samedi 30 mars 2019

Nicolas SULOT (1780-1858) inventeur de violons "ondulés" à Dijon. Nicolas SULOT (1780-1858) inventor of "wavy" violins in Dijon.

Signature de Nicolas Sulot en 1818.

Nicolas SULOT est né le 19 juillet 1780 à Châtillon sur Seine (21). Il était le fils de Pierre SULOT employé. Violoniste et professeur de musique à Dijon il épousa Jeanne NAUDET  (1791-1868), le 9 juillet 1818 à Dijon et reconnaissent quatre enfants : Jean Hubert (1813), Louis Robert (1815), Bernarde (1816), François (1817). Ils auront 14 enfants dont la plupart seront musiciens à Dijon et à Paris. Il s’intéressa à la lutherie dès 1828 et obtient  le 17 décembre 1829 un brevet d’invention de 15 ans pour « une table d’harmonie à ondulations qui peut être adaptée à tous instruments à cordes de quelque nature qu’ils soient ».

Dessin du Brevet de Sulot. (Source INPI)


































Pourquoi des tables ondulées ? « ….mon moyen nouveau permet d’augmenter le volume d’air renfermé dans l’instrument et par conséquent d’en augmenter les proportions ». Mais ses recherches ne se bornaient pas aux « tables ondulées », il étudiait également toutes les solutions pour améliorer la sonorité : « Éclisses droites, table plane avec éclisses droites, table convexe à ondulations horizontales sur éclisses courbes, table à courbures progressives convexes et à ondulations…… » Il essayait de trouver la meilleure combinaison.
Violon Sulot à table ondulée. (Vente de Vichy 2008)
Tous les instruments de Nicolas SULOT étaient en fait fabriqués par Claude Raymond HENRY (1799-1850) de Dijon, luthier de Mirecourt qu’il avait convaincu de s’installer à Dijon en 1829. C’est d’ailleurs chez lui que son treizième enfant, Bernarde Mélanie SULOT née le vendredi 13 novembre 1829, décède onze jours plus tard. Bien souvent on attribue ces violons à Henry LAPOSTOLET ou Claude Henry LAPOSTOLET, erreur résultant du dictionnaire de René Vannes qui confond le père et le fils. En effet Joseph HENRY-LAPOSTOLET (1828-1894) professeur de contrebasse et marchand de musique, qui avait repris la boutique de son père Claude Raymond HENRY à sa mort le 10 septembre 1850, avait épousé le 12 mai 1851 à Sombernon (21) Philiberte Marie LAPOSTOLET et pour se différencier de son père avait associé son nom à celui de son épouse : HENRY-LAPOSTOLET  d’où ces nombreuses confusions entre nom et prénom.
Étiquette de Joseph HENRY-LAPOSTOLET de 1851 postérieur à l'activité de SULOT à Dijon
Dans son dossier de brevet de 1829, il ne décrit que les violons : « ….Mais je n’ai mis sur mon plan que le violon parce que je ne m’occupe maintenant que de de cet instrument. J’aurai donc soin selon que je perfectionnerai les autres instruments d’en envoyer le plan et la description des courbes des éclisses….. ».
Il existe une table de contrebasse avec ondulations au Musée de la lutherie de Mirecourt signée de Claude Raymond HENRY  daté de 1830. (Information Anne Sophie Benoit)
Table de Contrebasse modèle Sulot réalisée par Claude Raymond Henry.
(Musée de la lutherie de Mirecourt)

Violon expérimental de N. SULOT. (Musée de Bruxelles).
Mais Nicolas SULOT ne préconisait pas seulement l'ondulation pour les instruments du quatuor, mais également pour les instruments à vent. Il obtient une addition à son brevet pour les instruments à vent le 27 mai 1830.
Schéma pour l'addition du 27 mai 1830 des instruments
 à vent au brevet de N. Sulot. (source INPI)

