samedi 14 juillet 2018

Plage et Musique : Préparons nos vacances. "Aller à la plage : de la peur au plaisir".

J.D. Touroude 
(d’après la conférence de J. D.  Urbain professeur à la Sorbonne à Royan Mai 2018).

Aller à la plage est un phénomène récent et il faut l’analyser comme un fait d’évolution de la société. En effet pour nous actuellement aller à la plage, se baigner, est devenu un acte banal mais qui n’était pas naturel auparavant. Mais comme toutes les habitudes acquises, on ne réfléchit plus sur ce fait. Analyser ce phénomène nous change le regard quand nous irons désormais à la plage ! Comment est-on passé d’une conception négative de la mer et de la plage à son opposé en un siècle ! La plage et la mer pour l’homme sont assez ambivalentes. D’abord, la mer était une source de danger, menaçante (pirates , naufrages, noyades, tempêtes, aux limites peu connues, opaque donc stressante et à la profondeur parfois abyssale où devaient se loger des monstres (le film les dents de la mer va réactiver cette peur originelle et son succès va montrer qu’elle reste présente) la mer étant l’endroit où on ne maîtrise plus sa vie (exemple Ulysse et l’Odyssée…)
Malgré ces phobies, la mer va fasciner justement à cause du besoin, propre à l’homme, d’aventures, de braver les dangers, de repousser les limites et de vivre des émotions diverses. Les navigateurs, les marins de commerce et militaires et les pêcheurs, malgré les risques mortels, vont essayer de vivre avec cet élément aux dangers multiples. 
Et puis la mer a aussi ses bienfaits : les pêches (à pied, côtière, hauturière, les marais…) qui permettent de se nourrir, l’eau salée d’où on extrait le sel pour conserver les aliments, la mer qui aussi permet de s’enrichir (pillage d’autres contrées, naufrageurs…). Le littoral et la mer ont aussi leur beauté avec les luminosités changeantes louées par les peintres (par exemple Monet) la musique (Debussy), les poèmes, la mer bleue des affiches, l’exotisme des îles (de la Corse, la Grèce ou Tahiti vantées aussi bien par Gauguin que le Club Med…). La mer comme le reste de la nature est domestiquée par l’homme (enfin il le croit) d’où l’aquaculture, la sérénité de la mer calme et de la marée régulière et toujours recommencée (nous sommes loin des peurs ancestrales !), même la tempête est génératrice de photos, de promenades etc…Il existait auparavant une atmosphère au bord des rivières (les guinguettes du bord de Seine, de la Marne où les dimanches on venait s’amuser, se promener en bateau, se baigner en eau douce, illustrées par les impressionnistes, les baigneuses nues, l’atmosphère bucolique et décontractée, les amis buvant, jouant .... Mais la mer, à l’époque, on la regarde, on se méfie, on se trempe avec réticences.
Puis nous sommes passés de la culture de l’eau douce à l’eau salée Avant on se baignait dans l’eau douce des rivières et des étangs qui étaient proches et non pollués voire on vantait les bienfaits des sources thermales, désormais nous sommes friands de la culture de l’eau salée et des bords de mer si possible lointains ! Le littoral est le bout du monde (par exemple le Finistère : fin de la terre) où se cachent des populations pauvres et/ou pourchassées (les protestants dans le pays royannais). D’ailleurs les populations sont surtout tournées vers l’agriculture et l’élevage et sont souvent dos à la mer se protégeant des furies de la mer.(exemple la Corse). Face à l’évolution des villes, le littoral reste en retard dans une autarcie loin de tout (sauf les grands ports qui au contraire sont ouverts au monde et à ses influences diverses). Actuellement nous voyons l’inverse : les gens veulent vivre sur le littoral, le plus près du bord de mer, les plages sont envahies de maisons pieds dans l’eau et il a fallu la loi protégeant le littoral, (paillotes sur la plage….). La vue sur mer est coûteuse, des villages sur pilotis dans la mer se créent de plus en plus (Maldives…). Cette idée de bout de la terre ou d’île reposante en marge de la grande ville stressante devient essentielle. 
En France, 35 millions de personnes se concentrent sur 4% du territoire national l’été. Ce tropisme balnéaire qui était de 1 personne sur 400 passant ses vacances à la mer en 1900, est passé à 1/40 en 1936 et ½ actuellement. Pour fidéliser les différents publics, les stations balnéaires sont créatives : Des sports nautiques chaque année sont inventés pour les jeunes (les sports de glisse ont le vent en poupe !) le climat doux et agréable des bords de mer attire les retraités (Nice, Royan….) avec nombre d’expositions, conférences et sorties culturelles vantant la région,  les colonies de vacances et maintenant les clubs d’enfants sont légions et puis les stations balnéaires offrent des loisirs en permanence aux touristes badauds pour animer les villes. Face à cette manne financière il existe des rivalités pour capter les clientèles notamment entre le sud de la mer la Méditerranée où le soleil cuit et entraîne une lascivité (Espagne, Grèce, Côte d’azur, Riviera et les plages du nord plus stimulantes et froides de l’océan atlantique avec des vagues qui cinglent… mais aussi entre la France et les autres pays…Comment est-on arriver à ce changement de paradigme ! Plusieurs révolutions vont modifier les choses et les opinions sur la mer et la plage et changer ce monde stable : un événement majeur c’est l’apparition du train, puis des routes (la célèbre Nationale 7), les bateaux (qui reliaient Bordeaux et Royan etc…). Ces moyens de transport vont désenclaver le littoral, (mais aussi la montagne et les campagnes isolées).


