mercredi 20 juin 2018

Musique de jazz et peinture abstraite. 2ème Partie

José-Daniel Touroude 

Après la deuxième guerre mondiale, les acheteurs et les marchands émigrés, mais aussi les fondations et les musées alimentés par des donations importantes entraînent un certain tropisme des artistes vers les USA, car les enchères et les achats se font surtout aux USA. Les USA devenus riches achètent les tableaux qualifiés de «dégénérés», les marchands français vendent de plus en plus aux USA (les cubistes, les fauves, les surréalistes….), les USA récupèrent aussi nombre de tableaux perdus, volés, cachés pendant la guerre et les artistes américains fertilisés par les artistes modernes réfugiés deviennent essentiels. Un des plus importants est Pollock.


Pollock est aussi un passionné de jazz, fasciné par tous ces artistes d’avant-garde européens, admirateur de Picasso, fasciné par la psychanalyse de Jung.  A l’inverse, des jazzmen comme Richard Clay sera inspiré et fera référence à la célèbre période bleue de Picasso avec « blue period » alors que Nando Michelin lui sera inspiré par Kandinsky et créera un morceau appelé «Vassily Kandinsky». Kandinsky résumera d’ailleurs l’état d’esprit des artistes modernes en écrivant «représenter un objet (ou un sujet) nuit à la peinture, seul compte la résonance intérieure de l’artiste. » Pollock fera une peinture libre, spontanée, où tout s’inverse : d’abord la couleur (pot de peinture troué et peinture sur le sol « le dripping » puis vient le dessin (alors que toute l’histoire de la peinture est d’abord un dessin, puis la coloration de peinture). Ainsi « Mural » de 1943 de Pollock  où il abandonne dessin, fond et figure.
"Mural" de Pollock de 1943.

L’expressionniste américain, instinctif, inconscient, primitif, spontané, décontracté, provocateur, avec des couleurs et des sonorités nouvelles comme le thème de Duke Ellington « the Mooche » improvisation contrôlée. 

«L’art automatique» de Pollock c’est laisser l’esprit flotter, les doigts libres et on peut improviser sans grilles ni partitions mais dans la liberté (enfin relative car la moitié est au moins programmée par les milliers d’heures de travail et de son répertoire, l’autre moitié il est vrai est plus aléatoire selon l’inspiration du moment).


D’autres peintres seront influencés par le jazz comme Léger, Otto Dix  et bien d’autres. On retrouvera cette recherche de liberté et de spontanéité dans le mouvement Cobra des peintres belges. Matisse peint plusieurs tableaux inspirés du jazz «Il faut que la peinture serve à autre chose qu'à la peinture... " dira Matisse. Ainsi dans son tableau « la tristesse du roi » (Salomé qui danse) liberté, papiers découpés, pas de dessins que des couleurs. Il inspirera des jazzmen comme le grand saxophoniste français Guy Lafitte avec son morceau  "Matisse" . Robert et Sonia Delaunay avec «Rythme 1932» puis "rythme sans fin" en 1934 puis « Rythme n°1 » en 1937 seront aussi fasciné par le Jazz.  Robert Delaunay maîtrise les cercles de couleurs différentes liés aux réflexions sur les cercles de couleurs primaires, complémentaires, antagonistes obligeant l’œil à ralentir ou à accélérer créant un rythme saccadé identique au jazz. Warhol peint «Fox Trot»  qui représente un diagramme de pas de cette danse. 
Warhol, Fox Trot.
Autre peintre fondamental passionné de jazz, Stuart Davis dessinait et peignait dans les clubs de jazz, ami de nombreux jazzmen dont Duke Ellington qui l’a beaucoup inspiré, admirateur de Diego Rivera qui faisait ses superbes fresques à Mexico, de Matisse, des Dadaïstes, il va être un des créateurs de «l’art dans la rue»  (un des slogan repris en Mai 1968 par l’école des beaux arts). Précurseur du Pop Art, cool, décontracté, à la sortie de la guerre mondiale, il peint  « The Mellow Pad » ou en 1951 « Owh in san pao » avec des mots dans la peinture.
Stuart Davis : « Tropes de teens » 1956  inspiré de la musique de Duke Ellington « It dont’t mean a thing »
Comme son ami Mondrian, Stuart Davis est fasciné par l’optimisme et le dynamisme des USA, du rythme trépidant et débridé de la ville et de la vie moderne industrielle. Le jazz avec le swing devient la musique populaire de cet état d’esprit de vivacité, que le rock continuera. Le peintre est de son époque, en interaction entre l’homme et son environnement, l’espace, le temps, les énergies, le émotions, l’ambiance, les couleurs, le rythme, les sons …
"For internal use only" de Stuart Davis.
Stuart Davis annonce le Pop Art et utilise les grilles d’accords de jazz  « the Mellow Pad » en 1951. Plus récemment Jean Michel Basquiat improvisait sa peinture sur des thèmes de jazz et a fait seul ou avec A. Warhol plus de 30 toiles influencées par Billie Holiday et Charlie Parker alors que D. Hammons  avec « Chasin’the blue train » rendait hommage à John ColtraneEn retour, des jazzmen voudront aussi colorer la planète comme Fabien Degryse avec son thème " painting the planet", ou Gregory Porter «painted on canvas» ou Jacky Terrasson « gouache». Actuellement le jazz et la peinture font encore bon ménage et s’influencent réciproquement comme par exemple dans les expressions du « sound painting ».






