dimanche 5 juin 2022

Qu’as-tu fait de tes talents ? Une réflexion croisée de musiciens sur cette question. What have you done with your talents? A cross reflection of musicians on this question.

par José- Daniel Touroude et 17 musiciens cachés

Je me lance dans une réflexion que beaucoup de musiciens (et autres) à la retraite se posent sur l’interrogation célèbre : Qu’as-tu fait de tes talents ? L’époque était propice pendant la pandémie, pour certains musiciens à une introspection, à réfléchir sur leur vie et à concrétiser leurs pensées.

Nous allons montrer à partir de cette parabole plusieurs visions et évolutions des valeurs enseignées à travers des expériences de vie de musiciens souvent âgés. J’ai résumé les conversations que j’ai eu avec certains musiciens, plus ou moins talentueux, amateurs ou professionnels. En fait cette question était récurrente et revenait sans cesse d’où la demande à des musiciens amis qui, sous couvert d’anonymat, ont pu s’exprimer librement. Certains propos proches et complémentaires ont été regroupés, l’important étant la richesse des idées énoncées qui en fait reprennent toutes les idées énoncées de la parabole chrétienne et même sur ses extensions athées.

Un rappel : Au démarrage cette question est tirée d’une parabole de Jésus citée dans l’évangile de Matthieu.  

Les étapes de la parabole : 1° Le Maitre part et confie à certains serviteurs employés la même mission : gérer un trésor (des talents) avec des sommes différentes pour chacun en son absence. 2° Liberté totale des actions de gestion du trésor par les serviteurs. 3° Le retour du Maitre avec une évaluation et le jugement sur la mission confiée et les actions menées.

 La parabole est un récit enseignant une morale à suivre qui permet une réflexion structurante pour organiser sa vie et/ou celle des autres. La parabole raconte au premier degré une histoire courte mais qui engendre rapidement un deuxième degré symbolique, puis à un troisième degré, une méditation philosophique pouvant être déconnectée de toute religion. 

Le talent, au sens propre, était physiquement une monnaie précieuse d’or ou d’argent considérable, en fait un trésor équivalent à plusieurs années de travail à l’époque. Très vite cette parabole connue est riche d’enseignements puisqu’elle a traversé les siècles et les pays en subissant nombre de dérives, d’applications, de réflexions comme actuellement dans le développement personnel ou comme dans le management des ressources humaines.

Car dès le départ le talent, au sens figuré, voulait dire aussi don, capacité, aptitude exceptionnelle, possibilités rares, un trésor en fait qu’il faut faire prospérer quand on a la chance de l’avoir reçu. Ici il ne sera question que du don musical.

 La parabole des talents fut célèbre à cause de ce glissement vers différentes définitions du mot au figuré et qui permettent une réflexion parce qu’elle pose une question fondamentale que tout le monde se pose un jour ou que l’on vous pose : Qu’as-tu fait de tes talents ? de ce trésor que tes parents et éducateurs t’ont donné, que les événements et opportunités ont permis et que ta volonté et tes efforts ont plus ou moins forgés ?

La question de l’utilisation de nos talents est fondamentale : nous pouvons tirer de nos aptitudes le meilleur comme le pire. 

La parabole décrit notre passage sur terre :

Le Maitre pour les évangiles c’est le Christ bien sûr et le talent confié à chacun c’est la foi chrétienne qu’il s’agit d’entretenir. C’est la première acception mais il y en a d’autres, athées, qui permettent la longévité de cette parabole. Le Maitre peut être aussi notre conscience en revenant sur nos actions (introspections), une évaluation nécessaire pour notre développement personnel pour progresser dans le mieux vivre avec soi et avec les autres. Mais elle est de plus en plus utilisée aussi par des hiérarchiques, petits maitres terrestres régnant sur les autres. L’extension de cette question existentielle possède ainsi d’autres fins entre autres développer le potentiel des ressources humaines et la productivité en entreprise. 

Qu’as-tu fait de tes talents musicaux ? puis indique nous quelle est l’idée-force de la parabole pour toi ? enfin quel est mon article que tu préfères ?

En fait nous voyons que les réponses de musiciens choisis sont très hétérogènes et complémentaires pour les trois questions.

 A : J’aurais pu si j’avais voulu ! j’étais assez doué pour la musique mais je n’ai pas assez travaillé mais je m’en sors quand même relativement bien. J’ai joué la musique qui me faisait plaisir, à savoir du jazz moderne, et j’ai progressé tranquillement tout au long de ma vie en travaillant mon instrument selon mon rythme et puis il n’y a pas que la musique dans la vie ! En fait j’ai travaillé sur plusieurs sujets car j’étais doué aussi pour les études et j’ai fait un métier qui n’a rien à voir avec la musique mais par contre j’ai toujours joué de la musique qui reste ma passion. On peut, sans passer par les études supérieures de conservatoires, en pseudo autodidacte (cela fait bien !) acquérir un niveau acceptable pour jouer correctement. L’important demeure : est-ce qu’on veut être un technicien qui maitrise son instrument pour faire de la musique ? ou passer sa vie à travailler pour exceller comme le font certains virtuoses. 

Pour moi être un artiste, c’est posséder un minimum de technique bien sûr mais surtout aimer et vivre la musique qu’on joue et la faire partager aux autres et puis la musique est un monde permettant de multiples activités passionnantes.

Pour répondre à ton autre question : pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est l’importance des notions de liberté et de choix personnel dans l’expression voire l’épanouissement de ses talents individuels. 

Nous avons tous lu tes nombreux articles dans ce blog et mon article préféré est l’interview du saxophoniste G.Badini… pompompidou !

Lire article : interwiew de G. Badini

B : Pour moi cette parabole, c’est la nécessité de subir la domination du Maitre quel qu’il soit : il fallait appeler son professeur Maitre ! puis le chef d’orchestre, et tous les autres dirigeants qui m’obligeaient à jouer de la musique qu’ils choisissaient et la jouer comme ils le voulaient. Déjà le compositeur imprime sa volonté dans la partition et on doit exécuter fidèlement les ordres, les notes, les annotations. Nous sommes que des exécutants ! … Souvent je suis fatigué de jouer toujours les mêmes répertoires car je joue un instrument qui est rarement soliste ! Heureusement l’orchestre, le syndicat et les fraternelles permettent de créer une communauté intéressante où d’ailleurs j’ai puisé tous mes amis. Mais quand je suis seul et que j’ai fini mon boulot de musicien, car pour moi c’est un travail comme un autre, je peux jouer librement pour moi et improviser en rebelle, sans notes, avec des grilles harmoniques sur mon piano que je maitrise plus ou moins ! j’ai aimé ton article sur le festival de Royan, c’était mon état d’esprit et ma conception de la musique mais il faut travailler pour manger…

Comme beaucoup, nous critiquons le comportement autoritaire des chefs, du maitre, qui conduisent leurs musiciens-employés par un pouvoir vertical de type militaire (les ordres, la mission à réaliser, les réprimandes voire les punitions des managers) et la parabole est explicite là-dessus.

Par contre, je suis à l’aise lorsque on laisse le pouvoir vertical pour aller vers l’autorité horizontale et donc à l’expression des talents complémentaires des uns et des autres formant une équipe opérationnelle et soudée en réflexion collective. C’est pourquoi je préfère jouer la musique de chambre mon plaisir, à la musique symphonique, mon job, mais la musique de chambre ne nourrit pas son homme !



Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est aussi la glorification du libre arbitre, de la liberté mais aussi d’en payer le prix ! j’aurais aimé être un musicien libre comme Michel Portal et jouer ce qui me faisait envie, toutes sortes de musiques mais je n’avais pas son talent ni sa force psychologique… donc j’ai enfoui mon talent dans la fosse ! mais je suis lucide, pas nostalgique, ni jaloux, mon talent est de constater mes possibilités dans un monde qui ne me plait guère.

Lire l'article sur le festival de-musique-contemporaine.html

C : Je suis assez contente de moi, j’ai utilisé mes talents modestes au demeurant, mais j’ai bossé, bossé sans relâche et j’ai eu une vie personnelle et professionnelle réussie car j’ai optimisé. Je ne pense pas que j’aurais pu avoir un orchestre et un conservatoire plus prestigieux vu mon niveau. Le métier de musicien c’est de vivre à la fois dans la compétition permanente mais aussi dans la coopération pour jouer ensemble et cela ce n’est pas facile à faire.