Le littoral hostile et méprisé va devenir à la mode : c’est l’apparition des stations balnéaires : (Royan ou Arcachon pour les bordelais, Deauville pour les parisiens, Brighton pour les londoniens, Miami pour les américains…. et la Méditerranée va devenir la côte d’azur avec son climat doux pendant l’hiver (on plante des palmiers, des plantes grasses exotiques pour orner et renforcer l’aspect sudiste, la côte basque (Biarritz , Hossegor…) où les puissants de ce monde du XIXème siècle vont établir des villas superbes, des casinos, des promenades, des loisirs chics, créant une économie du tourisme pour les natifs malgré les chocs culturels entre urbains et peuples du littoral et entre classes sociales aisées et classes populaires pauvres. La mer va devenir aussi une envie puis un besoin de la bourgeoisie petite ou grande (avec la maison de vacances où se retrouve la famille élargie pendant les mois d’été) pour imiter la mode. La station balnéaire est aussi un espace de loisir, de farniente, de modification des habitudes de vie et pour certains c’est un lieu de vacances pour les privilégiés qui se retrouvent. Les voyages, la publicité par les affiches vont fleurir avec le train bleu pour la Méditerranée, le train rouge pour Léo Lagrange voulant démocratiser les plages et la mer pour les classes populaires, le train jaune « appelé train des cocus » aussi pour les maris qui ne viennent que les weekend et laissent leurs femmes pendant la semaine dans ce lieu de perdition qu’est devenue la plage où les corps se montrent de plus en plus… et dont les dragueurs (dragueuses)  ont fait leur terrain de prédilection. En fait ce sont tous des trains du loisir, du voyage, du désir d’ailleurs, de liberté, de changement des habitudes, de changement d’air, de climat et d’environnement, mais aussi de fréquentations



La plage commence à devenir le lieu ou les corps se dénudent et cette érotisation est un facteur du succès rencontré, des vêtements plus légers et souples (fin des corsets, et bientôt de tous les vêtements contraignants!), une vie de loisirs, de plaisirs différents (glaces, chichis, cacahuètes et mascottes vendues sur la plage…  ). Le sport se développe aussi (sports nautiques : natation, voile et sports sur la plage : croquet, volley…). Le grand alibi pour aller dans les stations balnéaires c’est la santé ! et on inverse les notions antérieures car l’idéologie nouvelle est que la mer soigne tout ! Le bain de mer a désormais des bienfaits ! : l’eau salée iodée concurrence les stations thermales, la nourriture basée sur des poissons et produits de la mer sont recommandés… La mer est devenue thérapie. On rassure, on sécurise au maximum pour supprimer la notion de danger. La mer transparente est sans danger (mode des piscines d’eau de mer chauffée, lagons où on a pied, plage en pente douce avec maîtres-nageurs et surveillants secouristes, bouées de sauvetage, leçons de natation, délimitation des zones où on perd pied etc…Les bains de soleil : la peau blanche cachée et si prisée n’est plus à la mode. Le bronzage (solarium thérapeutique) fait son apparition mais il faut se démarquer du bicolore des ouvriers en « marcel » ! On va donc bronzer sur de plus en plus de parties du corps qu’on dévoile peu à peu. L’ évolution du maillot en est l’illustration : costume belle époque, des cabines roulantes puis les tentes de déshabillage, puis des maillots laissant les bras et mollets nus, puis commence l’évolution du corps à moitié montré, à moitié caché qui érotise et permet une certaine sensualité. On va se montrer en maillots d’une pièce moulant les formes pour les femmes, le slip de Tarzan pour les hommes ne cachant rien de leur virilité (« le moule bite »), puis le maillot raccourci en deux pièces de plus en plus petites jusqu’au bikini de Brigitte Bardot qui raccourcit encore avec le string et le monokini avec les seins nus voire la vogue du naturisme. Le soleil a donc aussi des bienfaits ! et c’est la mode de l’héliotropisme (cette notion devient de plus en plus prégnante et s’accentue : on organise ses vacances selon la météo dorénavant !). Le bronzage jusqu’alors méprisé car révélateur d’appartenance à des classes sociales inférieures (paysans et ouvriers du bâtiment) devient tendance avec Coco Chanel en 1930. Mais trop de soleil brûle la peau, l’ambre solaire protectrice est inventée par le fondateur de L’Oréal ! qui fait fortune.
La plage en libérant les corps permet le sport et le fait de se dénuder devant tous oblige à prendre soin de son esthétique et de son corps qui sera vu par beaucoup de monde. La plage s’humanise et la violence potentielle de la mer est plus ou moins domestiquée au moins au bord de mer, clubs d’enfants, sports nautiques, natation… Les hygiénistes et médecins recommandent les bienfaits du soleil, du sport en plein air, de se baigner et de nager !(ce qui était rare chez les natifs du bord de mer, même chez les pêcheurs !). Les Bains de mer : on va à la plage pour voir les autres (besoin de lien social, faire des rencontres, voyeurisme) et se montrer (exhibitionnisme), jouer à divers jeux, assister à des animations et spectacles (musique, vendeurs divers…). Pourquoi passait –on une journée de train plus ou moins confortable pour aller voir la mer et se baigner dans un accoutrement bizarre ? Une des raisons était de se montrer, se croiser avec ses toilettes sur la « croisette », jouer au casino, être entre soi ou côtoyer les puissants et célébrités pour appartenir à la société dirigeante et riche (d’où les extravagances des villas des stations balnéaires ! ). L’homme est un animal social qui a besoin des autres (le hérisson de Schopenhauer : trop près je me pique, trop loin j’ai froid !). La plage est très révélateur de ce phénomène : Dès qu’on arrive sur une plage, l’homme va là où d’autres sont mais on ne s’agglutine pas trop, chacun est jaloux de son territoire (parasol, tente, serviette…) qui doit être respecté par les autres, mais on ne veut pas être seul, avoir la possibilité de contacts, besoin de sociabilité… On y va aussi retrouver des amis ou la famille et on va souvent toujours aux mêmes endroits, on se crée des habitudes, des horaires de rencontres…La plage est néanmoins reflet de la société qui divise. La ségrégation est toujours présente, les plages pour riches puis privées contre les plages publiques, les plages réservées aux blancs et aux autres dans certains pays, les plages réservées aux hommes  ou aux femmes dans d’autres pays, les plages pour les personnes habillées ou nudistes, plages pour les sportifs ou les passifs, le port lui aussi est divisé entre les pêcheurs et les bateaux de plaisance…

