jeudi 7 janvier 2021

 Bonne et Heureuse Année 2021

.....et nous espérons que vous avez pu faire la fête malgré ce satané Virus.
Et comme le hasard fait bien les choses, 
LE BLOG MUSICAL franchit la barre des 500000 contacts : Donc un record ! ! ! 


Il est temps de faire un bilan de ce Blog Musical que nous avons créé en 2009 , il y a déjà plus de 12 ans et qui continue, tranquillement sa vie et qui tourne à 5000 contacts de moyenne par mois et 170 par jour en fonction de notre production d'articles.

Courbe des contacts depuis le début du Blog en 2009.

Au départ c'était une gageure de pensez qu'un site consacré aux facteurs d'instruments de musique pouvait intéresser.... au delà d'une dizaine de personnes, surtout animé par des amateurs dont la compétence en cette matière était approximative, et surtout écrit en français. 
Cependant suivant l'exemple de Denis Watel et de son site : Le chtiot musée des clariboles
et fort de l'expérience que nous avons eue en créant deux autres blogs encore plus spécialisés : Facteurs et marchands de musique de l'est de la France
Un des thèmes de ma collection d'instruments de musique et : Dictionnaire des facteurs d'IM de Strasbourg

Le premier article écrit dans notre blog musical : était consacré à Azzolini fabricant d'accordéons à Angers    sujet "majeur" de la facture d'instruments de musique.

Suivrons 167 articles écrits en douze ans, avec le renfort de notre ami José Daniel Touroude qui depuis novembre 2011 nous a rejoint et écrit prêt de la moitié de ces articles. 

José Daniel au musée de la musique de Paris, avec dans sa main droite
 (c'était prédestiné) la clarinette Geist à 4 clés  et dans la gauche  celle de Scherer. 

Qu'il soit ici remercié pour tous ces beaux articles qui montrent l'étendue de sa compétence dans le domaine de la musique, mais surtout pour son ouverture d'esprit, sa fantaisie et son humour. Merci pour tous ces bons moments passés ensemble.

Le Blog musical est généralement apprécié et regardé avec bienveillance même si quelques grincheux y trouvent quelques fautes d'orthographe.....où que l'on y trouve " pas d'article sur le cor de chasse (dixit)". Malgré les textes en français il est regardé dans le monde entier et la fonction traduction semble être suffisante. Il est vrai que nous tenons à intégrer aux articles un nombre d'illustrations important qui sont souvent la porte d'entrée des consultations.

Il est lu  au Japon et en Asie, nous avons pu le vérifier à travers des contacts que nous avons eus par mails et même des demandes d'utilisation de certains articles.

Au départ, l'idée était assez simple, amateur d'instruments anciens nous recherchions sur internet et dans les librairies et bibliothèques de la documentation sur les facteurs d'instruments de musique à vent et nous étions toujours déçus. A l'exception du Langwill, Constant Pierre et quelques articles du Larigot qui nous donnaient quelques pistes, l'information était très pauvre, imprécise et les maigres articles trouvés utilisaient les mêmes informations qui tournaient en boucle de document en document et de siècle en siècle.
Il y avait bien quelques articles d'érudits, de musicologues qui paraissaient de temps en temps mais ils concernaient les " instruments nobles " donc pas les vents. 
A cette époque je faisais " comme on dit pour les retraités : pour m'occuper (Aih !)", la généalogie de ma famille et en même temps je travaillais sur les facteurs de Strasbourg, domaine extrêmement compliqué puisque les archives alsaciennes du XVIIIème sont en allemand gothique et écrit à la main....illisible pour moi et mes quelques années d'études germaniques. Heureusement le monde associatif de la généalogie alsacienne est venu à mon secours avec une générosité sans borne, m'orientant, traduisant, m' expliquant......(Mille merci à eux). Je suis donc venu à bout de l'histoire des Keller, Bühner, Roth, Finck, Lindemann....Mais j'ai pu vérifier encore une fois le grand principe " pour recevoir de l'information, il faut en donner " qui s'applique en généalogie notamment.
C'est la raison pour laquelle nous rassemblons  la totalité de nos données généalogiques concernant les facteurs, marchands, luthiers....dans un fichier du site généanet : sabineves
qui comporte aujourd'hui plus de 10000 noms ainsi que de nombreux documents.
J'encourage les Musées ou autres associations à faire de même.
Autre grand principe : nous publions sur le Blog, pratiquement la totalité de nos recherches même si elles ne sont pas terminées (la technique du Blog permet les modifications et des ajouts permanents) , car l'objectif est de transmettre ces informations.

Même si un contact ne correspond pas toujours à une lecture, les articles les plus consultés sont ceux concernant les saxophones vintages, comme le confirme  l'article vedette du Blog : Mark VI, Mark VII et Super Action 80 de Selmer.
Consulté 26 000 Fois et largement en tête, cet interview de Gérard Badini célèbre saxophoniste de Jazz et essayeur chez Selmer est relayé régulièrement dans les sites et forums consacrés au saxophone de Jazz, particulièrement aux USA.
Gérard Badini.
Quatre autres articles consacrés aux saxophones sont dans les dix premiers : 

Troisiéme avec 9280 contacts : Saxophones Pierret 1906-1971



Dixième avec 4120 : Dolnet et le saxophone jazz

Le deuxième article le plus lu, avec 12100 contacts, est étonnamment : celui concernant :

Les classiques trouvent leurs places avec quatrième et 8330 contacts : 1847 : Jean Louis Buffet obtient un brevet pour l'amélioration du flegeolet.




Et comme de nombreux lecteurs nous ont fait part de la difficulté à retrouver un article dans le blog......nous prérarons un abstract " dynamique " que nous vous enverrons prochainement.

Bonne année à tous et merci pour votre soutien.



mercredi 9 décembre 2020

Prestel fabricant de pianos à Strasbourg de 1820 à nos jours.

Marc Antoine Prestel est né  en 1776 à Bischlags près de Kempten  dans le sud de la Bavière. Son père Joseph Prestel était cultivateur.  Il était arrivé vers 1800 avec deux de ses frères et étaient installés dans le quartier du Neuhoff (Banlieue de Strasbourg). Marc Antoine Prestel  s’installe  à Strasbourg en  juin 1817 et se déclare compagnon menuisier. 

Signature de Marc Antoine Prestel



Son frère aîné Joseph François Prestel (1775-1823) aussi compagnon menuisier, est arrivé à Strasbourg en mai 1816.  L’aîné des trois frères  Joseph Prestel restera célibataire  et décédera  le 22 mars 1823 à 48 ans. La même année Marc Antoine Prestel  épouse le 24 juillet 1823 à Strasbourg Marie Anne Theiller (1782-1829), la fille d’un marchand de fromage.  Justin Prestel  (1778-1835) le plus jeune frère exercera le métier de charpentier au 36 bis Neuhoff ; il avait épousé Marie Anne Hornecker (1785-1839), d’Illkirch-Graffenstaden et auront  onze enfants dont Antoine Prestel (1810-1883) qui prendra la suite de son oncle Marc Antoine Prestel.


