mardi 23 juin 2020

FLAGEOLET NAPOLÉON III ESTAMPILLÉ DASQUE À SAINTES.

par José-Daniel Touroude

Jean Louis Dasque, natif de Vic en Bigorre dans les Pyrénées s'installe vers 1840 à Saintes où il épouse une charentaise de Rochefort puis repartent à Vic où il s’installe comme horloger, orfèvre, bijoutier et ils ont deux enfants : Louis et Auguste. Mais la famille repart en 1844 vivre définitivement à Saintes pour exercer son métier et ils ont encore 5 enfants. Musicien avec un de ses amis saintongeais, (parrain d’un de ses enfants qui était professeur de musique : Armand Dourey et que l’on retrouvera régulièrement dans les actes de la famille), il anime la vie musicale de la région. 

                                             Signature de Jean Louis DASQUE

Il est vrai que la demande est importante sous Napoléon III. En effet un des pôles pendant «la belle époque» est la station balnéaire de Royan avec son célèbre casino et ses fêtes où la musique est omniprésente et Saintes, alors une ville importante pour la Saintonge, avec une vie culturelle active.

En 1868, au mariage de son fils Auguste, professeur de musique, Jean Louis se déclare aussi comme professeur de musique mais ils faisaient tous les deux aussi bien d’autres activités liées à la musique. Jean Louis et Auguste Dasque le père et le fils tenaient boutique à Saintes. Ils étaient incontournables dans cette seconde moitié du XIXème pour la musique de la région. Leur magasin était situé 20 rue Porte Aiguière à Saintes. En effet ils étaient à la fois musiciens, compositeurs et éditeurs de musique, professeurs de musique et réparateurs d’instruments de musique. Il y a sans doute des partitions, orchestrations et compositions diverses des Dasque dans les greniers de la région ! 


Lors du mariage de sa sœur Louise Anna en 1873, Auguste se déclare dans un acte "luthier" (certainement plus réparateur et régleur d’instruments à cordes que véritablement luthier sous entendant ainsi qu’il maîtrisait le travail du bois). Or pour faire un instrument à vent (clarinette, flageolet, flûtes, hautbois…) il faut la coopération d’un tourneur sur bois et d’un bijoutier clétier. Le père et le fils par leur complémentarité répondent à cette exigence et pourraient être reconnus comme facteurs d’instruments à vent.



Hautbois pastoral de Dasque à Saintes.
(Coll. Dayton Miller)

Mais vu la faible demande d’instruments localement et les multiples activités des Dasque, la fabrication d’instruments n’était pas essentiel pour eux (d’où la rareté des instruments conservés actuellement)

En 1899 le fils Auguste meurt et l’activité des Dasque à Saintes se termine.

Flageolet de Dasque.
Coll José Daniel Touroude

Le flageolet était très prisé sous l’ancien régime jusqu’à la fin du XIXème siècle aussi bien à la cour, que dans les orchestres populaires et même pour la musique militaire. Ce flageolet a été utilisé dans le Sud Ouest (orchestres, spectacles et concerts régionaux…) et il reste en parfait état. Il est en ébène et les 3 clés sont en maillechort ainsi que les bagues. Tout est d’origine (à part le porte vent en os qui est sans doute postérieur.)

Comme tous les magasins de musique de province, pour répondre aux demandes locales variées, ils pouvaient faire certains instruments mais pas tous car ceux ci demandent des savoir-faire différents. Ainsi ils  étaient aussi revendeurs de toutes sortes d’instruments.

Il y a donc deux hypothèses possibles pour ce flageolet :  

 1°) La fabrication de ce flageolet est de Dasque, et cette pièce de collection est rarissime et demeure un des derniers instruments de Dasque encore existants aussi bien dans les musées que dans les collections privées (pour le moment on connaît seulement une clarinette Dasque et un hautbois du Poitou).

OU

2°) Ce flageolet provient de la facture de la Couture Boussey notamment d’un des Thibouville qui fournissaient des instruments à vent à des revendeurs travers la France et même à l’étranger en leur laissant mettre une estampille locale pour fidéliser leurs clientèles.

En effet il ressemble beaucoup à un autre flageolet de notre collection de Jérome Thibouville Lamy, grand facteur multi-médaillé de la Couture Boussey.

Si c’est une JTL, il y a plusieurs exemplaires connus mais dans tous les cas, à notre connaissance, un seul flageolet est estampillé Dasque. Espérons que lors de sa vente, il ne parte pas à l’étranger et reste en Saintonge.

Folklore de Saintonge

 




 






mercredi 27 mai 2020

Un GODFROY Aîné peut en cacher un autre. Les GODFROY à la Couture-Boussey. An Elder GODFROY can hide another. The GODFROY at La Couture-Boussey

Travaillant actuellement sur les flûtes de GODFROY, je dois avouer que j'ai du mal à comprendre  et attribuer les différentes marques et autres informations concernant cette famille illustre de facteurs d'instruments de musique,  originaire de la Couture Boussey. 
Pour vous remettre dans l'ambiance, je vous suggère de relire deux articles précédent écrits sur ces facteurs.
Et
Pourtant il ne manque pas d'informations sur cette famille : Tula Giannini et son excellent ouvrage évoque l'essentiel sur ces facteurs. Au niveau des marques " le livre d'or de la clarinette française " de Denis Watel va encore plus loin en attribuant certaines marques à des membres d'une famille GODFROY, sans relation directe avec nos GODFROY "célèbres". .......Mais il reste des zones d'ombres  que quelques "trouvailles d'archives" permettent d’éclaircir.
Marque  de Jean-Francois Godfroy de La Couture
Clair II GODFROY s'est toujours plaint des contrefacteurs de sa marque.

