vendredi 25 novembre 2016

"DARCHE, une famille de luthiers de Mirecourt et Bruxelles mais aussi facteur d'instruments à vent à Paris". "DARCHE, stringed-instrument makers' family of Mirecourt and Brussels but also wood wind musical instruments makers in Paris.

Si je connaissais le nom de "DARCHE"  comme celui de luthiers de Bruxelles bien connus grâce  aux travaux de Malou HAINE, en revanche je n'arrivais pas à voir la relation avec de nombreux instruments à vent portant une marque de "Darche à Paris". Bien sur de nombreux articles mentionnaient l'intérêt de Claude François DARCHE, luthier à Bruxelles, pour " la facture de trompettes"........Ah oui ?.....Et puis en rédigeant l'article sur les trompettes du retour des cendres de Napoléon portant la marque de "Darche à Paris fournisseur des théâtres et des concerts".... je me suis décidé à faire mon enquête.
Pour voir l'article cliquez sur ce lien.
Cette famille de luthiers, de facteurs d’instruments et de marchands de musique originaire de Mirecourt est l'un des bons exemples montrant le rayonnement de cette petite ville des Vosges, creuset de cette tradition artisanale qui a permis à tant d'enfants de cultivateurs vosgiens de réussir dans le domaine de la facture instrumentale et de devenir de "grands bourgeois". L'exemple de cette famille montrera qu'il est tout à fait réducteur de cantonner Mirecourt à la seule lutherie.
Mirecourt la rue principale vers 1900.
Généalogie Darche. (Cliquez sur le document pour l'agrandir et le lire)

Tout commence par Jacques DARCHE (1726-1789) vigneron à Mirecourt qui aura  avec son épouse Françoise HUSSARD (1730-1783), au moins deux fils : Dominique DARCHE (1750-1816) et Noël DARCHE (1764-1814) qui seront à l’origine de cette lignée de luthiers et facteurs d’instruments.
Branche de Dominique DARCHE, des luthiers bruxellois.
(Informations provenant du dictionnaire des facteurs de musique de Malou HAINE)  

Vigneron, Dominique DARCHE a épousé en 1779 à Rainville dans les Vosges, Geneviève FONTAINE (1757- 1814) dont il a eu plusieurs enfants dont Nicolas DARCHE (1771-1850) vigneron et luthier à Mattaincourt qui se mariera trois fois et auras de ces trois mariages au moins quatorze enfants. Nicolas DARCHE de son second mariage en 1810 à Mirecourt avec  Françoise VUILLAUME (1776-1820) aura quatre enfants dont Noé DARCHE dit Nicolas  qui sera luthier à Aix la Chapelle en Allemagne. Françoise VUILLAUME était la sœur de Claude Françoise VUILLAUME (1772-1834), père des ceux célèbres luthiers, Nicolas François et Jean Baptiste.
Nicolas François VUILLAUME (1802-1876)
luthier à Bruxelles.
Malou HAINE dans son dictionnaire des facteurs d’instruments de musique en Belgique signale la naissance de Nicolas DARCHE fils en 1815. Effectivement il y a bien un fils Nicolas Claude né le 2 mars 1815 à Mattaincourt né du couple N. DARCHE et F. VUILLAUME mais celui-ci ne vivra que 7 jours.
Marque de N. DARCHE.
En fait Noé dit Nicolas DARCHE est né à Mattaincourt  le 18 novembre 1811 et débutât son apprentissage de luthier à Mirecourt avant de partir vers 1835, à Bruxelles chez son cousin Nicolas François VUILLAUME (1802-1876) (frère du célèbre Jean Baptiste VUILLAUME (1798-1875) pour continuer son apprentissage. En 1840 il s’installa comme luthier à Aix la Chapelle où il restera jusqu’à sa mort en 1872. Il participa en 1842 à l’exposition de Frankfort.
Violon de Nicolas DARCHE à Aix la Chapelle de 1841.
Pour son troisième mariage Nicolas DARCHE, vigneron et luthier à Mirecourt, épousa en 1821 à Mazirot (88) Agathe ETIENNE (1789-1852) avec laquelle il aura 7 enfants dont : Charles Claude François DARCHE (1824-1874). Comme ses frères il se forme d’abord à Mirecourt, puis chez André  Augustin  CHEVRIER  luthier à Bruxelles et ensuite chez son cousin Nicolas François VUILLAUME, chez qui il travaille avant de s’installer et de créer son propre atelier en 1845 à Bruxelles.
Étiquette de Charles Claude François DARCHE (CCFD) 
Il reprend en 1847 l’atelier de Jean Dominique BASTIEN au 4 rue d’Or à Bruxelles et en 1849 il s’établit dans les galeries Saint Hubert, au 4 passage des Princes. En 1854 il s’associe avec son frère Jacques Joseph DARCHE sous la raison sociale : « Darche frères ».  Cette association cessera à la mort de Jacques Joseph en 1867. Il travaille jusqu’à sa mort à Bruxelles en 1874. Sa marque C.C.F.D. sera utilisée par son neveu après sa mort. François Darche était un luthier de qualité qui reçut des prix aux expositions de Londres et de Paris. 
Violon de C.C.F. DARCHE. (Musée de Bruxelles)
Violon expérimental de C.C.F. DARCHE (Musée de Bruxelles)
Son fils Paul DARCHE (1846-1881) succéda à son père. Il avait fait son apprentissage d’abord à Mirecourt puis chez son père. Il est difficile de différencier son travail de celui de son père.  Jacques Joseph DARCHE (1832-1867) est le frère de Charles Claude François Darche et le demi –frère de Nicolas DARCHE. Comme ses frères il fit son apprentissage à Mirecourt, puis chez Nicolas François VUILLAUME. En 1854 il s’associe à son frère Claude François pour créer la Maison "DARCHE Frères".
Violon de DARCHE Frères.
Excellent luthier, sa mort prématurée à 34 ans ne lui permit pas de connaitre la notoriété. Son fils Auguste Hilaire DARCHE né à Bruxelles en 1862, fait son apprentissage à Mirecourt chez Gaillard et  chez Nicolas Aîné. Il travaille sans doute avec son cousin Paul DARCHE avant de s’installer en 1886 à son compte 20 rue de la montagne où en plus de la lutherie il vend des pianos, harmoniums, orgues et accordéons. Il s’associe en 1894 avec son frère Joseph DARCHE pour recréer la Maison "Darche Frères". En 1900 Hilaire Darche pose sa candidature, sous le nom de « C.F. Darche » au titre de luthier du conservatoire royal de Bruxelles.

