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lundi 21 avril 2025

PIANOS VICTORY - " Il faut des pianos sur les champs de bataille ! L’histoire méconnue des pianos Victory ".

 

par José-Daniel Touroude

Avec la participation d’Albert Rice (musicologue USA), de Théo Taillasson (restaurateur du piano) de René Pierre et Bernard Duplaix  (musiciens)

« Envoyez des pianos à travers le monde, par terre, par mer ou par air » et c’est ainsi que des pianos sont tombés du ciel ponctuellement en parachutes sur la plage et dans différents endroits dans le monde (mais la plupart ont été débarqués, il ne pleuvait pas des pianos quand même !)














Pourquoi cet ordre incongru ? : pour entretenir le moral des armées :

Les troupes américaines en 1944-45 se déployaient à travers le monde en guerre et la musique était essentielle entre deux assauts.

Bien sûr il y avait les fanfares et des brass band, parfois des harmonies (fanfare + les bois) voire de véritables big bands de jazz en vogue dans les années 40 jouant du jazz et du swing comme le Glen Miller Army Air Force Band omniprésent avec son pianiste Mel Powell ou les Andrew Sisters avec leur tube Boogie Woogie Bugle Band etc…



Une anecdote : Le jeune Dave Brubeck sera dispensé de l’assaut meurtrier des Ardennes à condition de constituer un orchestre et de jouer avec son piano Victory dans tous les cantonnements, parfois attaqués, avec sa camionnette et sa scène portative… Peut-être que Dave a été sauvé aussi grâce à un piano !

Mais pour faire chanter toute la troupe avec des airs à la mode et retrouver l’ambiance de chanter ensemble, l’incontournable Lily Marleene récupéré par la capitaine Marlène Dietrich (armée de Patton) ou des chansons de Frank Sinatra, de Bing Crosby ou les célèbres mélodies des Gershwin … il fallait des pianos pour ces moments de détente. 

Marléne Dietrich sur la scène de l'Olympia de Jarny en Lorraine
le 10 novembre 1944 devant un parterre de soldats américains



















Quel genre de musique ? c’est avant tout du jazz

Bien sûr le jazz avait quelques clubs et avait été amené par les militaires afro-américains en 1917 puis entre les deux guerres mondiales (Josephine Baker, Sidney Bechet, les Zazous etc…Django Reinhard et le hot club de France…) et ce fut la grande époque du ragtime mais cela restait pour des initiés passionnés. En 1944-45 le jazz plus swing était la musique américaine des vainqueurs.

Mais envoyer des pianos sur les divers champs de bataille mouvants n’était pas aisé : un piano normal envoyé sur le front en camion, bateau ou par avion se briserai. Donc il fallait faire un piano adéquat, par un fabricant spécialisé, avec des caractéristiques spéciales précisées dans un cahier des charges novateur où le bois solide serait le matériau dominant.

  • ·     Une caisse en bois adéquate renforcée protégeant le piano même parachuté ou malmené par le transport.
  • ·       Un piano qui utilise des matériaux solides donc lourd (250 kg), stable avec des pieds adaptés, avec une qualité minimum mais à bas coût (moins de 500 $).
  • ·       Un piano facile à transporter de longueur maximum d’1m 50, d’1m de haut, de 60 cm de profondeur, avec 4 poignées pour le transporter (facilement ? par 4 soldats. Commentaires : avec la caisse chaque GI portait 100 kg quand même !)

Usine de pianos Victory

  •      Un piano rustique en bois épais exotique dur pouvant résister aux chocs physiques, thermiques et aux intempéries. (Le cylindre ou couvercle, qui protège le clavier et les touches, doit être aussi en bois épais, un pupitre intégré bien fixé….
  •      Un piano droit adéquat, facile à produire rapidement à la chaine, avec des matériaux simples et solides : le clavier en bois avec des touches recouvertes de plastique, des cordes en acier entouré de fer incassables et deux pédales.
  •      La table d’harmonie, la pièce délicate essentielle, qui est en bois et sert à amplifier le son et corriger les harmoniques du son, doit être rustique mais avec une certaine qualité minimum.
  •      Des couleurs militaires variées puisque le donneur d’ordre est l’armée :  le piano Victory vertical est surtout vert olive pour l’armée de terre, mais aussi gris pour la Navy, bleu pour les gardes –côtes, noir ébène pour les officiers.
  • ·    Il doit être livré avec kit d’accordage, des pièces de rechange et des partitions de jazz ! (et quelques cantiques pour les cérémonies religieuses. 