Je n’ai jamais voulu être une soliste, une star donc une rivale pour certains et puis je suis devenue une bonne pédagogue et cela ce fut une surprise ; peut- être ne faut-il pas être trop fort pour se mettre au niveau de ses élèves (mais j’ai eu des élèves qui ont dépassé leur professeur !) et j’ai pu faire aimer la musique à beaucoup donc ma mission est réussie comme dans la parabole. Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est la valeur travail qui est sublimée car le don est rare, un vrai trésor qui doit être fructifié et pour cela si on en possède un, même limité, il faut avoir la volonté et l’envie de travailler beaucoup et sans cesse !

Ce qui me gêne par contre dans cette parabole c’est l’exclusion de la majorité, cette aristocratie élitiste choisie par le Maitre montrant que le talent comme la musique sont réservées à quelques-uns. C’est pourquoi, j’ai toujours suivi le projet de Jack Lang sur la fête de la musique où tous jouent, bons ou moins bons, en amateurs au sens étymologiquement du mot qui aime sans comparaison de niveau. J’espère jouer encore longtemps, en fait jusqu’à la fin comme ta mère.

Ton article préféré dans ce blog : Vivre-vieux-et-mieux-grace-la-musique.html

D : Mon talent est d’avoir compris assez rapidement lors de mes prestations, de mes études supérieures et des master-class que mon talent était réel mais limité. Avec la compétition permanente sous-jacente dans ce monde musical, ces concours à répétitions, j’ai rencontré vraiment des grands musiciens doués. Mais comme je ne pouvais pas vivre en dehors de la musique, j’ai pu jouer en amateur averti de la musique de chambre surtout ou en petit orchestre voire me hisser en soliste, jouer différents styles de musique selon mes envies, faire des concerts de qualité, de devenir aussi un collectionneur de mon instrument et un mélomane doté d’une culture musicale variée et solide.

Dans le métier de musicien, la chance est importante et n’est pas toujours liée au talent et rechercher le succès à tout prix n’est pas un gage de réussite et d’épanouissement. Je suis toujours admiratif des autodidactes, ceux qui ont la musique vraiment en eux et qui n’ont pas eu la chance de faire des études poussées mais qui régalent les autres quand même avec des musiques très diverses mais de qualité.

On me considère comme un dilettante doué, un amateur original et ce jugement me satisfait ! mais moi je me considère aussi comme un artiste, fantaisiste peut être mais qui n’est pas un esclave de son instrument. En fait en jouant je me fais d’abord plaisir car pour moi un dilettante joue de la musique d’abord pour soi, voire pour recevoir des signes d’admiration, et parfois pour faire plaisir aux autres.

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, c’est de ne pas se comparer et jalouser les autres plus doués et qui ont plus de talents que vous, mais de suivre sa route, d’avoir surtout confiance dans l’avenir et si possible de récolter ce que l’on a semé, sans chercher à avoir des résultats à montrer et une reconnaissance ou un statut à rechercher. Le jugement des autres, du public, des Maitres… je m’en fous ! par contre je m’évalue sans cesse et je suis souvent assez dur avec moi-même notamment dans les enregistrements.

Article préféré dans ce blog écrit par JDT : cela dépend de mon humeur mais Le Maître des clarinettiste : KLOSE

E « J’aime cette question existentielle de Jésus où le talent est la foi en Dieu à faire prospérer car je suis proche des valeurs morales enseignées. Sa vision religieuse qu’une vie réussie est plus importante que la réussite matérielle et professionnelle est fondamentale pour moi. La musique pour moi est d’abord sacrée et n’a été qu’un moyen pour accompagner ma foi et celle des autres tous les dimanches à l’orgue, en chantant des cantiques et dans une bonne chorale de musique sacrée. J’ai parcouru ainsi le monde et j’ai vu la puissance de la musique sur des sociétés bien différentes. Même si on utilise le sens figuré de talent comme don donné par Dieu, il est très rare et ceux qui en sont pourvus doivent l’entretenir, le faire fructifier sinon c’est une offense à notre Créateur et aussi à nos parents, éducateurs qui ont essayé de le développer.

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est d’avoir toujours la foi, c’est la vision religieuse et des qualités morales et éthiques qui permettent aussi d’avoir confiance dans la vie, l’espoir du lendemain, le partage et l’amour pour les autres et leur faire plaisir (ainsi quand je joue bénévolement) et je plains ceux qui n’ont pas de vie spirituelle et qui sont abreuvés de musiques débiles qui obscurcissent leurs possibilités d’écoute et d’émotions. Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT : Méditation et pratique des instruments à vent 

F : Moi, je n’ai pas eu un contexte favorable pour faire éclore mes talents : famille, école, environnement, conjoint, travail… rien n’a été stimulant et j’ai lâché prise dans la compétition permanente qui structure le métier de musicien qui est un métier difficile. J’ai renoncé il est vrai à force d’en avoir assez à me battre avec moi-même et les autres, car j’étais seul et sans aides et en plus je devais gérer mon manque de confiance en moi, le trac et d’avoir recours à la médecine (tu as écrit un article sur ce sujet !). Avoir la volonté de faire des exercices tous les jours en sachant que je ne pourrais jamais égaler les meilleurs est dur à gérer… j’avais peut-être des aptitudes pour la musique mais pas le mental. 

Je me suis donc tourné vers des musiques plus faciles et moins exigeantes mais en faisant quand même de la qualité car j’ai été formaté quand même par un conservatoire régional. J’ai trouvé ma voie dans des concerts et studios d’enregistrement, d’orchestres de variétés en accompagnant des musiciens plus ou moins bons mais au royaume des aveugles, le borgne est roi ! et en plus la vie et les gens étaient souvent sympathiques. Mes talents ont été reconnus et ont pu s’exprimer en fait dans la joie et la bonne humeur et en plus me faire même gagner correctement ma vie comme musicien et arrangeur. Je suis aussi professeur et cela est très enrichissant (sauf matériellement !)

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole est que ce ne sont pas les résultats qui comptent mais les efforts consentis malgré les inégalités de départ. Nous n’avons pas tous les mêmes cartes pour jouer ! et l’important c’est d’avoir l’espoir, la foi dans ses capacités, sa résilience, d’être bien dans sa peau et après de faire au mieux avec ce qu’on a. Ce sont ces valeurs présentes dans la parabole de Jésus que je transmets à mes élèves. Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT : je me suis retrouvé souvent dans l’interview de Bernie :  Vie d'un musicien de studio

G : On me dit que j’ai pris la mauvaise route, que j’ai gâché mes dons musicaux en faisant la fête, que j’étais peu responsable comme un enfant gâté en pensant qu’avec mes capacités, ma chance et ma famille aisée, leur réseau et leur fric je réussirai quand même ! La question est pour moi redoutable car comme dans la parabole j’ai enfoui mes talents pour des paradis artificiels et futiles et surtout les filles, la rigolade mais je me suis éclaté ! Mes résultats après toutes ces années ne sont pas terribles. Merci José pour la statue du commandeur ! dur à supporter mais c’est le passé ! Moi désormais, j’attends la deuxième partie de ta discussion sur que ferez-vous maintenant de vos talents, j’ai des projets d’avenir…et là j’ai droit à une deuxième chance pour faire éclore mes talents non ?  

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est l’éloge du libre-arbitre, la responsabilisation individuelle et surtout le fait d’assumer les conséquences de ses choix car il y a toujours un temps pour le jugement (du Maitre, des autres ou de soi)

Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT : Quiz et anecdotes amusantes car le musicien a trop tendance à se prendre au sérieux ! Mais où est le plaisir que la musique avec les copains (et copines !) te procure et qu’on a partagé… tu es devenu bien sérieux !

H : Vous me faites rire, moi je suis doué pour pas grand-chose et la musique était une des rares matières qui me plaisait et que j’arrivais à faire. Donc je suis devenu musicien professionnel et suis rentré dans l’armée. Ma vie est une succession d’échecs aux concours importants musicaux et de ratages personnels car j’avais le trac même avec le secours de médicaments. Dans le groupe ça va, je fais mon job dans un orchestre. J’ai l’impression d’être un imposteur quand on me prend pour un musicien talentueux. J’assure c’est vrai mais sans talent particulier, comme un bon artisan c’est tout.  

