Ce Blog est destiné à favoriser la réalisation d'articles sur les facteurs, marchands de musique, luthiers, en mettant à disposition une collection de documents sur ces sujets.
This Blog is intended to facilitate the realization of articles on music instruments makers, music goods sellers, stringed-instrument makers, by giving a collection of documents on these subjects.
José Daniel TOUROUDE interview René PIERRE sur la parution du " dictionnaire des poinçons d'or et d'argent relevés sur les instruments de musique à vent français et belges ".
JDT : Pourquoi consacrer un ouvrage aussi important sur les
poinçons d'or et d'argent qui ne sont
pas si fréquemment présents sur les
instruments de musique et à quoi cela peut-il servir à un collectionneur d'instruments à vent ?
Why devote such an important book to
gold and silver hallmarks, which are not so frequently present on musical
instruments? And what advantage is it to a collector of wind instruments?
Tout d'abord
ce sujet n'avait jamais été abordé sérieusement et personne ne tenait compte de
cette information qui peut parfois être précieuse pour dater l'instrument. Si je me
suis intéressé à ce sujet, c'est parce que la présence de poinçons sur les clés d'une flûte de Tulou m' a permis
de résoudre une énigme. On pouvait lire sur les poinçons les initiales "
PG ", ce n'était pas Pierre Godfroy, comme le prétendait certain mais Pierre Gautrot, information très
importante qui m'a permis de comprendre et d'écrire cet article sur
Tulou, Nonon et Gautrot :
First of all this subject had never
been approached seriously and nobody took account of this information which can
sometimes be invaluable to date the instrument. If I was interested in this
subject, it is because the presence of Hallmarks on the keys of a Tulou flute
allowed me to solve an enigma. You could read the initials "PG" on
the hallmarks, it was not Pierre Godfroy, as some claimed, but Pierre Gautrot,
very important information that allowed me to understand and write this article
on Tulou, Nonon and Gautrot:
Interview de 7 musiciens
professionnels intermittents
ayant
la passionde la
musique, sans être passés par la voie des conservatoires.
par José-Daniel
Touroude
Tous
m’ont dit « La musique c’est notre vie, c’est la vie »
Tous
les hommes écoutent de la musique (à part ceux frappés d’amusie), vivant dans
une ambiance musicale permanente (magasins, fêtes, pub, médias, disques…) et tous
ont la capacité d’en faire et en ont fait (chansons de sa mère, dès l’école
la flûte à bec et le xylophone, rythmes du corps et les danses, hymne national
dans le stade ou chant sous la douche…)
L’homme a peur du silence, parce qu’il est un être d’émotions et la musique est un bon
support, parce qu'il est aussi un esprit abstrait et la musique peut créer
intellectuellement de grandes joies et la musique relie les hommes dans une
même culture identitaire.
En
Occident, la musique classique a évolué et ne sert plus pour danser ou
s’exprimer en groupe mais devient compassé, figé dans un concert où on ne peut
plus bouger et participer sans avoir la réprobation des autres. Le concert est
un marqueur social, quasi religieux, on s’habille et on écoute la musique
sérieusement, conscient de faire partie d’une élite. La
boite de jazz c’est l’inverse comme les festivals de musique populaire assez
festifs, et de ces deux conceptions de la musique, les musiciens ne seront pas
les mêmes souvent. Mais
si les hommes ont besoin de musique pour accompagner leurs vies, la majorité
sont passifs seulement à l’écoute. Ils ne participent plus et sont devenus des
observateurs laissant à d’autres d’être acteurs.
Ainsi
certains sont actifs et pratiquent plus ou moins la musique avec un instrument. On
peut classer ces musiciens en 3 catégories : d’abord les professionnels issus
des conservatoires nationaux qui jouent dans les orchestres les plus
prestigieux surtout du classique, puis ceux qui sont intermittents
professionnels qui jouent différentes musiques et cet article leur est consacré
et enfin il y a la grande majorité d’amateurs dont c’est le hobby et qui
s’expriment pour leur plaisir et le plaisir des autres bénévolement.
Certains
musiciens, ayant eu une formation moins élitiste et linéaire, m’ont demandé
aussi de raconter leurs parcours. Nous avons donc échangé avec ces musiciens passionnés,
souvent aussi doués mais différents, aussi méritants mais souvent avec une
autre psychologie. Ils ne sont pas autodidactes, ni passés par le moule des
conservatoires régionaux et nationaux pour de multiples raisons mais ils sont
devenus quand même des professionnels talentueux dans des musiques souvent
différentes que la musique classique.
Les
trois thèmes abordés ont été les suivants :
1)Est-ce
que votre milieu social était composé de musiciens/mélomanes ou non etquand s’est produite la découverte de
votre passion musicale et vos débuts d’apprentissage ?
2)Comment
s’est déroulé les débuts de votre carrière et votre vie de musicien,
professionnel intermittent ou « semi pro » cumulant ou non avec une
autre activité ?
3)Quelles
sont les relations avec les musiciens classiques issus des conservatoires
régionaux et nationaux et vos réflexions sur la musique et/ou votre vie
musicale ?
Et
choisissez un morceau de musique qui a du sens pour vous.
Laissons
les musiciens s’exprimer franchement :
A :
Personne ne jouait, ni n’écoutait de la musique chez moi et il n’y avait même
pas de disques, seulement la radio de temps en temps pour des variétés.
Mes
premiers contacts avec la musique fut l’harmonie municipale. J’y suis rentré gamin
pour le prestige du défilé en uniforme, pour participer à tous les évènements importants
de ma ville, pour avoir les applaudissements du public etc… Mais surtout ce qui
m’impressionnait, c’était de jouer beaucoup de musiques différentes, souvent de
la musique enlevée, de l’opérette, la musique de film, des airs à la mode,
jazzy, latino... Et
puis l’harmonie c’était un groupe, une ambiance conviviale où nous fêtions
Sainte Cécile la patronne de la musique, des repas ensemble, une entraide d’un
groupe amical et soudé dans la vie avec des ainés qui transmettaient ce qu’ils
savaient bénévolement à des jeunes et qui à chaque fois avaient un plaisir
évident de jouer ensemble mais avec discipline (il y avait des anciens
militaires !)
Je
voulais faire du saxophone mais tous les gamins voulaient en faire, le chef
m’ausculta les lèvres et m’indiqua que je n’avais pas les lèvres minces d’un
hautboïste, ni les lèvres normales d’un clarinettiste ou d’un saxophoniste mais
des lèvres un peu ourlées bonnes pour les baisers ! et le tuba. (En fait
après coup, j’ai su qu’ils avaient besoin d’urgence d’un tuba !) Donc
j’ai appris le tuba tous les jours avec un vieux musicien qui m’a transmis tout
ce qu’il savait et que j’ai vite remplacé et surprise, je me suis passionné pour
les basses et rapidement j’étais devenu incontournable à chaque prestation.
Mes
parents étaient fiers de me voir à chaque concert, car être musicien amateur
pour les milieux ouvriers d’une petite ville était la marque d’une ascension
sociale surtout quand l’harmonie se concentra sur les concerts et créa dans son
sein, une section fanfare inaugurant et défilant à toutes occasions mais aussi un
orchestre de bals où j’étais aussi le bassiste. Rappelons que la fanfare est
composée de cuivres et percussions et l’harmonie plus large rajoute les bois à
la fanfare.