C'est tout d'abord son frère cadet, Pierre GODFROY jeune, né à la Couture Boussey en 1780 qui s'installe à Paris en 1818 à côté de son frère au 45 rue Montmartre. Sans doute devait-il travailler pour lui avant 1823 comme le montre la marque 1, marque correspondante à celle de Clair II GODFROY avec un P rajouté devant le nom. Ils deviennent alors concurrents puisqu'ils se revendiquent régulièrement comme fournisseurs des grands flûtistes de l'époque comme Mr TULOU.

" Godfroy jeune, facteur en tout genre, connut particulièrement pour la flûte, fournisseur de Tulou et autres artistes distingués. Inventeur des flageolets à deux octaves ; fab. flageolets, clarinettes, fournit toute musique militaire et autres, rue Montmartre, 46 ". (annuaire Bottin)

 

Puis c'est son fils Frédéric Eléanor GODFROY né le 6 janvier 1805 à Paris et qui s'était formé  à la facture d'instruments à vent avec son père avant de s'installer à son compte, vers 1827 au 133 rue Montmartre. Il devait vendre des instruments simples (flûtes, piccolos, fifres…) fabriqués à la Couture et réaliser lui-même  des instruments plus élaborés. 

La première mention trouvée dans le Bottin parisien, le concernant est publiée en 1835 :
"Godfroy fils (Fréd.), élève de son père Godfroy aîné, breveté pour ressorts à spirales marchant sans frottement et sans huile, et donnant de l'élégance à l'instrument ; perfectionnement de la flûte à patte d'Ut, rue Montmartre 133". 



Mais ce sont surtout les GODFROY de la Couture Boussey qui provoquèrent les réactions de Clair II GODFROY Ainé.
Les GODFROY de la Couture-Boussey

Jean François GODFROY à la Couture-Boussey : (1782-1860) Actif de  a.1827– a.1881.

Né en 1782 à Ezy sur Eure, Jean François GODFROY était cultivateur  en 1802, date de son mariage avec Marie Jeanne DURANT de la Couture-Boussey et tourneur en 1812 lors de la naissance de son fils Jean Pierre dans cette même localité. Il n'y a pas de lien direct, connu avec la famille de Clair II GODFROY. Comme le mentionne une publicité CHAPELAIN, c'est sans doute vers 1827 qu'il installa son atelier à la Couture-Boussey où il fabriquait flûtes, flageolets, clarinettes. 

        Marque 1 : vers 1830 à c.1838   
                         Marque 2 : vers 1830 à 1838                     
Marque 3 : vers 1840

Ses flûtes portent des marques "GODFROY AINÉ " qui prêtent  à confusion avec  celles de Clair II GODFROY. D'ailleurs ce dernier changera de marque en 1829 et avertira ses clients sur ces instruments portant des marques sans rapport avec sa fabrication : 

" Déjà plusieurs facteurs portant le nom de GODFROY ont usé de ce titre pour faire passer des instruments de leur façon pour être de ma fabrique. En conséquence pour éviter toute contrefaçon, j'avertis le public que mon poinçon portera dorénavant : "Clair Godfroy aîné". Tous les instruments qui sortent de chez moi sont numérotés sur un registre de commerce. Cette précaution offre aux personnes qui leur donneront la préférence et qui achèteraient d'occasion ou ailleurs que chez moi, le moyen d'en vérifier l'origine". Tarif 1827. Source T. Giannini.

Marque de Clair II GODFROY Ainé
adoptée à partir de 1829.

C'est d'ailleurs à partir de 1830 qu'il appose des poinçons d'argent sur les clés de ses flûtes, toujours pour se différencier de ses contrefacteurs. Sa marque devient également assez difficile à copier avec cette tête de "satyre", "lion" ...." dieu Pan"  et non "Paon",  " Peacock " en anglais, comme on le lit régulièrement.... et cette écriture en italique.
Le Dieu PAN.

Clair II Godfroy Aîné a déposé deux plaintes en 1830 pour contrefaçons. Car on pouvait lire dans un journal parisien le 24 septembre 1830 : 

 " une ordonnance de la chambre du conseil du tribunal d'Evreux avait renvoyé au tribunal correctionnel MM Jean François Godefroy, Louis Hérouard, Denis Godefroy, Denis Buffet, Martin Thibouville, Denis Noblet, Pierre Noë, Gilles Noë, Nicolas Thibouville, comme prévenus d'avoir apposé sur des instruments à vent fabriqués par eux le nom de Monsieur Godefroy Aîné fabricant à Paris et MM Bonnel, Pléannat, Rémy Génin, Buffet, Lété, Boileau et Nadau comme complices du même délit de contrefaçon pour avoir exposé en vente et mis en circulation des instruments portant la même indication contrefaite".

Jean François GODFROY exerça avec son fils Jean Pierre jusque vers 1845 où ce dernier pris la suite. J. F. GODFROY est décédé le 17 mai 1860 à l'âge de 77 ans. Son fils avait épousé en 1841 Marguerite BUFFET (1791-1873) ; ils ont eu un fils (H) Ortal Godfroy (1842-1902) qui exerça avec son père, sans doute à partir des années 1860 (Marque 4) et c'est sans doute lui qui, resté célibataire vendit l'entreprise, à la mort de son père (1881) à Fernand CHAPELAIN (1860- ?).

            Marque 4: vers 1860    
      Marque  5 : vers 1870          
        Marque 6 : vers 1870       

Marque 7 : Vers 1880

Les instruments produits par cet atelier sont généralement de fabrication courante, voir assez modeste. Néanmoins ils posent toujours problèmes aux  amateurs qui les confondent, encore actuellement avec ceux de l'atelier parisien GODFROY Ainé. Il est probable que ces luthiers de la Couture, ont joué de cette ambiguïté, même à la période de Fernand Chapelain qui n'a jamais précisé, dans ses annonces publicitaires de quel Godfroy il était le successeur.