Les deux frères  fondent le « Prix Darche Frères » qui récompense alternativement les meilleurs élèves des classes de piano et de violon du conservatoire de musique de Bruxelles.
Viola d'amore d'Hilaire DARCHE de 1913
Darche Frères n’existe plus après 1905. Hilaire Darche cesse ses activités en 1915 et son atelier est repris par son gendre Auguste LAGARENNE (1889-1928) luthier né à Mirecourt, formé chez Derazey à Mirecourt,  collaborateur d'Hilaire avant de devenir son gendre. Hilaire Darche décède le 24 avril 1929 à Ixelles. Son frère Joseph DARCHE est né à Bruxelles en 1863. Il sera facteur et marchand de pianos, en particulier de pianos mécaniques. En 1894 il s’associe avec son frère Hilaire pour recréer la Maison Darche Frères. Il s’occupait, en plus de la facture de pianos, de la partie commerciale de la société.
Il est décédé en 1949 à Bruxelles. (Source : Malou Haine ; dictionnaire des facteurs de musique).
Nous venons d'évoquer la branche  issue  de Dominique Darche, comportant des luthiers installés à Bruxelles et à Aix la Chapelle. Nous allons maintenant évoquer la branche parisienne issue de Noël Darche. Il ne semble pas avoir eu, d'activités commerciales entre ces deux branches.


Branche de Noël DARCHE, des marchands et facteurs parisiens.


Noël DARCHE est né le 24 décembre 1764 à Florémont dans les Vosges et sera vigneron. Il épouse en 1791 Elisabeth FLORENTIN (1764-1804), mariage duquel naîtrons au moins deux enfants. Anne Marie Joséphine DARCHE (1791-1844) qui épousera le luthier de Mirecourt Dominique HENRY (1791-1860) ; ce couple aura 11 enfants, dont Eugène Léopold HENRY  (1819-1885), qui reprendra la Maison Darche à Paris. Claude DARCHE (1795-1830) qui sera luthier à Mirecourt et qui épousera  Rose CHEVRIER (1794- ?), sœur de Claude CHEVRIER (1798-1878) luthier à Mirecourt. Noël DARCHE épousera en secondes noces en 1806 Marguerite Boulanger (1770-1851) et ils auront un fils Jean Nicolas DARCHE qui naît à Mirecourt le 12 décembre 1806. 
C’est lui qui créa la Maison DARCHE à Paris.