vendredi 15 juin 2018

Musique de jazz et peinture abstraite. Jazz Music and abstract painting.

José Daniel Touroude.


La musique fut inspirante pour les autres arts et a contrario ceux ci ont permis à des musiciens de créer. Nous présenterons uniquement quelques relations entre la musique de jazz et la peinture du XXème siècle et leurs correspondances, véritable passerelle qui s’est élaborée dans les deux sens.
Ces interactions ont toujours été nombreuses. Quelques exemples célèbres parmi beaucoup d’autres. Debussy était fasciné par la mer, les estampes japonaises, lui-même dessinait et il a créé une musique innovante et subtile qui a inspiré notamment le peintre WhistlerWagner ce propagandiste de l’art total transdisciplinaire, où la musique est lié à la philosophie, le théâtre, les décors …. et qui va créer un univers musical original et sublime qui va subjuguer de nombreux peintres notamment Fantin LatourSchönberg déconstruisant la musique classique va la révolutionner et trouvera  son alter ego dans le peintre Kandinsky qui sera fasciné par la dodécaphonie et ce compositeur. Le  Jazz ne fut pas en reste et va inspirer les peintres comme Pollock, Kupka, Dove, Stuart Davis, Mondrian, Kandinsky, Matisse, les Delaunay, Leger….Il y a eu une magnifique exposition en 2009 au quai Branly sur ce thème des influences croisées du jazz avec des peintres contemporains encore plus modernes et moins connus.


Avant que expressionnisme américain s’abreuve au jazz, l’aventure des passerelles entre jazz et peinture commença à Paris !
Avant la première guerre mondiale, les artistes étrangers et français se retrouvent à Montparnasse et à Montmartre et façonnent l’art moderne : notamment le Cubisme sous la protection du marchand Kahnweiler avec Picasso, Braque et Juan Gris et la plupart de ceux qui seront les grands noms de la peinture moderne Sonia Delaunay,Matisse, Modigliani, Kupka, Leger, Robert Delaunay etc….
Ce brassage des artistes venant d’horizons divers sont aussi imprégnés par la mode des civilisations orientales (Chine, Japon) et par les arts premiers (notamment africains) Exotisme mais aussi ouverture au monde qui permet de relativiser, de renverser les règles et les contraintes artistiques…Le Jazz arrive tôt en Europe mais cette «musique de nègre» est mal vue comme d’ailleurs le Tango argentin, deux musiques des bas fonds qui font pourtant fureur. (Juan Gris sera un excellent danseur, Mondrian aussi). Dès 1910 Mondrian est passionné par le Ragtime et écrit des réflexions entre musique et peinture «le nouveau plasticisme» en 1917. Kandinsky ayant le don de synesthésie théorisera les relations intimes entre musique et peinture.