Flûte typique des Godfroy de la Couture
vers 1880
Annonce publicitaire Chapelain vers 1905.

Nicolas GODFROY Jeune à la Couture-Boussey. (1795-1847) Actif de 1825 à 1847.


Comme son frère ainé Jean François, Nicolas GODFROY jeune né en 1795 à Ezy sur Eure, n'a pas de lien de parenté direct avec Clair Godfroy Ainé. A son mariage en 1823  à la Couture avec Marguerite NOBLET (1796-1828), la fille de Clair NOBLET (1764-1830) célèbre facteur couturiot, il se déclare luthier. C'est sans doute vers 1825 qu'il créa son atelier "GODFROY Jeune " qui durera jusqu'en 1850. Sa première épouse étant décédée il se remarie avec Catherine DESCHAMPS (1802-1877) avec laquelle il aura un fils Nicolas Léon GODFROY qui sera pharmacien à Paris. Nicolas GODFROY est décédé en 1847 à la Couture à l'âge de 51 ans.

Un troisième GODFROY appartenait aux contrefacteurs : Pierre Denis GODFROY (1797 - ).....mais lui faisait partie de la famille de Clair II GODFROY Ainé, il était son cousin Germain fils de Denis GODFROY (1733-1800) lui aussi luthier à la Couture-Boussey.  




mardi 28 avril 2020

Mandoline : Pierre LEVINVILLE luthier spécialiste de mandoline : De Paris à Besançon.


Tous les dictionnaires sur les luthiers français reprennent l'affirmation d'Albert JACQUOT (La lutherie Lorraine et Française) sur "LEVINVILLE luthier dont on ne connaît l'existence que par une étiquette signée de ce luthier à Besançon et sans date".
Étiquette mentionnée par A. JACQUOT.

Dans le cadre de notre travail sur le dictionnaire des "Facteurs, luthiers, marchands d'instruments de musique de l'Est de la France", nous avons fait quelques recherches sur ce luthier.
Signature de Pierre LEVINVILLE en 1787.

Pierre LEVINVILLE est né en 1734 à Melun. Son père Pierre LEVINVILLE était maître tuilier et marchand à Melun
Le 25 août 1750 à l'âge de 16 ans, il entre en apprentissage chez Pierre François SAINT-PAUL, maître luthier (reçu Maître le 5 juillet 1736) à Paris jusqu’ à sa mort en 1751, puis il passe chez Joseph GAFFINO (1720-1789), maître luthier (reçu Maître le 25 avril 1748) né à Turin et installé à Paris et successeur de Castagneri. (Minutes du notaire H. BOULARD de 1745 à 1782, archives nationales).
Étiquette du luthier parisien P.F Saint Paul.
Pierre François Saint-Paul (c1714-1751) est un célèbre luthier parisien, fils d'un notaire parisien il exerçait en 1742 rue Saint André des Arts à la "Lyre d'Apollon" ; son fils prit la succession de son beau père, le célèbre luthier GUERSAN.

Violon de Saint Paul.
Violon de Joseph GAFFINO.

Joseph GAFFINO était d'origine italienne ; il travailla pour CASTAGNERI rue des Prouvaires et lui succéda dès 1748 ; sa veuve tenait encore son magasin en 1789.
Publicité de Gaffino.



Joseph GAFFINO était d'origine italienne ; il travailla pour CASTAGNERI rue des Prouvaires et lui succéda dès 1748 ; sa veuve tenait encore son magasin en 1789.

Pierre Levinville après son apprentissage est reçu Maître  le 25 juin 1764. Il est installé à Paris en 1767 et spécialisé dans la fabrication de mandolines lorsqu’il distribue la méthode de mandoline de :
Léone Gabriele  - Méthode raisonnée pour passer du violon à la mandoline et de l’archet à la plume ou le moyen seul de jouer sans maître en peu de temps pour des signes de convention assortis à des exemples de musique facile. Contenant  XXIV airs dansants à deux mandolines, VI menuets avec accompagnement, II duo, I sonate avec la basse et plusieurs airs connus variés.

A Paris, l'Auteur... chez Mr. Levinville, luthier ; gravé par Mme Vendôme, imprimé par Montuhai.



Méthode de Léone GABRIELE.

Gabriele LEONE est un mandoliniste virtuose italien qui a parcouru l'Europe et qui a donné de nombreux concerts.  Après avoir étonné les Parisiens en jouant des sonates pour mandoline au Concert Spirituel, il devient pour une saison l'impresario du directeur de l'Opéra de Londres, puis revient à Paris où il enseigne son instrument au Duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, père du roi Louis-Philippe. C'est à lui qu'il dédie son incomparable Méthode raisonnée pour mandoline en 1768. Leone est sans doute celui qui porte au plus haut point la technique de la mandoline à cette époque. Comme dans la 6è variation du 3è mouvement de la sonate enregistrée sur ce disque, il demande parfois de jouer deux notes différentes sur les deux cordes d'une même paire ; il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour voir resurgir cette technique. 
Pour en savoir plus sur l'histoire de la mandoline consulter ce site :