Le plus jeune des trois frères Justin Prestel décède le 26 avril 1835 au Neuhoff, Marc Antoine Prestel, facteur de clavecins et Antoine Prestel, facteur de clavecins sont témoins.  Sa première épouse étant décédée en 1829, Marc Antoine Prestel se remarie le 22 mai 1832 avec Catherine Bader (1796-1866). Ils auront trois enfants dont deux garçons qui seront facteurs de pianos dans l’entreprise : Antoine Joseph Prestel (1834-1908) et Xavier Prestel  (1838-1866). Marc Antoine Prestel est  décédé à Strasbourg le 29 septembre 1841 au 10 rue des Echasses, à Strasbourg.

Signature d’Antoine Prestel (1810-1883).

Le 29 mai 1845 Antoine Prestel  Neveu (1810-1883) épouse Catherine Bader (1796-1866), la veuve de son oncle. C’est donc Antoine Prestel  Neveu qui reprend l’affaire aider par ses « beaux enfants », Antoine Joseph Prestel fils (1834- 1908), Xavier Prestel (1838-1866) et par ses frères, Michel Prestel (1813-1871), qui restera célibataire, Jean Georges Prestel (1824- ?),  qui se mariera deux fois. Ils exerceront d’abord au 10 rue des Echasses puis ensuite au N°  3 Impasse des Echasses. 

Signature de Joseph Antoine Prestel.

En 1878, Antoine Prestel Neveu prend sa retraite et c’est Antoine Joseph Prestel fils (1834- ?), le fils du fondateur de la maison, qui prend le relais. Il se marie le 29 octobre 1863 à Strasbourg avec Marie Joséphine Boos et auront quatre enfants. Antoine Prestel Neveu décède le 9 septembre 1883 au 3 impasse des Echasses. 

Annonce publicitaire en 1900

En 1898 Antoine Joseph Prestel fils fait construire  une maison 6 rue des Juifs  Au-dessus du porche d'entrée sont présentes dans la pierre les initiales d’Antoine Prestel, et  sous le fronton curviligne se trouve une lyre.

Initiales au dessus du portail du 6 rue des Juifs

Immeuble du 6 rue des Juifs.

L’entreprise continuera à vendre des pianos tout au long du XX° siècle  et continue actuellement avec Michel Ades (Prestel) qui va bientôt prendre sa retraite.

Site Ades Prestel à Strasbourg Metz Colmar

Chronologie :

1809 : Prestel 36 bis Neuhoff.

1816 : François Joseph Prestel, compagnon menuisier arrive en mai à Strasbourg

1817 : Marc Antoine Prestel, compagnon menuisier arrive en juin à Strasbourg.

1818 : Les deux frères habitent 10 place Etienne.

1819 : Ils déménagent le 11 novembre 16 fossé des Tanneurs.

1823 : Marc Antoine Prestel, menuisier déménage le premier avril pour le 11 rue de la Croix.

1825 : Marc Antoine et sa femme déménagent le 4 août 1825 au N°10 rue des Echasses.

1836 : Marc Antoine Prestel, fabricant de Forté pianos et menuisier, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. (72)

1838 à 1852 : Prestel, fabricant de pianos à Strasbourg. (75)

1846 : Ant. Prestel, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos en tous genres. (90)

1850-1851 : Prestel, fabricant de Pianos, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. (76)

1854 : Ant. Prestel, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos droits, carrées et à queue. Expédition en France et à l’étranger. (92)

            Georg Prestel, accordeur de pianos, 10 rue des Echasses à Strasbourg. (92)

1859 : Annonce : « Pianos, spécialité de pianos droits et à cordes obliques. A. Prestel 3 impasse des Echasses à Strasbourg. Envoi en France et à l’Etranger ». (114)


Annonce vers 1900

1860 : Ant. Prestel, 3 impasse des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos droits, carrées et à queue. Expédition en France et à l’étranger. (93)

1860 : Prestel, 3 rue des Echasses à Strasbourg,  participe à l’exposition universelle de Besançon et présente des pianos en palissandre.

1861 : Prestel de Strasbourg,  participe à l’exposition universelle de Metz et obtient une mention honorable pour  ses pianos droit. (141)

1867 : Prestel médaille de Bronze à l’exposition de Paris.

1878 : A. Prestel, facteur de pianos, 3 impasse des Echasses, à Strasbourg. (94)

1880 : Jos. Ant (le fils de Marc Antoine), Prestel, facteur de pianos, 3 Stelzengässchen, à Strasbourg. (95)

1886 : A. Prestel, facteur de pianos, 3 Stelzengässchen, à Strasbourg. (80)

1895 : Dans la liste à Strasbourg. (1)

1898 : A. Prestel, fabricant de pianos 6 rue des Juifs.

1901 : A. Prestel, 6 rue des Juifs, à Strasbourg. Pianos et Harmoniums. (54)

1930 à 1958 : 6, rue des Juifs à Strasbourg. Pianos et Harmoniums. Fondé en 1820. (55)

2015 : Pianos Ades-Prestel à Ingersheim (Haut Rhin)


Bottin de 1920.

Comment se cultiver en écoutant de la bonne musique. Roxy Coss en live.


vendredi 13 novembre 2020

Découverte d’une clarinette rare de J.G. GEIST facteur en France sous Louis XV.

 

par José-Daniel Touroude.

Je remercie chaleureusement les contributions de René Pierre, Denis Watel, Jean Jeltsch et Albert Rice sans lesquels je n’aurais pu faire cet article, mais les hypothèses énoncées liées à des incertitudes n’engagent que moi. Il faut prendre cet article comme une étape en attendant d’autres éléments qui confirmeront ou infirmeront certains propos.

 

Introduction : Dans des greniers, on trouve parfois des pépites oubliées. Ainsi Antiq-Broc de Niort m’a vendu une clarinette en Ut à 5 clés de JG Geist, provenant du château de Béceleuf (près de Niort). Nous aurions pu faire une fiche catalogue avec la photo. Mais un des plaisirs du collectionneur est de jouer au détective, rechercher la généalogie du facteur, le replacer dans son contexte historique, puis analyser les techniques, les influences, faire restaurer les instruments, les classer et parfois même les refaire sonner avant de les admirer en vitrine et là la phrase de Lamartine «objets inanimés avez vous une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? « prend tout son sens. Étant tous confinés suite au virus, nous avions du temps et nous sommes partis donc à la recherche de Geist, nous avons trouvé ensemble des documents inédits et avons réalisé une analyse technique de l’instrument et cela a crée beaucoup d’interrogations et de demandes de précisions entre nous avec des analyses souvent convergentes, parfois aussi divergentes.

Méthodologie : Cet article est le premier sur JG Geist et regroupe des documents inédits sur une clarinette d’exception mais cet article montre aussi l’approche méthodologique et les doutes que beaucoup de collectionneurs connaissent. Nous déchiffrons donc une nouvelle pièce inconnue et nous proposons des déductions grâce à des indices concordants trouvés dans différentes sources, puis nous émettons des hypothèses pour les nombreuses parties manquantes, faute de preuves.

