Affichage des articles dont le libellé est chanteur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chanteur. Afficher tous les articles

mardi 31 mars 2026

Des onomatopées au scat en musique

 José-Daniel Touroude 

Question : Après votre analyse sur le son, vous avez évoqué que les onomatopées faisaient parfois partie intégrante de la musique. Que voulez-vous dire par là ?

Le son et la musique

JDT : L’onomatopée est d’abord un son effectué par la voix qui est bref et dénué de sens, mais chargé d’énergie expressive.



Il existe deux sortes d’onomatopées : des sons qui ne sont pas musicaux mais qui peuvent ponctuellement être superposés à la musique (le Yeah des jazzmen pour encourager une improvisation) et d’autres qui ont été utilisés dans toute l’histoire de la musique avec des noms différents : ornements, mélisme, scat etc…qui habillent une mélodie.  Essayons d’y voir plus clair :

Les onomatopées non musicales : Avant même l’existence du langage articulé, l’être humain a produit des sons d’imitation du monde environnant : cris, souffles, battements. Ces sons primitifs sont à l’origine de l’onomatopée, forme vocale qui précède le mot et traduit le rapport instinctif entre la voix, le corps et la nature. Le premier instrument fut donc la voix, accompagnée des percussions naturelles des mains frappées, pierres cognées, bois résonnants avant l’adoption de mots, puis des mots organisés en une syntaxe, une phrase qui a du sens et une langue élaborée.

Le but de l’onomatopée n’est pas d’avoir du sens mais d’imiter un bruit, un son réel identifié ou non réel mais qui traduit et nous fait comprendre de suite une image et qui a pour fonction de caractériser en une syllabe une émotion immédiatement. Ainsi les nombreux cris d’animaux, un instrument surtout des percussions (« boum boum »), une machine (« vroum » d’une auto) ou un son créé par l’homme comme la surprise (« waouh »), la douleur (« aïe !», « ouille !»), une chute (badaboum, paf), la joie  (« youpi !»), l’encouragement et l’admiration (« olé !») ou encore le rire (« ha ha ha !»), des sons qui entraînent la méditation (« om » des yogis). Certaines cultures ont même développé des formes vocales spécifiques fondées sur des sons qui servent à communiquer, comme le yodel des Alpes suisses et du Tyrol, par exemple ou le cri de Tarzan (qui est une marque déposée !)


Le slam est une forme particulière actuelle, qui est une succession d’onomatopées autour d’un texte mais sans musique. Il existe une multitude d’onomatopées. Le Slam va les utiliser pour créer une interprétation d’un poème ou d’un texte sur sa vie, ses expériences, ses émotions. Mais avec l’énergie dégagée par les onomatopées, les slameurs vont s’affronter en tournois, en joutes où le public est à la fois acteur participant et juge des performances. En France, c’est l’artiste Grand Corps Malade qui a popularisé cette forme de la poésie en slam. 




Q : Donc a priori ces onomatopées n’ont aucun lien avec la musique, elles peuvent se surajouter éventuellement à une musique notamment pour encourager le musicien par exemple comme on l’entend dans des concerts mais pas de faire de ces sons primaires une véritable musique, mais je suppose que c’est plus complexe ?

Vous avez raison l’onomatopée comme syllabe sonore peut se surajouter comme élément extérieur à une mélodie mais peut être aussi intégrée, intériorisée à part entière à la musique en développant une mélodie, en la rythmant et en l’articulant et c’est ce que nous allons voir.

Parfois l’onomatopée peut avoir toutes les caractéristiques du son (en Décibels, Hertz, Harmoniques) que nous avons vues et permet une palette sonore pour susciter une émotion mais aussi un support ou un complément à une mélodie (« pom pom pidou » chère à Marilyn) …. La musique de film utilisera cette fonction d’imiter une expression, en intégrant un bruit inquiétant ou joyeux, naturel ou fantastique, mais que nous intégrons aussitôt dans notre cerveau pour susciter une émotion, renforcer une image ou une situation.

Actuellement l’utilisation des onomatopées est généralisée dans les bandes dessinées et les films et dans les conversations et les chansons comme « be bop a lula » des rockers, « crac boum hue » de Dutronc, ou « cou cou rou cou cou » et bien sur la chanson de Trenet « La pendule fait tic-tac-tic-tic, les oiseaux du lac font pic-pic-pic-pic, glou-glou-glou font tous les dindons, et la jolie cloche ding-ding-dong, mais boum, quand notre cœur fait boum ! » etc…  Mais dans ces cas les onomatopées musicales (qui se différencient des onomatopées de bruit que nous avons vu précédemment) sont limitées car elles ne sont que des ajouts de quelques notes chantées autour d’une partie de la mélodie.


A contrario, on peut avec une seule onomatopée (cri d’animal : Miaou) faire chanter des airs d’opéra. Le fameux exemple du duo des chats de Rossini qui fait une parodie musicale réussie sur sa musique où la seule parole est l’onomatopée Miaou mais qui l’agrémente aussi pour faire rire de la même onomatopée non musicale miaou pendant les silences. 

Entre ces deux exemples opposés il y a toutes les formes et utilisation des onomatopées musicales. Les onomatopées peuvent être aussi vraiment musicales et certains les classent dans les ornements. 