La plage est un miroir de la société où on veut être ensemble mais entre soi, du même monde, entre connaissances acceptées de son réseau et pourtant isolées (les gens lisent beaucoup sur la plage….) une foule solitaire composée de solitudes agrégées. On voit parfois un partage de l’espace entre personnes, ceux du matin, ceux de l’après midi, pas les mêmes personnes avec des stratégies d’évitement …ainsi ceux du golf ne côtoient pas ceux du camping, pas les mêmes endroits, les mêmes plages, les mêmes horaires ….  allant vers une ghettoïsation des publics. Les congés payés nés en 1936 vont créer un engouement pour les voyages mais sur les 5 millions de salariés seulement 10% vont alors à la mer (la plupart vont à la campagne dans leurs familles ou restent chez eux) mais cette intrusion sur les plages des classes populaires a marqué voire choqué certaines stations balnéaires bourgeoises ….La plage s’est quand même démocratisée peu à peu à partir de 1950 car les usines ferment un mois entier (juillettistes, aoûtiens) et  les terrains de camping émaillent tout le littoral. Le bord de mer c’est aussi la promenade, sur la plage pour ceux qui veulent montrer leur corps, sur la croisette pour ceux qui montrent leurs toilettes à la mode. L’important c’est de se montrer, se rencontrer, voir la comédie sociale des autres sur un banc ou dans des terrasses de café et de glacier. On consomme et ce voyeurisme est essentiel pour faire passer le temps agréablement : les hommes plongent dans les flots (même pas froid, même pas peur !) se prenant pour Weissmuller en Tarzan alors que les femmes au maillot collant en lycra sortent des flots lentement comme Ursula Andrés dans James bond ou la Vénus de Botticelli en sortant de l’écume de la mer …. Pendant que les enfants font des châteaux et se battent contre l’avancée de la mer … tout un spectacle qui suscite nombre de commentaires….En conséquence, les natifs voient leur environnement se bouleverser : constructions sur les rivages, bétonisation plus tard, économie spécifique lié au tourisme, des nouveaux emplois, du travail, leurs valeurs bouleversées mais le progrès et le développement est indéniable et ils profitent de cette économie du tourisme qui booste leurs activités et leur permet de résister plus ou moins à l’exode rural . Bien sûr face aux hygiénistes et hydrophiles, il y avait les détracteurs moralistes et religieux qui voyaient les gens s’exhiber avec des tenues de plus en plus légères (en 2018 beaucoup de pays interdisent encore de se dénuder à la plage pour cause morale mais n’empêche pas le voyeurisme des mêmes pour les « étrangères dévoyées »).
Les détracteurs blancs refusent aussi la couleur du bronzage « qui font de nous des métis, de rester sur la plage gluants comme des moules sur le rocher, ressemblant à des poulets rôtis cuits en série, de personnes étalant leurs corps voire leur graisse avec indécence, sans pudeur, de nymphes en chaleur (les sirènes d’Ulysse sont réactivées, la femme tentatrice aussi et où les dragueurs et voyeurs ont des fantasmes face à cette érotisation des corps »… les propos injurieux ne manquent pas par de nombreux auteurs (Morand, les frères Goncourt…). Pour calmer cette polémique, on a contenté les hygiénistes adeptes du corps nu ou du maillot moulant et les moralistes adeptes de la nécessité de cacher les corps. C’est ainsi qu’est apparu le maillot rayé où les rayures blanches hygiénistes qui permettent d’entrevoir sont aussitôt contrées par les rayures bleu marine qui cachent et ce compromis sera accepté et devenir l’uniforme marin des touristes….La plage est devenue désir, passion mais symptôme d’une société qui rêve et qui critique et redoute ce désir de liberté et de changement. Le bain devient donc fondamental (société de bains de mer, stations balnéaires, clubs…). Ce tropisme balnéaire s’amplifie et la peur de faire trempette (qui a eu connu des crises de peur paniques même mortelles cardiaques) est devenue banale.