Nicolas Sulot continua de demander des additions à son brevet dans lesquelles il précisait « son invention »  comme en 1830.
Détails de descriptions des tables d'harmonies à ondulations. (Brevet 1830 Inpi)
Mais il semble avoir été  obnubilé par le fait que l’on puisse lui « prendre » son invention.  C’est ainsi qu’il agrémente ses demandes de souhaits originaux : « Lorsque j’ai demandé le brevet d’invention, je ne connaissais pas les lois et ne pouvais pas penser qu’il existât un article pareil à celui qui concerne les déchéances : Section VII. 7° cas : déchéance de tout brevet qui prendrait hors de France un titre analogue au sien et pour le même objet »
Donc en conséquence il demande que l’on change la loi …  « Car dans le cas contraire je prendrais mes brevets à l’étranger et on m’accorderait ensuite l’importation que nos lois permettent sans scrupule… »
« PS : Les observations que j’ai l’honneur de vous faire d’autre part sont tellement vraies qu’un individu vient d’arriver tout exprès de Mirecourt pour tâcher de séduire mes ouvriers afin d’obtenir des renseignements sur mon système et les porter hors de France ».
Il obtiendra le 31 mars 1841 un brevet de 10 ans « Pour un système général double, triple pour tous les instruments à cordes et à table d’harmonie »….préconisant de doubler les tables pour augmenter le son.
Même chose le 8 décembre 1847, pour : « Perfectionnements apportés aux pianos grâce à un système à double voix ou double jeu de cordes ». Système consistant par un double sillet et deux chevalets, l’un inférieur et l’autre supérieur, fixés sur deux tables d’harmonies supérieure et inférieure. Nicolas Sulot était depuis 1840 installé à Paris avec sa famille et était premier violon au théâtre de la Porte Saint Martin à Paris. Trois de ses fils étaient restés à Dijon et étaient musiciens, les autres l’avait suivi à Paris, c’est le cas de Jean Alexandre Sulot né en 1824 à Dijon qui sera violoniste et se déclarera facteur de pianos au 14 rue des Saints Pères à Paris à la mort de sa mère Jeanne Naudet (1791-1868).
N. Sulot est décédé à 77 ans le 21 mars 1858 à Paris.
Ajouté le 20 février 2013 : Anne Sophie Benoit du Musée de la lutherie de Mirecourt nous signale qu'un violon de type Sulot existe au Palais Lascaris de Nice, daté de 1834 il a été réalisé par Charles Victor HEUREAUX (1807-1848) luthier à Mirecourt. Ce qui montrerait que Claude Raymond HENRY n'a pas été le seul luthier à réaliser des instruments pour Nicolas Sulot.
Violon de C.V Heureaux selon le modèle de N. Sulot.
(Palais Lascaris de Nice)


mercredi 6 mars 2019

Reconstruction d’une flûte d’époque Louis XIV de Rippert, par Philippe Allain-Dupré. Reconstruction of a Louis XIV flute from Rippert, by Philippe Allain-Dupré.


Jean-Jacques Rippert est connu dès 1696 comme « faiseur de flûtes »
En 1701 Sauveur dresse un tableau des instruments à vent « selon la pratique du sieur Ripert et du sieur Jean Hautetaire le jeune, les plus habiles facteurs de Paris ». Jean Hotteterre le jeune (1648-1732) était sans doute celui listé en 1692 par Du Pradel comme « Maitre pour le jeu et pour la fabrique des instruments à vents». C’était un cousin de Martin, le père du célèbre Jacques Le Romain.
Voici un extrait de : Sauveur, Mémoire de l’Académie des Sciences, (1701) p. 37.
En 1715, le voyageur Uffenbach écrit : « j’allai chez Rippert, le facteur de flûtes renommé; c’était un très vieil homme qui habitait rue Colombière, vis-à-vis de l’Hôtel de Hollande. Ce monsieur Rippert n’avait rien de prêt et, en raison de son grand âge, travaillait très lentement, mais bien. Aussi valait-il la peine d’être un peu patient ». Il lui achète deux flûtes pour son jeune frère et pour son cousin qu’il leur expédie à Strasbourg et à Francfort. Uffenbach, Journal (1715), manuscrit, Bibliothèque universitaire de Göttingen.

Quatre flûtes traversières de Rippert sont conservées, deux à Paris (Collection Dorgeuille), une à Glasgow et la magnifique flûte avec ivoire guilloché du Musée Engadin à St Moritz (Suisse).












L’art du guillochage est maîtrisé par Jean-Claude Charpignon, un artisan passionné des techniques anciennes de tournage. J’ai eu la chance de le rencontrer en mai 2018 grâce à mon collègue Rod Cameron. Nous avons décidé de fabriquer ensemble une copie de cet objet unique en son genre.


Les matériaux sont le buis et l’ivoire. Celui-ci est devenu introuvable, les défenses d’éléphants étant maintenant brûlées dans des autodafés scandaleux voir : 
Heureusement mon frère Yves avait acheté 30 Francs aux puces dans les années 80  une imposante défense de phacochère que nous avons débitée : 






Après quelques mises au point et la fabrication de tous les outils de coupe, Jean-Claude a pu réaliser les 4 viroles en ivoire de phacochère.


