lundi 13 janvier 2020

François Jude GAULARD (1787-1852) archetier à Mirecourt. François Jude GAULARD (1787-1852) bow maker at Mirecourt.

François Jude GAULARD est né à Mirecourt le 28 octobre 1787. Il était le fils de Louis GAULARD (1753-1828) lui aussi archetier et fils du luthier Joseph GAULARD, tous nés à Mirecourt. . "Il est fort probable qu'il débute son apprentissage dans l'atelier paternel mais le style de François Jude GAULARD est fortement inspiré de Louis Simon PAGEOT (dit PAJEOT) avec qui il a probablement collaboré". (Source atelier Sandrine RAFFIN)
Signature de Louis GAULARD en 1787.

Archet de Louis Simon PAGEOT (Musée de la musique de La Villette)
F.J. GAULARD  épouse le 6 juin 1810 à Mirecourt Ursule FETIQUE (1785-1855), la sœur du luthier Joseph FETIQUE (1786-1854), fondateur d'une famille de luthiers et d'archetiers. Un autre beau-frère de F.J. GAULARD, Charles VALANCE (1794-1841) était lui aussi luthier à Mirecourt.
Signature de François Jude GAULARD.
" La majorité des baguettes d'archet de F.J. GAULARD est réalisé en bois de fer mais il utilisera aussi d'autres bois comme le bois d'amourette et le pernambouc. Parfois signé de la marque "GAULARD. M"., la signature "GAULARD" reste la plus distinctive de la production de cet archetier. La hausse souvent en ébène ou en ivoire, reste dépourvue de passant et reçoit une parure à motifs étoilés". (Source Atelier Sandrine RAFFIN)  
Archet de F.J. GAULARD en pernambouc
et hausse en ivoire avec motif étoilé.
Archet de violon en pernambouc vers 1820.
F.J. GAULARD avait un frère luthier Louis GAULARD (1784-1824) dont on ne sait rien. Notre archetier a eu trois enfants : Louis Auguste GAULARD (1812-1888) dont on reparlera, Anne Marie Joséphine GAULARD (1813-1831) décédée à 17 ans, Nicolas Alexandre GAULARD (1818-1850) qui sera également luthier et qui décédera à 32 ans à Alger
Archet de Violon de François Jude GAULARD;
(Atelier Sandrine RAFFIN)
A la suite du décès de son épouse Ursule Fétique le 18 janvier 1855 à Mirecourt F.J. GAULARD quitte sa ville pour venir habiter chez son fils à Troyes. C'est là qu'il décède le 24 février 1857 à 69 ans.
Archet de violon de François Jude GAULARD vers 1835.
Louis Auguste GAULARD s'installe à Troyes en 1835 comme luthier et marchand de musique. Il épouse le 16 mars 1839 à Troyes Marguerite Augustine BEZANCON native de cette ville.
Signature de Louis Auguste GAULARD en 1839.
Ils ont eu cinq enfants : Louis Auguste GAULARD (1839-1848), Marie Mélanie GAULARD (1842-1865), René Eudox Jules GAULARD (1844-1878) qui fut professeur de musique à Troyes et décéda à 34 ans ; ses amis de l'Orphéon de Troyes lui offre ce monument funéraire avec une superbe lyre.
Monument funéraire de René GAULARD à Troyes
Le quatrième enfant Jules Alexis GAULARD (1845-1861) est aussi décédé très jeune à 16 ans. Lorsqu'il fallut reprendre l'atelier et le magasin, vers 1880 c'est donc le gendre de Louis Auguste GAULARD qui s'en chargea. Charles Aimé VOIRIOT (1843- ) avait épousé la dernière fille Angéle Augustine GAULARD (1847- ) le 15 septembre 1868 à Troyes. A cette époque il était pianiste à Paris et habitait 47 boulevard Poissonnière. Son père Jean Joseph VOIRIOT (1803-1854) était facteur d'orgues à Mirecourt. Ils ont eu quatre enfants dont , Henri Eugéne Auguste VOIRIOT (1869- ) et Marcel VOIRIOT (1888- ). Charles Aimé VOIRIOT est pianiste à Chatillon sur Seine en Côte d'or en 1879 et est installé comme marchand de musique en 1881 au 2 rue Champeaux.
Signature de Charles Aimé VOIRIOT en 1869.
Louis Auguste GAULARD était installé de 1837 à 1855, rue Moyenne, puis 2 rue Champeaux à Troyes, c'est là qu'il décède le 19 mars 1888 à 76 ans. Le magasin passe au 2 rue de la Monnaie et devient Voiriot Gaulard. En 1896 Charles Aimée VOIRIOT travaille au 22 rue des Quinze Vingt avec son fils Henry VOIRIOT qui se déclare tour à tour, facteur de pianos et luthier. C'est lui qui prendra la succession jusqu'en 1947 au 2 rue de la Monnaie.
Interview de Sandrine Raffin