Il épouse Anne Magdeleine LORRAIN (Lorin) dont il aura au moins deux enfants Le 25 novembre 1766 lorsque son fils Pierre Joseph (1766-1846) naît et est baptisé à Saint Eustache, il est Maître luthier, rue Plâtrière dans le 1er arrondissement (aujourd’hui rue Jean Jacques Rousseau).
Ce fils sera militaire, marié à Catherine Dumoûtier, il aura plusieurs enfants dont Léon Levinville, plus connu sous son nom d’acteur de l’Odéon : SAINT LÉON.
SAINT LÉON acteur de l'Odéon.
1768 : il habite toujours rue Plâtrière à Paris, comme le montre cette étiquette d’une mandoline (collection particulière non connue-Source Sinier de Ridder).
Étiquette d'une mandoline de 1768.
En 1772 il est installé au Havre comme le montre cette mandoline (Collection Sinier de Ridder).
Étiquette de la mandoline de 1772.
Il était veuf lorsqu'il épouse le 17 juillet 1787 à Besançon Marie Louise COULON. Lors de ce mariage il se déclare luthier et mécanicien.
Pierre LEVINVILLE est décédé le 19 mai 1788 à Besançon à l'âge de 54 ans et a été inhumé le lendemain dans le cimetière de l'église Saint Paul et Saint Donnat. Merci à Roger Chipaux de Besançon pour cette information essentielle.

Merci à Françoise et Daniel SINIER DE RIDDER pour leur précieux soutien.






mercredi 25 mars 2020

Clarinettes LEFEVRE : Les trois LEFEVRE acteurs essentiels en France dans l'évolution de la clarinette en 1820.

Travaillant actuellement sur les fabricants de clés d'instruments de musique parisiens du début XIXème siècle, je rencontre assez régulièrement des difficultés pour identifier certains facteurs. C'est le cas par exemple de : " Lefèvre " à Paris facteur de clarinettes, bien connu.......... mais dont l'identité varie de source en source, tantôt François Lefèvre ....Lefebvre, Simon Lefêvre etc....
Alors en m’appuyant sur le travail de Jean Jacques Bona publié dans son : Blog Luthier Vents je vais essayer  de résumer ce que j'ai compris et de faire une synthèse sur les différents Lefévre spécialisés dans la clarinette en ce début du XIX.

Précisons tout d'abord que les trois Lefèvre que nous abordons dans cet article n'ont, à notre connaissance aucun lien de parenté

Portrait de Xavier Lefèvre (1763-1829) Source BNF

Le plus célèbre : Jean Xavier Lefèvre
, clarinettiste et compositeur français né le 6 mars 1763 à Crésier près de Lausanne en Suisse. Son père était originaire de Strasbourg sans doute musicien .militaire. Il étudie la clarinette avec Michel Yost (1754-1786).

En 1789 il est chef de musique dans la garde nationale et clarinette solo à l'opéra de Paris (1791-1817). Professeur de clarinette au conservatoire de musique de Paris à partir du 3 août 1795, il exercera jusqu'en 1824.

Il adopte la sixième clé de Sol dièse,  assez rapidement  qu'il décrit dans sa célèbre méthode publiée en 1802.
Extrait de la méthode de clarinette de X. Lefèvre.

Jeu de clarinette Sib/La à 5 clés et clé de Sol dièse rajoutée (flèches) de Roché à Paris.
Typique de la période de Xavier Lefèvre.
(Collection Shackleton)
Clarinette solo à la Chapelle impériale puis royale de 1807 à 1829, il sera fait chevalier de la légion d'honneur en 1814. Il est décédé le 9 novembre 1829 (66 ans) à Neuilly sur Seine.



Evoquons le second : Simon Lefèvre (1789-1855)  notre célèbre facteur de clarinettes parisien.













Tout part comme d'habitude d'une affirmation fausse.....mais qui est écrite dans un document de référence, en l'occurrence celui de Constant PIERRE édité vers 1893 et jamais remis en question sur ce point, répété  et répété sans se poser de question , d'ouvrages en articles.
Constant PIERRE page 306 de "les facteurs d'instruments de musique"
Notre propos n'est surtout pas de critiquer cet ouvrage  qui est, effectivement une référence et que nous utilisons comme tout le monde mais simplement de montrer que chaque référence  doit  d'être contrôlée et  remise en cause régulièrement, surtout à notre époque où nous disposons d'outils de plus en plus efficaces pour faire des recherches. 
Mais revenons à notre facteur, oui Jean Jacques Bona vous avez raison de terminer votre article par cette conclusion : " "Voici une recherche sur  Mrs. Lefèvre père et fils et leurs successeurs, Pierre Constant écrivait que François Lefèvre père "mourut en 1856". Dans les notes qui suivent, nous avons des références parlant vraisemblablement d'un seul homme, des origines du fond à sa cession, Simon Lefèvre père et rien qui mentionne François hormis entre autres, la marque de fabrique".

Pour notre part nous avions la même impression que Jean Jacques, sans trouver de trace d'un quelconque François Lefévre, mais quand il y avait un prénom,  nous trouvions systématiquement "Simon" comme par exemple dans le brevet  qu'il obtient en 1834 pour sa flûte :
Brevet de 1834 (source Inpi)
Alors sans doute un fils "Simon" ? Mais là aussi dans le deuxième brevet de 1846 qu'il obtient pour une clarinette à anneaux : "Simon devient père "
Brevet de 1846 (source Inpi)



Il est vrai que faire de la généalogie sur Paris avec un nom comme Lefèvre ce n'est "pas de la tarte" car comme vous le savez, la commune de Paris de 1870 a incendié l'hôtel de ville détruisant la totalité des archives avant cette année et qu'il y plus d'archives de l'état civil ni de fonds paroissiaux, pour toute la ville de Paris : " Vive la révolution ".  Donc des personnes de bonne volonté depuis plus d'une centaine d'années reconstituent patiemment ces archives en relevant sur des fiches papier et maintenant dans des bases comme Généanet où Filae notre histoire parisienne à partir d'autres sources comme les archives notariales, les archives militaires etc.... pour que nous "sachions qui est Simon Lefèvre". 
Cela peut paraître superficiel et sans intérêt....mais j'aimerai remercier toutes ces personnes qui nous " reconstruisent" notre histoire et plus particulièrement une personne qui oeuvre toutes les nuits dans la base "Généanet" et qui a pris le pseudo "insomniaque" (sic) et qui patiemment  relève plus de 2000 noms par nuit.....
Grâce à ce travail j'ai trouvé une piste : 
Fiche reconstituée de l'état civil de Paris. 



