En
effet passionné par les cuivres et les basses, dès le collège, je travaillais
2h par jour plus toutes les prestations. J’aimais bien déchiffrer toutes les
partitions des uns et des autres. J’étais un initié sachant lire les notes et
qui avait un sens du rythme, une énigme incompréhensible pour ma famille !
Mais ce que je préférais, c’était de faire les relevés des parties de basses
aussi bien des morceaux classiques que de toute musique d’ensemble. J’ai
appris aussi beaucoup tout seul.
Rapidement
avec la pratique intensive au tuba, à 15 ans j’ai gagné mon premier cachet et
il fut consacré à l’achat un électrophone avec un disque du grand Chaliapine et
un disque de Gerry Mulligan ! J’ai
fait des stages chez un bon musicien qui me donnait chaque année un programme à
travailler, des partitions de solos, des corrections de mes pratiques parfois
originales.
Je
devins donc dans mon harmonie le spécialiste des basses à vent et de la
section rythmique : tubas, ophicléide, saxhorn, soubassophone (toujours
spectaculaire et impressionnant), et même ponctuellement pour rigoler et cela
faisait toujours son effet un serpent (j’en avais découvert un aux puces qui
jouait plus ou moins juste). J’enchainais
rapidement les cachetons d’orchestres de variétés, de jazz, de musiques
diverses, maitrisant de plus en plus des instruments demandés dans les orchestres
de cuivres, des fanfares, des orchestres divers. J’avais au moins 3 orchestres
de styles et d’instruments différents en permanence d’où des problèmes pour
assurer ! J’ai tout de suite compris que de choisir une famille d’instruments
rares et incontournables était la bonne stratégie et allait me propulser dans
la vie de musicien professionnel.
J’étendis
ainsi mes instruments pour être un bassiste demandé régionalement et je me suis
mis ainsi à la guitare basse pour les orchestres à la mode pop, rock, jazz… Pour moi la musique c’était les basses, la clé
de fa, l’analyse harmonique de la basse etc… un ami acousticien m’a indiqué que
j’étais en phase avec les basses fréquences. D’ailleurs j’apprécie
surtout le violoncelle, les barytons, le basson et les basses chantées comme
instrumentales. Et
tout naturellement en jouant sans cesse, j’ai appris mon métier de musicien sur
le tas, enchainant des bals, les concerts, les boites de jazz avant de finir péniblement
le lycée car je dormais peu. J’étais l’artiste local, je jouais tous les samedi
soir pour des bals, des concerts avec l’harmonie, une boite de temps en temps
et je faisais la saison l’été dans une brasserie sur les bords de mer tous les
soirs. Je faisais déjà plus que les 507 h de cachets obligatoires par an actuellement
pour bénéficier du statut d’intermittent !
Je
gagnais plus d’argent que mon père ouvrier au smic, j’étais sur scène et
valorisé, les filles admiratives et accessibles surtout quand on jouait avec
leurs idoles car j’ai intégré rapidement des orchestres plus célèbres
accompagnant des « stars ». Je
ne me suis jamais posé des questions : j’étais un jeune et bon musicien expérimenté
et pas du tout impressionné, même si mon niveau technique était moindre, par des
étudiants du conservatoire national qui enchainaient les concerti mais à 20 ans, j’étais
doté d’une expérience solide, rompu aux scènes diverses et aux prestations
musicales en tout genre ! Cela correspondait à mon caractère car je soutenais
les solistes (mais en faisant aussi des impros en solo) tout en étant
indispensable. Pour moi la vie était tracée : je serai musicien dans un
rôle de bassiste, ce qui me comblait.
Et
puis peu à peu reconnu, j’ai « bouché les trous » et j’ai appris en
fait ce qui me manquait en harmonie, déchiffrage rapide. Grace à ces efforts, j’ai
fait quelques incursions avec les musiciens d’orchestres symphoniques et de
l’Opéra, les « requins » des studios d’enregistrement pour des
disques de variétés, pour faire des musiques de film et de publicité et même
fait quelques remplacements en orchestre pour jouer de la musique d’avant-garde
ouvertes. Mes
réflexions sur mon métier, la passion et faire ce qu’on a envie, et
choisir la convivialité avec des collègues-amis, et de donner du plaisir…
jamais je n’ai eu envie d’abandonner ce métier car je me suis bien amusé et
jamais ennuyé. Parfois c’est dur car les contrats ne s’enchainent pas
facilement ou ils arrivent en même temps ! Heureusement le statut d’intermittent permet
de réguler un peu cet état de fait. Il
faut être polyvalent et flexible, s’adapter à toutes les occasions,
accompagnant toutes sortes de musiques et de solistes et parfois ce sont de
vrais défis car certaines « stars » ne savent pas chanter en
mesure ou respecter les grilles d’accords ! J’ai beaucoup voyagé en France
d’abord puis un peu partout (les clubs de vacances, les croisières…) et j’ai
connu beaucoup de musiciens de tous niveaux et j’ai engrangé des souvenirs par
centaines. Je vais prendre ma retraite prochainement mais je vais continuer à
jouer….
Mon
projet est de former des jeunes dans des stages, car je ne l’ai jamais fait,
occupé à cachetonner toute ma vie, afin de transmettre moi aussi mon expérience
et le goût des basses comme on me l’a transmise quand j’étais jeune et
transmettre aussi la passion de la musique que je porte toujours en moi. Et
puis j’ai envie d’apprendre à jouer du basson que je ne connais pas et de jouer
du baroque ! « vous avez dit
bizarre … »
B :
Toute ma famille écoutait de la musique classique et chantait en chorale
et certains étaient de bons musiciens. J’ai donc vécu tous les jours dans une
ambiance musicale de qualité. Moi je suis une clarinettiste. J’ai toujours
voulu en jouer depuis mon enfance quand j’ai entendu le concerto de Mozart et
Piccolo saxo et Cie !
J’ai
commencé par le solfège et la flûte à bec à l’école de musique puis enfin la
clarinette.
Puis
à l’adolescence, j’ai découvert les clarinettistes de jazz en lisant la rage de
vivre de Mezz Mezzrow avec une passion pour Benny Goodman, Barney Bigard,
Hubert Rostaing. Je n’avais pas fini mon parcours de 3ème cycle au
conservatoire et la technique me manquait encore pour jouer comme eux !
Alors j’avais le choix, comme mon ami, de reprendre des études classiques afin
de maitriser mon instrument et de m’enchainer les morceaux de concours, les
concertis de Weber, Copland, Debussy etc… et de jouer ponctuellement aussi du
jazz pour me détendre.
Après
Sabine Meyer, Sharon Kahn, mon modèle a été Anat Cohen prouvant que les femmes
peuvent rivaliser avec les meilleurs mondiaux. J’ai décidé d’apprendre aussi
sur le tas ! Mon ami est devenu un vrai clarinettiste classique (et nous
jouons les 2 trios de Mendelssohn en concert parfois !), mais moi j’ai
bricolé dans l’éclectisme passant du latino (quand j’ai découvert Paquito de
Rivera) et la bossa de Jobim, essayant du klezmer (plus Berrot que Krakauer),
puis des variétés, de la musique tzigane et des balkans, jouant souvent du jazz
manouche enfin la musique du monde quoi.