Une belle démonstration de ragtime et d'histoire

De son côté, les élites américaines sont fascinées par la peinture européenne et organise en 1913 une exposition sur cette peinture nouvelle d’avant garde venant de Paris : Duchamp, Matisse, Gauguin …. seront découverts et cette exposition aura un impact essentiel. Mais la première guerre mondiale va ruiner l’Europe !
Wassili Kandinsky, "composition VII" 1913
Pourtant entre les deux guerres la vie artistique reprend de plus belle et les échanges vont osciller entre l’Europe et les USA. La musique de jazz fut vraiment découverte en France dès les années 20 avec la revue nègre avec Joséphine Baker, Sidney Bechet… et les premiers 78 tours américains de ragtime de Scott Joplin, de blues de Bessie Smith, du Gospel de Mahalia Jackson, du boogie-woogie de Fats Waller …. en fait du jazz hot et jazz New Orléans avec Louis Armstrong etc…
Maurice Picot fera le bas relief des folies bergères en 1926 au style art déco. Avec Paris, l’autre foyer culturel sera en Allemagne (Bauhaus) avec Kandinsky et l' expressionnisme allemand (Kirchner… ).
"Joséphine Baker"
Jean Dunand

Arthur Dove 1913
Sentimental Music
Kandinsky 1912
Improvisation.
















Pourquoi le jazz fut inspirant ? Les nouveaux peintres d’avant garde ne pouvaient rester insensibles à cette musique si vivante, joyeuse, tellement nouvelle et éprise de liberté. Un thème simple avec des harmonies au départ dans une grille de quelques accords (et qui deviendront avec Duke Ellington puis le Jazz moderne de plus en plus sophistiqués) sert de base et enclenche l’essentiel à savoir une improvisation, plus ou moins contrôlée, que l’on peut créer autour de ce thème. «J’ai trop d’idées pour créer seulement une mélodie» dira Dizzie Gillespie, idée que partage tous les jazzmen.
On ne montre plus la technique apprise aux beaux arts (pour un peintre ou un sculpteur) ou au conservatoire (pour un musicien), mais on fait parler ses émotions avec des techniques différentes créatives. Mais les grands artistes ont souvent un niveau culturel et/ou technique important et ne font pas n’importe quoi. Il n’y a rien de plus réfléchi qu’une improvisation, que ce soit les cercles de Kupka, les couleurs de Delaunay ou les lignes de Mondrian qu’une improvisation de jazzmen (je pense à Buddy de Franco (un de mes clarinettistes préférés) ou de jazzwomen (je pense à Ella). Le jazz c’est aussi du rythme, de l’énergie, du dynamisme, de la spontanéité mais aussi de la musique pour danser. Mondrian découvre le jazz en 1926 avec la revue nègre, le charleston, les filles libres aux cheveux courts, la liberté des années folles…. le Paris artistique en ébullition. En 1929 il peint "Fox trot A et puis fox trot B" . Mondrian qui adorait danser et écouter veut exprimer les proportions mais sans motif concret, un dialogue de sons qui va se transformer en couleurs. Il réfléchit sur le jazz dans son ouvrage « le jazz et le néo-plasticisme» et notamment sur les « riffs » en jazz (petites phrases rythmées répétées pour alimenter le swing qu’il reproduira dans sa peinture), mais aussi comme la liberté d’improvisation à partir de grilles d’accords et comme la liberté du corps de Joséphine Baker qui peindra dans fox trot 1929.
Mondrian : Fox trot.
Mondrian : Fox trot B














Aaron Douglas, fou de jazz, dessine et peint dans les clubs de jazz de Harlem et reproduit l’ambiance de ces boites de nuit. Mais a contrario des musiciens sont inspirés par la peinture également comme Miles Davis avec le mouvement black Harlem Renaissance des années 20. En 1932 un autre grand peintre américain Stuart Davis peint et fait référence au jazz avec ses tableaux  "It don’t mean a thing /if it ain’t got that swing" de Duke Ellington ou en 1938 de ses tableaux "Swing Landscape"  (époque de Count Basie, Benny Goodman et autres Big Band célèbres.

Stuart Davis devant son tableau avec Duke Ellington en 1943.

Lors de la deuxième guerre mondiale, l’Europe étant à feu et à sang, beaucoup d’artistes abstraits fuient l’Europe pour les USA  (guerre, plus de liberté d’expression, plus d’acheteurs, antisémitisme d’un monde de marchands et de collectionneurs en grande majorité juifs et refus des autorités pour les artistes d’avant garde…) . La deuxième guerre mondiale sera alors déterminante dans ce transfert de centre de gravité et du passage de relais entre l’Europe et les USA.  
Peggy Gugenheim invite les peintres dadaïstes, les surréalistes, tous les avant-gardistes dans ses galeries ainsi que les expressionnistes américains comme Pollock. Elle est entourée de Max Ernst (son mari), Picabia, DuchampMondrian et repère tous les artistes nouveaux les faisant vivre et se constituant une collection qui avec le temps sera prestigieuse et enviée. Cette rencontre entre les créateurs de l’avant garde européens et américains vont réduire l’influence de Paris comme capitale de l’art et la remplacer par New York, avec sa bourgeoisie riche et férus d’art. On peut prendre quelques exemples de grands créateurs d’art abstraits qui seront influencés par le jazz comme Arthur Dove.
Sails de Dove.