Les dons sont difficiles à expliquer : précocité, originalité, créativité, fulgurances créant des ruptures géniales dans les sciences et les arts ouvrant de nouvelles perspectives. Le talent exprime la supériorité intellectuelle, artistique et sportive de certains, voire pour d'autres encore plus forts le génie. Le talent est rare (5% de la population selon Mac Kinsey), c’est un don exceptionnel et cela m’agace de le voir se banaliser pour tout et n’importe quoi et n’importe qui, encore plus quand ce sont des gamins, considérés comme des stars, des prodiges à haut potentiel, des surdoués, voire des génies etc…que de frustrations on leur préparent ! » beaucoup de musiciens ont un égo surdimensionné et n’ont pas le sens de la mesure ! ce qui est gênant évidemment ! avoir des doigts c’est à la portée de n’importe qui  à condition de travailler mais le mental de jouer en soliste devant un public, il faut être narcissique, mégalo, inconscient et autres qualités…(.rires ) ou se bourrer de drogues ou bien avoir un réel talent !

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, c’est que même si on n’est pas parmi les meilleurs, qu’on ne fait pas partie des élites, des premiers de cordée, on peut réussir à condition de ne pas s’illusionner sur soi et de se contenter du don que l’on a et ne pas forcer le destin car le retour de bâton, je l’ai vu pour certains, peut être catastrophique ! je suis le 2èmeserviteur de la parabole !

Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT La médecine au secours des musiciens

I « J’étais doué et très jeune mes parents m’ont mis sur orbite pour devenir un grand musicien aussi bien techniquement que psychologiquement. J’ai eu des professeurs particuliers au lieu d’aller à l’école et fait de la musique à haute dose. Aussi je suis sorti avec le 1er prix du CNSM à l’âge où d’autres y rentraient. J’ai enchainé les concours internationaux, les concerts, les disques, les festivals et je suis devenu connu surtout pour ceux qui pratiquent mon instrument. Pourtant cela ne m’a jamais monté à la tête car je devais exploiter ce trésor miraculeux donné par Dieu, le hasard ou la génétique ? je ne sais pas ! J’ai donc exploité mon talent en travaillant et en sacrifiant beaucoup d’autres choses, pratiquement tout, et j’arrive maintenant à un âge où cela devient plus difficile. J’ai joué l’essentiel du répertoire de mon instrument et puis le niveau augmente sans cesse, les jeunes poussent et je ne sais pas si je pourrais garder mon niveau et ma place. J’admire les musiciens qui jouent encore magnifiquement bien quand les autres sont à la retraite ! pour moi mon talent sera désormais d’évoluer et de me reconvertir vers la direction d’orchestre, l’amélioration de la facture de mon instrument, la formation des futures élites…

Pour moi le message de cette parabole est toujours de croire en soi, d’avoir la foi dans ses aptitudes individuelles, de pouvoir rebondir et de ne jamais renoncer même si le succès varie, même si la santé est chancelante, même si vous supportez de moins en moins bien les critiques et les décalages horaires. Il faut continuer à croire que si on veut, on peut et la musique, les musiciens et les instruments sont en constante évolution… et cela c’est formidable. Lien : articles préférés dans ce blog écrit par JDT : l’article sur la saga de Buffet Crampon

J : J’ai gâché mes petits talents en m’illusionnant sur de fausses aptitudes d’instrumentiste. J’aurais dû connaitre le principe de Peter et j’ai galéré une bonne partie de ma vie en me stressant sans cesse pour me hisser à un niveau toujours supérieur, hors d’atteinte en fait, en prenant des risques, en voulant plus de succès, de reconnaissance. Puis j’ai eu ma phase dépressive du génie romantique incompris ! J’ai cru longtemps que j’avais perdu mon énergie et mon temps mais j’ai pu acquérir des talents nouveaux par ces expériences en orchestre ! Car ce qui est sûr c’est que l’apprentissage de la musique développe des capacités essentielles de concentration, de volonté, de travail de précision et de qualité etc… pour réussir dans d’autres domaines. Je fais désormais un autre métier mais lié à la musique car c’est un domaine très vaste où on peut exprimer d’autres qualités. Et puis étudier la musique ouvre un champ magnifique de beauté et de plaisir que l’on garde toute sa vie et je plains ceux qui n’ont pas accès à la culture musicale. J’aime bien les musiciens qui pinaillent, qui recherchent l’authenticité comme l’esprit des baroqueux.



Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, est que l’absence du Christ avant le jugement dernier ne doit pas entrainer la perte de la foi en Lui. L’absence de succès qu’on estime mériter ne doit pas entrainer une perte de motivation et ne doit pas nous impacter. Mais attention que de chimères on vend au pauvre étudiant en musique ! Dans la musique comme en sport, en politique … il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus ! dans ce grand cirque qu’est la vie.

Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT : j’ai hésité entre La musique de cirquel (j’aurais adoré faire cette expérience) mais je choisis les baroqueux.

K : J’ai réussi ma vie relativement car théoriquement j’aurai pu faire encore mieux, ayant quand même des talents réels mais j’aime bien la phrase de Talleyrand : « Quand je me vois, je me désole, quand je me compare, je me console ! » mais en fait j’ai eu de la chance de pouvoir vivre de ma passion et de vivre des moments rares. Mais, en dernière analyse, pour moi l’essentiel est d’avoir réussi à constituer une famille épanouie avec des enfants mélomanes et musiciens amateurs de bon niveau donc je dois avoir quand même d’autres talents ! Etre musicienne en épanouissant son talent et enchainer des concerts tout en réussissant une vie de famille n’est pas facile … mais c’est le lot de nombreuses femmes non ? En France, nous avons la chance d’avoir un maillage de conservatoires drainant tous ceux qui sont intéressés par la musique et qui permet l’éclosion des talents et la possibilité de méritocratie. J’ai joué dans beaucoup de pays qui n’ont pas de politique musicale et que de talents sont gaspillés ! l’élitisme est mondialisé mais pas seulement en musique. On assiste actuellement à un renversement de politique des ressources humaines d’inclusive à exclusive. Au départ en France, il y avait la politique inclusive à savoir obtenir le meilleur des musiciens salariés dans l’orchestre. Désormais c’est le modèle américain de la politique exclusive c’est-à-dire obtenir et acheter les salariés les meilleurs et de les virer s’ils ne conviennent plus ou si on trouve meilleurs qu’eux !

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, est de ne pas rechercher sans cesse les récompenses, le succès, les résultats… Ils vont venir tout seul si on fait les bons choix éthiques d’une vie équilibrée sans se laisser avoir par le mirage des succès éphémères de la vie d’artiste, les dithyrambes et les critiques, qui comme nous le savons tous, sont deux mensonges.

Article préféré dans ce blog écrit par JDT : la musique de film car j’adore le cinéma et j’ai fait des concerts de Musique de fims, musiques qui ne sont pas mineures comme le pensent certains.

L : J’avais des facilités artistiques et j’ai choisi de militer et d’investir dans la politique (qui n’est pas un art !) et même si ceci fut souvent décevant, j’ai mobilisé mes talents pour réussir ma vie, à savoir avoir une position sociale. Par contre mes talents musicaux eux sont restés au second plan et contrairement à d’autres musiciens, j’ai vivoté sans rien accomplir de significatif professionnellement en musique. Et pourtant, j’ai une position enviable de pouvoir dans le milieu musical en étant proche des musiciens et de la musique. Par des chemins détournés, en fait j’ai mobilisé mes talents d’organisateur dans le monde de la musique et non grâce à mes talents non exploités de musicien ! et pourtant sans ces talents musicaux, je ne serais pas crédible avec eux pour les manager ! et puis beaucoup de musiciens sont loin des réalités pratiques et ont besoin de moi.

Une évolution m’inquiète pour les musiciens car avec la mondialisation, les recrutements sont internationaux comme les clubs de foot ! Ainsi si on a les subventions et les sponsors, on peut se payer les plus talentueux, les meilleurs évènements, donc les médias…

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole est la responsabilisation de ses actions. Il faut assumer et surtout s’évaluer pour évoluer continuellement aussi bien individuellement que collectivement dans l’orchestre et cela c’est éreintant mais stimulant. 