C’est
toujours la même chose et dans tous les métiers : on est soit généraliste,
curieux et touchant à tout, soit spécialiste se concentrant sur un niveau
d’exigences maximum sur un répertoire limité. Moi j’ai préféré aborder toutes
les musiques qui m’interpellaient. Des amis ayant la même conception sont en
plus poly-instrumentistes. Est-ce que je suis une clarinettiste ? Oui mais
en entendant M. Fröst, P. Meyer, N. Baldeyrou etc… et beaucoup d’autres, je
suis admirative et modeste. Heureusement
j’ai fait un autre métier (mais pas dans la musique !) même si j’ai joué
dans ma vie « en semi pro», j’ai gardé mon envie de jouer, ce qui est pour moi
fondamentale, car j’ai vu des professionnels blasés qui n’aimaient plus la
musique, en overdose !
Je
pense que je jouerais toute ma vie, retraite comprise, de la clarinette car
c’est ma passion. Je joue souvent dans un quatuor de clarinettes. Par contre, j’ai
refusé de passer au saxophone pour cachetonner car la clarinette n’est plus à la
mode pour les musiques nouvelles et le jazz moderne. Je travaille en ce moment
que des transcriptions pour clarinette des partitas et suites de JS Bach, mais
aussi du Buddy de Franco et Eddie Daniels et Anat bien sûr.
C :
Pour moi cela relève presque de la psychanalyse ! J’avais un oncle qui
était trompettiste amateur doué et qui est décédé jeune et ma famille vivait
dans son souvenir avec la trompette trônant dans le salon dans une vitrine. Et
cet instrument quand j’étais enfant me fascinait. Quand mes parents travaillaient,
et que je restais seul, je sortais la trompette et je soufflais dedans et à ma
grande surprise des sons en sortaient ! j’ai tâtonné seul, essayant de
reproduire certains airs à la mode. Une fois mes parents m’ont surpris, j’ai reçu
une gifle d’avoir profané le souvenir de mon oncle et le lendemain après une dispute
entre mes parents, on m’a demandé de rejouer. Mon père était en larmes revoyant
son frère décédé, ma mère plus pragmatique m’a dit qu’à la rentrée elle
m’inscrirait à l’école de musique et que j’avais intérêt à travailler pour
faire honneur au trompettiste disparu et à entretenir son instrument - relique.
Ce jour-là j’ai compris que jouer pouvait générer des émotions (c’est la seule
fois que j’ai vu mon père pleurer), qu’il fallait travailler pour jouer
correctement (et ma mère suivait mes progrès tous les jours comme pour les
devoirs d’école), et que la musique serait un fil rouge, une passion dans ma
vie quand j’ai entendu mon prof jouer au cornet Singing The Blues de Bix Beiderbecke,
quel choc ! et quand il m’a prêté un disque de Maurice André jouant du
baroque, autre choc. Au
lycée nous avions monté un orchestre de jazz et je suis devenu trompettiste de
jazz avec les bases apprises à l’école de musique locale mais j’ai progressé
surtout à l’oreille « à la feuille » et non en déchiffrant des partitions.
J’aimais improviser en suivant mes modèles Satchmo, Chet Baker, Bix etc… une
faim insatiable pour tous les trompettistes de jazz où je reprenais toutes
leurs impros et puis « monté » à Paris, j’ai rapidement passé mes
nuits à jouer dans les boites de jazz et à gagner ma vie délaissant ma vie
d’étudiant.
Je
devins donc intermittent et jazzman et j’ai joué avec des bons musiciens de
jazz que je pensais autodidactes (cela fait partie du mythe ! mais en fait,
ils avaient une solide formation musicale, pas conventionnelle certes, mais
réelle enchainant les grilles d’accords complexes, les patterns…) dans des
endroits selects et dans des endroits miteux, avec des publics mélomanes qui
appréciaient mes solos et d’autres ignares mais c’est la vie de musicien… Après
plusieurs années de cette vie que j’appréciais, j’ai exercé en parallèle un
autre métier car je ne pouvais pas faire vivre ma famille qu’avec la musique
mais je cachetonne encore souvent et c’est bien ainsi car je joue toujours avec
plaisir à chaque prestation. Mes
réflexions : je regrette de ne pas avoir travaillé mon instrument
sérieusement mais socialement modeste et dans une petite ville de province, je
n’ai pas eu les conditions optimales. Ainsi il y a eu un plafond de verre qui
m’a empêché de faire du studio, de la musique de film, de rentrer dans des
orchestres plus prestigieux, d’enseigner etc…
Mes
enfants par contre ont fini le conservatoire régional et le comble, c’est
qu’ils sont arrivés à un niveau supérieur, me dépassant techniquement mais ils
ne veulent jamais devenir musiciens professionnels, jouer seulement pour le
plaisir du baroque mais pas de jazz !
(Overdose familial ?) A la maison c’est Bach ou Telemann contre
Miles ou Dizzy !
D :
Je viens d’un milieu aisé où la musique classique était omniprésente, concert à
la radio puis à la TV, disques avec la chaine Hi-Fi dernier modèle qui trônait
dans le salon, le piano de ma mère, la flûte de mon père et leurs sonates… je
crois que je connais l’essentiel du répertoire flute/piano ! et j’avais
droit à quelques festivals de musique classique l’été.
Moi
j’étais un enfant un peu rebelle et l’école de musique avec le solfège m’ennuyait,
la flûte douce à l’école et le classique ne m’attiraient pas ! Mes parents
voulaient que je joue du violon ou du violoncelle ! moi du
saxophone ! pour eux, seule la musique classique comptait et s’arrêtait à Debussy
et Ravel. En réaction, moi j’écoutais en douce chez un ami Lester Young et Coleman
Hawkins.
J’ai
donc suivi au conservatoire municipal la classe de clarinette car le saxophone n’était
pas alors enseigné mais le professeur m’avait dit que je passerais vite au saxo
plus facile !! J’ai
appris donc la clarinette pendant plusieurs années et avec un ami qui avait un
saxophone soprano, nous avons monté un orchestre et repris les duos Bechet/Mezzrow,
puis plus tard Luter/Bigard… et on a commencé à cachetonner. Plus
tard, j’ai acheté un ténor d’occasion Selmer mark 6, et j’ai appris comme j’ai
pu le saxo en transférant mes connaissances de clarinettiste et écouté et joué du
jazz toute ma vie !
Je
suis devenu donc saxophoniste jouant du soprano, alto, ténor, baryton un
peu en autodidacte au départ. Mes parents me faisaient écouter « pour me
former ou me rééduquer ? » M. Mule et Deffayet en classique et
leurs quatuors de saxophones, mais moi je jouais du jazz en stages et en
boites. J’apprenais l’harmonie pour lire les grilles du répertoire des
standards. Ce qui m’attirait, c’était les musiciens de la West Coast, la Bossa de
Jobim avec Stan Getz, m’inspirant selon l’époque de Dexter Gordon, Desmond, Mulligan,
bien sûr Parker et Coltrane etc…J’ai
cachetonné toute ma vie avec mes Mark 6, je suis intermittent et j’aime cela, et
j’ai accumulé beaucoup de souvenirs… quand je vois des jeunes sortant de la
classe de saxophone du conservatoire de Paris, ayant fait la classe de jazz
avec une technique éblouissante, je me sens expérimenté certes mais j’aurai
tellement aimé faire ce parcours mais à mon époque cela n’existait pas.
J’ai
assez peu rencontré des professionnels ayant fait « la voie royale »,
nos mondes ne se croisant pas. Ceux qui ont fait du studio d’enregistrement,
des musiques de film le peuvent mais moi je suis un jazzman avant d’être un
technicien virtuose de mon instrument et de la musique (déchiffrage rapide et
transposition).