Transport d'un piano Victory dans sa caisse.

Qui va relever le défi de la production de ces pianos ?

Un allemand nommé Henrich Steinweg émigré à New York était un fabricant de piano de qualité et important (un millier de salariés) américanisant son nom en Steinway & sons. Il avait une usine à Hambourg en Allemagne (ville rasée par les bombes incendiaires utilisant aussi le napalm) et une autre aux USA à New York. 

Pendant la deuxième guerre mondiale, ce fabricant connait une pénurie de matières premières, une demande très faible de piano de qualité donc Steinway est obligé à une reconversion de ses activités en participant à l’économie de guerre en faisant un peu de tout en bois (beaucoup de planeurs en bois, crosses de fusils, avions leurres en bois, cercueils).

Planeur Waco CG4-A. Le savoir-faire de Steinway dans le domaine du bois est mis
à profit pour fabriquer les pièces complexes de l’appareil


L’armée demanda à la firme « Steinway & sons » des pianos droits adaptés selon les recommandations émises. Ce qui fut fait pour arriver à la production totale de 2436 pianos nommés Victory. Les croquis du piano « Military Victory » ont été réalisés à partir de 1940, ceux du « Military-Regency Victory » en 1941 et « Victory » en 1942. Le croquis sur lequel est basé le piano droit Steinway est le croquis 1051a daté du 13 août 1942 pour le modèle Vertical 40 (« Victoire militaire ») (référence sur les pianos Steinway, Roy F. Kehl et David R. Kirkland, The Official Guide to Steinway Pianos, Montclair, NJ : Amadeus Press, 2011). Le numéro « Y » apparaît sur certains croquis de différents modèles. 

Malgré leur robustesse, et leur dispersion à travers le monde, il en reste peu.

En croisant nos sources, il n’y aurait plus que 6 pianos Victory référencés en France : 1 au musée mémorial de Caen, 2 restaurés par les Ateliers Hanlet, 1 autre restauré par Gérard Fauvin, 1 restauré à Bourges, plus celui -ci par Théo Taillasson, ce qui fait un total de 6 pianos Victory restaurés en France, donc relativement rares pour des collectionneurs. Guy Laurent responsable des enchères à Vichy, haut lieu de vente des instruments de musique au niveau mondial, n’en n’a jamais vu !



Puis vint l’armistice ! mais des pianos furent encore envoyés pour égayer le quotidien des militaires qui avaient relevés les vétérans avec la mission de protéger l’Europe pendant la guerre froide et qui s’ennuyaient parfois dans les bases américaines.

La musique « nous a empêché de devenir fous » diront les vétérans, « un soldat ayant le moral est un bon combattant » diront les gradés « la musique repousse l’ennui du casernement et la dépression » diront la relève….


La fascination pour l’Amérique

L’influence culturelle et consommatrice des USA aussi bien sur les valeurs que sur les produits américains (les jeans, les chewing-gum et coca cola distribués, les sodas et l’alcool, les cigarettes blondes etc… ) est fondamentale.

L’exportation de la culture américaine envahit la jeunesse européenne, l'American way of life, les sports américains, les bandes dessinées comics, les films, les westerns, le plastique, la littérature, les médias avec la radio et la télévision naissante, la publicité, l’art…

 Jazz et arts abstraits

Le jazz circule dans des voitures avec hauts parleurs à travers la France, véritable acculturation et découverte pour la majorité du peuple français, symbole aussi du renouveau culturel pour la jeunesse soucieuse du progrès et de l’avenir. La plupart des variétés, musiques de film français, fêtes, bals, boites sont imprégnées de la culture jazzy.

Le jazz est déversé dans les radios américaines en continu, des milliers de vinyles créent la musique de l’émancipation, du modernisme, de la victoire et sera une des constituantes de l’impérialisme culturel, du soft power américain.

Symbole de la libération, l’inondation des V discs gratuits de tous les jazzmen seront détruits après la guerre pour les vendre ! les USA pays du business aussi….


