pour la défaite de 1870.


On voit les trompettes dans cette bataille lors de la campagne d’Italie mais point de clarinettiste car les ordres de combat se faisaient avec des cuivres pour se faire entendre dans le tumulte de la bataille ! La clarinette a un son trop doux et servait plus pour séduire lors des défilés. Les clarinettistes étaient soient combattants soient surtout brancardiers. Chiffre 97 : Après 1870, on supprima beaucoup de régiments et encore plus de musiques militaires (certains instruments vont être recyclés dans d’autres régiments comme nous l’avons déjà vu précédemment et d’autres vendus). Cette décision réduira considérablement la demande et le métier de facteur d’instruments à vent perdant ainsi leur principal débouché. Beaucoup de musiciens seront ainsi démobilisés et créeront les orchestres de village, les harmonies à travers la France. Apparemment cette clarinette après 1870, quitte le 8me RI et intègre le 97ème RI qui est aussi un ancien régiment réputé (Rivoli, campagne d’Egypte, Sébastopol aussi) et qui va être connu pour la qualité de ses chausseurs alpins.










La clarinette :
Elle a aussi beaucoup vécue et a eu une vie mouvementée, subissant de nombreux chocs (bagues en ivoire du pavillon cassée, une clé manquante). Devenue obsolète (remplacée par les clarinettes en ébène système Boehm ,elle sera remisée et vendue. Lors de l’exode de 1940 cette clarinette arrive à Bordeaux où elle sera dans une boite double avec une clarinette Dobner en Ut. Clarinettes achetées à un brocanteur bordelais en 2014. Mais on ne peut pas oublier lorsqu’on analyse cette période et les instruments à vent militaires sans évoquer le grand Adolphe Sax qui remania le choix des instruments et l’organisation de la musique militaire...mais ceci est une histoire et il a fait l’objet d‘autres articles. Enfin  mentionnons un autre article sur une clarinette militaire, qui raconte la vie de deux clarinettistes, l’un allemand jouant une Mib Schuster du 133èmeRIR de Zwickau en Saxe et l’autre français jouant une Margueritat du 125RI de Poitiers dans les tranchées)
Cliquez pour lire l'article sur les deux clarinettistes face à face.