Arthur Dove.


Dove est un  américain qui va à Paris, découvre le fauvisme et Matisse, subjugué par Kandinsky, fou de Charlie Parker qu’il écoute en boucle, revient aux USA et inspire le jeune Pollock.   C’est un peintre qui comme beaucoup veut exprimer un état intérieur d’où l’intérêt de la philosophie et des valeurs spirituelles, le besoin de liberté totale sans contraintes, les emprunts à d’autres civilisations et de la résonance de différentes musiques. Il possède le don rare de synesthésie lui aussi (comme Kandinsky par exemple quand il entend de la trompette, il peint en jaune etc…) A contrario le compositeur Scriabine lui projetait une couleur pour chaque note lorsqu’il jouait du piano. Le fait d’associer les notes et les couleurs n'est pas nouveau : 7 notes, 7 couleurs….Dove crée en 1927 en hommage aux  grands compositeurs de jazz :   son tableau qu'il baptise du non d'un morceau de Irving Berlin : "Orange  Grove in California".
"Orange Grove in California " de Arthur Dove en 1927.

"Orange grove in California" thème  composé par Irving Berlin en 1923 pour sa "Music Box Revue.
Et aussi un autre tableau baptisé : "I'll build a stairway to paradise", du nom du thème Georges Gerschwin pour un américain à Paris.
"I'll build a stairway to  paradise.



1942 : la grande grève des musiciens américains pendant un an, entraîne une paralysie des enregistrements, les grands orchestres déclinent. (les concerts enregistrés en live sauvages valent des fortunes actuellement). Mondrian comme beaucoup fuit l’Europe, le Paris créatif et insouciant et arrive aux USA, un des premiers grands abstraits après voir tâté du cubisme, du symbolisme et modifie sa peinture, la rend plus dynamique dans la fournaise américaine et devient un passionné fou de jazz et de ses clubs.
Mondrian : Victory Boogie Woogie de 1942

Il est fasciné par la ville en mouvement, qui ne dort jamais où le bruit devient syncope, rythme différent qui s’entrechoquent comme des vagues déferlantes, avec ses building et cette ville géométrique qui construit de plus en plus haut et qui donne une nouvelle et autre vision, voire d’une dissolution du motif de la ville classique .  Mondrian exprimera cette idée dans ce fameux tableau "New York City" en 1942. Il est fasciné par ce rythme identique au train  comme le "Day break express" de Duke Ellington. Il créera le "Broadway Boogie Woogie" la même année. 
Mondrian : Broadway Boogie Woogie.

Mais à l’inverse, nombre de musiciens de jazz ont été influencé par la peinture notons " Mood Indigo"  du Duke avec l’excellent clarinettiste Barney Bigard ou le thème fameux "Black and Blue" de Fats Waller




Fin de la première partie.

Pour accéder à la seconde partie.







dimanche 27 mai 2018

Pierre LABRO (1744-1812) facteur d'instruments de musique en bois. De Saint Cirq Lapopie à Sedan.


Ce facteur très intéressant nous fait découvrir le petit village de Saint Cirq Lapopie dans le Lot, berceau de nombreux tourneurs spécialistes de la fabrication de boutons et de robinets pour les tonneaux du bordelais.
Marque 1 de Pierre Labro, la plus ancienne.
Signature de Pierre Labro

Pierre LABRO est né en 1744 dans un petit village du Lot, Saint Cirq Lapopie. Son père Pierre LABRO était moulier (moullier), c’est-à-dire fabricant de moules pour boutons, une des spécialités de ce village.