Survivre dans des conditions-extremes.html

Par contre je n’aime pas le jugement autoritaire final de cette parabole, nous sommes loin de l’amour du prochain (et encore chez Luc l’exclusion est encore plus terrible !) On répète aux musiciens : le seul juge c’est le public, d’autres disent que ce sont les autres musiciens ou critiques musicaux, d’autres que c’est la recette, d’autres que c’est uniquement votre progression évaluation pour tirer le meilleur de soi, d’autres c’est la cohérence de l’équipe …. C’est pourquoi j’aime bien l’introspection individuelle que suscite cette question mais il faut la poser aussi en groupe (ce sera ma prochaine animation de team bulding)

Articles préférés dans ce blog écrit par JDT : la résilience que donne la musique : il faut se battre sans cesse contre les obstacles pour faire vivre son orchestre mais certains de tes articles montrent aussi plus gravement que pour « survivre dans des conditions extrêmes » on le peut grâce à la musique qui transcende tout. Il faut lire aussi ton article sur le camp de Thérezin pour ceux qui ne connaissent pas cette monstruosité. Terezin

M : Je ne veux pas répondre à ta question ! elle est trop personnelle et trop figée dans le temps. Il faudrait la poser tous les 10 ans ! Je sais que je suis dans le déni mais réfléchir n’est pas un plaisir pour moi, ni même utile concrètement. Je ne suis pas encore à la retraite et ta question devrait être : qu’as-tu fait ? OK mais surtout que vas-tu faire de tes talents encore inexploités ? que fais- tu de ta vie actuellement et pour les prochaines années ? ma carrière n’est pas terminée, j’évolue dans le jazz moderne, je me cherche, je compose… bien sûr je ne suis pas arrivé à la bonne époque pour vivre avec ou dans l’ombre des géants du jazz, ni peut être dans le bon pays. Mes impros sont peu académiques et peu publiques car je ne fais aucune concession. Je me sens incompris souvent mais j’ai du talent, je le sais ! simplement je n’arrive pas à le faire reconnaitre. J’adore le sound painting qui me libère ou un bœuf mais tout ceci n’est qu’aléatoire et ponctuel.



Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, est d’avoir confiance dans l’avenir si on a la foi et si on est prêt à s’engager même sans aucune visibilité. C’est pourquoi je pars ailleurs pour ouvrir mon horizon notamment dans la musique de film. Les employés de la parabole ne savaient rien du retour possible du Maitre ! et certains ont quand même agi comme si…

Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT : j’ai bien aimé les ponts que tu fais entre la      musique de jazz et peinture abstraite.html     

N : J’avais des aptitudes musicales, sportives et scolaires et en fait je n’ai rien fait de sensationnel. Pourquoi ? parce que je pensais que les dons suffisaient et au début c’était vrai (sautant des classes au collège et à l’école de musique, on me disait surdoué !) mais travaillant peu, papillonnant sur plein de sujets, j’avais trop d’orgueil et de foi en moi, n’écoutant pas en fait les professeurs, les parents. Puis devenu étudiant à Paris, l’écart était devenu trop grand avec les autres talentueux qui eux avaient progressé dans tous les domaines. Alors au lieu de m’accrocher, j’ai tout abandonné et j’ai enfoui comme le troisième serviteur mes talents dans la terre que décrit la parabole… et j’ai passé le concours et pris un poste de prof ! j’écoute beaucoup de musique sur les chaines spécialisées mais parfois ta question m’obsède ! Ma vie musicale c’est le Titanic ! beaucoup d’espérances au départ, mais un naufrage à l’arrivée. Le jugement du Christ relaté par Matthieu est terrible (ceux qui ont, auront encore plus et ceux qui ont raté on leur enlèvera même ce qu’ils ont !) c’est l’effet Matthieu en sociologie par Merton que tu m’indiques… c’est aussi le monde capitaliste dans lequel baigne le monde musical : malheur aux faibles et aux vaincus ! à ceux qui n’ont pas toutes les qualités aussi bien techniques, que psychologiques pour tenir, malheur à ceux qui ne suivent pas le rythme ! ils regardent vite les autres sur le banc de touche !(les sportifs, danseurs etc…vivent les mêmes choses)

Lien : article préféré dans ce blog écrit par JDT le clarinettiste fantôme du Titanic of course.  

O : Malgré les handicaps sociaux, mes talents personnels m’ont servi à faire une belle carrière, à gagner correctement ma vie et c’est l’essentiel car je viens d’un milieu très modeste et je connais la valeur de l’argent pour être libre et heureux. Heureusement que j’ai eu des professeurs formidables, une harmonie municipale excellente qui a été le creuset de mon engagement musical, des conservatoires régional et national très formateurs et la protection de la musique militaire pour assurer la base matérielle de ma vie. Puis j’ai cachetonné sans cesse, je suis un requin de studio, j’ai été dans un orchestre symphonique prestigieux. Pour moi la musique fut un ascenseur social fabuleux étant peu favorisé socialement au départ. Puis devenu soliste, j’ai été rapidement valorisé et reconnu par mes pairs et j’ai partagé mon expérience dans des master-class tout en faisant des croisières et autres interventions juteuses. Mais je n’oublie pas la galère passée, la volonté farouche et l’énergie qu’il a fallu déployer, le travail permanent pour arriver à sortir du lot et avoir le privilège d’amuser les autres !

Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole, est de profiter des opportunités et d’optimiser avec ce qu’on a reçu comme talent !

Et que tout don sans travail est bien insuffisant. Mais cette parabole doit être critiquée aussi car c’est aussi montrer la grande inégalité de fait entre les personnes au démarrage ce qui induit un peu l’arrivée. L’exclusion des uns et l’intégration des autres, la domination du Maitre et la soumission des serviteurs employés, l’élitisme dans la musique, la compétition permanente pour avoir le droit de jouer avant la coopération parfois factice, parfois réelle en orchestre entre les vainqueurs du paravent !. 

Il faut se battre sans cesse et j’ai connu nombre d’excellents musiciens qui n’ont pas réussi pleinement car ils n’avaient pas la volonté de se mettre en avant, de se vendre, de subir le jugement des différents chefs… j’arrête je deviens de plus anarchisant.

Lien : articles préférés dans ce blog écrit par JDT : c’est le Dupinophone, la clarinette du pauvre de l’époque utopique où on espérait que le peuple devait accéder à la musique avec des instruments simplistes et originaux. (René Pierre dans ce blog a fait aussi des articles fort intéressants sur ces inventions.)

P : je pense souvent à cette parabole car j’ai eu un don musical rare et évident : l’oreille absolue où le moindre bruit est pour moi une note. D’ailleurs ton chat vient de miauler et faire un Réb ! et juste en plus au diapason 440 ! (rires) et cela me rappelle Rossini… avec Nathalie Dessay que tu avais mis dans un de tes articles et qui a bien fait rire mes amis.

J’avais des dons comme pianiste très jeune et la question était : que vais-je faire de mes talents ? mais je suis tombé malade et je suis devenu mal voyant et cela m’a freiné puis je suis devenu aveugle ! je suis donc devenu accordeur de piano et professeur de piano et je tiens l’orgue à l’Eglise. J’ai étudié l’art thérapie musicale pour des associations d’handicapés et ainsi j’aide les autres plus atteints que moi, les handicaps sont tellement multiples. Je suis devenu aussi un adepte et professeur de Tai Chi et Gi Gong et de méditation. Je joue aussi pour les maisons de retraite et j’ai la joie de vivre car si je n’ai plus la vue, j’ai la musique en permanence qui est pour moi fondamentale, la source d’une vie heureuse. Pour moi être sourd serait plus dur ! voilà ma résilience et ce que j’ai fait avec mes moyens réduits car la parabole m’a appris que l’on doit faire avec ses possibilités même si Dieu ou les accidents de la vie vous rognent les ailes.

Dernièrement j’ai lu tes anecdotes musicales de ton blog à des personnes souffrantes et on a bien ri et cela a redonné le moral à tous. Merci ! On me lit parfois certains articles même si c’est un peu trop clarinet forever pour moi. J’ai une demande : pourquoi ne mettez-vous pas certains articles généralistes de votre blog en bibliothèque sonore pour mal voyants avec des illustrations musicales ? Pour nous c’est vital car nous nous en servons quotidiennement. J’ai fait un exposé à partir de ton article sur le diapason mouvant et l’histoire de la musique avec des illustrations musicales il y a peu et cela a beaucoup plu.