On va essayer de caractériser différentes formes proches rencontrées en musique qui est d’orner une note importante pour la mettre en lumière. Par exemple nous avons l’appoggiature (note jouée rapidement avant la note principale), les trilles (avec deux notes contigües), le mordant (trilles plus courtes), soit d’orner la phrase musicale en utilisant le gruppetto (groupe de notes proches jouées rapidement avant la note principale) etc… Le compositeur l’indique souvent sur ses partitions mais la liberté et la créativité de l’interprète peut orner la phrase musicale et parfois il en rajoute trop ! Couperin se plaignait déjà de cette tendance ! A l’époque baroque les castrats vont en faire un outil de virtuosité avec des vocalises.

Les vocalises

Il faut bien différencier l’onomatopée de la vocalise : elles utilisent toutes les deux la voix et des sons sans paroles, mais n’ont pas la même fonction : imiter un son expressif pour l’une, orner une ligne mélodique pour l’autre. La vocalise est toujours un son musical, souvent une suite de voyelles, contrairement à l’onomatopée, qui n’est pas forcément musicale et souvent plus brève. 

Dans l’histoire occidentale, les traces de cette vocalité primitive se perpétuent dans les « tra la la la lère » des chants populaires médiévaux, les neumes grégoriens, ou les « fa la la » des madrigaux anglais. Ces syllabes, sans signification linguistique, servaient d’ornements, de respiration musicale, de moments où seul le son ou la mélodie comptaient. L’Alléluia du chant grégorien, prolongé dans le jubilus qui fait durer une voyelle, souvent la dernière, sur plusieurs mesures, illustre parfaitement cette dimension. Hildegarde von Bingen, puis plus tard Haendel ou Mozart, ont fait, de ces vocalises de la grande musique.




Les vocalises ont été aussi très utilisées dans le Bel Canto, notamment par Bellini, Donizetti, Rossini… pour mettre en valeur la virtuosité de leurs chanteurs et chanteuses. La vocalise, mélodie sans paroles, possède un aspect musical et de nombreux compositeurs, et non des moindres (Debussy, Ravel, Fauré…), ont réinvesti cette matérialité du son dans leurs œuvres vocales, cherchant dans la syllabe chantée, une pureté et une liberté que les mots eux-mêmes contraignaient. Elles ont été utilisées aussi dans la musique contemporaine. Ce sont des notes écrites, avec un rythme, une hauteur définie. 
Le mélisme est lui aussi strictement musical et permet de chanter plusieurs notes consécutives créant une arabesque (qui veut dire « à la manière arabe » avec les entrelacs que nous voyons dans la décoration arabe mais ici appliquée à la musique dans une mélodie où les mélismes s’étirent au maximum et c’est cet étirement, ces entrelacs du son qui le rend expressif.

On le trouve dans les musiques anciennes arabes, grégoriennes, africaines, gospel, soul… Ainsi la chanteuse Oum Kalthoum qui ornait ses textes par des mélismes originaux et expressifs entraînait spontanément des applaudissements. Mais elle prolongeait aussi ses phrases par l’onomatopée non musicaux « ah ah ya salam » pour communier et relancer son public initié, qui lui renvoyait une autre onomatopée convenue. (Quand elle avait un bon public, chaque chanson durait plus d’une heure !). Elle puisait dans la tradition car les onomatopées musicales dans la musique classique arabo-andalouse y apparaissaient principalement sous la forme de vocalises syllabiques sans significations sémantiques seulement d’ornements exprimant la passion, l’improvisation vocale libre sur des voyelles afin de créer une transe esthétique émotionnelle. Les musiques arabes modernes comme le Raï, le Chaâbi continuent aussi à lancer des onomatopées au public qui lui répond par d’autres onomatopées créant une ambiance particulière.


Le scat, lui, est l’onomatopée musicale libre et vient du jazz. Il imite les instruments, sert à improviser et surtout à maintenir un rythme, un swing par des onomatopées. Le jazz n’a pas inventé les onomatopées mais il les a réinventées et leur a donné une nouvelle vitalité, une autre dimension. Chanter avec des syllabes non signifiantes est une pratique immémoriale. Ce que le jazz a apporté, c’est sa structure, la liberté rythmique et l’improvisation sur une grille d’accords.

Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Cab Calloway ou Sarah Vaughan ont transformé l’onomatopée en un instrument. Le scat devient alors une véritable improvisation instrumentale, où la voix adopte le phrasé du saxophone, l’attaque de la trompette ou les syncopes de la batterie. Le chanteur respire comme un instrumentiste à vent, accentue certaines notes, réalise des glissandi ou des staccatos et crée une pulsation intérieure. En jouant et complexifiant la grille d’accords et en imitant un solo de saxophone, Ella par exemple, devient alors non seulement une soliste vocale talentueuse mais en même temps une virtuose instrumentale exceptionnelle capable de faire un chorus improvisé.

La reine du scat dans un concert historique avec Count Basie en 1979 à Montreux : « A ticket a tasket »

Q : Mais que pensez -vous des formes populaires actuelles comme le rap, le beatbox qui réactivent les onomatopées ?

En effet dans l’exemple indiqué d’Ella à Montreux, on voit quelle diversifie le scat par des onomatopées musicales et non musicales pour rythmer et encourager les musiciens (yeah) que le rap utilisera plus tard, du beatbox (tournoi avec le trombone), s’amusant sur scène en improvisant et en laissant Count Basie pantois et admiratif ! Le beatbox (boite à rythme humaine) n’a pas de texte mais imite les sons produits par des instruments en utilisant tout ce qui peut sortir de sa bouche et pas seulement la voix. Quand Ella imite le saxophone ou des percussions, ou le trombone dans notre exemple, elle devient une beat boxeuse géniale où elle fait le show en gardant le swing !