E : La culture de ma famille tournait autour
des sports ! la musique était peu présente sauf à la radio avec de la
variété et mon père aimait, comme De Gaulle, les marches militaires !
J’étais
en vacances au bord de mer et j’écoutais de la musique sans penser à en faire
activement. Jeune adolescent j’étais fasciné par deux choses : les filles
sur la plage et un orchestre de variétés qui faisait les bals et qui jouaient à
une terrasse de café. Je
passais mon temps à les écouter et un des musiciens s’aperçut que j’étais toujours
devant la scène, à l’écoute, passionné avec un air extatique ! et il
devint mon mentor. Tous les jours pendant deux mois, j’assistais aux concerts,
bals, puis répétitions et ce qui me fascinait, car ils jouaient toutes les
sortes de musique (latinos, jazzy, variétés langoureuses lors des thés dansants
des séniors au Casino, bals le soir pour les ados avec les airs à la mode avec
tous les rythmes.)
C’est
le rythme qui me fascinait. Et mon mentor m’a appris le solfège en se promenant
tous les jours sur la plage en faisant des pas réguliers métronomiques et à
chaque pas en intégrant blanches, noires décomposant croches, doubles, triolets,
syncopes, contre - temps etc… et comme il adorait marcher, je me suis avalé les
rythmes de plus en plus complexes en marchant et en chantonnant avec lui !
On nous prenait pour des originaux ! et à la fin de la saison je suis
devenu batteur, portant surtout le matériel, de concerts en bals, mais accompagnant
parfois des slows, des rythmes et morceaux simples. Et
je me suis aperçu que j’atteignais mon deuxième objectif : les
nanas ! A la rentrée j’étais inscrit en percussions au conservatoire local
et je me défoulais dans le garage avec mes disques et la batterie… chose
bizarre les voisins avaient une certaine indulgence, mais j’ai toujours joué en
mesure naturellement. « J’avais le rythme dans la peau » selon la
formule maintes fois répétée.
En fait par l’expérience, j’ai appris le
solfège, entendre les grilles harmoniques d’accords et écouter les autres, être
à l’aise sur scène et me familiariser avec d’autres percussions etc… Puis j’ai
vu en concert les percussions de Strasbourg en musique moderne, et des batteurs
de Jazz, surtout Kenny Clarke ! le pied ! Alors j’ai décidé que je
serais musicien après le bac ! Puis j’ai intégré différents orchestres,
petits et grands. J’ai joué avec des musiciens « sérieux » provenant
des conservatoires, ce qu’on appelait la voie royale. Tout ce qu’apprend un
musicien dans les conservatoires par des professeurs réputés, nous on l’apprend
sur le tas, et si on déchiffre moins bien, on a d’autres qualités, l’oreille,
mais surtout l’improvisation qui est trop délaissée (à part les organistes) alors
qu’elle était le fondement de tous les grands musiciens classiques : Bach,
Mozart, Beethoven etc…
Et puis il y a la diversité de toutes les musiques
rythmées…rien qu’avec la musique latine on a quoi faire ! J’ai étendu mes
compétences dans différentes percussions notamment le xylophone. J’aime toutes
sortes de musiques, aucune n’est mineure si le rythme est présent et varié, par
contre j’exècre la boite à rythmes des orgues portatifs. J’ai enseigné aussi en
école de musique et fait beaucoup de musique contemporaine.
Actuellement je suis en fin de carrière mais
je joue encore souvent, pour cachetonner bien sûr mais aussi pour le plaisir de
montrer aux jeunes ce que papy fait avec une batterie.
F :
Mon père était professeur de maths au lycée et musicien amateur. Il m’a appris
très jeune le solfège comme les maths tous les jours ! Glen Gould jouant
Bach tournait en boucle puis il m’a inscrit enfant au cours de piano et en
parallèle j’ai été recruté dans une chorale réputée d’enfants catholiques qui enchainait
les concerts avec une vie musicale stricte et professionnelle. On me prédisait
un avenir de musicien.
Puis
à l’adolescence j’ai mué (heureusement quelques siècles avant on m’aurait
castré !). Le
répertoire de Chopin (qui était obligatoire pour ma prof) m’ennuyait un peu car
moi je voulais jouer de l’orgue portatif et accompagner les autres solistes,
chanteurs (euses), poètes, musiciens de tous genres, jouer en groupes…. A
l’adolescence, j’ai arrêté le piano et le chant classique mais j’ai eu en
cadeau, le plus beau de ma vie, un orgue portatif d’occasion d’un bon professionnel
avec des boites à rythmes … le nirvana ! J’ai donc travaillé les
possibilités de mon instrument seul, ponctuellement avec des musiciens, en
stage aussi, et surtout en jouant sans cesse car je n’ai jamais arrêté d’accompagner,
d’animer…En
fait avec un orgue on n’a pas besoin obligatoirement de jouer avec d’autres car
je chantais aussi les chansons, pas la musique sacrée apprise jeune mais les
variétés.
Puis
on arrive à des limites et j’ai repris en fait des études musicales de façon
discontinue en croisant le programme des études classiques de conservatoires
(gammes, arpèges, harmonie, rythmes, phrasé, etc…) car en fait, même si on
prend des chemins de traverses, on retombe sur l’enseignement rationnel des conservatoires
et on arrive peu ou prou au même résultat.
En
fait je suis convaincu que l’on peut être un bon musicien soit en suivant la formation
initiale des conservatoires avec des études rationnelles rapides et
rébarbatives mais efficaces et valables si on est docile (car motivés nous le
sommes tous), soit en formation continue par expérience et en alternance si on
est un peu plus rebelle et si on privilégie de jouer sur scène avant la
maitrise de son instrument ! et si on aime d’autres musiques que le classique. Mais
à 30 ans nous avons sensiblement les mêmes niveaux même si nos voies pour y
arriver ont été différentes mais uniquement pour toutes les musiques (car la
musique classique et contemporaine demande des efforts plus importants.)
J’adore jouer des variétés, du latino, des standards de jazz, de la musique de
film…. J’ai eu plusieurs orchestres de variétés car en fait les musiciens comme
nous, ce n’est pas le niveau, les émotions transmises qui nous différencient avec
les musiciens classiques mais surtout le style de musique. Je peux jouer toutes
sortes de musique mais pas les concertos difficiles au piano ! Nous
faisons le même métier mais pas la même musique.
G :
« Moi je chante soir et matin, je chante ça m’fait du bien …. et ma vie
est émaillée de chansons. Je suis issue d’une famille où la musique se résumait
aux variétés chantées.
J’ai
donc commencé à chanter « comme un rossignol disait ma mère), gamine, les
chants des idoles de mes parents. Comme je chante juste naturellement, même a
capella , ayant l’oreille absolue, on a décidé que j’avais un don et que je
n’avais pas besoin d’aller à l’école de musique faire du solfège et chanter des
airs d’opéras ! donc je suis une véritable autodidacte au départ, faisant tout
à l’instinct et à l’oreille et j’ai une excellente mémoire me permettant
d’avoir un répertoire étendu. J’adore l’émission de Nagui « n’oubliez pas
les paroles » car je retrouve « des sœurs de chants ».