Je t’avais posé cette question : comment peut-on être passionné à collectionner des instruments de musique si on ne joue pas avec ? J’ai lu tes articles sur la psychologie des collectionneurs … on en reparlera …

Liens : Diapason mouvant




R: l’expression du talent peut être la conséquence d’un don au démarrage et d’une discipline de vie rigoureuse suivant une approche déductive d’études dans les conservatoires avec solfège, harmonie etc…. C’est la voie royale que j’ai suivie. Mais moi, je préfère de plus en plus tous les musiciens qui ont une approche inductive, brute, émotionnelle qui ont la musique en eux, qui ont la musique dans le sang et qui sont talentueux à leur manière, même si certains ne lisent pas bien la musique et ont une culture musicale partielle.

Les talents ont aussi surgi des peuples : vous avez écouté Paco de Lucia et Camaron et actuellement Romero en flamenco ? Amalia Rodrigues en fado portugais et actuellement Mariza, Misia ?, la musique latino et la bossa nova brésilienne de Jobim ?, la musique klezmer avec le Sirba Octet ?,  la musique créole ?, la musique tzigane ?, le jazz bien sûr, Oum khalsoum et ses mélismes et la musique arabo-andalouse envoutante ? et n’oublions pas la musique asiatique etc… Le talent est partout et j’ai une pensée aussi pour tous les intermittents qui animent les bals avec de la musique populaire variée, les fameuses variétés, qui ont aussi diffusé toutes sortes de musiques simples qui ont forgées les oreilles musicales des peuples et surtout créer le support de la danse. (Oui j’ai toujours dansé à cause de mon cervelet sans doute !)

Pour moi ce sont des instinctifs et des bons musiciens qui ont appris sur le tas, en formation professionnelle tout au long de leur vie et qui n’ont rien à envier avec ceux qui ont suivi la voie des conservatoires et qui sont et restent passionnés.

Depuis quelques décennies, on assiste à la professionnalisation des musiciens autres que classiques y compris dans les conservatoires nationaux au plus haut niveau (exemple la classe de jazz au CNSM). Je regrette qu’à mon époque cela n’ait pas existé …

Quant à la parabole, je suis profondément athée, l’essentiel a été dit sur les valeurs transmises par ce texte. Je suis un lecteur assidu de votre blog étant aussi un peu chineur et collectionneur et j’aime tous vos articles c’est si varié. Continuez les papys !



José plane avec sa clarinette… (« La clarinette bleue » gravure d’AVATI)

 

Et vous qu’avez-vous fait de vos talents ?









dimanche 8 mai 2022

Vichy : étude Laurent, 7 mai 2022 : une vente d'instruments de musique pleine d'enseignements.

Encore une prestation à Vichy remarquable avec des instruments exceptionnels. Vichy est définitivement le lieu de rencontre des collectionneurs, amateurs, antiquaires, musiciens qui s'intéressent aux instruments anciens.

Des merveilles à portée de mains même si au niveau de l'acquisition cela se complique puisque les prix s'envolent pour le haut de gamme.  Quel plaisir de pouvoir toucher, photographier, observer, découvrir des instruments qui sont intouchables dans les musées et collections, de découvrir une nouvelle marque, un système inconnu....une découverte qui remet en question vos certitudes sur un facteur ou l'évolution d'un instrument.

Et puis bizarrement certains instruments  ne se vendent pas et  n'ont plus la cote. Achetez de la clarinette en ce moment, l'absence de grands collectionneurs affaibli le " marché ". De superbes modéles sont à portée de bourse pour quelques centaines d'euros.

Etienne et Guy LAURENT
Que vous soyez collectionneur international ou amateur débutant, il y en a pour toutes les bourses.

Lorsque que l'on résume les ventes de vichy on a plus tendance à parler des pièces exceptionnelles que des bonnes petites affaires et pourtant ce samedi il y en a eu comme cette clarinette de Dobner et Felklin à Strasbourg pour 450 euros au marteau, ce qui est vraiment raisonnable pour un instrument en parfait état du début du XIXème plutôt rare et bien conservé.

Clarinette Sib à 5+4 clés de Dobner et Felklin 
à Strasbourg
Mais à l'extrême, la vente du rarissime piano-forte de Johann Kilian MERCKEN a été très spectaculaire, avec une enchère de 100 000 euros qui adjuge le premier piano-forte français en forme de clavecin de 1768 à la somme record de 180000 euros. " un record ".
Cliquez : pour tout savoir sur ce piano-forte de Mercken

Mais si vous êtes fan d'Eric Clapton et que vous jouez le blues, vous pouviez acheter cette guitare électrique solidbody Gibson modèle Les Paul Deluxe gold top de 1969 pour 9000 euros sans les frais.
Mais vous préférez la musique écossaise alors pourquoi pas cet Uilleann pipes pour 5000 euros.

 


Du folklore oui mais français Monsieur !!!!
Alors choisissez cette merveilleuse vielle d'un luthier parisien d'origine Alsacienne : "Nicolas Melling était d’origine strasbourgeoise, était établi à Paris. Il s'était installé rue Froidmanteau ou Fromenteau attesté en 1750 et 1763, puis place du Louvre à l’enseigne « A la belle Vielleuse », rue des Orties, galerie du Louvre en 1771. Il se fit aussi une réputation dans la facture spéciale de vielles organisées ".

Vielle plate de N. Melling à Paris : 4600 euros sans les frais

Vous connaissez sans doute ce grand facteur du XVIIIème siècle : Charles Bizey qui publiait en 1749 dans le Mercure de France : " le sieur Bizey, inventeur de plusieurs instruments à vent, avertit qu'il travaille toujours avec succés et perfectionne plus que jamais ces sortes d'instruments. Comme il a été malade pendant quelque temps, les jaloux de cet Art ont publié méchament que le Sieur Bizey étoit estropié et même mort, ce qui est une fausseté. Cet artiste est en pleine vie et jouit d'une parfaite santé. Il a même depuis peu inventé des hautbois qui descendent  jusqu'au Gerésol, comme le violon. Il en a inventé aussi d'autres, qui sont a l'octave des Haut bois ordinaires, imitant parfaitement le Cor-de-Chasse. Il demeure toujours rue Dauphine à Paris".
Hautbois de Charles Bizey vers 1730 adjugé au marteau 22000 euros.
Une flûte à bec basse en Mib vers 1720 de I.G. Strehli en Allemagne adjugée pour 15000 euros sans les frais.

Du coté des flûtes traversiéres : une superbe flûte de Piering à Berlin vers 1820 pour 6500 euros.

Ou cette flûte en argent , embouchure en or de Th. Boehm et Mendler de Münich pour 5000 euros.

Et bien sur cette trés belle flûte de Claude Laurent en cristal, à une clé articulée, datée de 1812 pour 16000 euros.


Vous voulez jouer Brahms à la clarinette....mais pour cela il vous faut un set de clarinettes de Ottensteiner identique à celui que jouait Richard Mühlfeld le célèbre clarinettiste spécialiste de Brahms.
Trois clarinettes de Ottensteiner pour 20000 euros sans les frais.
Les hautbois ténor du XVIIIème sont rares, en voici un de  Andreas Kinigsperg de Roding pour 8000 euros hors frais.


Au niveau des hautbois ce baryton de Triebert pour 8500 HF
  
Ou ce magnifique hautbois de Porthaux à Paris de 1790 pour 6000 euros HF.


Et enfin pour les cuivres cette très rare trompette circulaire de Raoux ayant jouée à l'Opéra comique de Paris dés 1825.

Et bien d'autres instruments, tous intéressants .......




lundi 4 avril 2022

Nicolas Desrousseaux (1716 - 1783) luthier à Verdun.

Nicolas DESROUSSEAUX naquit le 8 mars 1716 à Vachérauville, petit village de la Meuse, situé à une vingtaine de kms de Verdun. Son père Jean DESROUSSEAUX y exerçait le métier de manouvrier. Comme son frère Jean, il travailla d'abord comme tailleur de pierres. Vers 1735 il rentra dans l'atelier de Joseph MIRAUCOURT, luthier à Verdun et devint grâce aux conseils de celui-ci un habile luthier.