Le hip hop actuel avec des tournois entre beat boxeurs et même un championnat de France (gagné par Berywam) utilisent de nombreuses techniques innovantes et développent le beatbox créant parfois des compositions originales. Le rap utilise les onomatopées avec des sons courts des onomatopées pour rythmer un texte avec une ligne mélodique ou quelques accords simples.

On peut voir que les frontières sont parfois floues entre toutes ces désignations d’autant plus que les interprètes les mélangent allègrement ! parfois on renforce une note avec un ornement ou une onomatopée musicale ou non d’ailleurs, ou une syllabe d’un texte, ou crée un ornement autour d’un texte ou d’un groupe de notes. Les onomatopées sont diverses parfois proches d’un bruit mais aussi parfois intégrées comme matériau musical à part entière, universel et intemporel, avec des ramifications créatives parfois étonnantes mais aussi pédagogique dans l’apprentissage musical.

Q : L’onomatopée a donc une fonction pédagogique. C’est pourquoi on nous demande, avant de jouer, de solfier en donnant les noms des notes ?

Absolument. L’usage de syllabes dépourvues de sens lexical est au cœur de l’apprentissage musical depuis toujours. Les vocalises (nom latin donnant voix mais aussi voyelle) servent à exercer l’appareil phonatoire : assouplir les lèvres, la langue, le diaphragme, contrôler le souffle et affiner la justesse. Pour les chanteurs, les instrumentistes à vent, mais aussi les comédiens ou les orateurs, ces exercices sont fondamentaux. Ils entraînent la coordination entre respiration, articulation et rythme. L’onomatopée devient ici un outil pédagogique ou le son est travaillé pour lui-même : attaqué, phrasé, timbré, accentué.

En fait l’onomatopée n’a jamais disparue car la musique va l’intégrer en utilisant un rythme qui libère de l’énergie, sublimer une mélodie sans paroles, réaliser des inflexions vocales avec des sons différents, des timbres de voix imitant des instruments, une possibilité d’improviser, des sons sans sens (ce n’est pas les lieder de Goethe par Schubert ! ou les textes religieux magnifiés par un choral de Bach). Et puis combien de musiciens ayant un trou de mémoire sur des paroles ont pallié avec des onomatopées et parfois quand j’entends certains chanteurs, je doute qu’ils chantent des paroles intelligibles ! 

C’est une frontière vivante entre le son et le mot, entre la voix et la musique. Cette dimension est aussi universelle : du konnakol indien, ou l’art rythmique africain. Toutes les traditions vocales ont développé cette pédagogie du son. Les onomatopées servent à transmettre les rythmes instrumentaux (par exemple, les syllabes « ta–ka–di–mi » en Inde). La fonction des onomatopées en Afrique noire sont imitatifs de la nature, d’imiter les langues et dialectes parlés avec des sons différents, mais aussi sert d’apprentissage aux rythmes parfois complexes des tambours en utilisant la voix pour mémoriser certains sons et rythmes voire des instruments mais aussi pour communiquer. Le rap africain reprendra en partie cet héritage culturel.



Q : Vous semblez convaincu. Comment avez-vous personnellement intégré ces sons à votre pratique musicale ?

Ou la la ! (Tiens une onomatopée !) cela remonte à loin. Mon professeur à l’ENMP René Barras, clarinette solo à l’Orchestre Lamoureux et à l’Armée de l’air, insistait sur la lecture et l’articulation des notes à toute vitesse avant de les jouer car pour lui chanter et mémoriser les noms des notes comme onomatopées avec les accents, le rythme sans fautes était l’essentiel du travail préparatoire, jouer ensuite avec l’instrument était aisé selon la devise : préparation facile, prestation difficile, préparation difficile, prestation facile ! Pour lui l’aspect pédagogique primait. (Exemple : perfectionner le double détaché à la clarinette en prononçant tikitikiti…)

Et pour s’amuser dans des soirées d’étudiants, on cherchait à inventer des syllabes et reproduire le fameux « hi dé hi dé ho » de Cab Calloway qu’il a repris plus tard dans le film les Blues Brothers mais j’ai aussi plus sérieusement étudié le chant grégorien et fait plusieurs séjours à l’abbaye bénédictine de Solesmes.

Mais c’est un autre choc qui m’a véritablement révélé la dimension musicale de l’onomatopée ! c’est le scat. Je me souviens du festival de jazz d’Antibes–Juan-les-Pins, en 1967, où j’ai entendu Ella Fitzgerald accompagnée par Count Basie avec un scat d’une virtuosité sidérante. Ces sons que je considérais comme secondaires voire amusants ou historiquement anciens devenaient une musique autonome, libre, jubilatoire. Avec le scat, la voix cesse d’être le vecteur d’un texte pour devenir un outil de création purement musicale. Elle libère l’imaginaire et relie le souffle au rythme. Cette liberté, née dans le jazz, a profondément marqué les musiques du XXe siècle, savantes comme populaires en passant par des expériences vocales contemporaines ou électro-acoustiques, la voix continue de jouer avec le son, avant d’avoir un sens.