C’est ainsi qu’après la guerre, pour l’environnement des bases américaines stationnées en Europe, la musique, avec le jazz puis le rock en roll, devenait incontournable. Quelques pianos Victory du front ont survécu dans un état pitoyable et d’autres neufs en stock ont été acheminés pour les bases américaines jusqu’en 1954. En 1967 les bases américaines partirent de France, les GI emmenant de bons souvenirs et beaucoup de jeunes françaises (dont ma cousine !)

Interpellons les souvenirs de témoins qui ont connu cette époque

Par les bases américaines, ils ont découvert le jazz et cela a changé leurs vies. 

Bernie nous raconte : Pour notre génération, gamin nous allions écouter les formations de jazz à CHAB (Chateauroux Air Base) qui avait un big band de qualité dirigé par le saxophoniste ténor Billy Harper. Quel choc ! Elève au conservatoire, j’étais fasciné par la culture américaine. Les musiciens étaient talentueux et accessibles et j’ai rapidement joué avec eux. Et puis que de concerts avec des géants du jazz qui faisaient les tours des bases américaines comme Art Farmer, Benny Golson, Bud Powell, Dexter Gordon, Chet Baker…

On avait constitué notre orchestre de jeunes jouant du New Orléans et Dixieland dans les boites et bals, puis suivant l’évolution du jazz et des disques qu’on écoutait sans cesse comme Cannonball Adderley, Miles Davis, Phil Woods avec qui je jouerai plus tard aussi, John Coltrane, Bill Evans, Eric Dolphy  etc… j’ai changé de style mais cela a surtout changé ma vie … Après le conservatoire de Paris, je devins musicien professionnel où sur scène, en studio d’enregistrement ou en enseignant, le jazz sera souvent présent.


René Pierre autre témoin :  " Je suis né à Nancy, en Lorraine après la guerre et à l'adolescence nous avons fait connaissance avec  le jazz et avec quelques amis nous avons créé un orchestre " les Jazz Brownies ". C'était l'époque des Yéyés et de l'émission célèbre de Franck Ténot et Daniel Filipacchi "pour ceux qui aiment le jazz ", ou cette  musique venant des States était populaire et surtout faite pour danser. De plus  la Lorraine est la région française qui a accueilli le plus grand nombre de bases. Elle possédait 6 bases aériennes principales permanentes : deux réservées aux forces canadiennes, les 4 autres à l'US Air Force. De plus s'y ajoutaient des bases aériennes secondaires de dispersion, utilisables temporairement par les différentes forces alliées de l'OTAN sans préférence.



Nous avons découvert par hasard la " Red Cross " de l'armée américaine dans une grande villa de Nancy, et là on nous prêtait des instruments, les militaires US jouaient et nous invitaient à les rejoindre pour jammer ; c'est bien là que notre "carrière de musicien amateur" est né. Tout cela dans un environnement favorable des sixties, des bals universitaires où toutes les vedettes du jazz étaient invitées à se produire : Memphis Slim, Guy Lafitte, Stéphane Grappelli, Lou Bennet, Kenny Clark, René Thomas, Claude Nougaro, Eddy Louis, Claude Luter, Maxime Saury,  Marc Laferrière, Cris Barber…et les bases américaines où on venait nous chercher pour animer des soirées à Toul, Verdun, Etain…dans les foyers des bases, où nous croissions sur scène Chet Baker , Johnny Griffin…et les clubs de Jazz, comme le Roxy à Nancy, le 4 cats club de Metz, l'Aubette de Strasbourg, fréquentés par tous les militaires américains et d'excellents musiciens ricains qui nous prenaient sous leurs ailes " Little Frenchies "….Une période magique où nous n'avions aucun complexe, même si on ne maitrisait pas bien les II V I.mais juste on avait de la feuille .....et en plus on nous payait". 

Autre souvenir personnel :

Dans un Royan bombardé à 85%, ma mère Gisèle Touroude résistante et jeune professeur de musique après-guerre a réussi à avoir un piano victory de couleur indéfinissable « un gris bleu pisseux » provenant d’une base (je crois vers la Rochelle où étaient réfugiés mes grand parents) Ma mère était pratiquement une des rares accompagnatrices des chanteurs et autres musiciens en tournées en Charente Maritime. Ce piano était une vraie « casserole », un piano de saloon (mais un Steinway quand même disait ma mère !) mais qui fut utile car il a permis de débuter avec ses premiers élèves avant d’en louer un plus correct à Saintes (17). Ce piano américain a fini en bois de chauffage pendant l’hiver glacial de 1947 vu l’état de la maison et l’absence de chauffage à Royan à cette époque ! je sais cela fait mal ! surtout au prix actuel proposé par des musées et collectionneurs.