Il épousa le 14 janvier 1744 à Récicourt (Meuse), Jeanne MIRAUCOURT (1721- ?) la fille de son maître et il ouvrit un atelier de lutherie à Verdun : " A la Luth ". Ils eurent six enfants dont deux survécurent : François DESROUSSEAUX né le 20 janvier 1749 à Verdun sera Horloger. De son mariage avec Marguerite GENTY naîtront 9 enfants dont plusieurs s'allièrent avec des familles de musiciens, comme le fit sa dernière fille Angélique DESROUSSEAUX (1785 - ? ) qui épousa Jean Charles BIRCKHANN (1740 - 1844), alsacien de Sarre Union dans le Bas Rhin, chef de musique dans l'armée et dont 4 fils furent musiciens militaires.

Quinton de Nicolas Desrousseaux de 1733. (Collection Tony Bingham)

A la mort de Nicolas DEROUSSEAUX, le 12 août 1783 à Verdun, c'est son deuxième fils Jacques DESROUSSEAUX (1754-1818), qui lui succéda comme luthier, installé rue Chaussée à Verdun. Il avait épousé le 15 juillet 1788, Marguerite DIDIER, la fille d'un sellier de Verdun. Leurs enfants sont décédés en bas âge et l'atelier disparaîtra avec la mort de Jacques DESROUSSEAUX qui interviendra le 27 décembre 1818 à Verdun

Il reste quelques zones d'ombre sur Nicolas DESROUSSEAUX : Il semble que ce luthier a été très précoce et très doué comme le montre le quinton présenté dans cet article réalisé en 1733 (Il avait 17 ans) et le violon du musée de la musique de Paris de 1738 (22 ans). Son "Maître" est-il vraiment Joseph MIRAUCOURT ? Car ce dernier se déclare marchand et résidant dans un village à Souilly (Meuse) jusqu'en 1729 et réside à Verdun à partir de 1735. On ne connait pas d'instruments de ce luthier, seule une étiquette de 1743, mentionnée par Albert Jacquot dans son ouvrage : " La lutherie Lorraine et Française". En revanche A. Jacquot, dans ce même ouvrage décrit un quinton lui appartenant signé Claude MIRAUCOURT , luthier à Verdun, daté de 1741, qui pourrait être le formateur de N. DESROUSSAULT.


lundi 17 janvier 2022

Vivre vieux et mieux grâce à la musique. Live old and better, thanks to the music.

Nous venons d'apprendre le décès de la maman de J.D. TOUROUDE qui apparaissait dans cet article avec son enthousiasme et son dynamisme, passionnée de musique. 
Nous présentons à José Daniel et à toute sa famille nos sincères condoléances.
Amitiés José Daniel.





Réflexion croisée entre les expériences et le ressenti d’une chorale d’anciens et quelques explications des neurosciences.

Par José Daniel Touroude


Le foyer logement de Saint Georges de Didonne (17) près de Royan est réputé pour son cadre, au bord de l’Atlantique, par sa qualité de gestion et de services à la personne , mais aussi par sa chorale véritable centre de gravité des résidents. Donnons la parole dans un tour de table aux participants avec la question simple : Pourquoi chantez-vous et quelle importance a cette chorale pour vous ?  Cette réunion est un exercice collectif pour trouver les mots clefs, les idées essentielles pour analyser leurs ressentis et voir leurs correspondances avec les neurosciences.


1°) « La musique a une action sur ma santé qu'il est fondamental de préserver » nous indique une quasi centenaire.
« Je ne pense plus à mes douleurs, à l’ennui, à la solitude car en chantant je m’extériorise, je pense à autre chose, à ma partition, au prochain concert, j’évacue mes problèmes quotidiens et j’améliore mon bien être » dit un autre choriste.
« Pourquoi je chante en chorale, alors que je n’ai fait que fredonner seule toute ma vie ? pour une simple raison : la musique me devient aussi essentielle que de respirer et ma santé s’améliore " indique une autre participante. « Pour moi il faut de la musique avant toute chose comme le disait le poète Verlaine. Depuis que je chante je vieillis moins vite, du moins j’ai cette impression, et le stress de vieillir baisse assurément"
« De la musique jusqu’à la fin pour vivre mieux et plus vieux, j’en suis convaincue car je l’expérimente depuis longtemps ! Notre chorale nous permet de lutter contre l’échéance finale. Beaucoup de nos membres disparaissent, la moyenne d’âge de ce foyer logement est de 87 ans, mais quand on chante, je peux vous dire que nous n’avons plus le même âge, des plaisanteries, même grivoises, fusent et on a bien sûr un homme qui nous fait rire ! Quand je chante le stress de vieillir diminue. »
La musique a une fonction thérapeutique et aide à combattre la maladie et à ralentir la perte de motricité. Le pouvoir de la musique est neuroprotecteur et possède des vertus médicinales.




Les neurosciences ont prouvé que le cerveau mélomane permet de retarder les maladies dégénératives (notamment Alzheimer, sclérose, maladies cardiaques..) 
L’hormone cortisol responsable du stress diminue. Chanter permet de bien respirer et de soulager le stress de vieillir. Chanter sur scène oblige à se dépasser et à puiser dans les réserves assoupies. Pourquoi le professeur de musique fait faire des respirations ventrales avant de commencer à chanter ? car respirer c’est mobiliser son ventre qui est un deuxième cerveau (vu le nombre important de neurones dans cette région : 200 millions) et cela fournit aussi l’oxygène.

Différentes zones du cerveau concernées par le type de musique.



« La musique a une action dynamique pour moi et en plus je renforce mon estime de moi car je suis fière de faire une activité intelligente et nouvelle à mon âge. »
« Moi je chante pour le plaisir, pour me faire plaisir et faire plaisir.  Quand je chante ma tête est légère et je suis bien, je prends du plaisir. »
« Pour moi, c’est dur souvent de démarrer mais j’ai plus de tonus surtout après les répétitions et les concerts.  Regardez le film « Buena vista social club»  avec ces vieux cubains passionnés qui ont traversé tous les aléas et souffrances de la vie mais qui n’ont jamais abandonné la musique, ou le film « I feel good » avec une chorale de personnes âgées proche de ce qu’on fait ici et qui montre que la musique accompagne toutes nos vies et devient source de régénération"
« Nous devenons plus réactives et plus toniques : j’en oublie ma canne quand je chante, car c’est la musique qui me porte » indique une autre.
 Je respire mieux et je me décontracte aussi car j’ai vraiment envie de chanter, c’est comme un massage dynamisant. » 





Quand on joue de la musique, les échanges entre synapses s’accélèrent et plusieurs neurotransmetteurs interagissent. Les neurotransmetteurs sont libérés par les neurones qui agissent sur d’autres neurones qui sont connectés réalisant ainsi une véritable réaction en chaine qui innerve le cerveau. Selon la nature du neurotransmetteur, il va inhiber ou exciter les neurones, le cerveau et tout le corps.
Ainsi l’imagerie médicale du cerveau a indiqué que la dopamine irrigue le cerveau et notamment la zone de plaisir.

Il existe plusieurs familles de neurotransmetteurs : les catécholamines : (dopamine, noradrénaline, adrénaline) mais aussi la sérotonine, l’acide glutamique, l’histamine, les endorphines proche des opiacés connus par les sportifs etc…

Plusieurs aires cérébrales sont réorganisées par la musique intensive que ce soit par l’écoute et/ou la pratique musicale.

L’émotion nait souvent de la répétition, la joie étant liée aussi au tempo. Si on fait passer une IRM à un musicien, l’imagerie cérébrale montre que les zones cérébrales sont activées comme lors des stimulations biologiques fortes positives.
 En écoutant et/ou en pratiquant de la musique, on se dynamise et on est heureux de vivre pleinement et pas au ralenti. (la sérotonine est liée à la bonne humeur). La maitrise respiratoire en captant plus d’oxygène est aussi (comme le sport) un bon exercice de longévité. La musique est neurostimulatrice, elle engendre un dynamisme et en travaillant la musique, les neurones se reconnectent comme quand on est en pleine activité professionnelle. La pratique régulière de la musique modifie la structure même du cerveau, sa plasticité, et en activant régulièrement certaines zones, elle développe certaines parties. Le cerveau s’adapte à l’instrument que l’on joue (expérience de Schneider en Allemagne) et en jouant avec les autres, en les écoutant (orchestre, chorale), on s’adapte sans cesse. Ainsi chez le musicien les deux hémisphères du cerveau sont mieux connectés et communiquent mieux que chez le non musicien. Et l’estime de soi et la fierté constituent une véritable source d’activation pour le cerveau qui redonne la forme.