Cette révélation fut confirmée toujours à la même époque par l’écoute des Swingle Singers chantant Bach sans paroles. Dans les années 1970, la radio diffusait aussi en boucle « Le Concerto pour une voix » de Saint-Preux : autant d’exemples où la syllabe devient matière musicale à part entière. 


À la même époque, la découverte des musiques extra-européennes notamment les mélismes d’Oum Kalthoum, le konnakol indien élargissait encore cette conscience universelle de l’onomatopée par la voix comme instrument et puis la musique contemporaine que j’étudiais poussait alors jusqu’à l’inaudible… Ainsi dans la musique savante contemporaine, tous les sons, dont les onomatopées, sont importants, poussant les possibilités des voix et de tous les instruments à réaliser des sons bizarres, nouveaux mais qui définissaient une nouvelle palette sonore intégrants des fragments de mots, des rires, des chuchotements, des cris, des exclamations, toutes sortes de bruits de la ville et électroniques et de sons créant un matériau expressif. Berio, Boulez, Xenakis, Ligeti, Stockhausen, Berberian, Aperghis etc …sans oublier la musique concrète, tous ont créent des œuvres utilisant des onomatopées comme élément de certaines de leurs compositions.

Festival de musique contemporaine de Royan

Alors pour moi, depuis un demi-siècle, les onomatopées diverses, mélismes, scat etc… font parties intégrantes de la musique.

Q : La musique de film a souvent utilisé les onomatopées et a permis de l’intégrer dans notre univers musical

En effet car les notes détachées, la vitesse, l’articulation d’un seul son quand une consonne attaquée précède une voyelle donne de suite une atmosphère, un rythme et cela permet de renforcer les émotions comme la joie, l’énergie, la spontanéité humoristique, comme dans le livre de la jungle « être un homme comme vous » avec le fameux duo en scat entre l’ours Baloo et le singe le roi Louis écrit par Louis Prima (clin d’œil à Louis Armstrong, qui avec « Heebie Jeebies » a relancé le scat)


Les dessins animés l’utilisent sans cesse (Walt Disney, Tex Avery, les pingouins d’Happy Feet etc…) ou le fameux « Cha ba da ba da » de Francis Lai pour le film un homme et une femme, ou le « dar la dir la da da » des bronzés ou les films documentaires sur les animaux (cf. Bruno Coulais). Le bruitage maniant les sons de toutes natures, des bruits aux onomatopées musicales ou non, sont devenues incontournables dans notre monde actuel bruyant dans les films, vidéos, séries et devient une compétence recherchée.

L’Onomatopée non musicale, onomatopée musicale, les ornements divers et le scat font partie désormais de la boite à outils de toute musique.

Ainsi, elles ont été répandues dans tous les styles. Les variétés avec Michel Jonasz, la pop avec Michael Jackson reprenant les onomatopées africaines dans « Wanna be startin’ somethin », Bobby Mc Ferrin avec son tube « Don’t worry, Be happy », le rock, le fun, le rap … tous utilisent peu ou prou ce matériau sonore.

Ainsi on peut dire en conclusion que de l’onomatopée préhistorique au scat moderne, c’est un même fil rouge qui relie les pratiques vocales de toutes les cultures : la quête d’un langage sonore universel, antérieur à la parole, mais toujours utilisé actuellement où la voix explore sa propre musicalité. L’onomatopée n’est pas archaïque, ni primaire mais peut être au cœur même de la musique.

Merci de votre attention et je n’espère pas que quelqu’un me dise l’onomatopée bla bla bla pour mon exposé ! 









lundi 17 janvier 2022

Vivre vieux et mieux grâce à la musique. Live old and better, thanks to the music.

Nous venons d'apprendre le décès de la maman de J.D. TOUROUDE qui apparaissait dans cet article avec son enthousiasme et son dynamisme, passionnée de musique. 
Nous présentons à José Daniel et à toute sa famille nos sincères condoléances.
Amitiés José Daniel.





Réflexion croisée entre les expériences et le ressenti d’une chorale d’anciens et quelques explications des neurosciences.

Par José Daniel Touroude


Le foyer logement de Saint Georges de Didonne (17) près de Royan est réputé pour son cadre, au bord de l’Atlantique, par sa qualité de gestion et de services à la personne , mais aussi par sa chorale véritable centre de gravité des résidents. Donnons la parole dans un tour de table aux participants avec la question simple : Pourquoi chantez-vous et quelle importance a cette chorale pour vous ?  Cette réunion est un exercice collectif pour trouver les mots clefs, les idées essentielles pour analyser leurs ressentis et voir leurs correspondances avec les neurosciences.


1°) « La musique a une action sur ma santé qu'il est fondamental de préserver » nous indique une quasi centenaire.
« Je ne pense plus à mes douleurs, à l’ennui, à la solitude car en chantant je m’extériorise, je pense à autre chose, à ma partition, au prochain concert, j’évacue mes problèmes quotidiens et j’améliore mon bien être » dit un autre choriste.
« Pourquoi je chante en chorale, alors que je n’ai fait que fredonner seule toute ma vie ? pour une simple raison : la musique me devient aussi essentielle que de respirer et ma santé s’améliore " indique une autre participante. « Pour moi il faut de la musique avant toute chose comme le disait le poète Verlaine. Depuis que je chante je vieillis moins vite, du moins j’ai cette impression, et le stress de vieillir baisse assurément"
« De la musique jusqu’à la fin pour vivre mieux et plus vieux, j’en suis convaincue car je l’expérimente depuis longtemps ! Notre chorale nous permet de lutter contre l’échéance finale. Beaucoup de nos membres disparaissent, la moyenne d’âge de ce foyer logement est de 87 ans, mais quand on chante, je peux vous dire que nous n’avons plus le même âge, des plaisanteries, même grivoises, fusent et on a bien sûr un homme qui nous fait rire ! Quand je chante le stress de vieillir diminue. »
La musique a une fonction thérapeutique et aide à combattre la maladie et à ralentir la perte de motricité. Le pouvoir de la musique est neuroprotecteur et possède des vertus médicinales.