En fait nous synthétisons deux analyses : 1°une analyse historique, notamment sur l’histoire des premières clarinettes 5 clés des années 1770-1780 et de leurs facteurs, mais qui possède aussi ses lacunes et incertitudes car au départ, il n’y avait pratiquement rien sur Geist. Quelques phrases dans un article de Bernadette Girard en 1973 (dans la revue recherches sur la musique classique française vol 13) qui cite des phrases d’un jugement de curatelle de 1775 et donne quelques informations. Les archives concernant l’état civil ont été détruites par les émeutes de la Commune de Paris mais il reste comme l’indique DW les actes notariés et les actes des commissaires de Paris dans les registres du Châtelet mais pas faciles à trouver. Alors commencent des recherches documentaires dans les archives anciennes et RP retrouve le jugement de curatelle de 1775 et découvre le testament fait en 1775. Aussitôt nous les décryptons ensemble mais comme il n’y pas la date de son décès, cela va poser des interrogations sur la preuve de la fin de ses activités et en conséquence sur la datation de la clarinette.

2° une analyse minutieuse et technique des instruments est confrontée alors à l’analyse historique. Celle ci fut effectuée par JJ (qui réussit à faire les parties manquantes du corps central et du bec/barillet selon les cotes des instruments contemporains de Geist et de réaliser en plus une fidèle copie de la Geist en Ut.) Ce travail technique donne des informations mais pose aussi des interrogations. En effet nous manquons tous d’une analyse comparative, de visu et non par photo, des premières clarinettes 5 clés qui sont dispersées à travers le monde. Alors chacun analyse en fonction des instruments qu’il possède ou qu’il connaît et élabore des déductions et des suppositions notamment pour les datations qui sont souvent imprécises. La datation est un sujet récurrent de débat. Pour la Geist en Ut, nous sommes d’accord pour les années 1770. Mais quelle date exacte ? cela paraît futile mais la clarinette évolue vite à cette époque et pose des problèmes pour une chronologie pertinente de la facture de clarinette ! Or cette clarinette pourrait être une des premières 5 clés fabriquées et qui reste conservée en France ! et ceci est important pour les collectionneurs. Notons enfin que cet article est le fruit d’un travail collectif. Des documents anciens qui relatent des faits (mais tous les historiens savent que les transcriptions ne sont pas forcément objectives et véridiques), engendrent des déductions et des hypothèses. En attendant d’autres éléments probants, entre intuition et analyse logique, pour confirmer ou infirmer certains propos émis, gardons en mémoire la phrase du savant Henri Poincaré : 

" C’est par la logique que nous prouvons mais c’est avec l’intuition que nous trouvons"   

Analyse historique : Découverte de Geist : En effet Geist était juste un nom vaguement mentionné jusqu’à une vente à Drouot d'une première clarinette à 4 clés en Ré qui est actuellement au Musée de la musique à Paris ! (on a pu établir la traçabilité de l’instrument provenant de la collection d’Alain Vian frère de Boris, vendue à André Bissonnet marchand antiquaire en instruments de musique qui l’a vendu à son tour à un collectionneur Laurent Kaltenbach). Cette clarinette fut vendue à Drouot (25 000 F + frais soit 7500 € actuels TTC) mais sans mention du nom de Geist ! car l’estampille n'était pas visible. Elle fut achetée par le Musée de la Musique de la Villette, car elle fut signalée à Florence Gétreau par Jean Jeltsch, en pratiquant le droit de préemption aux enchères, ce qui a frustré le collectionneur de clarinettes Nick Shackleton ! (collection au Musée d’Edimbourg), et ce qui fit applaudir le public français ! Rappelons que le droit de préemption donne un pouvoir à l’Etat par la loi du 31/12/1921 (puis étendu plus tard aux collectivités territoriales) d’acquérir de manière autoritaire une œuvre d’art vendue aux enchères, si celle-ci constitue un objet essentiel au patrimoine national afin de l’empêcher de partir à l’étranger ou dans une collection privée.


Première page du catalogue de 1992 et description de 
la clarinette en ré de Geist conservée au musée de la musique de Paris



 
        Johann Godfried Geist (1750-1775 Paris)

 Description : Clarinette en Ré, complète, sans restauration. Perce étroite et petits trous. Bec et barillet en une seule pièce. Pavillon et corps du bas en une seule pièce. Virole centrale en bois dans la masse. 4 clés carrées en laiton. Clé de MI/Si à bascule (à l’allemande). Ressorts posés et encastrés sur bois. Tampons cuir collés à la gomme laque. Estampilles (3) JG Geist + Colombe au dessus, en dessous Fleur. Collection du Musée de la musique Paris. Datation entre 1760 et 1770.

Ainsi Johann Gottfried Geist apparaît dans le monde des collectionneurs, comme un facteur allemand installé vers 1750 à Paris. Il avait fabriqué notamment cette petite clarinette en Ré à 4 clés datable vers 1765 (car ce n’est que vers 1760 en principe que la 4ème clé fut inventée en Allemagne). Elle est répertoriée comme la plus ancienne clarinette française fabriquée et conservée actuellement (même si d’autres ont existé avant mais ont disparu). La clarinette en Ré était courante (remplaçant parfois les trompettes en Ré) et a connu ses moments de gloire grâce aux concertos de Molter (elle est désormais abandonnée et remplacée par la clarinette Mib.).

Portrait de Villemet avec sa petite clarinette /Pierre Bazin 

En ce qui concerne la clarinette Geist à 4 clés, les clés carrées sont classiques et montrent une synthèse du style français avec la 4ème clé Fa#/Do# qui se joue avec l’auriculaire gauche reprise par tous les facteurs français alors que la 4ème clé allemande de Lab /Mib se joue avec l’auriculaire droit (exemples des facteurs de Dresden comme Grenser ou Grundmann). Cette clarinette n'a que 4 clés (il en reste 27 connues actuellement dans le monde selon A. Rice). Mais ce clétage était rare (5/27 selon A. Rice), car les autres 4 clés connues ont la clé de Lab/Mib de style allemand ce qui est normal vu la prédominance de l’Allemagne dans la facture de clarinette à cette époque. Par contre le montage de la grande clé à bascule Mi/Si est typiquement allemand.  

Un autre instrument répertorié connu de JG Geist est un hautbois d’amour situé dans la collection du Musée Unterlinden de Colmar et il semble que c'est le premier voire le seul hautbois d'amour de cette époque fabriqué en France. En effet cet instrument était à la mode au 18ème siècle en Allemagne et JS Bach, Graupner, Telemann l’ont magnifiquement utilisé. JG Geist en avait certainement fabriqué dans son pays d’origine. Nous voyons l’intérêt primordial des instruments de Geist : non seulement ce sont des instruments de bonne facture mais qui sont parmi les plus anciens et surtout conservés en France.

Analyse historique pour retrouver les traces de JG Geist : Johann Gottfried GEIST ou Jean Godefroy Geist (son nom francisé dans les documents) était saxon, né à Weimar dans le duché Saxe-Weimar, un des états du Saint Empire Romain Germanique vers 1710 -1720 (nous n’avons pas avec certitude son acte de naissance et cela provoque un premier débat.)

Notre argument se base sur un fait : En effet en 1750, « il est marié, a beaucoup voyagé dans différents royaumes et reconnu comme faiseur d’instrument » donc on peut en déduire un âge de maturité, ainsi, en 1750 il aurait une trentaine d’années ce qui est plausible avec ce texte. Nous trouverons bien un jour la date exacte de sa mort et de sa naissance qui doit bien exister quelque part ! Mais il importe de montrer aux lecteurs les doutes, les faits et les hypothèses quand on plonge dans le passé de quasi anonymes qui ont laissé peu de traces….