Si on connait bien, les luthiers bruxellois de la famille Darche grâce au travail de Malou Haine, cette branche parisienne prête à confusions dans les différents ouvrages traitant de l’activité de la Maison Darche à Paris.
Signature de Jean Nicolas DARCHE (1806-1878)

Jean Nicolas Darche arrive à Paris vers 1825 et travaille avec Claude Hippolyte COLLIN (1766-1831) luthier et marchand d’instruments de musique à Paris. La première mention de ce luthier dans les annuaires parisiens est en 1799 : « COLLIN luthier rue des Fossés Montmartre 341 ».

Guitare à 8 cordes, vers 1795  faite et modifiée en 1811
 par Hippolyte Collin. (Collection Sinier de Ridder) 

Étiquette de la guitare précédente.

Dans notre ancien article sur Darche, nous disions que ce facteur "faisait polémique parmi les spécialistes de lutherie. Selon certains il serait né à Mirecourt vers 1785 ? Mais nous ne l'avons pas trouvé dans les archives des Vosges. D'autres donnent sa date de naissance le 13 août 1766 à Suippes dans la Marne". En fait aujourd'hui, grace au travail de Thierry MANIGUET, conservateur au Musée de la Musique de Paris, ce mystére est résolu.
Claude Hippolyte COLLIN est né à Suippes le 13 août 1766 et décédé à Paris le 18 juin 1831. Nous avons également trouvé un inventaire aprés décés et nous ferons prochainement un article spécifique sur ce luthier et son fils Jean Baptiste Hippolyte COLLIN (1797-1879). Un grand merci à Thierry pour son travail.

Autre énigme relevée dans notre précédent article

"Une autre zone d’ombre, c’est le mariage de Jean Nicolas DARCHE avec la fille d’Hippolyte COLLIN (voir l’annonce de l’annuaire Bottin  à partir de 1836 « Darche gendre et successeur de Collin ». Mais Jean Nicolas Darche épouse le 23 janvier 1836 à Paris Alexandrine Elisa KAINDLER (1819-1836) qui décédera le 9 novembre 1836 à Paris  à 17 ans".

En fait la fille d'Hippolyte COLLIN, était plutot la belle fille de Jean Baptiste Hippolyte COLLIN (le fils) : Alexandrine Elisa KAINDLER (1819-1836), fille de Joséphine Marthe LEFORT (1799-1879), épouse du dit J.B.H. COLLIN....(vous suivez ???), fille d'un premier mariage avec le sieur Mayeul KAINDLER. (ouf.....avez vous compris, non alors recommencez). (Source Thierry Maniguet)
Il se marrie pour la troisième fois le 3 juin 1837 à Notre Dame des Victoires à Paris avec Suzanne Augustine FISCHER (1816-1887) ; ils auront ensemble au moins une fille Marie Catherine DARCHE née en 1838. (Source Bernard Tournier) 
Almanach des spectacles 1837-1838
Jean Nicolas DARCHE fait feu de tout bois, ses annonces publicitaires montrent qu'il peut fournir tous types d'instruments "...en cuivre fournit la musique militaire", "En lutherie : fournisseur des Théâtres et des concerts", "..Tam-tams et Cymbales turques", associés à GRANJON il fournit des "orgues d'églises et d'accompagnement". (Il s'agit sans doute d'un membre de la famille Granjon, famille de Luthiers à Mirecourt). En 1839, Darche et Granjon présente à l'exposition de Paris : "....des orgues d'églises et un clavier transpositeur..."
Quinticlave Darche. (Collection Bruno Kampmann)

En 1840 il réalise en collaboration avec le trompettiste Schiltz les trompettes droites naturelles utilisées lors du retour des cendres de Napoléon.
Trompettes retour des cendres. (Vente Fontainebleau 2014)
En 1841 il propose une de ses inventions : des flageolets à clavier.
En 1843 il obtient le 24 décembre, un brevet de cinq ans pour « une nouvelle grosse caisse et caisse claire » pouvant servir de timbales d’harmonies.
Shéma du brevet de 1843.
En 1844 il est présent à l’exposition de Paris et présente des orgues d’églises, des timbales et des grosses caisses.  Il signe en 1845 une lettre adressée au ministère de la guerre pour protester contre l’hégémonie de Sax.
Il obtient un nouveau brevet  le 6 octobre 1846 pour « un clavier transpositeur à pistons applicable à tous les instruments à clavier ». 
Shéma du clavier transpositeur ouvert.
Shéma du clavier transpositeur fermé.