La référence à l’ailleurs va évoluer vers l’exotisme, des îles, Caraïbes, Tahiti (le paréo en 1950), vont créer un univers spécial, libéré, de mise en scène extra culturel déconnecté des réalités, un monde clos avec des inconnus mais sélectionnés (notamment par l’argent). Cette sociabilité entre soi permet de ne pas chercher à rencontrer ou subir les autochtones (qui travaillent en coulisses). Il faut se libérer de la société où on vit d’ordinaire, qui contraint, qui bloque…  et si on regarde la mer c’est pour tourner le dos au monde. En fait on recherche, une île (réelle ou psychologique), un havre de paix avec une vie satisfaisant néanmoins des besoins essentiels : une alimentation différente voire exotique, du sexe (les fameux amours de vacances), les loisirs variés liés au plaisir de la mer mais aussi la sécurité dans un monde protégé voire clos des clubs, un cocooning voire un huit clos (croisières, Center Park, campings, clubs…, où on peut s’enfermer dans une forteresse du bonheur, se protéger de l’environnement dans une sérénité et une tranquillité entre soi. Cette foule solitaire où chacun est isolé mais connecté avec le monde et les siens (smartphone, walkman…). Trigano avec le club Med reprendra l’idée belge de réinsertion des prisonniers de guerre pour recréer une atmosphère d’oubli du passé tout en créant un nouveau lien social de bonheur sans conflits, où on est libre, où on peut être seul ou ensemble récréant des couples, une tribu. Désormais la culture balnéaire est un besoin pour tout le monde et s’internationalise (le club Méditerranée possède des clubs dans le monde entier, et appartient aux financiers chinois ! par exemple) , les clubs de plage, pour enfants, adolescents, adultes avec animation, activités pour seniors …L’attrait de la plage et de la mer qui semblait incongru au XVIIIème siècle, la mode des puissants au XIXème (la belle époque), la mer pour tous avec sa démocratisation au XXème siècle deviennent au XXIème siècle un lieu incontournable pour les vacanciers du monde entier.  
  


mercredi 20 juin 2018

Musique de jazz et peinture abstraite. 2ème Partie

José-Daniel Touroude 

Après la deuxième guerre mondiale, les acheteurs et les marchands émigrés, mais aussi les fondations et les musées alimentés par des donations importantes entraînent un certain tropisme des artistes vers les USA, car les enchères et les achats se font surtout aux USA. Les USA devenus riches achètent les tableaux qualifiés de «dégénérés», les marchands français vendent de plus en plus aux USA (les cubistes, les fauves, les surréalistes….), les USA récupèrent aussi nombre de tableaux perdus, volés, cachés pendant la guerre et les artistes américains fertilisés par les artistes modernes réfugiés deviennent essentiels. Un des plus importants est Pollock.


Pollock est aussi un passionné de jazz, fasciné par tous ces artistes d’avant-garde européens, admirateur de Picasso, fasciné par la psychanalyse de Jung.  A l’inverse, des jazzmen comme Richard Clay sera inspiré et fera référence à la célèbre période bleue de Picasso avec « blue period » alors que Nando Michelin lui sera inspiré par Kandinsky et créera un morceau appelé «Vassily Kandinsky». Kandinsky résumera d’ailleurs l’état d’esprit des artistes modernes en écrivant «représenter un objet (ou un sujet) nuit à la peinture, seul compte la résonance intérieure de l’artiste. » Pollock fera une peinture libre, spontanée, où tout s’inverse : d’abord la couleur (pot de peinture troué et peinture sur le sol « le dripping » puis vient le dessin (alors que toute l’histoire de la peinture est d’abord un dessin, puis la coloration de peinture). Ainsi « Mural » de 1943 de Pollock  où il abandonne dessin, fond et figure.
"Mural" de Pollock de 1943.

L’expressionniste américain, instinctif, inconscient, primitif, spontané, décontracté, provocateur, avec des couleurs et des sonorités nouvelles comme le thème de Duke Ellington « the Mooche » improvisation contrôlée. 

«L’art automatique» de Pollock c’est laisser l’esprit flotter, les doigts libres et on peut improviser sans grilles ni partitions mais dans la liberté (enfin relative car la moitié est au moins programmée par les milliers d’heures de travail et de son répertoire, l’autre moitié il est vrai est plus aléatoire selon l’inspiration du moment).


D’autres peintres seront influencés par le jazz comme Léger, Otto Dix  et bien d’autres. On retrouvera cette recherche de liberté et de spontanéité dans le mouvement Cobra des peintres belges. Matisse peint plusieurs tableaux inspirés du jazz «Il faut que la peinture serve à autre chose qu'à la peinture... " dira Matisse. Ainsi dans son tableau « la tristesse du roi » (Salomé qui danse) liberté, papiers découpés, pas de dessins que des couleurs. Il inspirera des jazzmen comme le grand saxophoniste français Guy Lafitte avec son morceau  "Matisse" . Robert et Sonia Delaunay avec «Rythme 1932» puis "rythme sans fin" en 1934 puis « Rythme n°1 » en 1937 seront aussi fasciné par le Jazz.  Robert Delaunay maîtrise les cercles de couleurs différentes liés aux réflexions sur les cercles de couleurs primaires, complémentaires, antagonistes obligeant l’œil à ralentir ou à accélérer créant un rythme saccadé identique au jazz. Warhol peint «Fox Trot»  qui représente un diagramme de pas de cette danse. 
Warhol, Fox Trot.
Autre peintre fondamental passionné de jazz, Stuart Davis dessinait et peignait dans les clubs de jazz, ami de nombreux jazzmen dont Duke Ellington qui l’a beaucoup inspiré, admirateur de Diego Rivera qui faisait ses superbes fresques à Mexico, de Matisse, des Dadaïstes, il va être un des créateurs de «l’art dans la rue»  (un des slogan repris en Mai 1968 par l’école des beaux arts). Précurseur du Pop Art, cool, décontracté, à la sortie de la guerre mondiale, il peint  « The Mellow Pad » ou en 1951 « Owh in san pao » avec des mots dans la peinture.
Stuart Davis : « Tropes de teens » 1956  inspiré de la musique de Duke Ellington « It dont’t mean a thing »
Comme son ami Mondrian, Stuart Davis est fasciné par l’optimisme et le dynamisme des USA, du rythme trépidant et débridé de la ville et de la vie moderne industrielle. Le jazz avec le swing devient la musique populaire de cet état d’esprit de vivacité, que le rock continuera. Le peintre est de son époque, en interaction entre l’homme et son environnement, l’espace, le temps, les énergies, le émotions, l’ambiance, les couleurs, le rythme, les sons …
"For internal use only" de Stuart Davis.
Stuart Davis annonce le Pop Art et utilise les grilles d’accords de jazz  « the Mellow Pad » en 1951. Plus récemment Jean Michel Basquiat improvisait sa peinture sur des thèmes de jazz et a fait seul ou avec A. Warhol plus de 30 toiles influencées par Billie Holiday et Charlie Parker alors que D. Hammons  avec « Chasin’the blue train » rendait hommage à John ColtraneEn retour, des jazzmen voudront aussi colorer la planète comme Fabien Degryse avec son thème " painting the planet", ou Gregory Porter «painted on canvas» ou Jacky Terrasson « gouache». Actuellement le jazz et la peinture font encore bon ménage et s’influencent réciproquement comme par exemple dans les expressions du « sound painting ».