Et
puis au collège notre prof de musique, qui m’avait entendue lors d’une fête et
qui dirigeait une chorale, m’a prise en main. Quel décalage avec un motet
de Palestrina ! j’imitais à l’oreille sans être capable de lire une partition.
Elle me faisait entendre des vraies chanteuses classiques mais leurs vocalises
ne m’attiraient pas (sauf le concerto pour une voix de Saint Preux que j’ai
chanté pendant longtemps) et puis il y a eu les chanteuses de Jazz et le Gospel !
les double six, les swingle singers…chantant du Bach comme modèles à imiter. Ma
voix était belle, pure, naturelle mais je ne travaillais pas. Ma prof consternée
me répétait : « quel gâchis ! » ce qui était peut-être la vérité
mais pas stimulant ! J’ai donc appris un peu les bases de la musique sans
enthousiasme et j’ai chanté dans des groupes de variétés les airs à la mode
surtout dans les bals et fêtes diverses avec plaisir.
J’ai
chanté des cantiques, des arias à l’église avec orgue, chanté lors des mariages
avec l’incontournable Oh happy day et des services funèbres avec the Upper Room
en Gospel. A chaque évènement je poussais la chansonnette et comme je chantais
un peu de tout, je m’adaptais aux demandes du public sans efforts du petit vin
blanc à Barbara, de la bohème d’Aznavour à l’aria de Bach, du besame mucho pour
les anniversaires de mariage etc… et c’est la variété de la musique qui me
plaisait, le coté naturel, sans travail technique. Je demandais rarement un
cachet mais « le chapeau » (où le public donnait la somme qu’il
voulait selon sa satisfaction, ce qui est plus conforme à ma conception de la
vie de musicien.) En fait je n’arrêtais pas et je n’ai jamais eu la sensation
de travailler, ni de me forcer à jouer. Puis
comme beaucoup de femmes, j’ai consacré ma vie à ma famille, j’ai limité les
prestations en public, mais je me suis intéressée à d’autres musiques à savoir
les lieder de Schubert et de Schumann, à quelques airs d’héroïnes d’opérettes
puis de Mozart toujours en imitation, à l’oreille surtout, et bien sûr des airs
entendus à la radio…
Je
suis surprise que tu me demandes de raconter ma vie car pour moi je ne suis pas
une musicienne de métier, n’ayant aucun diplôme, j’ai été une chanteuse de
variétés. Je ne peux pas me passer de chanter, c’est plus fort que moi, et
encore souvent en public. Pour moi la musique est avant tout de transmettre des
émotions diverses et j’ai un répertoire varié et étendu pour les illustrer
toutes.
Mes
enfants sont grands et je suis devenue intermittente car je m’accompagne à la
guitare et je joue souvent pour égayer et animer les maisons de retraite !
c’est un public tellement attentif car les chansons jouées rappellent leurs
souvenirs, leurs amours, leurs chagrins… et puis je chante depuis longtemps
dans une chorale de gospel, chanter en groupe et faire des concerts, chanter
encore et encore…. A toutes les périodes de ma vie, des musiques différentes
m’ont accompagnée. En ce moment, c’est Oum Khalsoum une des plus grandes avec
Ella et La Callas bien sûr ! pour moi la musique c’est la voix, c’est la
vie.
Illustration
musicale choisie : The man I love avec Billie Holiday car c’est en
chantant cela sur scène que j’ai accroché l’homme de ma vie ! et rituel
familial obligé, je lui chante à tous ses anniversaires…
Si certains ont des expériences différentes, ils
sont les bienvenus pour continuer cet article
Je me
lance dans une réflexion que beaucoup de musiciens (et autres) à la retraite se
posent sur l’interrogation célèbre : Qu’as-tu fait de tes talents ?
L’époque était propice pendant la pandémie, pour certains musiciens à une
introspection, à réfléchir sur leur vie et à concrétiser leurs pensées.
Nous allons montrer à partir de cette
parabole plusieurs visions et évolutions des valeurs enseignées à travers
des expériences de vie de musiciens souvent âgés. J’ai résumé les conversations que j’ai eu avec certains
musiciens, plus ou moins talentueux, amateurs ou professionnels. En fait
cette question était récurrente et revenait sans cesse d’où la demande à des
musiciens amis qui, sous couvert d’anonymat, ont pu s’exprimer librement. Certains propos proches et
complémentaires ont été regroupés, l’important étant
la richesse des idées énoncées qui en fait reprennent toutes les idées énoncées
de la parabole chrétienne et même sur ses extensions athées.
Un rappel :Au
démarrage cette question est tirée d’une parabole de Jésus citée dans
l’évangile de Matthieu.
Les étapes de la parabole : 1°
Le Maitre part et confie à certains serviteurs employés la même mission : gérer
un trésor (des talents) avec des sommes différentes pour chacun en son absence.
2° Liberté totale des actions de gestion du trésor par les serviteurs. 3° Le
retour du Maitre avec une évaluation et le jugement sur la mission confiée et
les actions menées.
La parabole est un récit enseignant une
morale à suivre qui permet une réflexion structurante pour organiser sa vie
et/ou celle des autres. La parabole raconte au premier degré une histoire
courte mais qui engendre rapidement un deuxième degré symbolique, puis à un
troisième degré, une méditation philosophique pouvant être déconnectée de toute
religion.
Le talent, au sens propre, était
physiquement une monnaie précieuse d’or ou d’argent considérable, en fait un
trésor équivalent à plusieurs années de travail à l’époque. Très vite cette
parabole connue est riche d’enseignements puisqu’elle a traversé les siècles et
les pays en subissant nombre de dérives, d’applications, de réflexions comme
actuellement dans le développement personnel ou comme dans le management des
ressources humaines.
Car dès le départ le talent, au sens
figuré, voulait dire aussi don, capacité, aptitude exceptionnelle, possibilités
rares, un trésor en fait qu’il faut faire prospérer quand on a la chance de
l’avoir reçu. Ici il ne sera question que du don musical.
La parabole des talents fut célèbre à cause
de ce glissement vers différentes définitions du mot au figuré et qui
permettent une réflexion parce qu’elle pose une question fondamentale que
tout le monde se pose un jour ou que l’on vous pose : Qu’as-tu fait de tes
talents ? de ce trésor que tes parents et éducateurs t’ont donné, que les
événements et opportunités ont permis et que ta volonté et tes efforts ont
plus ou moins forgés ?
La question de l’utilisation de nos talents
est fondamentale : nous pouvons tirer de nos aptitudes le meilleur comme
le pire.
La parabole décrit notre passage sur
terre :
Le Maitre pour les évangiles c’est le
Christ bien sûr et le talent confié à chacun c’est la foi chrétienne qu’il
s’agit d’entretenir. C’est la première acception mais il y en a d’autres,
athées, qui permettent la longévité de cette parabole. Le Maitre peut être
aussi notre conscience en revenant sur nos actions (introspections), une
évaluation nécessaire pour notre développement personnel pour progresser dans
le mieux vivre avec soi et avec les autres. Mais elle est de plus en plus
utilisée aussi par des hiérarchiques, petits maitres terrestres régnant sur les
autres. L’extension de cette question existentielle possède ainsi d’autres fins
entre autres développer le potentiel des ressources humaines et la productivité
en entreprise.
Qu’as-tu
fait de tes talents musicaux ? puis indique nous quelle est l’idée-force
de la parabole pour toi ? enfin quel est mon article que tu préfères ?