Je reprends mon récit : A cette époque Weimar était la capitale (mais en fait une petite ville) d’un duché de Saxe d’un prince protestant luthérien Ernest Auguste 1er dans une Allemagne en plein chaos avec une multitude de petits territoires plus ou moins indépendants. Croyant en Dieu jusqu’à la fin de sa vie (cf. testament) vraisemblablement luthérien comme la plupart de ses concitoyens de Weimar selon le principe « cujus regio, ejus regio « (on prend la religion de son prince). J.G. Geist est né lorsque le génial JS Bach était l’organiste du Temple luthérien à Weimar (jusqu’en 1717). C’est à Weimar qu’il composa notamment la célèbre Toccata et fugue en Ré mineur BWV 565.

Weimar au 18eme siècle. 

J.S. Bach 30 ans à Weimar

Nous ne savons rien sur sa famille mais nous supposons que J.G. Geist a dû faire son apprentissage de tourneur sur bois et facteur (sans doute vers 1730-1735 car à l’époque on travaillait jeune et l’apprentissage durait plusieurs années) mais on ne sait pas où, ni avec qui ? Là encore nous sommes obligés de déduire ce qui est plausible … Ainsi en Allemagne, les principaux facteurs avec qui  Geist aurait pu apprendre son métier de facteur d’instruments à vent ne sont pas nombreux. Vu la qualité de son tournage, il est vraisemblable qu’il a dû se former à l’époque chez un grand facteur proche de Weimar.

Proposons quelques noms de maîtres célèbres d’apprentissage proches de Weimar : il y avait notamment à Nuremberg le créateur de la clarinette et son fils : les Denner (1707-1735) mais aussi Zick (1703-1733), les deux Oberlander (1681-1763). Plus loin de Weimar mais aussi possible : Scherer (1711-1778) à Butsbach en Hesse, ou les Walch (dynastie commençant en 1690 à Berchtesgaden)…Faiseur d’instruments à vent doté d’un sérieux savoir-faire, il devient itinérant comme beaucoup à l’époque, qui passe d’atelier en atelier, de Maitres en Maitres, de ville en ville, de pays en pays pour travailler et se perfectionner car un document d’époque indique que «GEITZ est étranger et de nation Prussienne ou Saxonne, il s'est établi à Paris en 1750, " marié, après avoir été errant longtems dans diferans Royaumes, il jouissait de quelque réputation pour les dits instrumens".  Il confirme à la fin de sa vie qu’il a beaucoup voyagé (testament). Mais quelle est la définition à l’époque de royaume et de voyage dans la 1ère moitié du 18ème siècle ?

Il a voyagé et travaillé comme ouvrier ou compagnon entre 1740 et 1750 mais où ? et chez qui ? là nous n’avons aucun renseignement. Donc formulons quelques hypothèses logiques. Vu l’avance des allemands sur le reste du monde dans la facture instrumentale de la clarinette, (les français, eux, avaient plus concentré leur inventivité sur la flûte et le hautbois), il est plausible que Geist ait travaillé d’abord dans les nombreux états allemands où se trouvaient de grands facteurs :(Denner à Nuremberg, Crone à Leipzig, Stingelwagner à Triftern voire vers 1745 chez Grenser à Dresden ou Wietfelt à Burgdorf, voire chez Schlegel à Bâle….) ou qu’il s’était établi simplement à Weimar !

En effet Albert Rice nous indique qu’il connaît une facture qui concerne l’achat de trois clarinettes et sept fifres, établie en 1749 par Johann Heinrich Geist de Weimar qui indique leur livraison à la Cour de Gotha (cité dans Christian Ahrens, «Zu Gotha ist eine gute Kapelle . . .» Aus dem Innenleben einer thüringischen Hofkapelle des 18. Jahrhunderts, Stuttgart, 2009, 209). Troublant ! Est-ce le même Geist ? Car il serait surprenant que deux Geist différents soient facteurs de clarinettes (qui étaient rares) venant de la même petite ville de Weimar… question de probabilités… une erreur sur le 2ème prénom ? ou Heinrich était-il son 3ème prénom ? un parent ? tout est possible. Toutefois il n’y a rien de surprenant que Johann Gottfried GEIST puisse habiter, travailler ou garder des liens dans sa ville natale Weimar avant son arrivée en France en 1750. Et rien de surprenant de livrer des clarinettes (peu courantes quand même à cette époque) à Gotha, duché réputé pour son théâtre dans la salle du château de Friedenstein, (un des premiers théâtres d’Allemagne à disposer d’une troupe permanente) avec de nombreux artistes et savants et surtout d’un orchestre existant depuis 1651 (chapelle de la cour). Ce fait expliquerait aussi peut être ses voyages ultérieurs courants, n’ayant pas rompu les ponts avec l’Allemagne. D’autre part ceci explique pourquoi Geist était à la pointe des innovations de cet instrument, vu l’avancée des allemands.  Amis collectionneurs allemands si vous connaissez un instrument ou une information sur Geist ? Manifestez vous.

Ce type de clarinette allemande était fabriqué  par Geist dans les années 1740.

Anonyme  facture allemande.  Clarinette en Ré. Bec/ barillet en une seule pièce refait. Corps du bas/ pavillon en une pièce. Virole centrale fine tournée dans le buis. 2 clés plates carrées en laiton. Ressorts posés et encastrés sur bois.Tampons cuir. Musée : Edimbourg. Datation : vers 1740. 

A t-il voyagé dans les différents petits états allemands c’est probable, mais aussi sans doute hors d’Allemagne, vu l’état chaotique de ce pays. Mais vu la barrière de la langue, Geist apparemment ne parlait qu’allemand (car vivant à Paris depuis 25 ans en 1775, entouré de relations germanophones jusqu’à la fin de sa vie en France, il a eu besoin d’un traducteur en 1775 pour sa curatelle.) Il a pu logiquement aller aux Pays Bas, dans les pays flamands, Bruxelles, voire peut être Strasbourg ou l’empire austro-hongrois notamment Vienne….   Essayons de recenser les principaux facteurs possibles entre 1740 et 1750 (date de son installation à Paris) où JG Geist a pu travailler. Ils ne sont pas nombreux (bien sûr il y a forcément des talents inconnus qui n’ont pas laissé d’instruments ou de traces) mais il existait des facteurs réputés qui pouvaient accueillir un compagnon comme Geist. Les Pays Bas avaient d’excellents facteurs à Amsterdam avec P. Borkens (1724-1765), T.Boekhout (mais il s’arrête en 1715 mais avec son successeur ?), J. Steenbergen (1700-1752), De Bye (1700-1750)…Bruxelles est aussi possible mais tardivement avec d’illustres contemporains : comme G.A. Rottenburgh, ou Willems à Bruxelles, voire Vienne en Autriche…. Il est normal que nous n’ayons pas de traces de Geist, car les ouvriers et compagnons chez un Maître, ne signaient pas leurs œuvres.