Mais en voilà un, qui lui renait …

L’histoire singulière du piano Victory restauré en Charente Maritime.

Un Victory Vertical sur la plage. Photo National Archives



Le Victory Vertical de Steinway & sons n’est pas arrivé à Rochefort (17) en parachute comme certains mais a été retrouvé par Théo Taillasson, historien d’art, intéressé par la facture instrumentale qui travaille chez Remy Babiaud à Rochefort (17) entreprise qui fabrique et restaure des pianos.  Théo Taillasson en voulait un…  il lance une bouteille à la mer (normal pour un habitant de l’ile d'Oléron !) et poste une annonce sur internet et en Décembre 2023 un vendeur italien de Rome le contacte : il a un Victory Vertical à vendre en Italie qui fut de couleur vert olive de l’armée. Après une visioconférence, Théo fonce en Italie et après 30 heures de route, revient à Rochefort.

Ce piano n’est pas une épave, il n’a pas fait le débarquement en Sicile (1943-44) mais est arrivé pour fêter la libération (25 avril 1945) d’où son bon état relatif. Les forces américaines sont restées en Italie. Il fut restauré une première fois à Rome et parait jouable.

Etiquette de restauration (CP TT)




















Le piano vertical Victory ou modèle droit, modèle 40, a été fabriqué par Steinway du 27 juillet 1939 au 5 mai 1954.  Ce piano est un Steinway droit modèle Victory n° de série : 317874, la table d’harmonie Y 369 et le cadre Y 285n en vert olive a été produit début 1945 à New York.

Ce piano a été livré aussitôt à l'armée américaine et arrive pendant l'été 1945, à la fin de la guerre en Italie. Ces dates sont toujours indiquées dans les livres de stock de Steinway. Kehl et Kirkland décrivent également ce modèle page 223 : « Une ligne de production spéciale était celle du piano de campagne GI [General Issue], pour les contrats militaires en temps de guerre : Victory, croquis 1051a (1942-1946, 1948-1953) et Regency Victory, croquis 1071a (1942-1943). Les pianos de campagne GI étaient fabriqués à partir de modèles de caisses artistiques reconnus portant les mêmes numéros de croquis, mais étaient renforcés pour un usage militaire intensif par des cales et des fixations sous les touches pour le transport. De nombreux pianos de campagne GI étaient de couleur vert olive. Certains surplus de caisses 1051a, de couleurs non militaires, ont été achevés jusqu'en 1954 »

Théo Taillasson et José-Daniel Touroude













Parole au restaurateur de ce piano.

Concernant la traçabilité du piano, en 2023 le piano est racheté par un revendeur Italien à Rome (personne à qui je l'ai racheté à la fin de l'année 2023). Il est passé par un atelier romain (connu grâce à l'étiquette), c'est certainement ici qu'il a été démilitarisé. Le 88ème marteau a également été changé, tout comme quelques cordes graves (celles en cuivre). Concernant le reste des opérations réalisées sur le piano à ce moment m'est inconnu. Je ne sais malheureusement pas, dans quelle base américaine en Italie il a joué.

Théo Taillasson de retour d’Italie avec le Victory Vertical. Maintenant au travail….

© Crédit photo : Kharinne Charov           

Concernant les différentes étapes de la restauration :

La restauration a commencé par une phase d'archivage avec un état des lieux du piano au moment où je l'ai récupéré. Après avoir photographié toutes les pièces et décrit toutes les singularités remarquées, j'ai pu commencer la restauration. Cette dernière sera régie par le fait de changer le moins de pièces possibles.

Après avoir pris toutes les mesures nécessaires, j'ai changé les cordes basses. Dans le respect historique de l'instrument, j'ai choisi de remettre des cordes filées en fer, tel qu'à l'origine. C'est le seul changement effectué sur la structure harmonique.

Pour la mécanique, j'ai changé les marteaux. Cette étape implique de démonter les marteaux du montant de mécanique, seulement en effectuant ce geste technique les lanières, trop fragiles, se sont désagrégées alors j'ai également dû les changer. Enfin, pour restituer toute sa mobilité à la mécanique, j'ai changé les axes des marteaux, des chevalets et des bâtons d'échappement.