lundi 16 décembre 2019

Brevets, Marques, Dessins et Modèles : comprendre les inscriptions sur les instruments de musique à vent.


Par José-Daniel Touroude et Magali Touroude Pereira (Conseil en Propriété Industrielle, mandataire en brevet  européen, Fondatrice de Touroude et Associates et de Yes My Patent.com

Le collectionneur adore commenter et analyser les estampilles. Parfois il regarde même plus souvent l’estampille que l’instrument ! Nous avons consacré des articles sur certains aspects de cette question dans ce blog depuis la démystification des estampilles jusqu’à la description et l’analyse des inscriptions gravées sur les clarinettes.
Notre objectif est de cerner la multiplicité des inscriptions liées aux brevets aux modèles et aux marques inscrites notamment sur nos clarinettes (mais tous les instruments à vent ont peu ou prou les mêmes mentions).
Tout d’abord il faut bien différencier 3 types de titres de propriété industrielle : le brevet, la marque, le dessin et modèle.
La propriété industrielle concrétisée par un brevet doit respecter les idées et la procédure suivantes :
1. Le brevet protège une invention technique (produit, nouvelle utilisation ou procédé) : exemple : la clarinette Elite où taille, modification de la perce, ergonomie, utilisation du carbone étaient différents des autres clarinettes existantes.


2 Identification claire du ou des inventeurs et du ou des déposants quand ce n’est pas l’inventeur (par exemple déposant Buffet Crampon, inventeur Robert Carrée travaillant pour Buffet Crampon pour la clarinette BC 20).
3. La propriété de l’invention appartient au déposant, pas à l’inventeur. (BC vient de reprendre sa BC 20 en l’améliorant).
Clarinette BC20
4. Recherche d’antériorités prouvant que cette innovation n’est pas déjà divulguée ou protégée par un autre inventeur ailleurs. (Selmer, les japonais, les américains, les allemands…).
5. Reconnaissance par un Office national (INPI en France) de la nouveauté et l’activité inventive de l’invention (qu’il ne s’agit pas en fait d’une petite modification ou adaptation) sur la base de cette recherche d’antériorités.

6. L’intégralité de l’invention doit être décrite dans le brevet, sans omettre d’éléments essentiels pour pouvoir être reproduite même en cas de disparition de l’inventeur. (dessins, plans, coupes, maquettes…)
Schéma du brevet de Buffet Jeune de 1843. (Source INPI) 
7. Propriété de l’invention mais limitée dans le temps (20 ans) d’où un droit exclusif, c’est à dire un monopole d’exploitation avant qu’elle tombe dans le domaine public et la liberté d’exploitation pour tout le monde.
8. Propriété de l’invention limitée dans l’espace : un brevet français ne donne un monopole qu’en France. L’invention peut être exploitée gratuitement et licitement ailleurs. (imitation des clarinettes chinoises !)
9. Sanctions (amendes, destructions des contrefaçons) pour ceux qui ne respectent pas les règles et copient sans autorisation, ni paient de redevances au breveté (associé comme un vol déjà dans la Rome antique) 
Une autre précision conceptuelle pour éviter la confusion est la différence entre brevet, dessins et modèles  et marque :