En fait nous voyons que les réponses de
musiciens choisis sont très hétérogènes et complémentaires pour les trois
questions.
A : J’aurais pu si j’avais voulu !
j’étais assez doué pour la musique mais je n’ai pas assez travaillé mais
je m’en sors quand même relativement bien. J’ai joué la musique qui me faisait
plaisir, à savoir du jazz moderne, et j’ai progressé tranquillement tout au
long de ma vie en travaillant mon instrument selon mon rythme et puis il n’y a
pas que la musique dans la vie ! En fait j’ai travaillé sur plusieurs
sujets car j’étais doué aussi pour les études et j’ai fait un métier qui n’a
rien à voir avec la musique mais par contre j’ai toujours joué de la musique
qui reste ma passion. On peut, sans passer par les études supérieures de
conservatoires, en pseudo autodidacte (cela fait bien !) acquérir un
niveau acceptable pour jouer correctement. L’important demeure : est-ce
qu’on veut être un technicien qui maitrise son instrument pour faire de la
musique ? ou passer sa vie à travailler pour exceller comme le font certains
virtuoses.
Pour moi être un artiste, c’est posséder un
minimum de technique bien sûr mais surtout aimer et vivre la musique qu’on joue
et la faire partager aux autres et puis la musique est un monde permettant de
multiples activités passionnantes.
Pour répondre à ton autre question :
pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est
l’importance des notions de liberté et de choix personnel dans l’expression
voire l’épanouissement de ses talents individuels.
Nous avons
tous lu tes nombreux articles dans ce blog et mon article préféré est
l’interview du saxophoniste G.Badini… pompompidou !
B :
Pour moi cette parabole, c’est la nécessité de subir la domination du
Maitre quel qu’il soit : il fallait appeler son professeur Maitre !
puis le chef d’orchestre, et tous les autres dirigeants qui m’obligeaient à
jouer de la musique qu’ils choisissaient et la jouer comme ils le voulaient.
Déjà le compositeur imprime sa volonté dans la partition et on doit exécuter
fidèlement les ordres, les notes, les annotations. Nous sommes que des
exécutants ! … Souvent je suis fatigué de jouer toujours les mêmes
répertoires car je joue un instrument qui est rarement soliste !
Heureusement l’orchestre, le syndicat et les fraternelles permettent de créer
une communauté intéressante où d’ailleurs j’ai puisé tous mes amis. Mais quand
je suis seul et que j’ai fini mon boulot de musicien, car pour moi c’est un
travail comme un autre, je peux jouer librement pour moi et improviser en
rebelle, sans notes, avec des grilles harmoniques sur mon piano que je maitrise
plus ou moins ! j’ai aimé ton article sur le festival de Royan, c’était
mon état d’esprit et ma conception de la musique mais il faut travailler pour
manger…
Comme
beaucoup, nous critiquons le comportement autoritaire des chefs, du maitre, qui
conduisent leurs musiciens-employés par un pouvoir vertical de type militaire
(les ordres, la mission à réaliser, les réprimandes voire les punitions des
managers) et la parabole est explicite là-dessus.
Par
contre, je suis à l’aise lorsque on laisse le pouvoir vertical pour aller vers
l’autorité horizontale et donc à l’expression des talents complémentaires des
uns et des autres formant une équipe opérationnelle et soudée en réflexion
collective. C’est pourquoi je préfère jouer la musique de chambre mon plaisir, à
la musique symphonique, mon job, mais la musique de chambre ne nourrit pas son
homme !
Pour
moi l’idée fondamentale que j’ai retenu de cette parabole c’est aussi la
glorification du libre arbitre, de la liberté mais aussi d’en payer le
prix ! j’aurais aimé être un musicien libre comme Michel Portal et
jouer ce qui me faisait envie, toutes sortes de musiques mais je n’avais pas
son talent ni sa force psychologique… donc j’ai enfoui mon talent dans la
fosse ! mais je suis lucide, pas nostalgique, ni jaloux, mon talent est de
constater mes possibilités dans un monde qui ne me plait guère.
C : Je suis assez contente de
moi, j’ai utilisé mes talents modestes au demeurant, mais j’ai bossé, bossé
sans relâche et j’ai eu une vie personnelle et professionnelle réussie car
j’ai optimisé. Je ne pense pas que j’aurais pu avoir un orchestre et un
conservatoire plus prestigieux vu mon niveau. Le métier de musicien c’est de
vivre à la fois dans la compétition permanente mais aussi dans la coopération
pour jouer ensemble et cela ce n’est pas facile à faire.
Je n’ai jamais voulu être une soliste, une
star donc une rivale pour certains et puis je suis devenue une bonne pédagogue
et cela ce fut une surprise ; peut- être ne faut-il pas être trop fort
pour se mettre au niveau de ses élèves (mais j’ai eu des élèves qui ont dépassé
leur professeur !) et j’ai pu faire aimer la musique à beaucoup donc ma
mission est réussie comme dans la parabole.Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole c’est la valeur travail qui est sublimée car le don
est rare, un vrai trésor qui doit être fructifié et pour cela si on en possède
un, même limité, il faut avoir la volonté et l’envie de travailler beaucoup et
sans cesse !
Ce qui me gêne par contre dans cette
parabole c’est l’exclusion de la majorité, cette aristocratie élitiste choisie
par le Maitre montrant que le talent comme la musique sont réservées à quelques-uns.
C’est pourquoi, j’ai toujours suivi le projet de Jack Lang sur la fête de la
musique où tous jouent, bons ou moins bons, en amateurs au sens étymologiquement
du mot qui aime sans comparaison de niveau. J’espère jouer encore longtemps, en
fait jusqu’à la fin comme ta mère.
D : Mon talent est d’avoir compris
assez rapidement lors de mes prestations, de mes études supérieures et des
master-class que mon talent était réel mais limité. Avec la compétition
permanente sous-jacente dans ce monde musical, ces concours à répétitions, j’ai
rencontré vraiment des grands musiciens doués. Mais comme je ne pouvais pas
vivre en dehors de la musique, j’ai pu jouer en amateur averti de la musique de
chambre surtout ou en petit orchestre voire me hisser en soliste, jouer
différents styles de musique selon mes envies, faire des concerts de qualité,
de devenir aussi un collectionneur de mon instrument et un mélomane doté d’une
culture musicale variée et solide.
Dans le métier de musicien, la chance est
importante et n’est pas toujours liée au talent et rechercher le succès à tout
prix n’est pas un gage de réussite et d’épanouissement. Je suis toujours
admiratif des autodidactes, ceux qui ont la musique vraiment en eux et qui
n’ont pas eu la chance de faire des études poussées mais qui régalent les
autres quand même avec des musiques très diverses mais de qualité.
On me considère comme un dilettante doué,
un amateur original et ce jugement me satisfait ! mais moi je me considère
aussi comme un artiste, fantaisiste peut être mais qui n’est pas un esclave de son
instrument. En fait en jouant je me fais d’abord plaisir car pour moi un
dilettante joue de la musique d’abord pour soi, voire pour recevoir des signes
d’admiration, et parfois pour faire plaisir aux autres.
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole, c’est de ne pas se comparer et jalouser les autres
plus doués et qui ont plus de talents que vous, mais de suivre sa route,
d’avoir surtout confiance dans l’avenir et si possible de récolter ce que l’on
a semé, sans chercher à avoir des résultats à montrer et une reconnaissance
ou un statut à rechercher. Le jugement des autres, du public, des Maitres… je
m’en fous ! par contre je m’évalue sans cesse et je suis souvent assez dur
avec moi-même notamment dans les enregistrements.