Il vendait également des pianos et des instruments à vent ; étaient-ils fabriqués à Mirecourt ? Les pianos pouvaient être fabriqués par Rémy-Genin à Mirecourt ?
Clarinette basse de Darche.
(Musée de la musique de Stockholm.
De nouveau il obtient un brevet en janvier 1848 pour l’invention « d'un instrument dit trompette signal propre à faire des signaux sur mer et sur les chemins de fer »….c’est à dire il invente la corne de brume !!!
Shéma de la trompette signal de 1848.
A l’exposition de 1849 à Paris il obtient une médaille d’honneur pour des trompettes et des trompettes chromatiques.
Cornet à 3 pistons. (Musée de la musique de Paris)
Marque d’une clarinette 6 clés. (Collection de William Rousselet)


Marque d’une clarinette 12 clés (Collection William Rousselet)


En 1855 au moment où il passe "le relais" à son neveu Eugéne Léopold HENRY (1819-1872), associé à Jules David MARTIN (1826-1874), ils passent un accord avec Adolphe SAX le premier janvier pour fabriquer des saxhorns et des saxotrombas sous licence Sax. Ils seront les premiers à obtenir une licence. 
Clarinette 14 clès. (William Petit)
Clarinette 13 clès. (Ebay)

Jean Nicolas Darche décédera le 10 septembre 1885 à 78 ans à son domicile du 16iéme arrondissement de Paris, rue Raynouard. C’est donc  son neveu Eugène Henry associé à Jules Martin qui vont lui succéder. Ils resteront jusqu’en 1859 au 7 rue des Fossés Montmartre, avant de s’installer au 73 rue de Rivoli.

Cornet à 3 pistons de Henry et Martin.
Jules David MARTIN (1826-1874) n’était pas, comme on l’affirme souvent, le neveu de Jean Nicolas DARCHE. Il était le fils de David Alexandre MARTIN (1801-1874) concierge de l’hôtel de ville de Paris.
Portrait de Jules David Martin. (Source site de Bernard Tournier)
Il avait épousé en 1849 à Brest la fille d’un professeur de musique, Jeanne MERCKEL(1829-1900) avec qui il aura huit enfants. En fait s’ils étaient associés c’est qu’ils avaient inventé ensemble un système à cylindre adaptable à tous types de pianos, pouvant jouer automatiquement. Ils avaient obtenu le 11 décembre 1854 un brevet de 15 ans.
Schéma du brevet de 1854. (Cliquez pour agrandir)
Synthèse exposition de Paris 1855
Clarinette E. Henry & J. Martin. (Collection W. Rousselet)
Ils participent à l’exposition de Londres de 1862 et en 1865 Eugène Henry quitte l’entreprise alors que Jules Martin continue à diriger l’entreprise. (Eugène Henry décédera le 18 août 1872 à Montrouge). « Jules MARTIN, plus artiste qu'entrepreneur, fut l'ami de nombreux musiciens, concourut brillamment lors de plusieurs expositions internationales (Londres, 1862; Paris, 1867 etc.). Toutefois à sa mort, survenue en 1874, l'entreprise fondée en 1780 par COLLIN à Paris, rue des Fossés-Montmartre, était criblée de dettes ». (Source Bernard Tournier)
Cornet à pistons Henry et Martin. (Vichy 12 2014)
« Son gendre, Joseph Alexis TOURNIER (1842-1920), entré en 1866 comme comptable dans l'entreprise, la reprise en octobre 1874, et la redressa en quelques années. Il en fit, d'après le musicologue Constant PIERRE, une maison dont une des spécialités était "la location d'instruments pour théâtres, concerts, soirées, etc. Toutes les variétés d'instruments se [trouvant] dans cette maison"("jusqu'aux bruits d'éperons" a commenté Joseph TOURNIER) ». 
Joseph Alexis Tournier. (Source B. Tournier)
« Joseph TOURNIER mit d'ailleurs au point, en collaboration avec des compositeurs et chefs d'orchestres, un certain nombre d'instruments de bruitage. Par ailleurs, le Musée du Conservatoire de Paris possède une guitare ayant appartenu à Camille SAINT-SAENS et sortant de ses ateliers ».
Guitare J. Tournier du conservatoire de la musique.