Les neurosciences ont prouvé que le cerveau mélomane permet de retarder les maladies dégénératives (notamment Alzheimer, sclérose, maladies cardiaques..) 
L’hormone cortisol responsable du stress diminue. Chanter permet de bien respirer et de soulager le stress de vieillir. Chanter sur scène oblige à se dépasser et à puiser dans les réserves assoupies. Pourquoi le professeur de musique fait faire des respirations ventrales avant de commencer à chanter ? car respirer c’est mobiliser son ventre qui est un deuxième cerveau (vu le nombre important de neurones dans cette région : 200 millions) et cela fournit aussi l’oxygène.

Différentes zones du cerveau concernées par le type de musique.



« La musique a une action dynamique pour moi et en plus je renforce mon estime de moi car je suis fière de faire une activité intelligente et nouvelle à mon âge. »
« Moi je chante pour le plaisir, pour me faire plaisir et faire plaisir.  Quand je chante ma tête est légère et je suis bien, je prends du plaisir. »
« Pour moi, c’est dur souvent de démarrer mais j’ai plus de tonus surtout après les répétitions et les concerts.  Regardez le film « Buena vista social club»  avec ces vieux cubains passionnés qui ont traversé tous les aléas et souffrances de la vie mais qui n’ont jamais abandonné la musique, ou le film « I feel good » avec une chorale de personnes âgées proche de ce qu’on fait ici et qui montre que la musique accompagne toutes nos vies et devient source de régénération"
« Nous devenons plus réactives et plus toniques : j’en oublie ma canne quand je chante, car c’est la musique qui me porte » indique une autre.
 Je respire mieux et je me décontracte aussi car j’ai vraiment envie de chanter, c’est comme un massage dynamisant. » 





Quand on joue de la musique, les échanges entre synapses s’accélèrent et plusieurs neurotransmetteurs interagissent. Les neurotransmetteurs sont libérés par les neurones qui agissent sur d’autres neurones qui sont connectés réalisant ainsi une véritable réaction en chaine qui innerve le cerveau. Selon la nature du neurotransmetteur, il va inhiber ou exciter les neurones, le cerveau et tout le corps.
Ainsi l’imagerie médicale du cerveau a indiqué que la dopamine irrigue le cerveau et notamment la zone de plaisir.

Il existe plusieurs familles de neurotransmetteurs : les catécholamines : (dopamine, noradrénaline, adrénaline) mais aussi la sérotonine, l’acide glutamique, l’histamine, les endorphines proche des opiacés connus par les sportifs etc…

Plusieurs aires cérébrales sont réorganisées par la musique intensive que ce soit par l’écoute et/ou la pratique musicale.

L’émotion nait souvent de la répétition, la joie étant liée aussi au tempo. Si on fait passer une IRM à un musicien, l’imagerie cérébrale montre que les zones cérébrales sont activées comme lors des stimulations biologiques fortes positives.
 En écoutant et/ou en pratiquant de la musique, on se dynamise et on est heureux de vivre pleinement et pas au ralenti. (la sérotonine est liée à la bonne humeur). La maitrise respiratoire en captant plus d’oxygène est aussi (comme le sport) un bon exercice de longévité. La musique est neurostimulatrice, elle engendre un dynamisme et en travaillant la musique, les neurones se reconnectent comme quand on est en pleine activité professionnelle. La pratique régulière de la musique modifie la structure même du cerveau, sa plasticité, et en activant régulièrement certaines zones, elle développe certaines parties. Le cerveau s’adapte à l’instrument que l’on joue (expérience de Schneider en Allemagne) et en jouant avec les autres, en les écoutant (orchestre, chorale), on s’adapte sans cesse. Ainsi chez le musicien les deux hémisphères du cerveau sont mieux connectés et communiquent mieux que chez le non musicien. Et l’estime de soi et la fierté constituent une véritable source d’activation pour le cerveau qui redonne la forme.




3°) « Chanter c’est encore vivre, respirer, avoir des émotions, chanter des airs qui rappellent des souvenirs heureux mais c’est aussi dépasser ses inhibitions et sa timidité qui nous recroquevillent quand on vieillit car peu à peu on perd confiance en soi, en ses aptitudes passées. En chantant en chorale on prouve à soi même et aux autres que nous pouvons faire encore des activités ».
« La passion est source de jouvence, dira une autre choriste, et la musique, quand les autres passions se sont éteintes progressivement, demeure. Nous écoutons tous plus de musique qu’avant, j’ai même écouté un opéra en entier à la TV (la flute enchantée) ce qui ne m’était jamais arrivé! voilà comment on passe de la chansonnette à Mozart. Je n’ai pas eu la chance d’avoir une éducation musicale, étant de conditions modeste et ayant travaillé jeune, mais je me rattrape. Notre prof et amie nous fait chanter des variétés de notre jeunesse mais introduit de plus en plus de la musique classique (j’adore chanter Gounod !) et je regrette de ne pas avoir travaillé ma voix mais il n’est pas trop tard pour chanter et prendre du plaisir. »

CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR AGRANDIR.