Saint Cirq Lapopie dans le Lot

« Le bourg médiéval de Saint-Cirq Lapopie, qui compte 13 monuments historiques est l’un des plus beaux villages de France. Accroché sur une falaise à 100 mètres au-dessus du Lot, Saint-Cirq Lapopie constitue l’un des sites majeurs de la vallée du Lot. Les rues, où s’ouvrent des arcades d’échoppes, conservent le souvenir des activités artisanales qui firent la richesse de Saint-Cirq. Peaussiers de la rue de la Pélissaria, chaudronniers de la rue de la Peyrolerie et surtout tourneurs sur bois ou roubinetaïres, dont les ateliers produisaient les moules à boutons, écuelles, gobelets et robinets de tonnellerie ».  « L’industrie du tournage sur bois vit le jour au XVème siècle après la Guerre de Cent ans, lorsqu’on s’est aperçu que le bois du Causse fournissait une large variété de ce cher matériau. Son succès est tel, qu’en 1810, Saint-Cirq Lapopie comptait 38 tourneurs sur bois destinés à créer principalement des robinets de tonneaux à vins, transportés par la suite en gabare sur le Lot, jusqu’à Bordeaux ». (Site de Saint Cirq Lapopie)

Planche de l’encyclopédie concernant les Mouliers

« La vignette représente la boutique d'un boutonnier faiseur de moules, avec des ouvriers occupés à différentes manœuvres. Fig. 1 ; 2. Deux ouvriers qui scient des morceaux de bois d'où l'on emportera les moules avec les perçoirs. 4. Ouvrier ; ouvrière qui font des moules de bouton à l'archet. 7. Ouvriers au tour. Bas de la Planche. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Perçoirs, les uns pour pratiquer au moule de bouton les différents trous dont il doit être percé; les autres pour lui donner en même temps, soit en - dessus, soit en - dessous, ses différentes formes concaves ou convexes etc... . ».
Roubinotaires de Saint-Cirq Lapopie
Tous les membres de la famille Labro travaillaient soit comme mouliers ou tourneurs, donc nous pouvons supposer que Pierre Labro a été formé dans sa famille comme tourneur, avant sans doute de partir pour un tour de France. Nous n’en connaissons pas les étapes, mais il a dû passer  quelques années chez un (ou plusieurs) facteur d’instruments de musique car au vu des instruments conservés, il maîtrisait parfaitement leurs fabrications. On le retrouve à Sedan en 1777 où il se marie avec Marie BOCART. Ils auront au moins 8 enfants dont trois garçons dont deux seront musiciens.
Signature d’Antoine Labro qui signe en ajoutant le nom de son épouse
pour se différencier de ses frères.
Antoine LABRO est né le 18 mai 1779 à Sedan il sera musicien à Sedan et à Charleville ; il se marie à Madeleine D’HIVER en  1800. Ils auront six enfants.
Comme ses frères Alexis Labro ajoute à son nom celui de son épouse.
Jacques Alexis LABRO est né le 27 février 1782 à Sedan et sera musicien dans cette ville et à Charleville. Il épousera Marie Jeanne DUBOIS.
Signature de Charles Nicolas Labro.

Charles Nicolas LABRO est né à Sedan le 3 novembre 1783 et sera tailleur d’habits dans cette ville. Il épousera Louise Alexandre POLET la fille d’un aubergiste de Sedan et auront 10 enfants. Pierre Labro devait être un bon père et grand-père, car il était présent comme témoin à chaque naissance de ses petits-enfants. Il exerça son métier de luthier, facteur d’instruments d’abord place d’Armes à Sedan.

Si l’on regarde les marques des quatre instruments à notre disposition, elles sont toutes différentes, la plus ancienne (à notre avis, donc vous avez le droit de ne pas être d’accord), avant 1789 (Fleur de Lys)  est la marque 1 (voir le début de l’article) : « LABRO/étoile six branches (ou soleil) E6b/fleur de lys/E6b » où la fleur de Lys est entourée par l’E6b ; marque de deux corps de clarinette en La dont nous n’avons pas le corps du bas ni le pavillon donc pas la marque mentionnant Sedan, le barillet sans marque.
Trois parties de clarinette sans clés, manque le corps du bas et pavillon.
 (Marque 1- collection RP)
La marque 2 d’une clarinette en Ut à 5 clés. (Collection Denis Watel- Source « Le livre d’or de la clarinette »). « Fleur de Lys/E5b/Labro/E5b/Toison d’or/E5b/ASEDAN/E5b/ 3 étoiles/soleils 6 branches ». Cette marque doit être avant 1789, mais la toison d’or est venue s’ajouter à la marque.
Marque 2  d’une clarinette en Ut à 5 clés

La marque 3 d’une clarinette en La, à 5 clés de notre collection : « Fleur de Lys/E6b/LABRO/E6B/Toison d’or/A SEDAN ».