 © Crédit photo : Raymond Riehl. Royan

Concernant le clavier, j'ai choisi de conserver le revêtement de clavier d'origine, en effet, il présente des singularités. Premièrement sa matière, issue d'un plastique que l'on ne produit plus aujourd'hui (celluloïd imitant l'ivoire). Secondement ce revêtement englobe toute la partie avant de la touche et est pointé sur la touche pour assurer une robustesse à toute épreuve. Comme pour la mécanique, les seuls changements, nécessaires au bon fonctionnement du piano, sont au niveau du clavier : les casimirs de mortaises.

Pour la restauration du meuble, je l'ai entièrement poncé afin de retirer le vernis qui a servi à le démilitariser puis je l'ai repeint dans le but qu'il retrouve sa couleur d'origine. Avec l'aide d'une amie artiste nous avons également repeint la marque car elle était trop abîmée. J'ai choisi de conserver les éclats et arrachements présents sur le meuble, ils sont les symboles de l'histoire de ce piano. J'ai choisi des fournisseurs reconnus afin d'avoir les meilleures pièces possibles (Heller pour les cordes et Abel pour les marteaux).

© Crédit photo : T. T. et voilà le travail.

À propos du temps passé et des coûts, il est difficile de fournir des chiffres précis, cela se compte en centaines d'heures de travail sans compter tous les travaux de recherche et d'archives, le coût se chiffre en milliers d'euros. En définitive les changements se résument aux cordes basses, aux marteaux, aux lanières et à la peinture du meuble. Le reste des changements sont minimes qui servent à rendre le piano de nouveau jouable.

Par le concert du 12 avril 2025 qui fut un succès, les jeunes élèves du conservatoire de Royan ont prouvé qu’il assurait de nouveau. Royan vient de faire une exposition sur cette histoire et une bande dessinée a été créée (interlude) en plus des quelques articles dans les journaux saluant la renaissance de ce piano Victory.(cf association : mel : unpianotombeduciel@gmail.com)








vendredi 19 avril 2019

La famille DIETZ, trois générations d'inventeurs et de fabricants de pianos, créateur de la clavi-harpe. The DIETZ family, three generations of inventors and makers of pianos, creator of the clavi-harp.

La prochaine vente de Vichy du mois de mai 2019 propose une magnifique clavi-harpe de Dietz. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce facteur et sur cet étrange instrument.








Jean Chrétien Dietz, premier de cette génération est né à Darmstadt dans le canton de Hesse en Allemagne en 1778. Né dans une famille d'origine viennoise, il était mécanicien et  s'installa sur les bords du Rhin à Emmerich. C'est là que naissent ses enfants et une de ses premières inventions musicales : le mélodion (1805), petit piano carré proche du phys- harmonica. Ses sons proches de ceux de l'harmonica étaient produit par le frottement de tiges métalliques. Ses voyages en Hollande lui donnent l'occasion de présenter son invention dont il vendra quelques exemplaires, lui permettant de créer une société de fabrication d'instruments de musique et d'objets de mécaniques.
Mélodion de Jean Chrétien Dietz vers 1805
(Grassi Museum N°357)



















Dans la même période il met au point une harpe éolienne dont les deux cotés sont montés avec des cordes à boyau.
Harpe d’Éole. Vers 1805
(Collection MIM N°1512)
Il réalisa également la calipsonance, formée d'abord de diapasons puis ensuite de tiges métalliques placés verticalement sur des règles en sapin, sur lesquelles ont été collé des bandes de verre, frottées par les doigts.
Suivra le Trochléon, une sorte de piano à archet circulaire, type Geigenwerk.
En 1813 il est appelé à Paris par le Comte de Montalivet, ministre de Napoléon pour mettre au point des moyens mécaniques destinés à creuser des canaux. Installé à Paris en 1813 , il obtient un brevet de 10 ans le 18 février 1814 pour l'invention de sa Clavi-Harpe ou Harpe à clavier.
En 1816, il obtient un brevet pour : "Un moteur à vapeur applicable aux mécaniques" qu'il vend à Théophile Cauchoix en mai 1817.
En 1819 il participe à l'exposition de Paris où il présente sa clavi harpe. Il n'obtiendra aucune récompense. (Dietz et Cie 6 rue Notre Dame de Nazareth)
Cette même année J.C Dietz quitte Paris pour créer une usine de machines hydrauliques à Bruxelles. Son fils Christian (Chrétien) Dietz (1804-1888) suivant l'exemple de son père apportera dès l'âge de 15 ans des améliorations à la clavi harpe.
Signature du brevet de la clavi-harpe. (Source INPI)
Texte du Brevet de la Clavi-Harpe. (Source Inpi)