Rappelons le contexte historique de notre clarinette à savoir les destructions en Allemagne au 17ème et 18ème siècles et ses conséquences pour la facture instrumentale. Au début du 18ème siècle, la plupart des petits états allemands ont subi sur leurs territoires la guerre de trente ans (guerre de religions faisant 3 à 4 millions de victimes) avec des cohortes de mercenaires pillant tout et qui ont laissé ces régions exsangues. Ainsi la moitié de la population de Saxe est morte de dommages de guerres, de famines et des épidémies qui s’en suivirent. L’économie est désorganisée et avant que recommence la guerre de succession d’Autriche puis la guerre de 7 ans ! En conséquence, de nombreux artisans ne peuvent plus travailler dans des petits états allemands dévastés et émigrent vers la France qui était un grand pays riche où l’artisanat avait des débouchés. En effet au début du 18ème siècle la France de Louis XV, était un grand pays avec ses 22 millions d’habitants, et était enviable malgré les guerres et les gaspillages. Mais il n’y a pas eu que la France ou les Pays Bas ! En effet l’Angleterre organisait des concerts avec des clarinettistes depuis plusieurs décennies et un fils de Jean Sébastien, Jean Chrétien Bach fait vraiment connaître la clarinette en 1763 en Angleterre (précédé par Thomas Arne en 1760 (cf A. Rice in Galpin Society n°72 en 2019) . Celle ci s’implante rapidement. Certains facteurs allemands comme Tölcke et Hespe exportent des clarinettes en Angleterre. Les premiers facteurs en Angleterre étaient parfois aussi des immigrants allemands. Et puis il y avait aussi des immigrés artisans huguenots français exilés suite à la révocation de l’Edit de Nantes. Après ces influences extérieures, la facture de clarinette anglaise sera vite inventive, spécifique et renommée.

Photo d’une des premières clarinettes recensées  à 5 clés vers 1770-75 de Thomas Collier Londres. (proche de la Geist en Ut mais aussi d’autres facteurs comme Kusder à Londres ou Willems ou Rottenburgh à Bruxelles…) 

Thomas Collier (1765-1785) Londres. Ouvrier chez Schuchart depuis 1753 s’installe en 1765 et Hale lui succède en 1785. Clarinette en Sib.  Bec et barillet en une seule pièce. Pavillon et corps du bas en une pièce. Virole centrale épaisse tournée dans le buis. 5 clés carrées et plates en laiton. Ressorts posés et encastrés sur bois. Tampons cuir collés gomme laque. Estampille (4) T. Collier London + Soleil.   Musée  Edimbourg. Datation entre 1770 et 1775.

Si l’Allemagne est le berceau de la clarinette, au milieu du 18ème siècle, les Pays Bas, la France, la Belgique, l’Empire Austro-Hongrois et l’Angleterre vont vite adopter cet instrument et apporter des innovations et des modifications notables. En effet les guerres incessantes et leurs pillages, les échanges commerciaux de nombreux instruments, les voyages des musiciens à travers l’Europe permirent des échanges vers d’autres pays, très rapidement. Il est aisé de copier une flûte ou une clarinette, pour un bon facteur s’il possède un exemplaire. Ainsi les innovations se répandent très vite, ce qui complique les attributions des innovations et les datations. L’immigration des facteurs allemands est fondamentale. Parmi les artisans, ceux qui travaillent le bois (tourneurs et notamment les facteurs d’instruments à vent allemands) sont sans doute les plus avancés dans le monde et vont diffuser leurs savoirs en ébénisterie et facture d’instruments à vent, ce qui va améliorer rapidement la facture française. De nombreux facteurs sont souvent d’origine allemande ou deviennent français, par les bouleversements géopolitiques. Cette immigration qui débuta au 18ème siècle s’intensifia au 19ème.  


J.G. Geist faiseur d’instruments à Paris : JG Geist arrive en 1750 à Paris, après avoir bourlingué dans différents pays, il est marié mais sa femme décède (brulée indique t-il) lors de son arrivée en France et n’a pas d’enfants. En effet à cette période Geist est en pleine activité, la demande commence à se développer notamment chez des militaires et l’offre des faiseurs d’instruments en France est assez faible : C. Bizey (le Maitre de Porthaux), Naust liés aux Lot (Thomas, Gilles et Martin)… qui sont parmi les premiers facteurs réputés à Paris. (cf livre de Gianini). Geist s’établit donc à Paris en 1750, et ce qui est sûr c’est qu’en 1759 il apparaît nommément dans les archives d’habitants de l’enclos des Quinze Vingt. Un document atteste « Geist travaille dans l'Enclos des 15/20 "faiseur d'instruments à vent, allemand de nation". Nous ne savons pas exactement où était son atelier entre 1750 et 1775 mais sans doute dans son appartement (comme M. Amlingue et d’autres selon DW) car certains travaillaient seuls et à domicile sans véritablement d’atelier comme on se les représente parfois. Il vivait dans l’enclos des 15/20, locataire au 3ème étage, face à la cour « paitrede » (nord-est du quadrilatère de l’enclos 15/20, paroisse St Eustache).


L’enclos des 15/20 a été construit par Saint Louis pour d’une part loger et soigner les aveugles dans l’hôpital des 15x20 (soit 300 lits) à Paris. Mais il y avait aussi un enclos franc qui permettait aux artisans de s’installer et d’ouvrir des ateliers, où on pouvait acheter des marchandises. Geist s’installe dans ce quartier rénové en partie (notamment l’hôpital et des immeubles récents.). L'enclos des 15/20 était néanmoins un quartier populaire composé d’une mosaïque de provinciaux (avec leurs patois comme les fameux gascons avec leur langue d’Oc, incompréhensibles des parisiens) mais aussi d’étrangers qui avaient tendance à se regrouper aussi selon leur langue et leurs activités. Ainsi Geist était entouré de germanophones et après 25 ans à Paris, il ne parlait pas toujours le français ! Les habitants de ce quartier composaient un nombre important de petits métiers dans une zone franche artisanale dynamique, assez prospère, mais peu intégrée au système officiel. Ainsi, il y avait de nombreux artisans souvent plus créatifs, innovants et révolutionnaires dans leurs pratiques que ceux inscrits dans les corporations officielles imposant des règles voire des modes notamment dans les métiers du bois et des métaux   

Il est normal que JG Geist, comme d’autres tourneurs sur bois et facteurs d’instruments étrangers, s’établissent dans cette zone.

Ce qui montre que JG Geist surnommé Fritz alors, apparaît comme un facteur solitaire, innovant grâce à ses voyages, peu intégré a priori à l’organisation officielle des métiers et que, malgré son talent, n’a jamais été Maître de la communauté des "faiseurs d'instruments de musique à Paris". Dans son testament devant notaire en Mai 1775, il est qualifié de faiseur d’instruments de musique et non de Maitre. En effet pour être intégré au système officiel, il fallait être français, catholique et avoir fait tout son apprentissage à Paris. Mais Geist était étranger, protestant (hérétique), et ayant été formé ailleurs ! Il ne pouvait être intégré !

 Mais ce qui nous intéresse, c’est que dans le quartier des 15/20 (où on trouvait des facteurs notamment M. Amlingue, sans doute aussi d’origine allemande), il y avait aussi, proche de l’enclos, la grande caserne des mousquetaires noirs depuis Louis XIV.