Il ne restait plus qu’à réaliser l’instrument de musique, tâche que je connais sur le bout des doigts pour avoir tourné toutes mes flûtes copies 15ème, 16ème, 17ème et 18ème depuis 1982.

Je n’ai pas copié exactement la flûte de Rippert, qui sonne au diapason 400Hz, le ton de chambre français en 1700. Il a fallu rétrécir un peu l’embouchure et éloigner les trous d’environ 10mm pour faire sonner cette flûte au diapason 392Hz, le standard actuel, un ton au-dessous de 440Hz, qui nous est imposé par les claviers transpositeurs au demi-ton et au ton.

L’instrument sera joué en 2019 lors de plusieurs concerts de musique française baroque avec « Les Musiciens de mademoiselle de Guise », vous pouvez en suivre l’actualité sur mon site : Site de Philippe ALLAIN - DUPRE ou Facebook : Les-Musiciens-de-Mademoiselle-de-Guise.
ou m’inviter pour un autre concert.


©Philippe Allain-Dupré                allain-dupre@club.fr





lundi 7 janvier 2019

BONNEVILLE Flute ? Vous avez dit flûte Bonneville. En argent ou en plaqué? Et quel numéro ? Qui était Auguste BONNEVILLE? BONNEVILLE? You say Bonneville flute? Silver or silver plate? Which number? Who was Auguste BONNEVILLE?

Pour les flûtistes, les collectionneurs......BONNEVILLE  est un nom famillié et synonyme de flûtes prestigieuses.....Mais le saviez-vous c'est aussi une marque de Motos  chère (dans tous les sens du terme) à James DEAN.
James DEAN sur sa moto Triumph Bonneville.
Mais aussi un modèle de guitare électrique : DUESENBERG BONNEVILLE.

Vous allez dire que je "ratisse" large.......en ce moment pour faire de l'audience? C'est vrai, vous avez raison car un des principal reproche ( en plus des fautes d'orthographes et de grammaire) fait à ce blog est le fait d'être trop spécialisé ....un de nos abonnés m'a demandé de le rayer de la liste, car il n'y avait pas d'article sur le Cor de chasse ....
Mais revenons à BONNEVILLE, comme en ce moment je commence a rédiger mon bouquin sur les poinçons j'avais à écrire, une demi-page sur ce facteur de flûte.....donc quelques recherches dans les ouvrages fondamentaux..résultats : Bof. Heureusement il a le blog de Jean Jacques BONA pour l'histoire (Luthiers Vents) et celui de Gary LEWIS pour les flûtes (Gary Lewis) où l'on trouve de vraies informations, points de départs de recherches plus approfondies. Car dans le milieu des flûtistes et des collectionneurs ont parle de "flûte Bonneville", "Lot", "Rive"....On joue sur Lebret, Barbier, Tulou....Le facteur devient objet ....marque, mais on ne connaît pratiquement rien d'eux, rendez-vous compte il n'existe actuellement aucune photo, aucun portrait.
Pour BONNEVILLE, par exemple cette marque concerne trois générations et au moins quatre personnes. Auguste Adrien BONNEVILLE est né le 13 septembre 1819 à Bessancourt, petite ville du Val d'Oise (95).
N°29 vers 1876 sans AB cursives.
N°3928 vers 1914













Il épouse Sophie Joséphine POIRON (1814-1877)  à Paris le 12 octobre 1844. Leur premier fils, Henri Léon est né le 26 mai 1847 à Paris, suivi le 8 juin 1854 d'Alphonse Edmond et d'Eugène Lucien le 15 octobre 1866. En 1858 il crée le fonds de commerce BONNEVILLE. En 1869 il est cité dans l'inventaire après décès de V.H. GODFROY  comme " Bijoutier : 9 rue Corbeau" travaillant pour ce facteur, tout comme Claude RIVE et Jules BELORGEY Fils. Sans doute fournissait-il les clés d'instruments. 
Marque d'une flûte cylindrique de V.H. GODFROY de la période
de collaboration avec A. BONNEVILLE. On peut constater que
A. BONNEVILLE s'est inspiré de la marque de Godfroy pour
 réaliser la sienne. Il serait intéressant de comparer les instruments
de ces fabricants de flûtes notamment au niveau des clés.
En 1876, toujours 9 rue Corbeau, il commence sa propre fabrication de flûtes en compagnie de ses fils, Alphonse Edmond "mécanicien" à la même adresse et Henri Léon, "fabricant d'instruments de musique" 21 rue Bichat.
Marque des flûtes en bois
notamment des piccolos.
N°2138 piccolo du Musée
de la musique de Paris
vers 1897.
Une gravure légèrement
différente pour cette
flûte 4457 vers 1918.