3°) « Chanter c’est encore vivre, respirer, avoir des émotions, chanter des airs qui rappellent des souvenirs heureux mais c’est aussi dépasser ses inhibitions et sa timidité qui nous recroquevillent quand on vieillit car peu à peu on perd confiance en soi, en ses aptitudes passées. En chantant en chorale on prouve à soi même et aux autres que nous pouvons faire encore des activités ».
« La passion est source de jouvence, dira une autre choriste, et la musique, quand les autres passions se sont éteintes progressivement, demeure. Nous écoutons tous plus de musique qu’avant, j’ai même écouté un opéra en entier à la TV (la flute enchantée) ce qui ne m’était jamais arrivé! voilà comment on passe de la chansonnette à Mozart. Je n’ai pas eu la chance d’avoir une éducation musicale, étant de conditions modeste et ayant travaillé jeune, mais je me rattrape. Notre prof et amie nous fait chanter des variétés de notre jeunesse mais introduit de plus en plus de la musique classique (j’adore chanter Gounod !) et je regrette de ne pas avoir travaillé ma voix mais il n’est pas trop tard pour chanter et prendre du plaisir. »

CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR AGRANDIR.

Il faut un environnement musical intense et précoce. Les neurosciences pensent que c’est essentiel pour formater le cerveau. Mais on peut faire la même analyse avec les sportifs et autres comédiens ! (influence de la famille, école…) mais on a prouvé que l’on peut apprendre à tout âge, la création de neurones étant continue.
Le son crée une pression dans l’oreille qui est un réceptacle qui va activer le cerveau (lobe temporal derrière l’oreille) en transformant le son en signal électrique puis chimique, puis une autre zone sera activée situé dans le lobe frontal, lieu des souvenirs et de la mémorisation, puis une autre zone est activée la zone de plaisir et de récompense, enfin toute la superficie du cerveau est activée et adhère à la musique. C’est pourquoi chanter ou faire de la musique ou même en écouter a tant d’implications sur le cerveau et sur la personne toute entière. Le traitement de la musique par le cerveau est désormais connu : Quand on écoute un thème, la musique agit sur le cortex temporal et l’aire de Broca (identique à la parole, production des sons) et l’aire de Wernicke( perception des sons), et fait sentir une émotion car l’amygdale et le cortex orbito-frontal sont activés. Avoir des émotions façonne le cerveau.


Pour écouter la Chorale chanter Santiano..


4°) « Mon corps vibre et bouge, je bats la mesure, souvent j’ai envie de danser comme avant, surtout sur certains rythmes, moi qui était assez coincée car il fallait garder certaines convenances, je peux désormais oser ! »
« Pour moi rester débout pendant une heure à chanter est physiquement de plus en plus difficile mais cela me démange de bouger». « Pour moi, entendre un son c’est bien, le produire c’est encore mieux et créer à partir de sons une mélodie connue et en rythme, cela rejoint les battements de mon cœur, c’est magique et cela mobilise mon énergie et le mouvement. Je n’aimerais pas devenir sourde. »
« Quand je vais chanter, je me réveille mieux et j’ai envie toujours de chocolat"  (rires) indique une autre choriste.

Les neurosciences montrent que le cervelet est activé et synchronise musique et mouvement. Le musicien mobilise son corps en fonction de son instrument et a une excellente coordination motrice qui fait agir les doigts des mains de façon coordonnée et pourtant autonome.  Le mélomane lui va battre la mesure avec les pieds, bouger, respirer différemment… et parfois avoir une envie de danser. L’histamine est le neurotransmetteur situé dans l’hypothalamus et génère l’éveil (absent quand on dort). Le fait d’aller chanter mobilise l’histamine, principal centre de l’éveil, et quant au chocolat il est prouvé qu’il est une source d’histamine comme le thon, les sardines, le roquefort… N’oublions pas aussi les omega 3, les noix , avocats… donc avant un concert, un menu stimulant est indiqué !


5°) « La chorale pour moi c’est rester dans la convivialité, partager et être ensemble. Quand je chante, je suis en phase avec les autres, je suis dans un groupe et on partage des expériences ensemble et après on noue plus facilement des relations amicales, comme quand je faisais du sport en équipe. En chantant je suis en empathie avec les autres, je crée un lien social même avec le public et mon comportement amical envers les autres s’améliore car l’adage le dit bien : la musique adoucit les mœurs ! »
« Moi, ce qui m’amuse c’est l’ambiance, énonce une autre résidente, nous avons des fous rires et chanter reste une joie et c’est contagieux à tel point que certaines personnes extérieures viennent renforcer la chorale (exemple de la CCAS de la mairie) et nous avons enfin des hommes basses et barytons ce qui améliore l’ensemble et une petite nouvelle centenaire qui vient d’arriver de l’extérieur ! Quelques personnes des maisons de retraite des alentours viennent parfois chanter aussi. Nous mettons la barre de plus en plus haut ! et nous avons même remporté une joute inter-chorales et nous en sommes fières. Cette ouverture avec l’extérieur est essentielle pour nous surtout que nous sommes souvent valorisées grâce à nos prestations chantantes. »
« Ce qui est amusant, c’est que les membres de la chorale constituent un groupe soudé par une activité et respecté par les autres résidents y compris par tout le personnel".


La pratique de la musique crée des chemins neuronaux qui sont ensuite reconnus (comme se frayer un chemin à travers un champ), et ces chemins sont de plus en plus visibles à force de répéter le passage. (c’est pourquoi il faut travailler !) Et quand cela passe bien, tous se sentent heureux d’avoir participé à une œuvre collective de qualité
En effet la pratique et l’écoute de la musique améliorent la santé et cela permet de briser la solitude donc d’avoir plus d’empathie pour autrui et donc un comportement plus positif.


6°) « Participer à cette chorale, c’est avoir encore des projets et  penser au futur proche, en fait rester en activité à défaut de rester jeune. Et puis j’aime le risque, jouer sur scène, me remettre en question et en danger (très relatif), je fais monter mon adrénaline non ? ». « Moi, à part les bienfaits personnels déjà indiqués, ce qui me motive c’est aussi de reprendre des chants parfois oubliés et transmettre le patrimoine musical qui a entouré notre jeunesse. Certaines chansons passées sont vraiment de la belle musique. »
En jouant on puise une énergie physique et psychique qui reste quelques heures voire quelques jours après, énergie qui n’aurait pas été sollicitée sinon. En se concentrant et en jouant en public, l’adrénaline intervient aussi (stress positif).
Lire la musique, anticiper musique et paroles, se concentrer, être en accord avec les autres, suivre le tempo et l’accompagnement du piano… tout ceci fait travailler le cerveau et l’améliore. La pianiste modifie parfois ses accords (en enrichissant sciemment certains accords pour habituer les oreilles aux 7èmes et 9èmes) ou module et la réactivité de tous les choristes est impressionnante grâce à la plasticité du cerveau. Le cerveau en pleine possession de ses moyens réagit ainsi en temps réel comme à l’apparition d’un danger.

Madame TOUROUDE dirige la Chorale.
7°) « Je ne pensais pas que la musique demandait tant de travail, d’efforts, de concentration et de discipline pour faire quelque chose de propre. Je ne raterais pour rien au monde nos répétitions et pourtant je ne suis plus très en forme. »
« Ce qui me plait c’est que nous travaillons sérieusement sans cesse de nouveaux morceaux pour avoir un répertoire conséquent (plus de 70 thèmes), et on les adapte à nos possibilités qui sont limitées et on répète toutes les semaines, on joue pour toutes les occasions et en quelques années nous progressons. »
« Moi aussi, j’aime le travail bien fait. J’ai travaillé très tôt et j’ai pris ma retraite très tard et j’aime bien travailler désormais la musique ! Ancienne sportive, d’ailleurs je vais aussi à la séance de gym, je me bats avec mes limites qui avec l’âge se réduisent mais si la lenteur est la marque de l’âge, on chante parfois des thèmes enlevés. »

La musique est l’art des sons et le système auditif dans un premier temps entend tous les sons qui sont des ondes sonores qui suivent le trajet : oreille, tympan, osselets, cochlée avec ses cellules ciliées, nerf auditif (transmise en impulsion électrique) puis cortex cérébral.
Le musicien stimule son système auditif qui entend, contrôle ce qui permet de modifier en temps réel la production de sons. L’intensité du son (quand on joue fort !) et sa fréquence (hauteur du son) suivent ce parcours et donnent une connotation émotionnelle positive (musique aimée souvent consonante et culturellement écoutée : j’adore ce thème) ou négative (dissonances désagréables, musiques trop différentes de sa culture). Le rythme est aussi essentiel pour le tonus.
Si la musique est familière et les sons vont vers les régions de la mémoire, c’est à dire dans le cortex frontal et l’hippocampe (lieux où sont stockés les souvenirs) cela stimule. C’est fou comme de nombreuses musiques quand on les rechante sont imprimées et datées voire articulées à des événements et des souvenirs précis, voire à un plat. Tout ce processus est réactivé en permanence grâce à une régularité des répétitions ce qui renforce le dynamisme collectif.
La Chorale chante les enfants du Pirée.