La marque consacre une identité précise à un fabricant et nul ne peut utiliser le nom déposé. La marque est délivrée pour un temps indéterminé sous réserve d’être renouvelée et utilisée, contrairement au brevet qui dure au maximum 20 ans. Exemple : la marque Buffet Crampon existe depuis l’origine et le logo a peu bougé même s’il n’y a plus de descendant de Buffet dans l’usine ou comme actionnaire depuis longtemps ! 
Le nom du modèle de l’instrument est également déposé sous forme de marque à l’INPI et souvent mentionné afin de se différencier des autres produits de la maison mère. Parfois le modèle est tellement réputé que la maison mère est implicite et n’est même plus mentionné oralement (Saxophones Mark VI ou clarinette Récital, (Selmer) Monopole (Couesnon) parfois seul le modèle est gravé sur l’instrument : Elite (Buffet Crampon) etc…
Le modèle, en tant que dessin à la forme particulière, peut également être déposé à l’INPI et recevoir un titre appelé «dessin et modèle» qui protège spécifiquement sa forme. A ne pas confondre avec le nom du modèle, qui lui est déposé à titre de marque.


Le collectionneur aime préciser ses instruments de différentes époques et de pays variés et bute souvent sur des inscriptions : les poinçons d’argent sur les clés, des mentions gravées sur le bois et tout cela devient vite compliqué car ces notions ont évoluées dans le temps et selon les pays avant d’établir une législation internationale commune et reconnue. Nos instruments retracent ces flous, ces aléas et ces spécificités. 
Rappel historique 

Depuis toujours les innovateurs ont essayé de garder leurs secrets les transmettant qu’à leurs proches (on trouve les premières traces dans la Grèce antique, la culture chinoise sur la poudre ou sur la soie, les corporations jalouses de leur savoirs au moyen âge, Venise et le verre de Murano, Gutenberg et l’imprimerie, les privilèges royaux de Colbert etc… tous ont eu une culture du secret de l’innovation et de la fabrication.  En 1474, Venise protège pendant10 ans l’innovateur, ce qui permet d’attirer nombre d’artisans, inventeurs et créateurs d’entreprises dans leur ville. Ainsi une législation adéquate possède un moyen essentiel d’une politique économique stratégique attractive, ce qui perdure toujours actuellement.
Vue de Venise
Ainsi la royauté en France dès le 16ème siècle pour attirer les créateurs italiens et les autres innovateurs d’Europe va faire une véritable politique de privilèges (qui sont les ancêtres des brevets). La durée de protection était longue, 20 ans, mais devait être utile, bénéfique et être appliquée en France. De plus elle pouvait se transmettre à ses ayants droit et Colbert donnait en plus des exemptions fiscales mais sous conditions : le contrôle royal et étatique, (quitte à faire évoluer la législation selon son bon vouloir) l’organisation des dépôts, de la publicité, des commissions d’expertise par le Bureau du Commerce, et des arrêts royaux discrétionnaires.
Avant le XIXème siècle et la législation sur les brevets, les innovations étaient transmises de maîtres à compagnons dans le secret et ces innovations se diffusaient notamment par le tour de France et les copies des instruments fabriqués par d’autres. Ainsi lors de immigration des tourneurs et facteurs allemands en France, très rapidement les facteurs français ont pu s’accaparer leurs savoir-faire.
Les corporations privées perdirent leur puissance. La révolution de 1789 abrogera les corporations (et leurs blocages routiniers) ainsi que les privilèges royaux (et leurs dérives) tout en gardant la domination étatique qui deviendra républicaine au nom de la liberté d’entreprendre encadrée par l’Etat.
D’autres pays ont choisi une voie plus libérale et moins étatique comme l’Angleterre et les jeunes USA. L’aspect protecteur juridique est important mais le marché est considéré comme également un régulateur efficace et pragmatique qui consacre ou non la pertinence d’une invention. Le souci de faire connaître l’innovation devient donc primordial par la publicité, le marketing, la recherche d’investisseurs et le brevet devient une composante essentielle dans l’entreprise capitaliste. (Portefeuille de brevets à exploiter : actif principal d’une entreprise).
La République française avec son idéologie libérale mesurée consacre la propriété individuelle du citoyen innovateur en fixant des limites (la déclaration des droits de l’homme et du citoyen) afin d’arrêter l’hémorragie des talents et des créateurs vers l’étranger notamment anglo-saxon plus libéral. La propriété intellectuelle en 1791 est calquée sur la propriété foncière, réduit les dates d’exclusivité de l’invention, encourage la création industrielle et cet état d’esprit traduit par des lois sera imité par les pays occupés par le premier empire jusqu’à la législation de 1844. Le foisonnement créatif qu’ont connu tous les instruments à vent dans la première moitié du XIXème siècle est lié à cette liberté de créer, à cette protection législative et à un marché porteur notamment militaire. C’est au XIXème siècle que les mentions fleurissent sur les instruments, avec une surenchère qui peut atteindre parfois le ridicule.
L’imbrication de deux notions intimement liées :