Entre 1885 et 1888 l'atelier devient "BONNEVILLE et Fils" toujours rue Corbeau et obtient en 1888 un brevet pour "une flûte à anneaux sans tampon. Le passage à la raison sociale BONNEVILLE et Fils vers 1885 correspond sans doute au départ en retraite d'Auguste BONNEVILLE  qui avait 66 ans à cette date. Il était temps de laisser la place à son ou ses fils (Il reste à déterminer lesquels des trois fils travaillaient dans l'atelier). Néanmoins  c'est le fils Cadet : Alphonse Edmond BONNEVILLE (1854-1925) qui prend réellement la succession de son père . Si la raison sociale change, la marque des instrument reste la même et la marque "BONNEVILLE Fils" rencontrée sur certains instruments n'a rien à voir avec cette période.
Le nombre de flûtes et piccolos fabriqués par Auguste BONNEVILLE " le père" (ou sous sa direction) est assez faible comparé aux 6000 instruments (Estimation) au total. Nous estimons  à 1000 (A confirmer) le nombre d'instruments fait sous l’ère d'Auguste Bonneville père (1876- c1885).

Flûte N°29 en métal argenté (Silver plate).
Piccolo N°879
Vers 1883
Il serait très intéressant d'analyser les différences de facture et de qualités musicales des instruments de ces différentes périodes, pour notre part nous n'avons pas les compétences suffisantes pour faire ce travail. Peut-être que certains spécialistes (Suivez mon "regard appuyé et insistant") pourront se lancer ?
Il est a noté qu'aucune flûte en argent de cette période, ne porte de poinçon. Le poinçon "A Lyre B" bien connu de Bonneville a été enregistré le 22 décembre 1899, donc largement après la première période et après le décès d'Auguste BONNEVILLE.
Poinçon Bonneville enregistré  le 22 décembre 1899.
C'est également au (x) Fils que l'on doit le brevet de quinze ans obtenu le 5 mars 1888 pour "L'application d'anneaux mobiles sans tampon aux flûtes à perce cylindrique en métal".
Brevet 189126 de Bonneville  et Fils. (Source Inpi)














Le principe de ce brevet :












Flûte N°1956 (Vers 1894) appliquant ce brevet sur deux plateaux.
(Cheminées très hautes) 












Ce brevet n'a sans doute pas rencontré un grand succès. Au début les 5 plateaux ouverts des flûtes BONNEVILLE comportaient ce système, puis ensuite seulement deux comme dans l'exemple ci-dessus de notre collection, puis après il a été abandonné. Au départ en 1888 Alphonse BONNEVILLE avait prévu une numérotation différente et une marque sur laquelle avait été rajoutée "Breveté", comme cela avait été fait chez Godfroy.
Flûte à 5 plateaux système breveté
N°6 avec une marque sur laquelle
a été rajoutée "Breveté"
Vers 1888. Coll. Gary Lewis.

























Le 4 décembre 1895, Auguste Adrien BONNEVILLE décède à 76 ans, rue Corbeau. Alphonse Edmond  BONNEVILLE, fils cadet prend la suite et déménage vers 1895 au 44 rue Saint Sébastien avant de s'installer définitivement au 140 Bd Richard Lenoir. A l'exposition universelle de Paris, de 1900, Alphonse Edmond Bonneville obtient une médaille d'or

Auguste Lucien BONNEVILLE (1880-1944) fils de Alphonse Edmond, avait son propre atelier sous le nom de BONNEVILLE Fils, de 1908 à 1912 au 84 faubourg du Temple (Paris 10).  Il est déclaré en faillite le  31 janvier 1913. Quelle était la qualité de ses instruments et étaient-ils différents de ceux de son père et de son grand père, nous ne pouvons le dire. Sa marque comportait la mention fils et sa numérotation d'instruments allait de 1000 à 1500 (à confirmer).

Flûte Bonneville Fils
en argent avec plaque 
d'embouchure en or.
Vente Enghein
Marque Bonneville Fils
Flûte Bonneville Fils
en argent avec plaque
d'embouchure en or

























A la suite de sa faillite en 1913 Auguste Lucien est-il revenu travailler avec son père, nous ne pouvons le dire, mais cela est fort probable.  Mais c'est dans cette période que l'atelier a été le plus productif. Alphonse Edmond Bonneville est décédé le  16 novembre 1925. Le fonds de commerce Bonneville a été vendu le 28 octobre 1835 à Mr Dubois, fabricant d'instruments de musique.