« Sous la direction de J. Tournier, administrateur de premier ordre, travailleur inlassable, commerçant consciencieux et humain que de directeurs de théâtres et de chefs d'orchestres il a aidés et encouragés à leurs débuts, cette maison a pris une extension considérable et s'est fait une spécialité de la location d'instruments pour théâtres, concerts, soirées, etc. Toutes les variétés d'instruments, jusqu'aux bruits d'éperons» s'y trouvent en quantité innombrable: il n'y a pas moins de 300 contrebasses en magasin. Cette maison plus que centenaire continuera longtemps sous la même raison sociale car J. Tournier, père de sept enfants, les a tous faits musiciens et les a élevés dans l'idée (de les voir continuer les bonnes traditions qui ont fait sa réputation : Paul est facteur de pianos et accordeur, Henri est violoncelliste et luthier, Marcel est harpiste, 1er prix du Conservatoire (1899), Jean est cor, André hautbois, et ses deux aimables filles sont collaboratrices et caissières dans la maison ; et tout ce monde joue du piano par-dessus le marché. J. Tournier est fournisseur de la Société des Concerts, de l'Opéra, des Concerts Colonne de la fondation à 1 809 ».

Jules Tournier avait épousé en 1870 Marie Julie MARTIN (1852-1939) ; ils ont eu 7 enfants :

Paul Jules TOURNIER (1871-1949) est né à Paris ; « il a travaillé 5 ans chez Jean Mussard  comme ouvrier, dans toutes les parties du piano" d'après son père (1901)Domicilié à Paris, 17 rue Cavé en 1904 et 4 bd St Martin en 1921, il était associé de la Société "J.TOURNIER & fils" puis "Les fils de J.TOURNIER".


Henri Charles TOURNIER (1874-1948) : " Il avait travaillé la lutherie chez son père avec G.Fillion, luthier actuellement établi à Strasbourg" (note manuscrite de Joseph Alexis Tournier, 1901). Associé de la Société "J.TOURNIER & fils" puis "Les fils de J.TOURNIER", entreprise située à Paris 4 Bd St-Martin, puis 49 rue de Rome. Domicilié à Paris, 4 Bd Saint-Martin puis 9 bd Beaumarchais (en 1904), au Raincy, bd Thiers (en 1907), à Paris, 28 rue de Paradis (en 1921), à Barbizon "la Sauvagère". Violoncelliste, élève de Charles Baretti puis de Jules Victor Marnef (°Namur, 16.05.1874)".

Henri Charles Tournier dans son magasin 49 rue de Rome.
(Source B. Tournier)

De son mariage avec Hortense Peléeheid (1877-1954) il eut un fils Claude Joseph TOURNIER (1904-1992) qui « fut un des spécialistes éminents de la contrebasse, et son atelier situé à Paris 22 rue de Paradis, le plus connu de tous les contrebassistes du monde, avant la cessation définitive de ses activités en 1970 ».
Claude Joseph Tournier dans le magasin de son père.
(Source B. Tournier)
Marcel Lucien TOURNIER (1879-1951) : «  il s'oriente vers la harpe et fut l'élève d'Alphonse Hasselmans, il remporte le Premier prix de harpe en 1899. Il a étudié la composition avec Charles Marie Widor, Georges Caussade (contrepoint), Charles Lenepveu (harmonie) ; en 1909 il remporta le Grand Prix de Rome avec sa cantate "La Roussalka" puis l'Institut de France lui décerna le Prix Rossini pour sa musique de scène "Laure et Pétrarque". A la même époque, il est harpiste à la Société des Concerts Lamoureux puis à l'Opéra de Paris. Ces qualifications lui permirent d'être choisi par Gabriel Fauré, de préférence à Henriette Renié, pour succéder en 1912 à Alphonse Hasselmans comme professeur au Conservatoire national de Paris où il enseigna jusqu'en 1948".
Photo de Marcel Tournier. (Source B. Tournier)

ll avait épousé une harpiste Renée LENARS  (1889-1971 qui sera Professeur de Harpe au C.N.S. de Paris.
Jean Adrien TOURNIER (1879-1951) « ancien élève du Conservatoire de Paris, élève de Jean Lazare Penable (°1856), de François Bremond (°1844) ; Corniste, 4 bd Saint-Martin (1909) ; Corniste à l'Opéra-Comique.sassocié de la Société "J.TOURNIER & fils" puis "Les fils de J.TOURNIER", entreprise située à Paris 4 Bd St-Martin, puis 49 rue de Rome. Habite à Paris, 30bis Bd Jourdan, en 1921 A ». (Bernard Tournier)



André Georges TOURNIER (1886-1967) : 1886-1967) : hautboïste, élève de Fernand Gillet (conservatoire de Paris : 1905, 2nd accessit; 1906, 2è prix; 1908, 1er prix). Organiste à Sainte Elisabeth (Paris)? Habite à Paris, 10 rue des Saules, en 1921. 