E « J’aime cette question
existentielle de Jésus où le talent est la foi en Dieu à faire prospérer car je
suis proche des valeurs morales enseignées. Sa vision religieuse qu’une vie
réussie est plus importante que la réussite matérielle et professionnelle est
fondamentale pour moi. La musique pour moi est d’abord sacrée et n’a été qu’un
moyen pour accompagner ma foi et celle des autres tous les dimanches à l’orgue,
en chantant des cantiques et dans une bonne chorale de musique sacrée. J’ai
parcouru ainsi le monde et j’ai vu la puissance de la musique sur des sociétés
bien différentes. Même si on utilise le sens figuré de talent comme don donné
par Dieu, il est très rare et ceux qui en sont pourvus doivent l’entretenir, le
faire fructifier sinon c’est une offense à notre Créateur et aussi à nos
parents, éducateurs qui ont essayé de le développer.
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole c’est d’avoir toujours la foi, c’est la vision
religieuse et des qualités morales et éthiques qui permettent aussi d’avoir
confiance dans la vie, l’espoir du lendemain, le partage et l’amour pour les autres
et leur faire plaisir (ainsi quand je joue bénévolement) et je plains ceux qui
n’ont pas de vie spirituelle et qui sont abreuvés de musiques débiles qui
obscurcissent leurs possibilités d’écoute et d’émotions.Lien :
article préféré dans ce blog écrit par JDT : Méditation et pratique des instruments à vent
F : Moi, je n’ai pas eu un contexte
favorable pour faire éclore mes talents : famille, école, environnement,
conjoint, travail… rien n’a été stimulant et j’ai lâché prise dans la
compétition permanente qui structure le métier de musicien qui est un métier
difficile. J’ai renoncé il est vrai à force d’en avoir assez à me battre avec
moi-même et les autres, car j’étais seul et sans aides et en plus je devais
gérer mon manque de confiance en moi, le trac et d’avoir recours à la médecine
(tu as écrit un article sur ce sujet !). Avoir la volonté de faire des
exercices tous les jours en sachant que je ne pourrais jamais égaler les
meilleurs est dur à gérer… j’avais peut-être des aptitudes pour la musique mais
pas le mental.
Je me suis donc tourné vers des musiques plus
faciles et moins exigeantes mais en faisant quand même de la qualité car j’ai
été formaté quand même par un conservatoire régional. J’ai trouvé ma voie dans
des concerts et studios d’enregistrement, d’orchestres de variétés en
accompagnant des musiciens plus ou moins bons mais au royaume des
aveugles, le borgne est roi ! et en plus la vie et les gens étaient souvent
sympathiques. Mes talents ont été reconnus et ont pu s’exprimer en fait dans la
joie et la bonne humeur et en plus me faire même gagner correctement ma vie
comme musicien et arrangeur. Je suis aussi professeur et cela est très
enrichissant (sauf matériellement !)
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu
de cette parabole est que ce ne sont pas les résultats qui comptent mais les
efforts consentis malgré les inégalités de départ. Nous n’avons pas tous les
mêmes cartes pour jouer ! et l’important c’est d’avoir l’espoir, la foi
dans ses capacités, sa résilience, d’être bien dans sa peau et après de faire
au mieux avec ce qu’on a. Ce sont ces valeurs présentes dans la parabole de
Jésus que je transmets à mes élèves. Lien : article préféré dans ce blog
écrit par JDT : je me suis retrouvé souvent dans l’interview de
Bernie : Vie d'un musicien de studio
G : On me dit que j’ai pris la
mauvaise route, que j’ai gâché mes dons musicaux en faisant la fête, que
j’étais peu responsable comme un enfant gâté en pensant qu’avec mes capacités,
ma chance et ma famille aisée, leur réseau et leur fric je réussirai quand
même ! La question est pour moi redoutable car comme dans la parabole
j’ai enfoui mes talents pour des paradis artificiels et futiles et surtout les
filles, la rigolade mais je me suis éclaté ! Mes résultats après toutes
ces années ne sont pas terribles. Merci José pour la statue du
commandeur ! dur à supporter mais c’est le passé ! Moi désormais,
j’attends la deuxième partie de ta discussion sur que ferez-vous maintenant de
vos talents, j’ai des projets d’avenir…et là j’ai droit à une deuxième chance
pour faire éclore mes talents non ?
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole c’est l’éloge du libre-arbitre, la responsabilisation
individuelle et surtout le fait d’assumer les conséquences de ses choix car il
y a toujours un temps pour le jugement (du Maitre, des autres ou de soi)
Lien : article préféré dans ce
blog écrit par JDT : Quiz et anecdotes amusantes car le
musicien a trop tendance à se prendre au sérieux ! Mais où est le plaisir
que la musique avec les copains (et copines !) te procure et qu’on a
partagé… tu es devenu bien sérieux !
H : Vous me faites rire, moi je
suis doué pour pas grand-chose et la musique était une des rares matières qui
me plaisait et que j’arrivais à faire. Donc je suis devenu musicien
professionnel et suis rentré dans l’armée. Ma vie estune succession
d’échecs aux concours importants musicaux et de ratages personnels car j’avais
le trac même avec le secours de médicaments. Dans le groupe ça va, je fais mon
job dans un orchestre. J’ai l’impression d’être un imposteur quand on me
prend pour un musicien talentueux. J’assure c’est vrai mais sans talent
particulier, comme un bon artisan c’est tout.
Les dons sont difficiles à expliquer : précocité,
originalité, créativité, fulgurances créant des ruptures géniales dans les
sciences et les arts ouvrant de nouvelles perspectives. Le talent exprime la
supériorité intellectuelle, artistique et sportive de certains, voire pour
d'autres encore plus forts le génie. Le talent est rare (5% de la population selon Mac
Kinsey), c’est un don exceptionnel et cela m’agace de le voir se
banaliser pour tout et n’importe quoi et n’importe qui, encore plus quand ce
sont des gamins, considérés comme des stars, des prodiges à haut potentiel, des
surdoués, voire des génies etc…que de frustrations on leur
préparent ! » beaucoup de musiciens ont un égo surdimensionné et
n’ont pas le sens de la mesure ! ce qui est gênant évidemment ! avoir
des doigts c’est à la portée de n’importe qui à condition de travailler mais le mental de
jouer en soliste devant un public, il faut être narcissique, mégalo,
inconscient et autres qualités…(.rires ) ou se bourrer de drogues ou bien avoir
un réel talent !
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu
de cette parabole, c’est que même si on n’est pas parmi les meilleurs, qu’on ne
fait pas partie des élites, des premiers de cordée, on peut réussir à condition
de ne pas s’illusionner sur soi et de se contenter du don que l’on a et ne pas
forcer le destin car le retour de bâton, je l’ai vu pour certains, peut être
catastrophique ! je suis le 2èmeserviteur de la
parabole !