Les facteurs commençaient à se rapprocher des casernes car ils réparaient et faisaient des instruments ; cela s’intensifia vers la fin du 18ème siècle quand la clarinette se généralisa ! Les facteurs vont se rapprocher de leurs clients, la musique militaire demandant aux facteurs des flûtes, des fifres, des hautbois et de plus en plus des clarinettes. Ainsi en 1764, les Gardes-Françaises, (qui étaient les rivaux des Gardes Suisses) constituaient une élite de l’infanterie française des armées royales et des mousquetaires. Ils étaient chargés de la protection du Roi et créèrent le premier ensemble à vent. (Ils ont eu notamment comme officier d’Artagnan puis comme chef La Fayette et sont les ancêtres de la garde nationale puis de la Garde Républicaine.). Les clarinettes rentrèrent donc en force : 6 clarinettes, 3 bassons, 2 cors, 1 flûte, 1 serpent, 1 trompette, 1 cymbale et grosse caisse.

Par une ordonnance du 12 décembre 1762, la musique des gardes régimentaires se composait de 4 bassons, 4 cors de chasse, 4 Hautbois et 4 Clarinettes. (État militaire de France, pour l’année 1763; sixième édition, Paris, 1763, 172-3).

Tout régiment espérait aussi avoir son harmonie pour parader dans les défilés avec ses clarinettes omniprésentes mais ponctuelles car les musiciens étaient souvent des gagistes intermittents payés par le colonel du régiment). En conséquence, la demande de clarinettes en France débuta vraiment et l’offre arriva à suivre grâce aux nouveaux facteurs. J.G.Geist était au bon endroit, au bon moment.

 Jean Godefroy Geist fut donc contemporain et collègue à Paris des premiers grands facteurs de clarinettes français (qui faisaient flûtes, flageolets, hautbois, bassons…) comme C. Delusse (1758-1779), Michel Amlingue qui habitait aussi dans l’enclos et qui était arrivé à Paris à 22 ans en 1766 et déjà considéré comme un grand facteur de clarinettes fournissant les commandes royales (cf article Galpin Society). Il y avait aussi Prudent Thierrot (qui débuta en 1765…) et à la même époque, les Lot (Gilles, Thomas, Martin … cf livre de Gianini).

Entre1750 et 1775, Geist indique la nécessité qu’il a de voyager et envoie de l’argent régulièrement pour paiement de son loyer au Maitre de l’enclos du 15/20 et sans doute de l’argent à la dame qui vit chez lui pour entretenir son appartement. Par ses nombreux voyages, il intègre rapidement les innovations de cet instrument qui se dote vers 1760 de la  4ème clé et aux environs de 1770 d’une 5èmeclé. 






 



 

Clarinette de Gilles Lot de Paris (contemporain de Geist)  

Gilles Lot (1752-1775) (Paris). Clarinette en Ut ?  Barillet/bec manquant. Pavillon et corps du bas en une pièce. Virole centrale en bois dans la masse. 5 clés laiton carrées. Ressorts posés et encastrés sur bois.  Tampons cuir collés gomme laque.  Estampille : Gilles Lot A Paris. Coll privée Samoyault. Une des premières clarinettes françaises à 5 clés . Datation entre 1770 et 1775.



Face à la découverte de ce nouvel instrument qui devient populaire et que les facteurs perfectionnent, les compositeurs créent des œuvres, comme Haendel avec son ouverture pour 2 clarinettes et cors (1740-1741) D’autres intègrent la clarinette d’abord ponctuellement comme Haydn en1761 dans son Divertimento à 4 pour deux clarinettes et deux cors (Albert R. Rice, «The Clarinet in the Works of Joseph and Michael Haydn,» Eisenstädter Haydn-Berichte, Band 3, 2004, 29-46). Bien sûr J. Stamitz de l’orchestre de Mannheim, (lieu essentiel pour la clarinette) écrit le premier concerto pour clarinette en 1755 et son fils Carl va donner des œuvres incontournables pour tous les clarinettistes. En 1774 et 1776 Gluck découvre cet instrument et l’utilise dans ses opéras Orféo et Alceste (écrits originellement pour chalumeau en 1762 et 1766 puis remplacé dans les éditions ultérieures par la clarinette).  

En 1758, donc à l’époque de JG Geist, la clarinette fait son entrée à l’Opéra de Paris situé d’ailleurs prés de l’enclos des 15/20 dans Gilles garçon peintre, z’amoureux-et-rival de Jean Benjamin de La Borde. Le concerto de J.Stamitz aurait été joué pour la première fois au "Concert Spirituel" de Paris en 1772 au Louvre, proche aussi des 15/20, par le clarinettiste virtuose Joseph BEER. puis plus tard vint Mozart en 1778, influencé par l’école de Mannheim et par la clarinette… (lettre célèbre à son père). 

En conséquence, la clarinette se répand à cette époque et les premières méthodes et traités de composition pour apprendre ce nouvel instrument sont notamment la méthode du clarinettiste allemand Roeser en 1764 et celle de Francoeur en 1772. Viendront ensuite, vu la popularité de la clarinette, les méthodes de Castillon (entrée dans le supplément de l’Encyclopédie) en 1776 et de Vanderhagen en1785.

René PIERRE a trouvé deux documents sur Geist : son testament de Mai 1775 qui était inconnu et le jugement de curatelle en entier de Juillet 1775, documents qui éclairent la fin de sa vie et qui fournissent beaucoup d’informations. En 1775 Geist indique qu’il est très malade depuis longtemps. Le notaire se déplace chez lui pour son testament en Mai 1775 et y apparaît une femme : Dame Anne Marie Faune, femme dévouée sans être payée, vivant sous son toit depuis longtemps et qui s’occupait de lui ! Elle a été nommée par Geist exécutrice testamentaire et légataire universelle…. Je ne relate pas les suppositions des uns et des autres sur les relations supposées entre cette dame et Geist !

Mais surprise ! deux mois après, Geist va encore plus mal et a des crises de démence, ce qui occasionne un jugement de curatelle en Juillet 1775. La curatelle est un jugement juridique uniquement pour confusion mentale, sénilité, crise de démence ponctuelle mais le texte entrevoit aussi la possibilité qu’à terme une aggravation et un enfermement en hospice serait prévisible. Ses curateurs sont ses amis Schwartz et Zelter qui doivent administrer sa vie en présence d’autres témoins, surtout amis germanophones.  

Il y a notamment une interdiction de production qui nous perturbe. Celle ci concerne l’impossibilité de faire un emprunt, d’administrer et d’aliéner ses biens, de signer des contrats sous peine de nullité ce qui est normal mais pas expressément de travailler ; mais en avait-il la possibilité vu sa santé  ? That is the question ? Geist possède quelques biens à la fin de sa vie : mobilier, biens meubles dont ses outils, effets et hardes usagés et vit sur ses économies mais néanmoins ses biens modestes suscitent des envies … argent à placer pouvant subvenir à une hospitalisation, tout cela dans un climat de confusion mentale de l'intéressé…..  un document indique qu’il se déplace en Juillet 1775 chez le procureur civil du Châtelet de Paris de son logement à Montrouge (hospice ? ainsi il ne serait plus apparemment au 15/20 comme en Mai 1775 ?)

Il possède des créances (certainement des instruments pas encore payés) et des dettes (loyers, fournisseurs ?) mais le legs est relativement modeste.