Cette harpe à clavier possède des touches qui font mouvoir de petits crochets, garnis de peau et qui pincent les cordes de métal filées de soie. Deux ou quatre pédales permettent de modifier le son. Cette invention sera exploitée par les 3 générations de la famille Dietz jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Mécanisme d'une clavi-Harpe.
D'abord installé rue Notre Dame de Nazareth puis au 36 rue des petits Champs, ses ateliers seront ensuite transférés au 26 rue Bondé, puis 13 rue Neuve des Capucins pour arriver au 53 rue Fontaine Saint Georges. Christian Dietz participe à l'exposition de Paris de 1827 et obtient une médaille d'argent pour la présentation de sept instruments à clavier dont une clavi-harpe et un grand piano à queue à quatre cordes.


Il fabriquait des pianos de toutes formes : ovale (1822), trapézoïdale (1824), ogivale (1826). En 1824 il invente un aérophone dont les lames métalliques sont mises en vibration par le vent.
Aérophone de Charles Dietz (1824)
Musée de la musique de Paris

Photo de Charles (Christian) Dietz (1804-1888)


Voiture à vapeur de Charles Dietz. (Source INPI)

Non seulement Charles (Christian) Dietz était inventif au niveau des instruments de musique, mais il l'était également au niveau des machines à vapeur. Il obtint notamment un brevet en 1841 pour "une voiture à vapeur dite remorqueur voyageant  sur des routes ordinaires."

Le violon selon C. Dietz. (Musée MIM de Bruxelles)
Il obtient un brevet le 15 mars 1856 pour un piano à queue verticale. En 1860 il met au point un violon qu'il lègue au MIM de Bruxelles. Il décède à Paris en 1888.
Son fils Christian Dietz sera lui aussi ingénieur, fabricant de pianos et de harpes à Bruxelles. Il obtiendra pour ses clavi-harpes une médaille d'argent à l'exposition universelle de Paris en 1889 et une d'or à celle de 1897.

Clavi-Harpe de Christian II Dietz.
Scenkonst Museet Stockholm 

samedi 3 décembre 2016

"Louis Julien JAULIN (1814-1892) inventeur du panorgue-piano et de l'harmonicor". "Louis Julien JAULIN (1814-1892) inventor of the panorgue-piano and the harmonicor".

Lors de la prochaine vente d'instruments de musique du 10 décembre à Vichy, ce drôle d'instrument "Harmonicor d'un certain JAULIN" est proposé. J'ai voulu en savoir plus sur ce facteur du XIXième siècle.
Harmonicor de JAULIN proposé à la vente de Vichy.

Louis Julien JAULIN est né à Paris en 1814. Son nom apparaît pour la première fois dans l'annuaire Bottin en 1846 : "Jaulin (Julien) Harmoniums et jeux d'anches, 59 Fg Saint Martin". Il obtient le 5 février 1847 un brevet de 15 ans pour son Panorgue Piano. En fait 

" Harmonium associé à un piano, l'harmonium est sous le clavier du piano, et son clavier peut-être accouplé au piano par le moyen de pilotes venant trouver la touche du piano. Il imagine, pour maintenir l'accord du piano et de l'harmonium, d'accorder celui-ci, l'anche étant pourvu d'une rasette. Ce facteur se préoccupe de l'harmonisation des anches et de l'égalisation de leur sensibilité par un mode de fabrication spécial, déterminant l'épaisseur de la lame non pas à la main, mais au moyen d'une sorte de machine à raboter". (Source Wikia Harmonium)
Shéma de son brevet de 1847 où l'on distingue l'harmonium couplé
au clavier du piano.