Il s'agit d'une fiche du mariage de Simon Lefévre, fabricant d'instruments de musique au 221 rue Saint Honoré et fils de Simon Lefèvre et de Félicité Rosalie Rethaller......du 13 mai 1837. (Bingo)
En "tirant le fil" sur Paris....pas plus d'infos..... mais j'utilise depuis un mois un nouvel outil : Filae, mis à disposition des généalogistes, assez extraordinaire et que je vous recommande même si les généalogistes n'apprécient pas trop.....parce que un peu border line au niveau principe et qu'il est payant, mais moins cher que NETFLIX et vous voyez qu'au niveau suspense il est assez efficace. Et boum Filae nous conduit à Rouen où les révolutionnaires n'ont pas, encore détruit les archives.
Simon Lefèvre père et fils.
Simon Lefèvre père est né le 12 octobre 1789 à Montreuil en Eure et Loir, à 13 kms d'Anet. Son père, Jean Lefèvre (1748-1830) était bûcheron dans cette commune de Montreuil dans laquelle il était né également. Pour l'instant nous n'avons pas trouvé de relation familiale avec Louis Jacques Lefèvre (1795-1866) :  facteur à Nantes né à Anet.
Simon a dû être formé au métier de tourneur et de facteur d'instruments de musique dans un atelier proche de la Couture. En 1811,  installé à Rouen comme facteur d'instruments de musique, au n°83 rue Grandpont. Il épousa le 25 février de la même année à Rouen  Félicitée Rosalie Rethaller (1791- ?) la fille de Mathias Rethaller (1750-1826) ancien musicien des gardes du corps de Louis XVI et musicien au théâtre français de Rouen. Lui et son frère Joseph Rethaller (1757- ?) clarinettiste, originaires de Bavière avaient eu quelques problèmes pendant la révolution :

Tribunal révolutionnaire : "  A essayé de fuir à l'étranger avec sa femme et ses deux enfants :  Clarinettiste de grand niveau et ancien musicien aux gardes du corps de Louis XVI, obligé comme tant d'autres de fuir Paris. Marié et père de famille, il avait été très heureux de se faire attacher au Théâtre de Rouen afin de subvenir aux besoins des siens. Il ne pourra passer à travers des jours funestes sans encombre et fut pour un temps emprisonné avec sa femme et ses deux enfants, un garçon âgé de 7 ans qui devint plus tard directeur du théâtre Français de Rouen et une fille de six ans, son frère Mathias et son épouse.
Leurs détention fut de courte durée".
Gallica - BNF - Internet - (Autre).
Signature S. Lefèvre 1811
Signature S. Lefévre 1834

Signature S. Lefèvre 1846

Je ne suis pas graphologue, mais cela donne une information concernant une seule et même personne. A son mariage à Rouen, le couple était entouré de musiciens : Le père Mathias (Mathieu) Rethaller , l'oncle Joseph Rethaller clarinettiste imminent .....mais aussi Nicolas Girout, 40 ans, artiste demeurant 75 rue Grandpont, Jean Baptiste Christophe 53 ans, artiste lui aussi demeurant au 41 rue Grandpont. Alors Simon Lefèvre était-il musicien ? Gagistes  pour l'armée....nous n'en savons rien pour l'instant.


Une clarinette existe au " Royal Conservatoire of Scotland " portant la marque " Lefèvre FRS / A Rouen " (voir ci-dessus) .... Si l'instrument peut correspondre à ces années 1810 la marque "FRS" interroge de nouveau sur le prénom ? Malheureusement comme nous n'avons pas d'image de cette marque....il est difficile d'apporter une réponse. (à suivre)

Son fils Simon Lefèvre naît à Rouen le 4 janvier 1812 (à vérifier)....et là nous ne trouvons plus rien sur la famille à Rouen (il reste à faire quelques recherches à Rouen après le confinement). 
C. Pierre nous dit " François Lefèvre qui fit partie de la musique du roi, ouvrit son atelier en 1812 ..." Comme nous l'avons vu dans l'article de Jean Jacques Bona que nous avons vérifié sur toutes les sources....Jamais le prénom de François n'est cité. Concernant son activité de musicien du roi. là aussi nous émettons des doutes sur cette affirmation même si Simon Lefèvre aurait pu être musicien à Rouen ? Comme son beau-père et son oncle  par alliance, Mathias et Joseph Rethaller qui eux ont bien été musiciens "des gardes du corps du roi Louis XVI" avant leur arrivée à Rouen. Simon Lefèvre né en 1789....était trop jeune pour être dans cette garde du roi avant la révolution.....alors après l'empire, mais le règne de Louis XVIII commence en 1815 ? De plus dès son apparition dans le Bottin de Paris en 1819 (peut être plus tôt mais le Bottin de Paris de 1814 à 1816 et 1818 n'est pas disponible sur internet) son annonce mentionne " Lefèvre, facteur de la musique particulière du Roi pour flûtes et clarinettes. 83 Palais Royal. Maison Very restaurateur". 