Toutes les informations sur la famille Tournier proviennent du site internet de Bernard Tournier , qu'il en soit remercié.





mercredi 26 octobre 2016

"Nicolas Paul BELORGEY (1803-1873) mécanicien, cleftier, pistonnier devenu inventeur d'instruments de musique". "Nicolas Paul BELORGEY (1803-1873) mechanic, cleftier, pistonnier, inventor of musical Instruments".

Au cours de la rédaction de notre article sur l'atelier du facteur de flûtes et hautbois Jacques NONON et du flûtiste Jean Louis TULOU, nous avons découvert l'importance des cleftiers (fabricants des clés d'instruments de musique), dans la facture des instruments de musique à vent en cuivre et en bois. Notre nouveau travail sur les poinçons d'argent des instruments de musique renforce notre intérêt pour ces "prestataires" de grands facteurs par exemple comme Claude LAURENT et ses flûtes en cristal, Auguste BUFFET dit Jeune qui le premier adapta la flûte Boehm en France, Jacques NONON, Jean Louis TULOU etc..
Quel est le principal point commun entre ces facteurs parisiens prestigieux?
Tous travaillaient avec le même cleftier : Nicolas Paul BELORGEY.

Si vous voulez consulter l'article sur Tulou et Nonon : Cliquez sur ce lien.
Nous avons publier dans le dernier Larigot, un article de 24 pages, "très amélioré" sur Nonon et Tulou. Si vous voulez vous le procurer : Cliquez sur ce lien.
Vous voulez consulter l'article sur les poinçons d'argent des instruments de musique : Cliquez sur ce lien

Nicolas Paul BELORGEY est né le 16 février 1803 à Paris. Il était mécanicien au sens du début du 19 ème siècle, c'est à dire artisan qui travaillait les métaux, savait faire de la mécanique comme des automates, fabriquait des outils de chirurgiens etc....Chaque mécanicien était spécialisé et il y avait de quoi faire en ce début de siècle d'industrialisation : métiers à tisser, machines à vapeur, instruments d'agricultures etc..
Au niveau des instruments de musique le développement du piano ouvrait de grandes perspectives à cette spécialisation. N.P. BELORGEY avait choisit les instruments à vent en bois et en cuivre. Pour comprendre l'importance de cette spécialisation, abordons par exemple l'évolution de la flûte. A la fin du XVIIIéme siècle la flûte est un instrument en bois avec une seule clé. Il est fabriqué par des tourneurs qui ont surtout comme préoccupation d'améliorer la justesse et la puissance de l'instrument en travaillant la perce. Les clés sont très accessoires et peuvent être fabriquées par le même facteur ou un de ses ouvriers.
Flûte de Martin Lot vers 1780. (eBay)
Durant la période révolutionnaire, le conservatoire de Paris est créé et au début du XIXème siècle HUGOT puis WUNDERLICH tous les deux professeurs au conservatoire de Paris préconisent dans leur méthode la flûte à quatre clés.
Description de la flûte à quatre clefs de la méthode de Hugo et Wunderlich.
A Paris les facteurs spécialistes dans la fabrication des flûtes étaient peu nombreux. en 1808.

Flûte à 4 clés de Laurent de 1807. (Dayton Miller Collection)
Cette flûte de Laurent de 1807 représente une avancée considérable au niveau de la facture. Lorsque l'on décrit ces flûtes c'est principalement pour évoquer la flûte en cristal, sans aborder les améliorations au niveau technique qu'il a fallu créer pour réaliser ces instruments.
Détails de la patte de la flûte de 1807. (Collection DCM)
Notons tout d'abord la clé à bascule, l'une des premières flûtes munies de ce type de clé sans doute inventé par Laurent et/ou son cleftier ? (Les poinçons d'orfèvres ne sont apparus sur les clés d'instruments que vers 1820), système de fixation des clés : plaque et deux boules soudées, les jointures en argent entre les quatre parties en cristal. Tous ces éléments sont très innovant pour une flûte de 1807 et seront repris progressivement par les grands facteurs de flûtes parisiens, puis lyonnais, comme Godfroy, Bellissent, Tabart....Même si Laurent était horloger, il devait avoir recours, pour concevoir ces innovations à des mécaniciens ou orfèvres parisiens plus habitués à ce travail. 