Il existe deux approches très différentes qui se côtoient, s’imbriquent et s’opposent en permanence : le juridique et le commercial : 
1°) le droit qui protège le détenteur du brevet et /ou la marque par une législation (mouvante et variée selon l’époque et le pays) mais qui demande en échange le respect d’une procédure particulière et des contributions financières régulières. Le postulat de base est que le brevet légitime une innovation faite par un inventeur et le protège de l’utilisation de son invention par d’autres, et cette protection devient aussi un monopole pour un temps déterminé qui exclut les autres, sauf si ceux-ci paient à l’inventeur le droit à une licence. Le brevet est délivré pour un temps précis variant selon les époques et les pays entre 5 et 20 ans.
2°) Le commercial est intimement lié à l’innovation où l’important est de conquérir un marché contre des concurrents afin d’attirer des consommateurs qu’il faut fidéliser et satisfaire pour gagner de l’argent, parfois même au prix de mentions suspectes mais qui entraîne une réussite commerciale. Ainsi le brevet, la marque et les différentes mentions associées sont souvent sources de publicité et de notoriété ce qui améliorent les ventes. 
Marque d'un instrument de Simiot et Brelet à Lyon.
Les confusions existent souvent par méconnaissance des concepts, mais aussi par l’utilisation du droit dans le temps et l’espace bien différents dépendant de la politique plus ou moins libérale ou protectrice du moment où sont gravées les inscriptions. Ce qui est complexe c’est souvent que la même innovation germe dans différents esprits en même temps et sans brevet on ne sait pas qui est vraiment l’inventeur à l’origine de l’innovation, qui l’a adaptée aussitôt, qui l’a déposée comme brevet le premier, qui l’a vendue et en a fait une réussite commerciale, qui se pare des plumes du paon etc…  
Partie d'étiquette  sur un piano Pape.

En effet nous connaissons tous les procès à répétition qu’Adolphe Sax, génial créateur de la clarinette basse et des saxophones mais jaloux, exclusif et procédurier, qui ne supportait pas les rivalités. Etant proche de Napoléon III qu’il avait investi de nombreuses responsabilités, Sax a intenté de nombreux procès aux autres facteurs de son époque. 

A contrario, nous savons aussi que certains inventeurs crédules, peu attentifs au droit, n’ont pas su se protéger et profiter de leurs créations. Ainsi le créateur de l’ébonite de nos becs de clarinette (voire de clarinette entière à bas prix) de Charles Goodyear, l’inventeur du caoutchouc vulcanisé qui a enrichi beaucoup de monde alors que lui n’en a guère profité et a fini pauvre et endetté.
Un imbroglio qui entraîne des confusions :    
Autre élément à connaitre pour la compréhension : la procédure peut être longue, coûteuse, parfois complexe si l’innovation n’est guère probante. Ainsi certains ont laissé entendre que cette procédure était en cours pratiquement faite ce qui légitimait et anticipait l’inscription avant même le résultat afin de mieux vendre. Il faut donc comprendre la procédure des brevets, certains jouant sur la confusion des étapes : respect du droit et ambition commerciale étant imbriqués. En effet chaque collectionneur a croisé ces notions inscrites comme : Brevets :
Véritable Brevet accepté par l’autorité, qui a respecté toute la procédure et qui reste appliqué pendant la période de protection, étendu dans un ou plusieurs pays nommés et ayant réglé les diverses taxes . l’inscription est «Patent» ou «Breveté» accepté par un privilège royal : Exemples : instruments anglais  
Marque d'un flageolet Bainbridge.
(Collection J. D. Touroude)

Des mentions de privilèges royaux (exemple : Couronne montrant que le facteur est accrédité officiellement sous des régimes monarchiques.  





