"N° 83 : Le Café Véry Installé au Palais-Royal en 1808 dans la Galerie Beaujolais n°84 à 85, le Véry est le premier restaurant parisien à prix fixe. Il a la réputation d’être le meilleur restaurant de Paris. Lucien de Rubempré y fait son premier déjeuner".
Il est étonnant d'ailleurs de constater qu'à peine arrivé à Paris, il peut ouvrir une boutique au Palais-Royal, à coté des Claude Laurent, Jean Daniel Holtzapffel etc.....et affirmer dans ses publicités " facteur de la musique particulière du Roi. Son beau-père et son oncle, sans doutes royalistes devaient avoir encore un réseau influent dans la capitale. A-t-il volontairement joué sur son nom "Lefèvre" pour entretenir une confusion avec le professeur  de clarinette du conservatoire  : Rappelons que Xavier Lefèvre était un des grands clarinettiste de l'époque et que l'une des clarinettes à 13 clés, conservée au Musée de la musique de ¨Paris, datant de 1824 provient d'une succession de ce grand clarinettiste. Donc ils se connaissaient et devaient collaborer (sans être de la même famille).

Clarinette Simon Lefèvre ayant
appartenue à Xavier Lefèvre.
Musée de la Musique.

Ses clarinettes sont toujours de grande qualité. Une des premières répertoriées appartient à la collection de Denis Watel. Elle porte une marque à la fleur de lys. C'est la seule connue avec cette marque et doit correspondre aux premières années d'installation de Simon Lefèvre, vers 1817 (Merci à lui de nous avoir transmis des photos).


Marque d'une clarinette de Simon Lefèvre 
à 5 clés plus 2. Vers1815.
Collection D. Watel

Cette période correspond à l'arrivée à Paris d'Iwan Müller (1786-1854) virtuose de la clarinette et inventeur d'un nouvel instrument à 13 clés, qu'il propose en 1812, à une commission du conservatoire dont fait partie Xavier Lefèvre. Cette clarinette outre son nombre de clés, était omnitonique et comportait de nombreuses améliorations, nouveau système de clétage, nouveaux ressorts, clés en pelle à sel pour pouvoir accueillir de nouveaux tampons etc....Malgré toutes ses innovations ce nouvel instrument ne fut pas accepté par la commission et rejeté par Xavier Lefèvre. Mais petit à petit de nouveaux  partisans l' adoptèrent surtout après le départ en retraite du célèbre professeur du conservatoire. Iwan Müller avait confié la fabrication de ses clarinettes à un jeune ouvrier tourneur Claude  Gentellet ( ? - 1848) 
Extrait du rapport de Mr Francoeur au comité des arts mécaniques.
1822




















Claude François Gentellet (? - 1848) fut donc le premier à construire en France, des clarinettes à 13 clés système Müller......mais selon le modèle décrit dans la Méthode Müller parue chez Gambaro éditée vers 1821, c'est à dire dans le style Allemand.

Méthode Müller
vers 1821
Clarinette Gentellet
datée 1825.
Col. D. Watel
Photo D. Watel




















Selon certains auteurs, Iwan Müller aurait fait faillite  et serait reparti en Russie, puis en Allemagne où il retrouva du travail à Berlin en 1825. Néanmoins sa clarinette continuait à s'implanter à Paris et en France, grace à Gentellet.......

Annonce de 1820.

.....Mais également à César Antoine Janssen  (1781-1860), clarinettiste à l'opéra comique, inventeur en 1814 des rouleaux sur les clés d'instruments et qui décida vers 1822 de les adapter à la nouvelle clarinette en confiant le travail à Simon Lefèvre et Claude Guignot, clétier spécialiste de clés de clarinettes.
Paraîtra dans le prochain numéro 65 du Larigot un article sur l'atelier de Claude Guignot (,-1826), qui abordera la clarinette à 13 clés. Le nouvel atelier de Simon Lefèvre produira (avec l'aide de Claude Guignot) dès 1822 la clarinette standard à 13 clés, puis à 14 clés reprise également par d'autres facteurs. 
13 clés Lefèvre
Coll. Orphée
14 clés Lefèvre
Coll. RP


























A noter que dans toutes les marques Léfèvre utilisées par l'atelier de Simon Lefèvre père, le nom Lefêvre sera toujours écrit avec un accent circonflexe, alors que dans le Bottin et dans les documents d'état-civil, il comportera toujours un accent grave. (voir ci-dessus)
Il reçoit une mention pour ses clarinettes "parfaitement exécutées" en 1827 et le jury de l'exposition de 1834 confirme cette récompense, constatant  que ses instruments étaient très estimés des artistes.
Vers 1827 il déménage : " Lefèvre, facteur de la musique particulière du Roi pour flûtes et clarinettes, M.H. 1823, rue Saint Honoré, 221".
Il obtient le 30 mars 1835 un brevet de 5 ans pour "Des perfectionnements apportés à la flûte, qu'il nomme flûte Lefèvre".

Flûte Lefèvre. Brevet 1835. Source INPI.

















Cette même année, Simon Lefèvre père se remarie le 17 octobre avec Louise Justine Godard (1790-1875). Deux ans plus tard, le 13 mars 1837 à Paris, c'est au tour du Fils : Simon Lefèvre fils d'épouser Marie Pauline Gueudet la fille d'un bijoutier parisien. Jusqu'à son mariage Simon Lefèvre fils devait travailler avec son père qui a du le former au métier de fabricant d'instruments de musique, car son adresse en 1837 est l'adresse paternel : 221 rue Saint Honoré. Mais visiblement le père (50 ans) n'avait pas envi de céder son affaire à son fils immédiatement ; aussi le fils décida de prendre son indépendance et de s'installer vers 1839 au 213 rue Saint Honoré puis à partir de 1842 au 211 : "Lefèvre Fils 211 rue Saint Honoré, produisant comme son père clarinettes et flûtes.