Pourrait-il s’agir d’un abus de faiblesse mais de qui ? 1°) de Anne Marie femme dévouée vivant chez lui depuis longtemps et qui n'était peut être pas si désintéressée ? Le testament la nomme légataire universelle et exécutrice testamentaire en Mai. Cela paraît normal car c'est elle qui s'occupe du malade ou 2°) Des amis et témoins tous germanophones, certains connus depuis plus de 20 ans, s'opposant ainsi aux risques d'accaparement de la jeune femme, qui obtiennent deux mois après le testament, un jugement de curatelle insistant sur sa démence (mais ce qui est curieux, personne ne parle du testament peut être secret !). Les amis de Geist ont l’air de personnes respectables (bourgeois, les deux König chirurgiens militaires, des fourbisseurs). Ont-ils senti le danger juridique   et par ce jugement gagner la course de vitesse contre la Dame ?… Qui a vendu aux enchères les biens de Geist ? Sauf ses outils et ses hardes pour le cas d’une guérison miracle bien hypothétique. Il souffrait de confusion mentale, débouchant sur des crises de démence. A l’époque il n’y avait aucun médicament pour traiter les crises de démence et stabiliser le malade. Une rémission à cet âge, toujours possible (DW aime cette thèse), mais qui nous paraît bien improbable surtout pour créer une clarinette innovante. Mais nous n’en savons rien, reste à trouver des preuves.

Ces péripéties ont pour nous un intérêt essentiel : la datation précise de cette clarinette en Ut et plus généralement  la chronologie des premières clarinettes 5 clés. Geist a-t-il fabriqué cette clarinette avant ou après 1775 ? Cette question fait débat entre nous. Pour ma part, je penche pour l’année 1774 au plus tard, quand Geist pouvait la faire car vu son état de santé délabré en 1775, tourner et faire une belle clarinette, seul me semble plus qu’improbable. Il commençait à délirer. Mais aucun document n’indique la date de sa mort. De plus des clarinettes datées vers 1770-1775 existent et ont beaucoup de ressemblances (mais aussi de rares différences) avec celle-ci.

D’après l’analyse historique des documents et des bases de données existantes, cette clarinette a pu logiquement avoir été faite avant 1775. Mais ce n’est pas si simple et ma déduction fait débat. Comme on ne connaît pas encore la date de sa mort, certains affirment qu’il est possible que Geist ait guéri momentanément de sa folie et ait tourné cette clarinette avec les outils qu’il avait gardés, dans les années 75-80 ….

Autre hypothèse : il arrivait parfois qu’après le décès du facteur dont le nom figure sur l’estampille, des instruments soient vendus (stocks), voire fabriqués par d’autres facteurs utilisant le fer à estampilles. En attendant, si l’inventaire après décès est peu probable car Geist n’avait pas d’héritier direct, il peut y avoir un inventaire de ses outils devant notaire qui nous éclairera peut être…

Nous essayons de résoudre cette énigme en mobilisant le réseau des collectionneurs. Si vous avez des instruments ou des informations, prenez contact avec nous. Il existe plusieurs premières clarinettes à 5 clés des années 1770 -75, (mais elles sont dispersées dans les musées et les collections à travers le monde, ce qui rend les comparaisons difficiles. Or sans une comparaison physique et minutieuse nous sommes contraints à élaborer des conjectures !

Exemples de clarinettes qui furent parmi les premières 5 clés  



Rottenburgh G.A. (1703-1784) (Bruxelles). Clarinette en Ré  à 5 clés. Estampille : GA/Rottenburgh/A/ Bruxelles/Etoile. Musée Musique Paris. Datation entre 1765 et 1775


Tölche H.C. 
(1720-1798) Brunswick. 
Allemand exportant en Angleterre des Clarinettes « à l’anglaise » (comme Hespe). En Sib à 6 clés et zig zag (typique anglaise). Estampille : H.C. Tolcke/ Bronsvig. Musée de Trondheim. Datation 1772 ( Rice)

















Analyse technique de la clarinette Geist en Ut à 5 clés :

 

Photo clarinette Geist en Ut à 5 clés : le barillet et le corps central manquants ont été réalisés par Jean Jeltsch de couleurs différentes et permet de visualiser ainsi les parties originales et les parties refaites. 

JG Geist  (1750-1775 Paris) : Clar en Ut, incomplète, avec restauration. Perce étroite et petits trous. Bec et barillet désolidarisés refait. Corps central refait. Pavillon et corps du bas en une pièce. Virole centrale en bois dans la masse. 5 clés carrées plates en laiton : Tige clé Fa# refaite. Clé de MI/Si à bascule (à l’allemande) ? Ressorts posés et encastrés sur bois. Ressorts laiton grandes clés rivetés. Tampons cuir collés gomme laque. Estampille (2): JG Geist + Colombe + I Coll Touroude. Datation vers 1775.

Reprenons les différents éléments :

La longueur est de 554 mm, avec les parties reconstituées et sans bec (longueur avec hypothèse barillet désolidarisé du bec)

 L’estampille de Geist se compose de "I.G. GEIST à Paris" et d’une colombe. Jean Jeltsch nous indique que Geist (comme cela se faisait souvent chez les facteurs allemands comme Denner = sapin, Haas = lièvre, Hainlein = petit coq etc... ) est le seul facteur parisien à signer avec le symbole de son nom : Geist veut dire esprit saint d’où une colombe. La marque Geist a évolué très peu entre ces deux clarinettes. La clarinette en Ré à 4 clés du Musée de la Villette a en plus une fleur à 5 pétales alors que sur la clarinette à 5 clés en Ut, l’estampille est légèrement différente car la fleur est remplacée par un I voire un 1… Il faut aussi noter une inscription sur le pavillon certainement des clarinettistes anciens propriétaires : D’ANTER JL et une autre difficile à lire (RUTURINJEURL ?) Il faudra affiner avec d’autres moyens de visualisation notamment avec les appareils du  laboratoire du Musée de la musique.

Commençons par le bas :

Le corps du bas et le pavillon monoxyle constituent une seule pièce, ce qui se retrouve dans les clarinettes du 18ème siècle. En effet ce n’est que vers la fin du siècle (1780-85) que pavillon et corps du bas commencent à se  désolidariser. Plus tard, le pavillon s’évase et se dote peu à peu d’un cerclage en ivoire (comme pour les hautbois). La raison principale est qu’il est difficile de trouver un morceau de buis long et large d’un seul tenant (le buis doit avoir plusieurs décennies). Certains pensent aussi que le transport est plus facile en plusieurs morceaux mais des étuis anciens en cuir où on enfile les instruments montrent que cet argument n’est pas obligatoire, le pavillon se démontant rarement. La perce du pavillon est un double cône (en fait, une partie assez cylindrique, puis un évasement conique "droit", pas un "cône" exponentiel en courbe ce qui est surprenant indique J. Jeltsch).

La perce : son diamètre est de 14 mm (mesurée au départ de la partie inférieure) et l’épaisseur du bois est faible, fragile ce qui est commun à de nombreuses clarinettes de cette époque, (ce qui explique aussi la rareté des clarinettes). Enfin il faut noter la finesse et la légèreté de l’instrument car il n’y a pas de repose pouce à l’époque, ni de garnitures en ivoire. Les trous sont petits, ce qui occasionne une faible dispersion du son (idéal pour la musique de chambre) mais la disposition des trous interpelle un peu car en comparant avec d’autres clarinettes, on s’oriente plus vers des clarinettes un peu postérieures connues estampillées à la fleur de lys vers 1780. En quelques années les changements sont très importants et il est difficile de dater précisément et qui influence qui ? Il est possible aussi que Geist soit un facteur innovant vu sa formation et ses voyages.