vendredi 15 juin 2018

Musique de jazz et peinture abstraite. Jazz Music and abstract painting.

José Daniel Touroude.


La musique fut inspirante pour les autres arts et a contrario ceux ci ont permis à des musiciens de créer. Nous présenterons uniquement quelques relations entre la musique de jazz et la peinture du XXème siècle et leurs correspondances, véritable passerelle qui s’est élaborée dans les deux sens.
Ces interactions ont toujours été nombreuses. Quelques exemples célèbres parmi beaucoup d’autres. Debussy était fasciné par la mer, les estampes japonaises, lui-même dessinait et il a créé une musique innovante et subtile qui a inspiré notamment le peintre WhistlerWagner ce propagandiste de l’art total transdisciplinaire, où la musique est lié à la philosophie, le théâtre, les décors …. et qui va créer un univers musical original et sublime qui va subjuguer de nombreux peintres notamment Fantin LatourSchönberg déconstruisant la musique classique va la révolutionner et trouvera  son alter ego dans le peintre Kandinsky qui sera fasciné par la dodécaphonie et ce compositeur. Le  Jazz ne fut pas en reste et va inspirer les peintres comme Pollock, Kupka, Dove, Stuart Davis, Mondrian, Kandinsky, Matisse, les Delaunay, Leger….Il y a eu une magnifique exposition en 2009 au quai Branly sur ce thème des influences croisées du jazz avec des peintres contemporains encore plus modernes et moins connus.


Avant que expressionnisme américain s’abreuve au jazz, l’aventure des passerelles entre jazz et peinture commença à Paris !
Avant la première guerre mondiale, les artistes étrangers et français se retrouvent à Montparnasse et à Montmartre et façonnent l’art moderne : notamment le Cubisme sous la protection du marchand Kahnweiler avec Picasso, Braque et Juan Gris et la plupart de ceux qui seront les grands noms de la peinture moderne Sonia Delaunay,Matisse, Modigliani, Kupka, Leger, Robert Delaunay etc….
Ce brassage des artistes venant d’horizons divers sont aussi imprégnés par la mode des civilisations orientales (Chine, Japon) et par les arts premiers (notamment africains) Exotisme mais aussi ouverture au monde qui permet de relativiser, de renverser les règles et les contraintes artistiques…Le Jazz arrive tôt en Europe mais cette «musique de nègre» est mal vue comme d’ailleurs le Tango argentin, deux musiques des bas fonds qui font pourtant fureur. (Juan Gris sera un excellent danseur, Mondrian aussi). Dès 1910 Mondrian est passionné par le Ragtime et écrit des réflexions entre musique et peinture «le nouveau plasticisme» en 1917. Kandinsky ayant le don de synesthésie théorisera les relations intimes entre musique et peinture.

Une belle démonstration de ragtime et d'histoire

De son côté, les élites américaines sont fascinées par la peinture européenne et organise en 1913 une exposition sur cette peinture nouvelle d’avant garde venant de Paris : Duchamp, Matisse, Gauguin …. seront découverts et cette exposition aura un impact essentiel. Mais la première guerre mondiale va ruiner l’Europe !
Wassili Kandinsky, "composition VII" 1913
Pourtant entre les deux guerres la vie artistique reprend de plus belle et les échanges vont osciller entre l’Europe et les USA. La musique de jazz fut vraiment découverte en France dès les années 20 avec la revue nègre avec Joséphine Baker, Sidney Bechet… et les premiers 78 tours américains de ragtime de Scott Joplin, de blues de Bessie Smith, du Gospel de Mahalia Jackson, du boogie-woogie de Fats Waller …. en fait du jazz hot et jazz New Orléans avec Louis Armstrong etc…
Maurice Picot fera le bas relief des folies bergères en 1926 au style art déco. Avec Paris, l’autre foyer culturel sera en Allemagne (Bauhaus) avec Kandinsky et l' expressionnisme allemand (Kirchner… ).
"Joséphine Baker"
Jean Dunand

Arthur Dove 1913
Sentimental Music
Kandinsky 1912
Improvisation.
