Breveté qui en fait ne désigne pas une innovation technique mais une forme différente (design patent) de l’instrument, d’une clé, d’un accessoire etc…













Brevet ancien qui a été accepté mais qui n’a plus cours par forclusion (temps du brevet écoulé) ou non-paiement des taxes et qui peut donc être exploité par d’autres car dans le domaine public. Certains laissent la mention pour faire croire que le brevet court toujours ! Exemple : le brevet Auguste Buffet concernant les ressorts à aiguilles et les tringles pour les flûtes (et clarinettes système Boehm avec les anneaux mobiles et les clés auriculaires de Klosé) date de 1838 . A. Buffet indique Breveté sur ses instruments avec raison. Mais son brevet et donc son monopole n’a eu qu’une durée de 5 ans (copié après par tous les facteurs). Par cet exemple on voit bien l’atout commercial que Buffet en retire pendant plusieurs décennies avec l’inscription «Breveté» gage d’inventivité, de qualité et de notoriété, les clients n’étant pas au fait de la législation des brevets et de la durée de la protection. C’est cette imbrication entre le droit et l’économie qui va entraîner nombre de confusions.


Brevet en cours de procédure qui nécessite le dépôt, et le paiement annuel des taxes pendant toute la durée d’examen du brevet mais qui est toujours en attente de l’acceptation.
Il y a deux possibilités : 
1) un dossier de dépôt de brevet en attente de délivrance, la procédure étant parfois un peu longue, prenant au minimum 2 ans et demi et parfois plus de 10 ans.  Mais rien n’indique que le brevet va être accepté à la fin de l’examen et entre temps il n’est pas possible d’attaquer pour contrefaçon ! Les produits estampillés «brevet déposé» ou «patent pending» garderont l’estampille même si le brevet est rejeté par la suite…










Exemple : « Patent Pending » (exemple américain:  ligature Bonade : en attente d’un brevet d’une ligature qui possède une petite innovation à l’intérieur voire une forme originale déposé aux USA par un clarinettiste français expatrié). On ne sait pas si le brevet a été accepté ou s’il est toujours en attente ! En attendant c’est ma ligature préférée.

Certains veulent montrer leur créativité faisant évoluer leur instrument : exemples « Innovée par Simiot Brelet ), Brainbridge flageolet double : inventor et patent Braindbrige flageolet :  teacher & inventor et patent





 2) Beaucoup plus suspects certains dossiers sont déposés mais ne seront jamais acceptés par les Offices voire même sont consciemment proposés par l’inventeur en sachant qu’il y aura un refus probable. L’inventeur qui commercialise laisse sous entendre au public que le produit est breveté (donc que le brevet est délivré et lui octroie un monopole d’exploitation ou va l’être un jour mais c’est un mensonge)….Tout le monde peut déposer une demande de brevet bidon : stratégie marketing connue (brevets potentiels déposés sous entendant une recherche développement de pointe). 

« Breveté SGDG » Sans Garantie Du Gouvernement est juridiquement l’ancêtre du brevet moderne mais beaucoup moins qualitatif et protecteur mais qui commercialement a eu un impact important pendant un siècle et demi. Inventé en 1800 par Napoléon Bonaparte et supprimé en 1968 (mais pas en Belgique), il a pour objectif de dégager l’Etat de toute responsabilité quant au fonctionnement ou à la qualité de l’objet. Cette mention indique que l’achat est aux risques et périls de l’acheteur.
Ligature de clarinette Penzel et Mueller.
Actuellement il existe aussi les certificats d’utilité qui sont des brevets réduits en termes de procédure, de coût et de protection. Mais la plupart des instruments de musique, et notamment la clarinette, n’ont plus eu d’innovations importantes et permanentes. En conséquence le marketing sera plus axé dorénavant sur les marques et les modèles. Cette approche commerciale, mais qui possède néanmoins un aspect juridique de protection, peut faire croire à une qualité officialisée et reconnue.

Décrivons quelques inscriptions :

Marque spécifique déposée : Ligature A.P. déposé (il s’agit d’une forme de ligature et mais aussi probablement d’une marque déposées.)



Marque de fabrique déposée : Exemple le dupinophone  de Dupin. 












La Varinette.