8°) « Nous avons des animations, complète une autre choriste mais la chorale rythme notre vie et le mercredi jour de la répétition, malade ou non, nous faisons un effort sur nous mêmes pour dépasser nos maladies et usures du temps et les jours de concerts, nous nous  pouponnons toutes coiffées (le coiffeur fait des affaires !) et habillées pareilles (cela me rappelle ma pension de jeunes filles !)  Nous donnons le maximum et nous rajeunissons momentanément de 20 ou 30 ans et c’est bien agréable ! et puis je suis de bonne humeur après avoir chanté. » Comme le disent Spinoza mais aussi Alain « on ne chante pas parce qu’on est heureux mais on est heureux parce qu’on chante »

Le musicien peut ralentir la maladie et le vieillissement avec son art. C’est le secret du maintien de la jeunesse, un élixir désormais reconnu qui  permet de garder plus longtemps ses facultés d’énergie vitale, de capacités motrices, de mémorisation, et donc de lutter contre le vieillissement cognitif. Le fait d’organiser son emploi du temps est excellent pour le cerveau.
La sérotonine est liée à la bonne humeur et entraine un mieux être.


9°) « Moi ce que je sais, c’est que depuis que je chante en chorale depuis 3 ans, je mémorise mieux. Quand je chante, ma mémoire est stimulée et je me rappelle des souvenirs enfouis que je croyais oubliés". « J’ai eu du mal au début à mémoriser musiques et paroles mais j’ai réveillé ma mémoire qui s’endormait et je réussis mieux mes mots fléchés et questions pour un champion, je suis plus stimulée. »
La musique donne une compétence cognitive, qui développe des activités cérébrales, des connexions entre les synapses des neurones qui améliorent la mémorisation et en fait maintient la plasticité du cerveau, ce qui a été maintes fois démontré. L’évolution de l’homme est due à son cerveau qui s’est développé (3 fois plus gros que notre ancêtre préhistorique). Ce sont les interactions, les connexions qui renforcent les neurones et qui étant de plus en plus gros et rapides font « du haut débit » !

Si les neurones ne servent pas, il sont abandonnés, et à partir de 65 ans leur nombre décline. C’est pourquoi, il faut avoir des émotions raisonnables, et s’en servir par différentes activités intellectuelles, de mémorisation, de concentration, d’anticipation, d’apprentissages différents…Mais il faut que le travail et le plaisir aillent de concert (sans jeux de mots) et que le circuit de récompense soit mobilisé.
Le musicien a une mémoire exceptionnelle notamment procédurale où les doigts reprennent ce qui été travaillé par un exercice quotidien. Ainsi par exemple, la pianiste et responsable de cette chorale, a la DMLA ne peut plus lire la musique mais joue par cœur et entend toujours par contre les fausses notes ! Malgré son grand âge, elle connaît plus d’une centaine de morceaux par cœur ….L’hippocampe siège de la mémoire est vraiment beaucoup sollicité. L’acide glutamique présent dans beaucoup d’aliments notamment les tomates, crustacés, fromages permet d’améliorer la mémorisation et la capacité d’apprendre et est un excitant important des neurones.
Est-ce que le menu donné à la chorale est une clé du dynamisme de cette chorale ?



10°) « Je suis fière de cette chorale qui génère un enthousiasme communicatif dans un foyer de personnes âgées où il n’est pas évident de créer une activité stimulante.
La chorale est devenue un moment fort de nos activités et de notre image »  dira la directrice.  « Lors d’un concert, les enfants découvrent que leurs mères chantent ! des variétés comme du classique et en restent pantois … c’est assez amusant et dynamisant. Souvent notre pianiste joue le matin sur son piano dans le salon du Debussy, Schubert … et tous accourent pour écouter et cela finit en « bœuf » sur des chansons anciennes en véritables apéritifs concerts ! » 
« Ce qui me plait, lui répond une résidente, c’est que notre chorale n’est pas une animation de l’extérieur subie mais une activité interne choisie. Nous avons la chance d’avoir parmi nous une professeure de musique, pianiste, qui nous fait des petits concerts et qui a dirigé des chorales d’enfants et d’adultes toute sa vie… donc une professionnelle rigoureuse mais pédagogue qui tire de nous des choses insoupçonnées et nous fait progresser. En plus sa sœur, ancienne prof de musique aussi, vient nous aider. »
Le fait d’auto-organiser ses activités rend actifs au lieu de consommer des activités imposées de façon passive, et le cerveau est beaucoup plus sollicité en amont : dynamisme, créativité, organisation, communication… bien avant de chanter.



11°) « Peu de choristes connaissent la musique dans cette chorale « indique la fondatrice et responsable de cet ensemble. « Timides, n’ayant pas eu d’éducation musicale, il a fallu peu à peu chanter des choses simples et connues. La musique est subjective et produit de notre culture et de notre écoute permanente. C’est pourquoi nous ne travaillons que des chansons qui ont du sens pour eux : variétés de leur jeunesse ou airs connus classiques. La musique est un langage universel mais surtout culturel quand on se rencontre avec des classes d’enfants dans des rencontres intergénérationnelles, nos vieilles chansons et les tubes classiques célèbres leur sont inconnus". « C’est vrai, indique un choriste, nous avons toujours baigné dans différentes musiques qu’on nous a assénées, qu’on a aussi choisies et comme nous sommes un groupe homogène d’âges comparables avec les mêmes repères, appartenant à la même culture, au même pays, à la même époque, nous avons dans la tête et dans nos cœurs les mêmes mélodies et celles-ci ont du sens pour nous quand on les chante. »
La musique langage universel et culturel.
Tous les peuples de tous temps ont fait de la musique : c’est un langage essentiel pour l’homme et universel. Bien sûr il y a des invariants musicaux de base (des sons qui font des notes différentes qui montent ou qui baissent créant une gamme, un style de mélodies, des fréquences graves et aigues, des rythmes lents et rapides, des rythmes simples ou complexes répétés et connus, la mesure qui donne une pulsation et qui génère le mouvement voire la danse, des sonorités d’instruments, vents, percussions, cordes, chant….) tout ceci est commun à tous les hommes sur terre. Mais une fois cette généralité énoncée, les musiques sont plurielles : tons, demi-tons, quarts de tons, modulations, gammes, harmonie, contrepoint, instruments, traitement du son et les déclinaisons de la musique des hommes sont très différentes et culturelles.
L’acculturation musicale est fondamentale. 
Nous avons tous vécu dans un environnement musical culturel spécifique, nous naissons en tant qu’être humain musical car notre première expérience est d’entendre le rythme d’abord (la voix de nos mères). A un mois de grossesse les neurones apparaissent et le bébé nait avec un capital de 100 milliards de neurones ! Puis viennent les mélodies simples quand on est enfant et qui sont mémorisées donc un premier formatage culturel sur une gamme de sons et de rythme.Toutes les musiques du monde se sont construites différemment, et entrainent un plaisir pour une population donnée . Ainsi un mélisme arabe avec des quarts de tons, une gamme tonale pentatonique asiatique, une harmonie occidentale ou des rythmes africains complexes seront perçus différemment (admirés voire repoussés). Un amateur de jazz moderne admirera un solo basé sur des accords altérés alors qu’un autre musicien trouvera cela inaudible et désagréable.


Ce qui est sûr c’est qu’écouter et voir cette chorale puis entendre les témoignages des choristes donne une leçon de vie bien stimulante. Pour plus de connaissances sur les neurosciences et la musique voir les écrits des professeurs Lemarquis, Bigand etc



Reportage de notre envoyé
Don José.