Pourquoi le jazz fut inspirant ? Les nouveaux peintres d’avant garde ne pouvaient rester insensibles à cette musique si vivante, joyeuse, tellement nouvelle et éprise de liberté. Un thème simple avec des harmonies au départ dans une grille de quelques accords (et qui deviendront avec Duke Ellington puis le Jazz moderne de plus en plus sophistiqués) sert de base et enclenche l’essentiel à savoir une improvisation, plus ou moins contrôlée, que l’on peut créer autour de ce thème. «J’ai trop d’idées pour créer seulement une mélodie» dira Dizzie Gillespie, idée que partage tous les jazzmen.
On ne montre plus la technique apprise aux beaux arts (pour un peintre ou un sculpteur) ou au conservatoire (pour un musicien), mais on fait parler ses émotions avec des techniques différentes créatives. Mais les grands artistes ont souvent un niveau culturel et/ou technique important et ne font pas n’importe quoi. Il n’y a rien de plus réfléchi qu’une improvisation, que ce soit les cercles de Kupka, les couleurs de Delaunay ou les lignes de Mondrian qu’une improvisation de jazzmen (je pense à Buddy de Franco (un de mes clarinettistes préférés) ou de jazzwomen (je pense à Ella). Le jazz c’est aussi du rythme, de l’énergie, du dynamisme, de la spontanéité mais aussi de la musique pour danser. Mondrian découvre le jazz en 1926 avec la revue nègre, le charleston, les filles libres aux cheveux courts, la liberté des années folles…. le Paris artistique en ébullition. En 1929 il peint "Fox trot A et puis fox trot B" . Mondrian qui adorait danser et écouter veut exprimer les proportions mais sans motif concret, un dialogue de sons qui va se transformer en couleurs. Il réfléchit sur le jazz dans son ouvrage « le jazz et le néo-plasticisme» et notamment sur les « riffs » en jazz (petites phrases rythmées répétées pour alimenter le swing qu’il reproduira dans sa peinture), mais aussi comme la liberté d’improvisation à partir de grilles d’accords et comme la liberté du corps de Joséphine Baker qui peindra dans fox trot 1929.
Mondrian : Fox trot.
Mondrian : Fox trot B














Aaron Douglas, fou de jazz, dessine et peint dans les clubs de jazz de Harlem et reproduit l’ambiance de ces boites de nuit. Mais a contrario des musiciens sont inspirés par la peinture également comme Miles Davis avec le mouvement black Harlem Renaissance des années 20. En 1932 un autre grand peintre américain Stuart Davis peint et fait référence au jazz avec ses tableaux  "It don’t mean a thing /if it ain’t got that swing" de Duke Ellington ou en 1938 de ses tableaux "Swing Landscape"  (époque de Count Basie, Benny Goodman et autres Big Band célèbres.

Stuart Davis devant son tableau avec Duke Ellington en 1943.

Lors de la deuxième guerre mondiale, l’Europe étant à feu et à sang, beaucoup d’artistes abstraits fuient l’Europe pour les USA  (guerre, plus de liberté d’expression, plus d’acheteurs, antisémitisme d’un monde de marchands et de collectionneurs en grande majorité juifs et refus des autorités pour les artistes d’avant garde…) . La deuxième guerre mondiale sera alors déterminante dans ce transfert de centre de gravité et du passage de relais entre l’Europe et les USA.  
Peggy Gugenheim invite les peintres dadaïstes, les surréalistes, tous les avant-gardistes dans ses galeries ainsi que les expressionnistes américains comme Pollock. Elle est entourée de Max Ernst (son mari), Picabia, DuchampMondrian et repère tous les artistes nouveaux les faisant vivre et se constituant une collection qui avec le temps sera prestigieuse et enviée. Cette rencontre entre les créateurs de l’avant garde européens et américains vont réduire l’influence de Paris comme capitale de l’art et la remplacer par New York, avec sa bourgeoisie riche et férus d’art. On peut prendre quelques exemples de grands créateurs d’art abstraits qui seront influencés par le jazz comme Arthur Dove.
Sails de Dove.


Arthur Dove.


Dove est un  américain qui va à Paris, découvre le fauvisme et Matisse, subjugué par Kandinsky, fou de Charlie Parker qu’il écoute en boucle, revient aux USA et inspire le jeune Pollock.   C’est un peintre qui comme beaucoup veut exprimer un état intérieur d’où l’intérêt de la philosophie et des valeurs spirituelles, le besoin de liberté totale sans contraintes, les emprunts à d’autres civilisations et de la résonance de différentes musiques. Il possède le don rare de synesthésie lui aussi (comme Kandinsky par exemple quand il entend de la trompette, il peint en jaune etc…) A contrario le compositeur Scriabine lui projetait une couleur pour chaque note lorsqu’il jouait du piano. Le fait d’associer les notes et les couleurs n'est pas nouveau : 7 notes, 7 couleurs….Dove crée en 1927 en hommage aux  grands compositeurs de jazz :   son tableau qu'il baptise du non d'un morceau de Irving Berlin : "Orange  Grove in California".
"Orange Grove in California " de Arthur Dove en 1927.

"Orange grove in California" thème  composé par Irving Berlin en 1923 pour sa "Music Box Revue.
Et aussi un autre tableau baptisé : "I'll build a stairway to paradise", du nom du thème Georges Gerschwin pour un américain à Paris.
"I'll build a stairway to  paradise.