Il faut un environnement musical intense et précoce. Les neurosciences pensent que c’est essentiel pour formater le cerveau. Mais on peut faire la même analyse avec les sportifs et autres comédiens ! (influence de la famille, école…) mais on a prouvé que l’on peut apprendre à tout âge, la création de neurones étant continue.
Le son crée une pression dans l’oreille qui est un réceptacle qui va activer le cerveau (lobe temporal derrière l’oreille) en transformant le son en signal électrique puis chimique, puis une autre zone sera activée situé dans le lobe frontal, lieu des souvenirs et de la mémorisation, puis une autre zone est activée la zone de plaisir et de récompense, enfin toute la superficie du cerveau est activée et adhère à la musique. C’est pourquoi chanter ou faire de la musique ou même en écouter a tant d’implications sur le cerveau et sur la personne toute entière. Le traitement de la musique par le cerveau est désormais connu : Quand on écoute un thème, la musique agit sur le cortex temporal et l’aire de Broca (identique à la parole, production des sons) et l’aire de Wernicke( perception des sons), et fait sentir une émotion car l’amygdale et le cortex orbito-frontal sont activés. Avoir des émotions façonne le cerveau.


Pour écouter la Chorale chanter Santiano..


4°) « Mon corps vibre et bouge, je bats la mesure, souvent j’ai envie de danser comme avant, surtout sur certains rythmes, moi qui était assez coincée car il fallait garder certaines convenances, je peux désormais oser ! »
« Pour moi rester débout pendant une heure à chanter est physiquement de plus en plus difficile mais cela me démange de bouger». « Pour moi, entendre un son c’est bien, le produire c’est encore mieux et créer à partir de sons une mélodie connue et en rythme, cela rejoint les battements de mon cœur, c’est magique et cela mobilise mon énergie et le mouvement. Je n’aimerais pas devenir sourde. »
« Quand je vais chanter, je me réveille mieux et j’ai envie toujours de chocolat"  (rires) indique une autre choriste.

Les neurosciences montrent que le cervelet est activé et synchronise musique et mouvement. Le musicien mobilise son corps en fonction de son instrument et a une excellente coordination motrice qui fait agir les doigts des mains de façon coordonnée et pourtant autonome.  Le mélomane lui va battre la mesure avec les pieds, bouger, respirer différemment… et parfois avoir une envie de danser. L’histamine est le neurotransmetteur situé dans l’hypothalamus et génère l’éveil (absent quand on dort). Le fait d’aller chanter mobilise l’histamine, principal centre de l’éveil, et quant au chocolat il est prouvé qu’il est une source d’histamine comme le thon, les sardines, le roquefort… N’oublions pas aussi les omega 3, les noix , avocats… donc avant un concert, un menu stimulant est indiqué !


5°) « La chorale pour moi c’est rester dans la convivialité, partager et être ensemble. Quand je chante, je suis en phase avec les autres, je suis dans un groupe et on partage des expériences ensemble et après on noue plus facilement des relations amicales, comme quand je faisais du sport en équipe. En chantant je suis en empathie avec les autres, je crée un lien social même avec le public et mon comportement amical envers les autres s’améliore car l’adage le dit bien : la musique adoucit les mœurs ! »
« Moi, ce qui m’amuse c’est l’ambiance, énonce une autre résidente, nous avons des fous rires et chanter reste une joie et c’est contagieux à tel point que certaines personnes extérieures viennent renforcer la chorale (exemple de la CCAS de la mairie) et nous avons enfin des hommes basses et barytons ce qui améliore l’ensemble et une petite nouvelle centenaire qui vient d’arriver de l’extérieur ! Quelques personnes des maisons de retraite des alentours viennent parfois chanter aussi. Nous mettons la barre de plus en plus haut ! et nous avons même remporté une joute inter-chorales et nous en sommes fières. Cette ouverture avec l’extérieur est essentielle pour nous surtout que nous sommes souvent valorisées grâce à nos prestations chantantes. »
« Ce qui est amusant, c’est que les membres de la chorale constituent un groupe soudé par une activité et respecté par les autres résidents y compris par tout le personnel".


La pratique de la musique crée des chemins neuronaux qui sont ensuite reconnus (comme se frayer un chemin à travers un champ), et ces chemins sont de plus en plus visibles à force de répéter le passage. (c’est pourquoi il faut travailler !) Et quand cela passe bien, tous se sentent heureux d’avoir participé à une œuvre collective de qualité
En effet la pratique et l’écoute de la musique améliorent la santé et cela permet de briser la solitude donc d’avoir plus d’empathie pour autrui et donc un comportement plus positif.