Pour tout connaître sur ces merveilleuses flûtes en cristal de Claude Laurent : lire la thése de Montserrat Gascon : "Une flûte en cristal". Els instruments de vidre de Claude Laurent (1774-1849). Tesi doctoral. Universitat Autònoma de Barcelona, 2017.
Pour découvrir le site de Montserrat Gascon cliq
uez
Flûte à quatre clés plus une  de Jean René Winnen  (Vers 1815) dont les clés
portent des poinçons de province (Sans doute la Couture)
Le nombre de clés évoluant en passant de 6 et 8 voir 9, nous arrivons vers 1838 à la naissance de la flûte Boehm et la complexité de son mécanisme. C'est le 10 juin 1833 que N.P. BELORGEY enregistre son premier poinçon "P#B" dans le sens vertical. 
 " Belorgey Fabricant de clés de flûtes et clarinettes, 32 rue du Petit Carreau".

 Il a 30 ans, est marié avec Marie Catherine SIFFRET ; ils ont au moins deux enfants : Jules Alexis Joseph BELORGEY né le 20 juillet 1827 à Paris, qui sera lui aussi mécanicien spécialiste des systèmes Boehm et Charles Gustave BELORGEY né le 13 décembre 1829.
C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers instruments à clés d'argent portant sa marque. Il est le cleftier de l'atelier NONON-TULOU.
Flûte à 5 clés et bagues larges en argent de Tulou. (Musée de Bruxelles)
Détail des poinçons de la flûte de Tulou permettant de dater l'instrument
entre 1833 (date d'inculpation du poinçon vertical de Belorgey) et 1838
(date de la fin de l'utilisation du poinçon tête de lièvre)
Toutes les flûtes Tulou (après 1833), à clés en argent de la période de l'atelier Tulou-Nonon portent les poinçons de Belorgey.
Le deuxième exemple de datation d'une flûte Tulou à 5 clés de l'atelier Tulou-Nonon est la flûte du Musée de la Musique de Paris que le Maître lui même avait donné à son ami Moudreux en 1847 que dans mon article je datais à tort de 1847. La lecture des poinçons permet de dater l'instrument entre 1838 et 1844.


Flûte Tulou de l'atelier Tulou-Nonon à 5 clés.
(Musée de la Musique de Paris)
Détail des poinçons de la flûte de Tulou permettant de dater l'instrument
entre 1838 (début de l'utilisation du poinçon à tête de sanglier) et 1844
(date de la fin de l'utilisation du poinçon vertical de Belorgey)
Le 12 avril 1843, il enregistre son deuxième poinçon "P#B" dans le sens horizontal.
Flûte Tulou 5 clés portant le poinçon tête de sanglier, aprés 1838 et
 le poinçon de Belorgey horizontal , après 1843. Donc datable
de la période 1844...cela tombe bien car elle est datée de 1844.
(Collection R. Pierre)
N.P BELORGEY était à cette période le cleftier de Claude LAURENT. Les clés des flûtes de ce dernier, dans la période 1806 à 1817 ne portent pas de poinçon d'orfévre. Dans la période 1820 à 1830 les flûtes de Laurent portent le poinçon de Jean Dupin ou celui de son fils (à confirmer), bijoutiers et orfévres aux Palais Royal.
Poinçon de Jean DUPIN.
Poinçon de Jean DUPIN Jeune.


Flûte de Claude Laurent, à huit clés en argent de Jean Dupin père de 1822.
Collection David Shorey;
Donc N.P. BELORGEY réalise en 1839, les clés en argent de cette flûte de C. LAURENT du musée de Barcelone.
Flûte de Claude Laurent de 1839 à 8 clés en argent de N.P Belorgey.
Musée de Barcelone.
Cette flûte en bois de Claude LAURENT, dont les 8 clés portent le poinçon horizontal de BELORGEY est probablement de la même période ( vers 1840).

Détails des clés de la flûte en bois de C. Laurent.
Vente Vichy 2016.
Vers 1838 il réalise pour Auguste BUFFET Jeune un des premiers clétages en argent, système Boehm correspondant au modèle de son brevet obtenu avec Victor Coche.