1942 : la grande grève des musiciens américains pendant un an, entraîne une paralysie des enregistrements, les grands orchestres déclinent. (les concerts enregistrés en live sauvages valent des fortunes actuellement). Mondrian comme beaucoup fuit l’Europe, le Paris créatif et insouciant et arrive aux USA, un des premiers grands abstraits après voir tâté du cubisme, du symbolisme et modifie sa peinture, la rend plus dynamique dans la fournaise américaine et devient un passionné fou de jazz et de ses clubs.
Mondrian : Victory Boogie Woogie de 1942

Il est fasciné par la ville en mouvement, qui ne dort jamais où le bruit devient syncope, rythme différent qui s’entrechoquent comme des vagues déferlantes, avec ses building et cette ville géométrique qui construit de plus en plus haut et qui donne une nouvelle et autre vision, voire d’une dissolution du motif de la ville classique .  Mondrian exprimera cette idée dans ce fameux tableau "New York City" en 1942. Il est fasciné par ce rythme identique au train  comme le "Day break express" de Duke Ellington. Il créera le "Broadway Boogie Woogie" la même année. 
Mondrian : Broadway Boogie Woogie.

Mais à l’inverse, nombre de musiciens de jazz ont été influencé par la peinture notons " Mood Indigo"  du Duke avec l’excellent clarinettiste Barney Bigard ou le thème fameux "Black and Blue" de Fats Waller




Fin de la première partie.

Pour accéder à la seconde partie.







dimanche 27 mai 2018

Pierre LABRO (1744-1812) facteur d'instruments de musique en bois. De Saint Cirq Lapopie à Sedan.


Ce facteur très intéressant nous fait découvrir le petit village de Saint Cirq Lapopie dans le Lot, berceau de nombreux tourneurs spécialistes de la fabrication de boutons et de robinets pour les tonneaux du bordelais.
Marque 1 de Pierre Labro, la plus ancienne.
Signature de Pierre Labro

Pierre LABRO est né en 1744 dans un petit village du Lot, Saint Cirq Lapopie. Son père Pierre LABRO était moulier (moullier), c’est-à-dire fabricant de moules pour boutons, une des spécialités de ce village.

Saint Cirq Lapopie dans le Lot

« Le bourg médiéval de Saint-Cirq Lapopie, qui compte 13 monuments historiques est l’un des plus beaux villages de France. Accroché sur une falaise à 100 mètres au-dessus du Lot, Saint-Cirq Lapopie constitue l’un des sites majeurs de la vallée du Lot. Les rues, où s’ouvrent des arcades d’échoppes, conservent le souvenir des activités artisanales qui firent la richesse de Saint-Cirq. Peaussiers de la rue de la Pélissaria, chaudronniers de la rue de la Peyrolerie et surtout tourneurs sur bois ou roubinetaïres, dont les ateliers produisaient les moules à boutons, écuelles, gobelets et robinets de tonnellerie ».  « L’industrie du tournage sur bois vit le jour au XVème siècle après la Guerre de Cent ans, lorsqu’on s’est aperçu que le bois du Causse fournissait une large variété de ce cher matériau. Son succès est tel, qu’en 1810, Saint-Cirq Lapopie comptait 38 tourneurs sur bois destinés à créer principalement des robinets de tonneaux à vins, transportés par la suite en gabare sur le Lot, jusqu’à Bordeaux ». (Site de Saint Cirq Lapopie)

Planche de l’encyclopédie concernant les Mouliers

« La vignette représente la boutique d'un boutonnier faiseur de moules, avec des ouvriers occupés à différentes manœuvres. Fig. 1 ; 2. Deux ouvriers qui scient des morceaux de bois d'où l'on emportera les moules avec les perçoirs. 4. Ouvrier ; ouvrière qui font des moules de bouton à l'archet. 7. Ouvriers au tour. Bas de la Planche. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Perçoirs, les uns pour pratiquer au moule de bouton les différents trous dont il doit être percé; les autres pour lui donner en même temps, soit en - dessus, soit en - dessous, ses différentes formes concaves ou convexes etc... . ».
Roubinotaires de Saint-Cirq Lapopie
Tous les membres de la famille Labro travaillaient soit comme mouliers ou tourneurs, donc nous pouvons supposer que Pierre Labro a été formé dans sa famille comme tourneur, avant sans doute de partir pour un tour de France. Nous n’en connaissons pas les étapes, mais il a dû passer  quelques années chez un (ou plusieurs) facteur d’instruments de musique car au vu des instruments conservés, il maîtrisait parfaitement leurs fabrications. On le retrouve à Sedan en 1777 où il se marie avec Marie BOCART. Ils auront au moins 8 enfants dont trois garçons dont deux seront musiciens.
Signature d’Antoine Labro qui signe en ajoutant le nom de son épouse
pour se différencier de ses frères.
Antoine LABRO est né le 18 mai 1779 à Sedan il sera musicien à Sedan et à Charleville ; il se marie à Madeleine D’HIVER en  1800. Ils auront six enfants.
Comme ses frères Alexis Labro ajoute à son nom celui de son épouse.
Jacques Alexis LABRO est né le 27 février 1782 à Sedan et sera musicien dans cette ville et à Charleville. Il épousera Marie Jeanne DUBOIS.
Signature de Charles Nicolas Labro.

Charles Nicolas LABRO est né à Sedan le 3 novembre 1783 et sera tailleur d’habits dans cette ville. Il épousera Louise Alexandre POLET la fille d’un aubergiste de Sedan et auront 10 enfants. Pierre Labro devait être un bon père et grand-père, car il était présent comme témoin à chaque naissance de ses petits-enfants. Il exerça son métier de luthier, facteur d’instruments d’abord place d’Armes à Sedan.