6°) « Participer à cette chorale, c’est avoir encore des projets et  penser au futur proche, en fait rester en activité à défaut de rester jeune. Et puis j’aime le risque, jouer sur scène, me remettre en question et en danger (très relatif), je fais monter mon adrénaline non ? ». « Moi, à part les bienfaits personnels déjà indiqués, ce qui me motive c’est aussi de reprendre des chants parfois oubliés et transmettre le patrimoine musical qui a entouré notre jeunesse. Certaines chansons passées sont vraiment de la belle musique. »
En jouant on puise une énergie physique et psychique qui reste quelques heures voire quelques jours après, énergie qui n’aurait pas été sollicitée sinon. En se concentrant et en jouant en public, l’adrénaline intervient aussi (stress positif).
Lire la musique, anticiper musique et paroles, se concentrer, être en accord avec les autres, suivre le tempo et l’accompagnement du piano… tout ceci fait travailler le cerveau et l’améliore. La pianiste modifie parfois ses accords (en enrichissant sciemment certains accords pour habituer les oreilles aux 7èmes et 9èmes) ou module et la réactivité de tous les choristes est impressionnante grâce à la plasticité du cerveau. Le cerveau en pleine possession de ses moyens réagit ainsi en temps réel comme à l’apparition d’un danger.

Madame TOUROUDE dirige la Chorale.
7°) « Je ne pensais pas que la musique demandait tant de travail, d’efforts, de concentration et de discipline pour faire quelque chose de propre. Je ne raterais pour rien au monde nos répétitions et pourtant je ne suis plus très en forme. »
« Ce qui me plait c’est que nous travaillons sérieusement sans cesse de nouveaux morceaux pour avoir un répertoire conséquent (plus de 70 thèmes), et on les adapte à nos possibilités qui sont limitées et on répète toutes les semaines, on joue pour toutes les occasions et en quelques années nous progressons. »
« Moi aussi, j’aime le travail bien fait. J’ai travaillé très tôt et j’ai pris ma retraite très tard et j’aime bien travailler désormais la musique ! Ancienne sportive, d’ailleurs je vais aussi à la séance de gym, je me bats avec mes limites qui avec l’âge se réduisent mais si la lenteur est la marque de l’âge, on chante parfois des thèmes enlevés. »

La musique est l’art des sons et le système auditif dans un premier temps entend tous les sons qui sont des ondes sonores qui suivent le trajet : oreille, tympan, osselets, cochlée avec ses cellules ciliées, nerf auditif (transmise en impulsion électrique) puis cortex cérébral.
Le musicien stimule son système auditif qui entend, contrôle ce qui permet de modifier en temps réel la production de sons. L’intensité du son (quand on joue fort !) et sa fréquence (hauteur du son) suivent ce parcours et donnent une connotation émotionnelle positive (musique aimée souvent consonante et culturellement écoutée : j’adore ce thème) ou négative (dissonances désagréables, musiques trop différentes de sa culture). Le rythme est aussi essentiel pour le tonus.
Si la musique est familière et les sons vont vers les régions de la mémoire, c’est à dire dans le cortex frontal et l’hippocampe (lieux où sont stockés les souvenirs) cela stimule. C’est fou comme de nombreuses musiques quand on les rechante sont imprimées et datées voire articulées à des événements et des souvenirs précis, voire à un plat. Tout ce processus est réactivé en permanence grâce à une régularité des répétitions ce qui renforce le dynamisme collectif.
La Chorale chante les enfants du Pirée.


8°) « Nous avons des animations, complète une autre choriste mais la chorale rythme notre vie et le mercredi jour de la répétition, malade ou non, nous faisons un effort sur nous mêmes pour dépasser nos maladies et usures du temps et les jours de concerts, nous nous  pouponnons toutes coiffées (le coiffeur fait des affaires !) et habillées pareilles (cela me rappelle ma pension de jeunes filles !)  Nous donnons le maximum et nous rajeunissons momentanément de 20 ou 30 ans et c’est bien agréable ! et puis je suis de bonne humeur après avoir chanté. » Comme le disent Spinoza mais aussi Alain « on ne chante pas parce qu’on est heureux mais on est heureux parce qu’on chante »

Le musicien peut ralentir la maladie et le vieillissement avec son art. C’est le secret du maintien de la jeunesse, un élixir désormais reconnu qui  permet de garder plus longtemps ses facultés d’énergie vitale, de capacités motrices, de mémorisation, et donc de lutter contre le vieillissement cognitif. Le fait d’organiser son emploi du temps est excellent pour le cerveau.
La sérotonine est liée à la bonne humeur et entraine un mieux être.


9°) « Moi ce que je sais, c’est que depuis que je chante en chorale depuis 3 ans, je mémorise mieux. Quand je chante, ma mémoire est stimulée et je me rappelle des souvenirs enfouis que je croyais oubliés". « J’ai eu du mal au début à mémoriser musiques et paroles mais j’ai réveillé ma mémoire qui s’endormait et je réussis mieux mes mots fléchés et questions pour un champion, je suis plus stimulée. »
La musique donne une compétence cognitive, qui développe des activités cérébrales, des connexions entre les synapses des neurones qui améliorent la mémorisation et en fait maintient la plasticité du cerveau, ce qui a été maintes fois démontré. L’évolution de l’homme est due à son cerveau qui s’est développé (3 fois plus gros que notre ancêtre préhistorique). Ce sont les interactions, les connexions qui renforcent les neurones et qui étant de plus en plus gros et rapides font « du haut débit » !