A partir d'informations transmises par nos amis et nos lecteurs nous avons essayé de réaliser un 
Essai de datation des instruments Bonneville en fonction de leur numérotation.
Les dates sont données avec une approximation de 2 à 3 ans. Cette numérotation ne concerne pas les instruments portant la marque Bonneville Fils et certain portant la marque classique plus breveté et à numéro de 1 ou 2 chiffres.

Notre échantillon  comporte actuellement : 170 instruments
Nous avons comme dates certaines : N° 2400 (première flûte portant le poinçon "A Lyre B" vers 1900 - N°3996  pour juillet 1915 - N°5059 datée 18 avril 1923. Dernier N° 5611 vers 1935.
1895 : Auguste Bonneville décède à 76 ans. Alphonse Edmond Bonneville lui succède.
1899 : le 22 décembre : insculpation du poinçon "A Lyre B". (Actuellement la première flûte de notre échantillon comportant les poinçons d'argent "A lyre B" porte le numéro 2400) 
1925 : le 16 novembre : décès d'Alphonse Edmond Bonneville à 71 ans.
1935 : le  28 octobre vente du fond Bonneville à Mr Dubois.

De 1876 à 1900 : nous avons une moyenne de 100 instruments par an. De 1900 à 1915 : 102 instruments de moyenne par an. 1916 à 1923 : 136 instruments par an (Sans doute incluant la fabrication d'autres instruments comme la clarinette ?). A partir de 1924 une adaptation décroissance des 468 instruments restant.

Voici le résultat : A vous de nous dire ce que vous en penser et à nous aider à affiner cet essai. 




mardi 1 janvier 2019

Bonne Année 2019 à tous. Happy New Year.

Nous avons terminé cette fin d'année en fanfare .......
.......Nous l'attaquons tambour battant.


Alors à tous une bonne et heureuse Année......et plein de musique.
 Happy New year....2019

dimanche 23 décembre 2018

Survivre dans des conditions extrêmes grâce à la musique. Survive in extreme conditions thanks to music.

José-Daniel Touroude
Le célèbre violoncelliste Maurice Maréchal (1892-1964) dans les tranchés
avec son célèbre violoncelle le "Poilu" fait en bois de caisse. 
Après le précédent article sur les problèmes de santé qui nuisent à la vie de musicien et le recours à la médecine et à la pharmacie pour rester en forme car comme toute personne sur scène (artistes divers, politiques…) il faut être constamment au top, voici un des nombreux exemples qui permet de constater que la musique peut sauver des vies dans des conditions peu supportables.  
Pour lire : La médecine au secours des musiciens.

Les conditions extrêmes sont des moments où l’homme est privé de liberté et est en souffrance à cause des autres (par exemples les dangers de la guerre, l’exil, la peur de la mort, la prison ou par un handicap physique ou psychique, l’hôpital avec des maladies et traumatisme divers.  La musique sert alors à s’échapper d’une vie insupportable, un soutien dans les épreuves, un moyen salvateur contre la dépression, la maladie psychique. Comment organiser sa survie dans un environnement malsain ou absurde ? Les exemples sont nombreux mais je choisirai puisque nous avons fêté le centenaire de l’armistice de 1918 un exemple riche d’enseignements peu connu. Jusqu’au moment de la célébration de l’armistice de 1918 et de l’enfer qu’ont vécu des millions d’hommes, la vie des musiciens a été également bouleversée. 
Militaires américains : Un moment de détente avant le prochain assaut.  
D’abord de nombreux artistes sont morts et d’autres furent mutilés mais certains ont réussi à survivre grâce à la musique. Ainsi quand le violoniste soliste international Lucien Durosoir, célèbre avant la guerre, fut obligé de quitter son Guarnérius pour la baïonnette dans les tranchées. Face à la mort qui l’attendait la musique le sauva car il fut reconnu par son colonel qui l’avait entendu à Pleyel 2 ans avant (comme nous l’indiqua son fils Luc Durosoir) et avec le célèbre Caplet (1er prix de Rome devant Ravel ! et ami de Debussy qui tenait l’alto), le jeune Marechal qui sauva sa vie aussi grâce à ses talents de musicien et qui fut plus tard un des plus grands violoncellistes et professeur au conservatoire de Paris (son violoncelle fabriqué sur le front avec une caisse de munitions ! «dénommé le poilu» trône actuellement au musée de la Villette) et  le pianiste Magne puis ponctuellement d’autres musiciens professionnels, ils montèrent un orchestre… Beaucoup de musiciens devinrent ainsi brancardiers (ce qui était une tradition depuis les armées royales pour les musiciens ) 