Modèle Déposé : noms spécifiques des clarinettes :  Divine, Privilège, Tosca etc…













Des dessins : certains brevets ont des dessins précis de clés déposés et novateurs. 
Brevet Jardé pour Saxophone (Source saxophone).
Des logos.
Marque Jérôme THIBOUVILLE-LAMY
Les noms de clients prestigieux professionnels (adoptée par les conservatoires ,  l’armée… ) voire par des instrumentistes illustres. 
Saxophone Pierret système breveté
avec M. Poimboeuf soliste de la
garde républicaine.
Une lettre (S pour la production collective du centre de Markneukirchen).
Certaines mentions sont fantaisistes, officieuses et n’engagent personne. (Geist voulant dire Colombe esprit saint en allemand d’où une colombe gravée.

Des symboles plus ou moins ésotériques (exemple : l’étoile 5 branches du compagnon) 
des symboles musicaux (lyres, ange trompettiste de la renommée, clé de sol, notes….) photo Bühner et Keller


D’autres mensongères pseudo officielles faisant croire à une officialisation de qualité à des clients non avertis, d’autres proches de la copie et de la contrefaçon.
Toutes ces inscriptions sont censées démontrer leurs authenticité et qualité et montrer leurs spécificités voire leurs différences et sous entendre implicitement beaucoup de choses ! notamment l’inventivité des facteurs . Je conseille de relire mon article antérieur plus général et complémentaire à celui ci sur le foisonnement des estampilles et inscriptions.
Une jurisprudence vient de paraître montrant que notre propos est toujours d’actualité.

En effet le tribunal de grande instance le 5 juillet 2019 réitère de ne pas utiliser à la légère le terme «breveté» ou «  patented" pour une technologie qui ne l’est pas ou pour une simple demande de brevet "L'usage de la mention «breveté» appliquée indifféremment pour désigner un brevet, une demande de brevet ou le résultat d'un savoir-faire constitue un acte de concurrence déloyale, comme couverts par des droits de propriété industrielle alors que ce n'est pas le cas, ce qui entretient une confusion avec d'autres solutions réellement protégées et apparaît de nature à procurer aux défenderesses un avantage concurrentiel".

Mais tout cela est fait pour faire et écouter de la bonne musique.

mardi 10 décembre 2019

Le saxophone d'Adolphe SAX à John COLTRANE. 1ère partie. L'arrivée du saxophone dans le jazz : 1914 -1930

En tant que saxophoniste amateur, j'ai toujours été fasciné par cet instrument aux multiples facettes et qui n'a pas encore livré toutes ses possibilités.  Sans doute le saxophone a bénéficié du manque d'intérêt de la musique classique et sa relégation au rang d'instrument de fanfares. Il a pu bénéficié ainsi d'une grande liberté d'utilisation en évitant de se laisser enfermer dans un enseignement codifié et académique mais au combien castrateur. Il faut se souvenir que le saxophone ne s'enseignait au conservatoire vers 1960 qu'aux clarinettistes accomplis comme instrument accessoire et anecdotique pour assurer quelques parties du répertoire comme le "Boléro de Ravel".

Et Bernard DUPLAIX nous a raconter qu'il avait été obligé de suivre des cours de basson pour accéder à l'enseignement de son instrument préféré. Mais comme lui j'ai pu bénéficier des conseils de mes amis américains des bases militaires US pour allez m'initier à la musique "de sauvage" : le Jazz.
D'ailleurs il est a remarqué que maintenant, cette musique de Jazz étant reconnue et enseignée dans les conservatoires où l'on "dissèque" le solo de Coltrane sur Giant steps comme si on avait affaire à la 7éme de Mahler, tous les saxophonistes ont une technique époustouflante et ils peuvent tout jouer dans des tempos de folie......mais personnellement la plupart m'ennuie assez rapidement tant on sent l'exercice. Mais passons à l'évolution du saxophone.
Les premiers temps du saxophone en France:
Nous n'allons pas nous étendre sur cette époque, vous trouverez l'essentiel sur ce site :
Et vous pourrez également entendre toute la musique écrite pour saxophone à cette époque.