Les clés de la clarinette en Ut préfigurent un autre type de clarinette qui émerge : la clarinette classique française. Après 25 ans passés en France, JG Geist devait faire ses clés selon les modèles français comme M. Amlingue ou Prudent). Si on retrouve l’inventaire de ses outils à sa mort, on saura s’il faisait lui même ses clés ou s’il se fournissait chez les clétiers aux alentours. Néanmoins il reste des habitudes allemandes ainsi la plaque de la clé Mi/Si où les oreilles sont relevées à la façon germanique indique JJ.

Les ressorts d’origine sont des lamelles d’acier mais fragiles. Ils ont connu certainement des rafistolages. En effet les ressorts des clés de La et de Registre (de douzième) sont en acier, maintenues en place par du fil d’acier pour améliorer la tension et pouvoir continuer à jouer. En ce qui concerne la clé de Lab/Mib, le ressort d’origine a disparu et la clé de Fa#/Do#  a un ressort brasé en laiton sur la clé à l’étain assez peu orthodoxe. Mais cette clarinette a vécu et a donc subi quelques retouches plus ou moins idéales. (entaille du bois sous la clé, brasage, fil d’acier de soutien…). Ces ressorts sont typiques des clarinettes du 18ème siècle et sont encastrés dans des rainures. Plus tard au début XIXème siècle les ressorts seront rivetés sur les clés et non plus coincés au fond d’une rainure sur le bois.

Les tampons sont en cuir et il y a des restes de gomme laque rouge. Ils sont sans doute d’origine. Le tampon sous la clé Fa#/Do#  a disparu. Le diapason est environ de La= 430 Hz à vérifier (l’absence de barillet et bec modifiant la fréquence). Les  bagues ou viroles : sur cette clarinette, la seule bague sur la partie inférieure est tournée dans la masse de buis et sert de renfort à des mortaises. Les autres ne sont pas des bagues mais en fait des collerettes tournées dans le buis pour l’aspect esthétique. Les bagues évolueront en viroles classiques en corne ou en ivoire vers 1780-85, lors de la séparation du bec et du barillet et plus tard du pavillon et du corps du bas ; elles auront aussi un rôle esthétique, d'où l'ivoire noble provenant des colonies (à noter que l’Allemagne ayant des difficultés à se procurer de l’ivoire a privilégié la corne) mais aussi pour renforcer des endroits fragiles. Le tournage de la virole est-il vraiment un argument de datation ? ce n’est pas évident.

Le corps central a été refait par JJ selon le modèle ayant les mêmes caractéristiques que la Geist, en se basant sur une Clapisson de Lyon en Ut. Le corps du haut est assez habituel dans sa facture : forme du corps avec évasement en haut, forme des deux bagues qui tiennent les clés, forme des tenons… Les clés sont différentes l’une de l’autre : la clé de registre (de douzième) est très plate comme la clarinette  à 4 clés, donc archaïque et détonne un peu vu l’époque (stock ancien ? ) alors que la clé de La est galbée et paraît plus cohérente avec l’allure générale de l’instrument.

Le barillet et le  bec : Malheureusement, je n’ai pas le bec et barillet de cette clarinette. Vers 1760-75, ils étaient d’un seul tenant (cf les différentes 4 clés voire les premières 5 clés) . A. Rice pense que c’est vers 1770 75 que l’on commence à les séparer, mais certains en font encore en 1785 (comme Hale cf Collection Schakleton à Edimbourg). J’ai donc demandé à J. Jeltsch de faire les deux possibilités, la Geist étant dans une période charnière. Ci joint la photo bec-barillet d’un seul tenant en buis  réalisé par J. Jeltsch selon le modèle Geist 4 clés du Musée car les cotes sont proches. Le bec des années 1770 est soudé au barillet, une table courte, une fenêtre triangulaire étroite, une anche courte, avec des stries hautes pour fixer l’anche avec la ficelle.

Quelques années plus tard, le bec va se désolidariser du barillet et s’élargir avec une fenêtre plus large, une table plus longue et large, des stries plus basses…) ; le plus souvent le bec sera en ébène car plus solide et stable que le buis, plus pratique aussi pour s’accorder. Cette séparation du bec permet d’éviter les fentes dans le haut du corps du haut, là où les changements thermiques et hygrométriques sont les plus brusques. Rappelons aussi que l’on jouait à l’envers à l’époque en France, l’anche posée sous la lèvre supérieure. A cette époque dans les années 1770, les clarinettistes utilisaient le barillet pour s’accorder au diapason mouvant selon les orchestres, l'accord se faisait sans arrêt en tirant un peu à la jonction inférieure du barillet où le tenon est bien souvent plus robuste et plus largement proportionné que le tenon du bec.

La ligature est faite avec une ficelle (ce que les allemands privilégient encore) et les anches sont un peu différentes taillées par les clarinettistes avec des anches plus courtes (comme continuent à le faire les puristes allemands) 

En attendant, cette clarinette en Ut de J.G. Geist montre l’évolution par rapport à la 4 clés, elle présente d’autres caractéristiques proches des premières clarinettes classiques à 5 clés françaises. Elle montre que Geist qui, au départ mêlait les influences allemandes et françaises, maîtrisait  les dernières innovations des facteurs français.

Les deux clarinettes : original et copie
par Jean Jeltsch

Pourquoi la datation des instruments est-elle approximative et souvent source de débats ?

Nous tentons d’une part l’analyse historique et généalogique du facteur, souvent avec peu de documents, avec la mention « actif entre telle date et telle autre date dans telle ville ». L’instrument a t-il été fait au début, au milieu ou à la fin de sa carrière ? ou même après sa mort ? (continuation par les veuves et compagnons de l’atelier de l’estampille!). D’autre part nous faisons l‘analyse technique : elle aussi est imprécise car ce n’est pas parce que telle clarinette a des trous, des viroles, des clés de telle forme etc… que nous pouvons la dater précisément. En effet tel facteur pouvait faire les instruments habituels qu’il connaissait bien et il n’était pas toujours au fait des dernières innovations. Par ailleurs les clients ne recherchaient pas forcément le dernier modèle mais demandaient des instruments sur lesquels ils avaient appris à jouer (exemple : des 2 , 3 et 4 clés ont été fabriquées après 1770 alors que certains facteurs commençaient les 5 clés ! ) Il y avait aussi les instruments d’occasion recyclés sur lesquels on rajoutait des trous et des clés, pour mieux les vendre.

La seule certitude demeure que plusieurs types de clarinettes coexistaient et étaient fonction du prix, des matériaux, du modernisme plus ou moins accepté de l’instrument, du nombre de clés etc…Ces deux analyses permettent d’établir par déduction et analogies des fourchettes mais pas une date précise ! (sauf  les instruments gravés avec une date ou un poinçon d’argent sur des clés pour les flûtes, indique René Pierre). Nous voyons bien que notre champ d’analyse est complexe et demande une certaine modestie dans nos propos .

Enfin nous remercions chaleureusement Jean Jeltsch qui a réalisé une copie fidèle de cette clarinette et nous espérons tous l’entendre sonner prochainement !