«Les musiciens du général« furent protégés par le général Mangin qui lors des moments de répit devaient organiser des concerts pour lui et son état major, parfois pour la troupe (quoique les quatuors de Beethoven ou la musique contemporaine française ne faisaient pas vibrer la troupe selon les lettres de Durosoir et de Marechal !). La musique de chambre «aristocratique et bourgeoise» pour les officiers, les chansons à boire pour le peuple. («en jouant les tziganes«  dira Caplet (il était loin du Boston Symphony ou du Covent Garden de Londres !). Mais la variété des styles de musique selon les classes sociales est un autre sujet. Une question dérangeante: les musiciens moins talentueux ne furent pas épargnés et les instruments à vents d’harmonies et de fanfare (même des prix de conservatoires) n’eurent pas le même traitement que les instruments «nobles» de la bourgeoisie…. A méditer.


Grâce à la musique ces musiciens d’exception en faisant la guerre étaient privilégiés car pas considérés comme de la chair à canon et purent sauver leurs vies . Et la musique transcendait la haine car près des tranchées il jouait de la musique allemande du 18 et 19ème siècle du grand répertoire. (malgré Caplet qui faisait découvrir à ses amis les harmonies révolutionnaires françaises de Debussy, Ravel, Chausson, Satie etc.. ).



En face dans le camp allemand le grand compositeur Hindemith (bien connu des clarinettistes chambristes) regroupera aussi des musiciens professionnels et fera la même chose, c’est à dire des répétitions et des concerts à chaque moment libre pour s’échapper de l’horreur et soutenir le moral des autres.Tous élargissent et diversifient leur répertoire, avec une rigueur de professionnels entre les bombardements,  «la musique nous a désabrutis, c’est notre protection pour ne pas revenir à l’état sauvage des autres combattants, la guerre détruit l’âme et pour échapper à ce danger et à tous les dangers aux découragements, à la promiscuité, à la faim, la soif, la boue, la violence …l’art peut sauver, c’est l’oxygène de survie écriront –ils.


















Les musiciens inversent aussi la hiérarchie militaire le temps d’un concert. Le simple soldat-musicien assez méprisé par la hiérarchie devient le musicien star–soldat que les gradés applaudissent ! La musique a permis de traverser les épreuves mais après la guerre Durosoir ne put rejouer et composa. D’autres musiciens comme des millions d’hommes furent handicapés : cf le concerto de Ravel pour la main gauche, certains facteurs modifièrent  les instruments.  
Orchestre de musiciens invalides.


















Lors de la seconde guerre mondiale, les musiciens ont pu s’échapper mentalement aussi des conditions atroces des camps de prisonniers (rappelons Clara Askil rejouant les concertos de Mozart sur une planche détournée en piano muet l en camps de concentration, ou Olivier Messiaen composant le quatuor pour la fin du temps qui a fait transpirer nombre de clarinettistes !) ou plus dramatiquement les musiciens du camp de Terezin. (il y a eu un concert récemment en Israël avec des instruments restaurés  à cordes tirés des camps de concentration).
Clarinette mi bémol de Zalud à Terezin


La musique permet aux musiciens de tenir, de s’échapper mentalement mais aussi de donner de l’espoir aux autres. Nous pouvons le voir dans les prisons (une expérience vraiment particulière) et en fait dans tous les lieux où l’homme est privé de liberté et souffre, la musico thérapie en hôpital…Le musicien (comme l’intellectuel qui a une pensée libre malgré les contraintes) peut s’échapper des contingences et s’ennuie rarement car il possède la musique en permanence dans sa tête, et s’il est enfermé ou vit dans des conditions extrêmes, il se remémore ou crée des concerts, improvise, compose et dès qu’il peut rejouer son instrument, l’objet aimé et une musique qu’il affectionne, l’environnement ne compte plus. Bien sûr la musique est fondamentale pour sortir momentanément de l’handicap , pensons à Ray Charles aveugle, à Beethoven sourd, mais aussi aux malades psychiques  (Glen Gould autiste) et à la musicothérapie désormais bien implantée dans la psychiatrie moderne.