Marque 3 d’une clarinette en La a 5 clés.
La marque 4 d’une flûte à 1 clé de notre collection :  « E6b/LABRO/E6b/A SEDAN/E6b/Toison d’or/E6b ». Il n’y a plus de fleur de Lys, donc après 1789.


Marque 4 d’une flûte à une clé. "Collection RP"
Ces marques mêmes si elles comportent les mêmes signes : Fleur de Lys, Toison d’or….sont variées ; alors est-ce dû à la fantaisie de notre facteur ou est-ce que cela a un sens ? Nous ne pouvons le dire. Peut-être que des spécialistes pourraient nous en dire plus : Alors José, Denis, Jean .....nous attendons vos commentaires.

La seconde adresse de Pierre Labro après 1799 est la rue Maqua au 219.
La rue Maqua en 1900.

Pierre LABRO était un facteur du XVIIIème siècle, on peut le voir à travers certains détails de ses instruments : Ressorts fixés dans le bois et non rivetés aux clés, le bulbe de notre flûte.
Clarinette en La. Détail du ressort d'une Clé.
Patte d’une flûte à 1 clé. (Collection RP)
Certains détails  très spécifiques de ses instruments  permettront peut-être de voir dans quels ateliers il a pu faire son apprentissage : Lyonnais ? Parisiens ? Par exemple cette clé en argent et le bulbe de la flûte ci-dessus, le système des tirettes des longues clés de notre clarinette en La, l’encoche d’une clé de cette même clarinette etc….
Si vous avez une idée....ou même plusieurs n'hésitez pas.
Système des tirettes des longues clés d’une clarinette en La. (Collection RP)
Encoche sur une clé d’une Clarinette en La.
Peu d’instruments  de ce facteur sont connus ; nous en avons décrit quatre. Selon Albert R. Rice il existait  une clarinette alto à six clés dans un musée de Berlin. Mais malheureusement cet instrument a été détruit pendant la seconde guerre mondiale. Mais toujours selon A.R. Rice elle était très proche d’une clarinette d’amour de JEANTET, facteur bien connu de Lyon du musée de la musique de La Villette.
Jeantet clarinette d’amour à 8 clés. (Collection Musée de la musique de La Villette)
Il existerait un corps anglais dans la collection Samary et une clarinette à 5 clés dans la collection Shackleton.
Pierre LABRO est décédé à 68 ans le 12 mai 1812 à Sedan rue Maqua.
Généalogie Labro. Cliquez pour agrandir.
Nous n’avons pas encore trouvé la descendance d’Antoine Labro ni celle de Jacques Alexis Labro ; leur métier de musicien a fait qu’ils se sont beaucoup déplacés. En revanche celle de Charles Nicolas Labro est parfaitement connue. Parmi ses dix enfants, Charles Nicolas Labro dit Labro Aîné, né le 19 octobre 1810 à Sedan, fera carrière dans la musique. Il étudie la contrebasse au conservatoire de Paris avec Louis François Chaft (1780-1856), professeur au conservatoire de Paris de 1832 à 1853, obtient un second prix en 1833 et son premier prix en 1835. En 1843 il rentre à la société des concerts et jouera dans l’orchestre de l’opéra-comique jusqu’à sa mort. Professeur de contrebasse au conservatoire de Paris de 1853 à 1882, il est connu pour sa méthode de contrebasse. Il est décédé à 72 ans le 28 mai 1882 au 78 rue Lafayette.
Méthode de contrebasse de Charles LABRO.
Antoine Auguste LABRO dit LABRO Jeune est né le 13 janvier 1817 à Sedan, comme son frère il sera contrebassiste à l’opéra de Paris de 1844 à 1864 (Second prix en 1837 et premier prix du conservatoire de Paris en 1838). Marié à Augustine Elisabeth KIESGEN, il décédera  à 70 ans le 14 juin 1887 au N° 120 rue du Faubourg Saint Martin. Marie Jeanne Henriette LABRO est née le 11 octobre 1822 à Sedan ; elle épouse en 1847 à Paris Louis KIESGEN (1818-1893) facteur de pianos et frère de l’épouse d’Auguste LABRO. Ils auront un fils Auguste KIESGEN (1850-1896) qui sera Maître de Chapelle de Notre Dame de Paris de 1873 à 1875, puis après en 1879 maître de chapelle et organiste de l’église Saint Bernard à Paris.

jeudi 10 mai 2018

Principaux sites Internet concernant la facture des instruments de musique.