La véritable naissance du saxophone aux USA.
Il paraîtrait que le saxophone soit arrivé aux states vers 1914 amené par un dénommé John Joseph clarinettiste. 
"On dit souvent que le saxophone est devenu très populaire du fait de son utilisation dans le Jazz au début du XXème siècle. Mais, quand l’on examine de près les données historiques, une conclusion contraire s’impose ; en effet, la grande popularité du saxophone pendant le début du XXème siècle a amené les musiciens de jazz et de la musique populaire à l’utiliser en raison d’une grande demande du public. Pendant la période de 1900-1930 outre-Atlantique, le saxophone a été un phénomène de mode que l’on peut comparer à celui des guitares électriques des années 1960". (Classical Music Now)
Rudy WIEDOEFT (1893 Détroit - 1940 New York)
"Le principal responsable est celui qui fut peut-être la plus grande vedette de la musique américaine pendant les années folles, Rudy Wiedoeft. Bien que l’on ait quasiment oublié cet artiste, il a eu un rôle déterminent dans l’imposition du saxophone dans la conscience populaire de telle manière que tous les saxophonistes qui viennent après Wiedoeft auraient eu beaucoup plus de difficultés s’il n’avait pas vécu". (Classical Music Now)
Rudy WIEDOEFT en 1919 (Source BNF)

Il est né à Détroit dans une famille de musiciens, et apprend la clarinette et le violon ; il découvre ensuite le saxophone et connait ses premiers succès en 1820 en jouant ses compositions dans le style jazz ragtime, très populaire à l'époque et très bon technicien et musicien il saura développer un style très nouveau et personnel, base du nouveau saxophone populaire. Il jouait sur C Mélody Beuscher.

C Melody 1926-1927
Barney BIGARD (New Orléans 1906 - N.O. 1980)
Clarinettiste et saxophoniste créole né à la nouvelle Orléans, surtout connu pour son style de clarinettiste créole. Il fut l'un des premiers a utilisé un saxophone ténor (1919) à la nouvelle Orléans en particulier quand il jouait avec King OLIVER de 1925 à 1927 à Chicago avant de rejoindre l'orchestre de Duke Ellington. Il jouait du saxophone surtout comme instrument rythmique en utilisant la technique du slap avec très peu de solo.
Barney BIGARD en 1947. (Source BNF)

Paul Stump EVANS (Lawrence au Kansas 1904-1928). Un des virtuoses du saxophone alto, il a joué dans les orchestres de King Oliver, Jelly Roll Morton, Louis Amstrong. Mort très jeune de tuberculose.
Orchestre de King Oliver?  Stump Evans dernier sur la droite ?
Prince ROBINSON (Portsmouth 1907-New-York 1960)
Il a connu une carrière musicale longue et riche, de Duke Ellington, aux Mac Kinney's Cotton Pickers
jusqu’à Louis Amstrong. Au ténor et à l'alto "il avait su trouvé un phrasé qui sans perdre les vertus rythmiques du slap savait manier le legato". (François et Yves Billard : Histoire du Saxophone)
Prince Robinson (deuxième debout en partant de la gauche).

Eugène Gene SEDRIC (Saint Louis 1907 - New-York 1963).
Après avoir fait ses classes dans différents orchestres, il travailla sur les riverboats du Mississippi et rentra en 1924 chez Sam Wooding où il resta 10 ans. Il resta 10 ans également chez Fats Waller. Son enthousiasme et son dynamisme se traduisaient dans son jeu de saxophone et de clarinette très lyrique. 

Sur la photo il joue un Saxe ténor Conn Ladyface 10 M

Albert "Happy" CALDWELL (Chicago 1903- New-York 1978).
Il commence par la clarinette avant de passer au saxophone ténor en 1922 et s'établit en 1924 à New-York. Il enregistra avec Louis Amstrong, Jelly Roll Morton et Mezz Mezzrow.



William Thornton BLUE (1902 Cap Girardeau-Missouri - 1938 Trenton New Jersey)
Lors d'une tournée en France avec le chanteur
Noble SISSLE en 1928 (A gauche au ténor avec
 Sidney BECHET au centre).
Une carrière très courte qui débuta en 1924 chez Charlie CREATH et se termina en 1930  où il fut interné à l’hôpital psychiatrique de Trenton. Tous les clarinettistes et saxophonistes, comme Gene SEDRIC et Benny WATERS appréciaient particulièrement son jeu et sa virtuosité.


Ici à la clarinette (Disque) et au saxophone  sur la photo.