Comme il est précisé dans l'article de Wikia harmonium, pour harmoniser ses anches non pas à la main mais à l'aide d'une machine de son invention, il obtient, le 3 novembre 1854 un brevet de 15 ans pour :
Cliquez sur le document pour l'agrandir.
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Cette invention fut bien acceuillie et saluée aux expositions de Londres de Paris de 1849 et de 1851.
Annonce publicitaire de 1854.
Il est à noter que Victor MUSTEL (1815-1890), célèbre facteur d'orgues a travaillé avec Louis Julien JAULIN de 1844 à 1853.
Portrait de Victor MUSTEL.

Louis Julien JAULIN avait épousé à Paris vers 1843 Marie Emilie BECKMANN (1819-1890) et avait eu au moins trois enfants dont Emile Achille Louis JAULIN (1851-1918) qui sera conducteur de travaux aux ponts et chaussées

Nous n'avons trouvé qu'un exemple d'un panorgue piano vendu par Wheastone & Co à Londres. (Source Squeezytunes )






Le 16 décembre il obtient un nouveau brevet de 15 ans pour "un instrument à clavier transpositeur  dit orgue vertical à répercussion". Il réutilise son système de soufflerie verticale qu'il "emploie avec avantage dans son panorgue". 

Shéma du Brevet de 1854.
Bottin 1854.

Les affaires n'étaient sans doute guère florissantes et les dépenses  de recherches et de brevets étant de plus en plus importantes, notre intrépide inventeur est déclaré en état de faillite le 8 octobre 1857. Face à un passif de 12001 frs, il ne peut répondre que par un actif de 2435 frs.
Les créanciers de Jaulin lors de sa faillite.
Cliquez sur le document pour le lire en détails.
Dans ses plus importants créanciers se trouvent : Alexandre Charles DEBAIN inventeur de l'harmonium (pour 2599 frs).
Alexandre François DEBAIN (1809-1877)

Mais aussi ALEXANDRE père et fils (pour 4200 frs).
Établissements ALEXANDRE père et fils vers 1855.
Signature de Louis Julien JAULIN en 1857.
L'inventaire de l'appartement du 11 rue d'Albouy dans le 10 ème arrondissement, près du boulevard Magenta eut lieu le 10 octobre 1857. C'était un appartement de 3 pièces, cuisine situé au premier étage où il habitait avec son épouse et ses deux enfants, Cécile née en 1843 et Émile en 1851. Mais pour les âmes sensibles, on peut lire dans cet inventaire : "Un lit en fer garni de deux matelas, une paire de draps, un traversin, deux oreillers et une couverture le tout servant de couches des enfants du failli ne sont ici décrits que pour mémoire". Ouf....ils pourront dormir dans leurs couches.
Il faut croire que JAULIN sous traitait la fabrication de ses instruments à des ouvriers extérieurs et à ALEXANDRE père et fils, car il n'y avait pas d'atelier dans son appartement et pas de marchandises. Des livres de comptes font état de salaires versés à des ouvriers et il existait un livre sur les comptes et opérations faites entre Jaulin et Alexandre.

Malgré cette faillite il continue son activité tout d'abord au 78 rue du Faubourg Saint Martin, on le retrouve en 1870 " 46 rue Lancry J. Jaulin fabricant d'instruments de musique", puis au N°25 rue du Château d'eau. Il continue de déposer des brevets ou des additions sur ses brevets précédents." Il réalise notamment des études sur les différents métaux et alliages,  les différentes formes et dimensions et développe ainsi une classification des timbres, imitant la flûte, le hautbois, la clarinette ou le cor anglais, ses anches donnent aux harmoniums, puis aux accordéons, leurs premiers registres de jeux variés, faisant selon Fétis dans son rapport sur l'exposition universelle, disparaître de ces instruments leur monotonie"(Source Jean Michel Renard).  C'est en 1861 qu'il invente son harmonicor qui rencontrera un certain succès.

Un très bel exemplaire d'harmonicor présenté dans sa boite
sur le site de Jean Michel RENARD;
Il exploitera, sans doute aidé de son fils Émile, ce brevet jusqu'à sa mort qui intervient le 11 janvier 1892 au 27 rue du Château d'eau.
Annonce parue en 1898 dans la gazette.

Article publicitaire publié en 1896.


Comme nous l'avons fait pour le dupinophone avec le concours de José Daniel TOUROUDE, nous voudrions faire redécouvrir l'harmonicor........