Si l’on regarde les marques des quatre instruments à notre disposition, elles sont toutes différentes, la plus ancienne (à notre avis, donc vous avez le droit de ne pas être d’accord), avant 1789 (Fleur de Lys)  est la marque 1 (voir le début de l’article) : « LABRO/étoile six branches (ou soleil) E6b/fleur de lys/E6b » où la fleur de Lys est entourée par l’E6b ; marque de deux corps de clarinette en La dont nous n’avons pas le corps du bas ni le pavillon donc pas la marque mentionnant Sedan, le barillet sans marque.
Trois parties de clarinette sans clés, manque le corps du bas et pavillon.
 (Marque 1- collection RP)
La marque 2 d’une clarinette en Ut à 5 clés. (Collection Denis Watel- Source « Le livre d’or de la clarinette »). « Fleur de Lys/E5b/Labro/E5b/Toison d’or/E5b/ASEDAN/E5b/ 3 étoiles/soleils 6 branches ». Cette marque doit être avant 1789, mais la toison d’or est venue s’ajouter à la marque.
Marque 2  d’une clarinette en Ut à 5 clés

La marque 3 d’une clarinette en La, à 5 clés de notre collection : « Fleur de Lys/E6b/LABRO/E6B/Toison d’or/A SEDAN ».

Marque 3 d’une clarinette en La a 5 clés.
La marque 4 d’une flûte à 1 clé de notre collection :  « E6b/LABRO/E6b/A SEDAN/E6b/Toison d’or/E6b ». Il n’y a plus de fleur de Lys, donc après 1789.


Marque 4 d’une flûte à une clé. "Collection RP"
Ces marques mêmes si elles comportent les mêmes signes : Fleur de Lys, Toison d’or….sont variées ; alors est-ce dû à la fantaisie de notre facteur ou est-ce que cela a un sens ? Nous ne pouvons le dire. Peut-être que des spécialistes pourraient nous en dire plus : Alors José, Denis, Jean .....nous attendons vos commentaires.

La seconde adresse de Pierre Labro après 1799 est la rue Maqua au 219.
La rue Maqua en 1900.

Pierre LABRO était un facteur du XVIIIème siècle, on peut le voir à travers certains détails de ses instruments : Ressorts fixés dans le bois et non rivetés aux clés, le bulbe de notre flûte.
Clarinette en La. Détail du ressort d'une Clé.
Patte d’une flûte à 1 clé. (Collection RP)
Certains détails  très spécifiques de ses instruments  permettront peut-être de voir dans quels ateliers il a pu faire son apprentissage : Lyonnais ? Parisiens ? Par exemple cette clé en argent et le bulbe de la flûte ci-dessus, le système des tirettes des longues clés de notre clarinette en La, l’encoche d’une clé de cette même clarinette etc….
Si vous avez une idée....ou même plusieurs n'hésitez pas.
Système des tirettes des longues clés d’une clarinette en La. (Collection RP)
Encoche sur une clé d’une Clarinette en La.
Peu d’instruments  de ce facteur sont connus ; nous en avons décrit quatre. Selon Albert R. Rice il existait  une clarinette alto à six clés dans un musée de Berlin. Mais malheureusement cet instrument a été détruit pendant la seconde guerre mondiale. Mais toujours selon A.R. Rice elle était très proche d’une clarinette d’amour de JEANTET, facteur bien connu de Lyon du musée de la musique de La Villette.
Jeantet clarinette d’amour à 8 clés. (Collection Musée de la musique de La Villette)
Il existerait un corps anglais dans la collection Samary et une clarinette à 5 clés dans la collection Shackleton.
Pierre LABRO est décédé à 68 ans le 12 mai 1812 à Sedan rue Maqua.
Généalogie Labro. Cliquez pour agrandir.
Nous n’avons pas encore trouvé la descendance d’Antoine Labro ni celle de Jacques Alexis Labro ; leur métier de musicien a fait qu’ils se sont beaucoup déplacés. En revanche celle de Charles Nicolas Labro est parfaitement connue. Parmi ses dix enfants, Charles Nicolas Labro dit Labro Aîné, né le 19 octobre 1810 à Sedan, fera carrière dans la musique. Il étudie la contrebasse au conservatoire de Paris avec Louis François Chaft (1780-1856), professeur au conservatoire de Paris de 1832 à 1853, obtient un second prix en 1833 et son premier prix en 1835. En 1843 il rentre à la société des concerts et jouera dans l’orchestre de l’opéra-comique jusqu’à sa mort. Professeur de contrebasse au conservatoire de Paris de 1853 à 1882, il est connu pour sa méthode de contrebasse. Il est décédé à 72 ans le 28 mai 1882 au 78 rue Lafayette.
Méthode de contrebasse de Charles LABRO.
Antoine Auguste LABRO dit LABRO Jeune est né le 13 janvier 1817 à Sedan, comme son frère il sera contrebassiste à l’opéra de Paris de 1844 à 1864 (Second prix en 1837 et premier prix du conservatoire de Paris en 1838). Marié à Augustine Elisabeth KIESGEN, il décédera  à 70 ans le 14 juin 1887 au N° 120 rue du Faubourg Saint Martin. Marie Jeanne Henriette LABRO est née le 11 octobre 1822 à Sedan ; elle épouse en 1847 à Paris Louis KIESGEN (1818-1893) facteur de pianos et frère de l’épouse d’Auguste LABRO. Ils auront un fils Auguste KIESGEN (1850-1896) qui sera Maître de Chapelle de Notre Dame de Paris de 1873 à 1875, puis après en 1879 maître de chapelle et organiste de l’église Saint Bernard à Paris.