Flûte 5 clés de Lefèvre Fils. (Coll. Thicam)
Marque d'une clarinette Lefèvre Fils.

On remarquera l'accent grave sur le nom de Lefèvre et surtout les initiales "LF" cursives. J'ai personnellement tout de suite vue dans ces deux lettres " Lefèvre Fils "....mais chose bizarre, il y a dans certaines marques "Lefêvre" en plus des deux étoiles à 5 branches et parfois du " Breveté", les mêmes initiales : L.F. et pourtant ces marques sont celles du père et non du fils.....ce qui faisait dire qu'il s'agissait du fameux "François...l'introuvable semeur de doute". En fait je pense que l'explication est assez simple  : LeFêvre.
Marque du père à la période d'exercice
du fils (1839-1842)

Nous avons vu précédemment que Simon Lefèvre fils avait épousé en 1837 la fille d'un bijoutier : ce bijoutier Louis François Joseph Gueudet (1782-1863) exerçait 221 rue Saint Honoré, c'est à dire à la même adresse que les Lefèvre. Lefèvre fils avait donc épousé sa voisine.

Dictionnaire des Poinçons d'argent parisiens.
Les 5 clés de la flûte Lefèvre fils, de la collection Thicam que nous présentons ci-dessus, portent des poinçons d'argent : Poinçon sanglier et poinçon de fabricant que nous n'avions pas encore répertorié " SL triple croche pointée" attribué à Simon Lefèvre  ? insculpé le 1 septembre 1843.


















Il n'y a pas de doute, il s'agit bien de notre Simon Lefèvre fils, qui n'apparaît plus dans le Bottin à la rubrique "instruments a vent en bois" à partir de 1844 mais qui a repris l'activité de son beau-père, c'est à dire bijoutier, installé au 15 rue Pierre Lescot dans une boutique cédée par Louis Rochat horloger. Pour l'anecdote le petit fils de Joseph Gueudet (bijoutier) était Ernest Schaeffer (1854- ?) de "Evette et Schaeffer".
Quant à Simon Lefèvre père, il insculpe son poinçon la semaine suivante. Actuellement nous n'avons pas trouvé d'instruments portant ce poinçon.
A partir de 1843 apparaît dans le Bottin, une annonce étrange que nous n'avons pas réussi à interpréter : "Lefèvre père et Godefroy, facteurs d'instruments de l'Académie royale, font la fourniture de musique militaire et la commission. R 1827-34, Saint Honoré, 221". Cette annonce apparaîtra en 1844, 45, 46 puis en alternance une année sur deux jusqu'en 1854.
Est-ce un accord passé avec la société Clair Godfroy Ainé de Vincent Hypolite Godfroy et Louis Esprit Lot ? par exemple Lefèvre fournissant des clarinettes à cette célèbre maison spécialisée dans la flûte ? ou au contraire un accord passé avec les Godfroy de la Couture : contre-facteurs de la maison Godfroy de Paris ? Nous n'en savons rien actuellement. 
En tout cas à cette époque la concurrence était rude au niveau de la vente de clarinettes, avec les sociétés : Buffet Jeune, Buffet Crampon, Gentellet, Guerre....pour un Simon Lefèvre père vieillissant. 
Article sur la numérotation et datation des flûtes Godfroy.

Article Essai de datation des flûtes Godfroy.
Brevet 1845 (Source INPI)

Le 12 juin 1846, il obtient un brevet pour : une "Clarinette à système d'anneaux qui supprime les notes factices". 
Paul Alphonse Bié (1824-1893) était ouvrier chez Simon Lefèvre père au moins depuis 1844. C'est lui qui reprendra en 1855, avec Rustique Guillaume Noblet (1819-1858) ouvrier également chez Lefèvre, l'entreprise à la mort de Simon Lefèvre père.
Il épouse le 17 mai 1851 à Paris la nièce de Simon Lefévre, Justine Antoinette Godard (1824-1872), ceci explique en partie la reprise de la maison Lefèvre par Paul Bié le 16 mars 1855, associé à Rustique Noblet. Simon Lefèvre ne survivra pas longtemps à cette vente puisqu'il décède le 20 mars 1855. Mais est-ce lui qui a vendu la société ; son fils Simon Lefèvre est présent lors du décès au 27 rue Saint Honoré.

Si vous souhaitez consulter la généalogie de Simon Lefèvre
Source Généanet. Décès de Simon Lefèvre père.











Paul Bié ne restera pas associé très longtemps puisque Rustique Noblet décède à son tour le 22 février 1858 à Paris. Il utilisera pendant toute son activité la marque de Simon Lefèvre : "(E5b)/LEFEVRE A PARIS/(E5b) Breveté/LF en monogramme" et dans le Bottin son annonce était toujours associée à Lefèvre : "Bié et Lefèvre père" toujours suivi d'une seconde annonce : "Lefèvre père et Bié". 
Cela ne va pas faciliter la datation des instruments portant une marque " Lefèvre ". Par exemple cette magnifique flûte cylindrique de l'ancienne collection de Michael Lynn qui la situe vers 1870 et qui pourrait, à notre avis sortir d'un atelier prestigieux comme Godfroy aîné ? 
(photos copyright M. Lynn)
Ou cette autre flûte toujours de l'ancienne collection de Michael Lynn, dont les clés sont poinçonnées du Crabe de la Couture et d'un poinçon"H V" qui pourrait être celui de Hilaire Vacquelin