L'une des raisons de la création de ce blog en 2009 était que très peu de choses étaient écrites sur les facteurs d'instruments de musique et qu'il était très difficile de trouver de bonnes informations sur ce sujet. Aujourd'hui les choses ont bien évolué et les bons sites internet foisonnent. Nous vous proposons dans cet article d'essayer de rassembler les sites majeurs pour mieux les faire connaître et donc encourager les articles dans ce domaine. 

Nous allons sans doute en oublier donc n'hésitez pas à nous alerter sur les sites manquants.
Pour allez sur les sites cités : Cliquez sur le lien en début de rubrique en bleu.
Les sites en français 
: 1) Les Historiques.
Les luthiers de Mirecourt : Tout d'abord celui de Roland TERRIER, luthier à Mirecourt, qui en plus de son travail alimente un site spécialisé, où vous trouvez tout, non seulement sur la lutherie, toutes les marques, l'histoire, la généalogie, les images de très beaux instruments....mais qui a scanné un nombre innombrable de catalogues concernant le quatuor mais aussi ceux de grands industriels comme Thibouville, Couesnon avec des pianos, cuivres, instruments à vent, accessoires etc...et quelques annuaires musicaux.


Pour tout savoir sur les facteurs et fabricants de pianos : Piano Forte de Lieve VERBECK,qui travaille sur les marques de pianos, notamment la facture française, et en plus de très nombreuses illustrations, indique des liens vers des ouvrages de référence : Pontécoulant, Fétis....comptes rendus sur les Expositions, sur les brevets d'inventions etc...scannés sur internet.

Sébastien ERARD (né à Strasbourg 1752- mort à Paris 1831)
L'histoire de la clarinette n'a pas de secret pour Denis Watel et son Chtiot musée des clariboles et Cie.


Si les facteurs de l'est de la France vous intéressent notre premier site peu vous aider : Facteurs et marchands de musique de l'est de la France. Ce site est peu actif actuellement car nous souhaitons rassembler tous ses articles sur un seul site et le fondre avec celui-ci. Projet Ambitieux mais pour l'est de la France nous pensons en avoir fait le tour à l'exception de quelques inconnus à découvrir mais trop peu nombreux pour alimenter un site spécifique.


2) les nouveaux depuis 2009.

Un site particulièrement important, très documenté et principalement consacré au saxophone : Celui de Jean Jacques Bona : Luthier Vents.

3) Les Musées en Français.

Une Référence et Thierry Maniguet (conservateur) que l'on remercie pour son accueil. 
Musée de la Musique de Paris.

Un site très utile celui de : MIMO : Musical Instruments Muséums OnLine. C'est à dire la mutualisation de nombreux musées européens......Malheureusement à l'exception de celui de Paris et de Bruxelles, les images d'instruments sont très médiocres et le projet semble à l'arrêt. (A suivre)


4) Les sites des antiquaires en instruments de Musique.

Orphée Musique. Le site de notre ami Richard Charbit , qui même si il pense à la retraite est toujours aussi dynamique.

Instruments Anciens de William Petit. Le premier a avoir créé un site internet.

La Cave à vents à Paris. Avec de très belles photos d'instruments et des documents type catalogues.
A Bruxelles le site de Bruno COPPENS : Iltempo

Le très bon site de notre ami Gilles Elie : Instrumantiq

 Les sites étrangers.....Il y en a beaucoup de très très bons.

1- Les historiques :
    Pour la Flûte :
Celui de Rick Wilson : Old Flutes Un site ancien et remarquable.

2-Les musées internationaux. (Uniquement les sites dont les instruments sont consultables sur le net). 
Toujours pour la Flûte.
Dayton C. Miller Flute Collection  : Une référence dans le monde.

Restons aux USA :
National Music Museum à Vermillion dans le South Dakota. : tous les instruments une très grosse collection.

A New-York : MET : Metropolitan Museum of Art : Il concerne tous les instruments de Musique.