Si les neurones ne servent pas, il sont abandonnés, et à partir de 65 ans leur nombre décline. C’est pourquoi, il faut avoir des émotions raisonnables, et s’en servir par différentes activités intellectuelles, de mémorisation, de concentration, d’anticipation, d’apprentissages différents…Mais il faut que le travail et le plaisir aillent de concert (sans jeux de mots) et que le circuit de récompense soit mobilisé.
Le musicien a une mémoire exceptionnelle notamment procédurale où les doigts reprennent ce qui été travaillé par un exercice quotidien. Ainsi par exemple, la pianiste et responsable de cette chorale, a la DMLA ne peut plus lire la musique mais joue par cœur et entend toujours par contre les fausses notes ! Malgré son grand âge, elle connaît plus d’une centaine de morceaux par cœur ….L’hippocampe siège de la mémoire est vraiment beaucoup sollicité. L’acide glutamique présent dans beaucoup d’aliments notamment les tomates, crustacés, fromages permet d’améliorer la mémorisation et la capacité d’apprendre et est un excitant important des neurones.
Est-ce que le menu donné à la chorale est une clé du dynamisme de cette chorale ?



10°) « Je suis fière de cette chorale qui génère un enthousiasme communicatif dans un foyer de personnes âgées où il n’est pas évident de créer une activité stimulante.
La chorale est devenue un moment fort de nos activités et de notre image »  dira la directrice.  « Lors d’un concert, les enfants découvrent que leurs mères chantent ! des variétés comme du classique et en restent pantois … c’est assez amusant et dynamisant. Souvent notre pianiste joue le matin sur son piano dans le salon du Debussy, Schubert … et tous accourent pour écouter et cela finit en « bœuf » sur des chansons anciennes en véritables apéritifs concerts ! » 
« Ce qui me plait, lui répond une résidente, c’est que notre chorale n’est pas une animation de l’extérieur subie mais une activité interne choisie. Nous avons la chance d’avoir parmi nous une professeure de musique, pianiste, qui nous fait des petits concerts et qui a dirigé des chorales d’enfants et d’adultes toute sa vie… donc une professionnelle rigoureuse mais pédagogue qui tire de nous des choses insoupçonnées et nous fait progresser. En plus sa sœur, ancienne prof de musique aussi, vient nous aider. »
Le fait d’auto-organiser ses activités rend actifs au lieu de consommer des activités imposées de façon passive, et le cerveau est beaucoup plus sollicité en amont : dynamisme, créativité, organisation, communication… bien avant de chanter.



11°) « Peu de choristes connaissent la musique dans cette chorale « indique la fondatrice et responsable de cet ensemble. « Timides, n’ayant pas eu d’éducation musicale, il a fallu peu à peu chanter des choses simples et connues. La musique est subjective et produit de notre culture et de notre écoute permanente. C’est pourquoi nous ne travaillons que des chansons qui ont du sens pour eux : variétés de leur jeunesse ou airs connus classiques. La musique est un langage universel mais surtout culturel quand on se rencontre avec des classes d’enfants dans des rencontres intergénérationnelles, nos vieilles chansons et les tubes classiques célèbres leur sont inconnus". « C’est vrai, indique un choriste, nous avons toujours baigné dans différentes musiques qu’on nous a assénées, qu’on a aussi choisies et comme nous sommes un groupe homogène d’âges comparables avec les mêmes repères, appartenant à la même culture, au même pays, à la même époque, nous avons dans la tête et dans nos cœurs les mêmes mélodies et celles-ci ont du sens pour nous quand on les chante. »
La musique langage universel et culturel.
Tous les peuples de tous temps ont fait de la musique : c’est un langage essentiel pour l’homme et universel. Bien sûr il y a des invariants musicaux de base (des sons qui font des notes différentes qui montent ou qui baissent créant une gamme, un style de mélodies, des fréquences graves et aigues, des rythmes lents et rapides, des rythmes simples ou complexes répétés et connus, la mesure qui donne une pulsation et qui génère le mouvement voire la danse, des sonorités d’instruments, vents, percussions, cordes, chant….) tout ceci est commun à tous les hommes sur terre. Mais une fois cette généralité énoncée, les musiques sont plurielles : tons, demi-tons, quarts de tons, modulations, gammes, harmonie, contrepoint, instruments, traitement du son et les déclinaisons de la musique des hommes sont très différentes et culturelles.
L’acculturation musicale est fondamentale. 
Nous avons tous vécu dans un environnement musical culturel spécifique, nous naissons en tant qu’être humain musical car notre première expérience est d’entendre le rythme d’abord (la voix de nos mères). A un mois de grossesse les neurones apparaissent et le bébé nait avec un capital de 100 milliards de neurones ! Puis viennent les mélodies simples quand on est enfant et qui sont mémorisées donc un premier formatage culturel sur une gamme de sons et de rythme.Toutes les musiques du monde se sont construites différemment, et entrainent un plaisir pour une population donnée . Ainsi un mélisme arabe avec des quarts de tons, une gamme tonale pentatonique asiatique, une harmonie occidentale ou des rythmes africains complexes seront perçus différemment (admirés voire repoussés). Un amateur de jazz moderne admirera un solo basé sur des accords altérés alors qu’un autre musicien trouvera cela inaudible et désagréable.


Ce qui est sûr c’est qu’écouter et voir cette chorale puis entendre les témoignages des choristes donne une leçon de vie bien stimulante. Pour plus de connaissances sur les neurosciences et la musique voir les écrits des professeurs Lemarquis, Bigand etc



Reportage de notre envoyé
Don José.