Poinçon de Hilaire Vacquelin à la Couture ?
Si vous avez des commentaires, sur ces deux flûtes, ils sont les bienvenus. Toujours pour l'anecdote , Paul Bié avait fait biffé le poinçon de Simon Lefèvre en 1866 (11 ans après sa mort) pour insculpé le sien qui était identique au précédent à l'exception des initiales, poinçon biffé en 1890 par André Thibouville, repreneur de Bié Lefèvre qui bien sûr le remplace par le sien. Nous n'avons trouvé aucun instrument portant ces poinçons .....mais l'espoir fait vivre.
Poinçon de Paul Bie
Insc. 1866 et Biffé 1890
Poinçon d'A. Thibouville
Insc. 1890














En 1862 il obtint avec Antonio Romero, originaire de Madrid, un brevet de 15 ans pour : "un système applicable aux clarinettes à 13 clés et aux clarinettes Boehm". A l'exposition de Paris de 1867, il reçut une médaille de bronze pour ses clarinettes et ses flûtes. Installé depuis 1857 au 23 rue de Rambuteau à Paris, il déménagea en 1873 au 3 bis Pourtour du Théâtre  Grenelle, Paris. Cette installation avait dû lui poser quelques problèmes puisque dans le Bottin il indiquait le numéro des trois omnibus parisiens qui  permettaient de joindre son commerce. En 1886, il céda son affaire à André THIBOUVILLE (1831- ?) qui continuera à exploiter la marque Lefèvre.
Clarinette Systéme Romero.
Si vous souhaitez consulter la généalogie de Paul Bié
André Thibouville passa très vite les rênes à ses deux fils Henry Thibouville et Désiré Thibouville (1861-1942), qui resta seul à partir de 1902. La raison sociale de l'entreprise devenant Thibouville Creutzer, du nom de son épouse et continua d'exploiter la marque Lefèvre.


Lefèvre de Nantes : Louis Jacques Lefèvre (1795-1866)

Dernier Lefèvre de notre saga, ce luthier est né à Anet le 4 août 1795. Était-il parent avec Simon Lefèvre père, né en 1789  à Montreuil (13 kms d'Anet), nous ne pouvons le dire aujourd'hui mais il y a de forte chance qu'ils ce soient cotoyés.  
Il avait épousé le 31 janvier 1816 à Saussay (2.5 kms d'Anet) Félicité Bonnin (1795-1833) et devait travailler comme Simon Lefèvre dans un atelier voisin d'Anet où il se forma. Vers 1818 il arriva à Paris où il travailla chez Clair II Godfroy Aîné (à cette date il n'y avait que lui comme Godfroy installé à Paris) où il devait faire des clarinettes. Deux clarinettes de la collection N. Shackleton pourraient correspondre à cette période d'activité chez Godfroy (c.1818 à 1827). 
Clarinette à 13 clés vers 1820
(Coll. Shackleton)
Cette clarinette à 13 clés est très intéressante car elle correspond à une période bien précise c.1818 à 1824, montrant que cette clarinette d'Iwan Müller n'était pas le monopole de Gentellet et Simon Lefèvre.
Clarinette 13 clés de Clair II Godfroy Aîné
N°1644  et datable 1827-1828
(Coll. N. Shackleton)
Cette deuxième clarinette est aussi très intéressante, tout d'abord parce qu'elle est numérotée, montrant que Clair II Godfroy numérotait ses clarinettes dans la même numérotation que ses flûtes, ce qui permet de la dater de 1827-1828 (Voir notre blog sur ce sujet avec le lien au début de cet article). C'est une 13 clés dans le modèle de Simon Lefèvre qui montre que ce facteur avait imposé sa façon de fabriquer la clarinette Müller.

Louis Jacques Lefèvre avait quitté la capital en 1828, pour s'installer à Nantes, rue Clisson :
Journal de Nantes. Breton (Le) 31/07/1828 et 05/08/1828: (Source Jean Jacques Bona)
Avis et demande- Musique instrumentale- LEFEVRE arrivant de Paris, élève de Godefroy, facteur d'instruments à vent, fait généralement tout ce qui concerne son état: flûtes clarinettes, bassons, hautbois, cor anglais ou voix humaines et flageolet. Il se charge des réparations de tous les vieux instruments ci-dessus détaillés et même de les rajuster. Il a l'honneur de prévenir MM. les artistes et amateurs de musique, qui voudront bien l'honorer de leur confiance, qu'il vient de former son établissement, rue Clisson, n° 1.er à Nantes.
Il prévient aussi MM. les négociants et commissionnaires, qui auraient des demandes à fournir dans les marchandises relatives à sa partie, qu'ils peuvent s'adresser chez lui, il leur fournira tout ce dont ils ont besoin en le prévenant d'avance, le tout à un prix très- modéré.
Les personnes qui désireraient mettre son savoir à l'épreuve, lui feront grand plaisir en lui remettant un instrument injouable, par rapport à la dissonance des sons, il le rendra aussi parfait qu'un des meilleurs instruments sortis de l'atelier du meilleur facteur de la capitale: il excepte dans la garantie du rajustement, le basson  seulement comme étant l'instrument auquel il est le moins rattaché pour cette épreuve.
Il donne aussi des leçons de hautbois et cor anglais d'après la méthode de M. Brod.
Clarinette à 13 clés de Louis Lefèvre à Nantes vers 1830.
Coll. Thicam.
Sa femme décède le 18 août 1833 en mettant au monde leur fils Pierre. A l'exposition de 1839 il reçoit la mention honorable pour un bec adaptable à quatre clarinettes de tonalités différentes (Mib, Ut, La, Sib).
Il se remarie à Nantes le 14 novembre 1848 avec Céleste Bouhier (1812-1877). Le 20 septembre 1853 il obtient un brevet de 15 ans pour : un "Système d'arrangement de clefs pour clarinettes et instruments à vent en bois". 
Brevet Lefèvre 1853. (Source Inpi)
Il se retire vers 1856 et décéde à Angers le 11 6 1866.