Flûte d'Auguste BUFFET Jeune, premier système Boehm conforme
au brevet Buffet-Coche de 1838 dont le clétage a été réalisé
par N.P Belorgey (Poinçons tête de sanglier et Belorgey vertical).
(Collection Michael Lynn).
Si vous voulez voir et entendre cette petite merveille voilà le site de Michael Lynn.

Une très rare flûte de Claude Laurent, en cristal vert et clétage en argent, système Boehm de la collection Dayton Miller, réalisée en 1844 a été "garnie" par Breton  (confirmée par M. Gascon).
Flûte de Claude LAURENT de 1844, à clétage systéme Boehm en argent
réalisé par N.P. Belorgey. (Dayton Miller Collection).

N.P. BELORGEY n'était pas seulement l'un des cleftiers les plus important de cette époque mais II était également pistonnier.

"Belorgey Aîné, facteur de clefs d'instruments de musique. Fabrique tout ce qui a rapport aux garnitures intérieures et extérieures des instruments en bois et en cuivre : 32 rue du Petit Carreau". (Alm. Bottin 1844)

Le 21 octobre 1843 il avait obtenu en collaboration avec Antoine HALARY, facteur très actif,  un brevet :


Comme de nombreux brevets de cette époque, celui-ci avait pour but d'améliorer l'efficacité des pistons, en essayant de réduire les frottements par un système de ressorts articulés.

Il obtint le 14 octobre 1847, cette fois seul un brevet pour "un genre de piston à cylindre à moteur vertical pour les instruments de musique en cuivre" qui poursuivait toujours le même objectif.
Cornet à Pistons de Belorgey avec son brevet.
Musée de la musique de Bruxelles.
Il demanda, pour adapter son système, plusieurs extensions à son brevet : le 20 décembre 1852, le 5 mars 1853, le 4 mai 1855, le 10 octobre 1859. Mais aucun de ces brevets ne fut couronné de succès. De plus son travail de cleftier déclina, en effet tous les facteurs à partir des années 1850 eurent de moins en moins recours à ces prestataires, ayant des ouvriers spécialisés dans leurs ateliers. On peut le constater par l'apparition des poinçons d'argent de facteurs renommés, Nonon, Gautrot...etc. Et puis la création de grandes fabriques et l'arrivée de leurs machines à vapeur signèrent la disparition de ses artisans à Paris.
Suite au déclin de son activité et ses dépenses trop importantes pour ses brevets, Nicolas Paul BELORGEY est déclaré en état de faillite le 27 février 1862.


Extrait de la séance de conciliation entre N.P. Belorgey et ses créanciers
du 20 juin 1862. (Archives de Paris-Faillites, série D.11.U3)
On retrouve parmi ses créanciers ces anciens partenaires : Antoine HALARY, Jacques NONON qui lui avait sans doute prêté de l'argent avec intérêts, Adolphe SAX, mais aussi des banquiers, des sous traitants.....

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Liste des créanciers.

Il habitait au N°26 rue des Petits Carreaux, au troisième étage où il occupait une pièce et une cuisine pour son habitation et avait au même étage son atelier dont l'inventaire sera fait le 26 février 1862 (Archives de Paris). Il devait y habiter seul car son épouse, figurant au niveau de ses créanciers est domiciliée : 25 rue de Colombes à Courbevoie. Il avait du employer plusieurs ouvriers car dans l'inventaire est cité un "livre de comptes d'ouvriers". 
Signature de N.P. Belorgey en 1862.
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A la suite de cette faillite, l'atelier de la rue des Petits Carreaux disparait. Mais pratiquement la même année apparait dans le Bottin (1863) l'atelier du fils de Nicolas Paul BELORGEY, "Jules BELORGEY Fils, fab de clefs et mécanismes pour instruments de musique en bois, spécialité pour le genre Boehm, 16 Faubourg Saint Denis et 71 rue de Vincennes à Belleville".
De 1864 à 1866, l'atelier sera 83 Faubourg Saint Martin, puis de 1867 à 1869 au 18 rue Charlot (à quelques pas de l'atelier actuel de Guy COLIN)
Il n'apparait plus dans le Bottin à partir de 1870. Nicolas Paul BELORGEY est décédé le 7 août 1873 à 70 ans à l'hôpital Bichat. Veuf, il habitait au N°26 rue de Saintonge.