I « J’étais doué et très jeune mes parents
m’ont mis sur orbite pour devenir un grand musicien aussi bien techniquement
que psychologiquement. J’ai eu des professeurs particuliers au lieu d’aller à
l’école et fait de la musique à haute dose. Aussi je suis sorti avec le 1er
prix du CNSM à l’âge où d’autres y rentraient. J’ai enchainé les concours
internationaux, les concerts, les disques, les festivals et je suis devenu connu
surtout pour ceux qui pratiquent mon instrument. Pourtant cela ne m’a jamais
monté à la tête car je devais exploiter ce trésor miraculeux donné
par Dieu, le hasard ou la génétique ? je ne sais pas ! J’ai
donc exploité mon talent en travaillant et en sacrifiant beaucoup d’autres
choses, pratiquement tout, et j’arrive maintenant à un âge où cela devient plus
difficile. J’ai joué l’essentiel du répertoire de mon instrument et puis le
niveau augmente sans cesse, les jeunes poussent et je ne sais pas si je
pourrais garder mon niveau et ma place. J’admire les musiciens qui jouent
encore magnifiquement bien quand les autres sont à la retraite ! pour moi
mon talent sera désormais d’évoluer et de me reconvertir vers la direction
d’orchestre, l’amélioration de la facture de mon instrument, la formation des
futures élites…
Pour moi le message de cette parabole est
toujours de croire en soi, d’avoir la foi dans ses aptitudes individuelles, de
pouvoir rebondir et de ne jamais renoncer même si le succès varie, même si la
santé est chancelante, même si vous supportez de moins en moins bien les
critiques et les décalages horaires. Il faut continuer à croire que si on veut,
on peut et la musique, les musiciens et les instruments sont en constante
évolution… et cela c’est formidable. Lien : articles préférés dans ce
blog écrit par JDT : l’article sur la saga de Buffet Crampon
J : J’ai gâché mes petits talents
en m’illusionnant sur de fausses aptitudes d’instrumentiste. J’aurais dû
connaitre le principe de Peter et j’ai galéré une bonne partie de ma vie en me
stressant sans cesse pour me hisser à un niveau toujours supérieur, hors
d’atteinte en fait, en prenant des risques, en voulant plus de succès, de
reconnaissance. Puis j’ai eu ma phase dépressive du génie romantique
incompris ! J’ai cru longtemps que j’avais perdu mon énergie et mon temps
mais j’ai pu acquérir des talents nouveaux par ces expériences en
orchestre ! Car ce qui est sûr c’est que l’apprentissage de la musique
développe des capacités essentielles de concentration, de volonté, de travail
de précision et de qualité etc… pour réussir dans d’autres domaines. Je fais
désormais un autre métier mais lié à la musique car c’est un domaine très vaste
où on peut exprimer d’autres qualités. Et puis étudier la musique ouvre un
champ magnifique de beauté et de plaisir que l’on garde toute sa vie et je
plains ceux qui n’ont pas accès à la culture musicale. J’aime bien les
musiciens qui pinaillent, qui recherchent l’authenticité comme l’esprit des
baroqueux.
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole, est que l’absence du Christ avant le jugement dernier
ne doit pas entrainer la perte de la foi en Lui. L’absence de succès qu’on
estime mériter ne doit pas entrainer une perte de motivation et ne doit
pas nous impacter. Mais attention que de chimères on vend au pauvre étudiant en
musique ! Dans la musique comme en sport, en politique … il y a beaucoup
d’appelés et peu d’élus ! dans ce grand cirque qu’est la vie.
Lien : article préféré dans ce
blog écrit par JDT : j’ai hésité entre La musique de cirquel (j’aurais
adoré faire cette expérience) mais je choisis les baroqueux.
K : J’ai réussi ma vie relativement car
théoriquement j’aurai pu faire encore mieux, ayant quand même des talents réels
mais j’aime bien la phrase de Talleyrand : « Quand je me vois, je me
désole, quand je me compare, je me console ! » mais en fait j’ai eu
de la chance de pouvoir vivre de ma passion et de vivre des moments rares.
Mais, en dernière analyse, pour moi l’essentiel est d’avoir réussi à constituer
une famille épanouie avec des enfants mélomanes et musiciens amateurs de bon niveau
donc je dois avoir quand même d’autres talents ! Etre musicienne en
épanouissant son talent et enchainer des concerts tout en réussissant une vie
de famille n’est pas facile … mais c’est le lot de nombreuses femmes non ?
En France, nous avons la chance d’avoir un maillage de conservatoires drainant
tous ceux qui sont intéressés par la musique et qui permet l’éclosion des
talents et la possibilité de méritocratie. J’ai joué dans beaucoup de pays qui n’ont
pas de politique musicale et que de talents sont gaspillés ! l’élitisme
est mondialisé mais pas seulement en musique. On assiste
actuellement à un renversement de politique des ressources
humaines d’inclusive à exclusive. Au départ en France, il y avait la
politique inclusive à savoir obtenir le meilleur des musiciens salariés
dans l’orchestre. Désormais c’est le modèle américain de la politique exclusive
c’est-à-dire obtenir et acheter les salariés les meilleurs et de les virer
s’ils ne conviennent plus ou si on trouve meilleurs qu’eux !
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole, est de ne pas rechercher sans cesse les récompenses,
le succès, les résultats… Ils vont venir tout seul si on fait les bons choix
éthiques d’une vie équilibrée sans se laisser avoir par le mirage des succès
éphémères de la vie d’artiste, les dithyrambes et les critiques, qui comme nous
le savons tous, sont deux mensonges.
Article préféré dans ce blog écrit par
JDT : la musique de film car j’adore le cinéma et j’ai fait des concerts
de Musique de fims, musiques qui ne sont pas mineures comme le pensent
certains.
L : J’avais des facilités
artistiques et j’ai choisi de militer et d’investir dans la politique (qui
n’est pas un art !) et même si ceci fut souvent décevant, j’ai mobilisé
mes talents pour réussir ma vie, à savoir avoir une position sociale. Par
contre mes talents musicaux eux sont restés au second plan et
contrairement à d’autres musiciens, j’ai vivoté sans rien accomplir de
significatif professionnellement en musique. Et pourtant, j’ai une position enviable
de pouvoir dans le milieu musical en étant proche des musiciens et de la
musique. Par des chemins détournés, en fait j’ai mobilisé mes talents
d’organisateur dans le monde de la musique et non grâce à mes talents non
exploités de musicien ! et pourtant sans ces talents musicaux, je ne
serais pas crédible avec eux pour les manager ! et puis beaucoup de
musiciens sont loin des réalités pratiques et ont besoin de moi.
Une évolution m’inquiète pour les musiciens
car avec la mondialisation, les recrutements sont internationaux comme les
clubs de foot ! Ainsi si on a les subventions et les sponsors, on peut se
payer les plus talentueux, les meilleurs évènements, donc les médias…
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole est la responsabilisation de ses actions. Il faut
assumer et surtout s’évaluer pour évoluer continuellement aussi bien
individuellement que collectivement dans l’orchestre et cela c’est éreintant
mais stimulant.
Par contre je n’aime pas le jugement
autoritaire final de cette parabole, nous sommes loin de l’amour du prochain (et
encore chez Luc l’exclusion est encore plus terrible !) On répète aux
musiciens : le seul juge c’est le public, d’autres disent que ce sont les
autres musiciens ou critiques musicaux, d’autres que c’est la recette, d’autres
que c’est uniquement votre progression évaluation pour tirer le meilleur de
soi, d’autres c’est la cohérence de l’équipe …. C’est pourquoi j’aime bien
l’introspection individuelle que suscite cette question mais il faut la poser
aussi en groupe (ce sera ma prochaine animation de team bulding)
Articles préférés dans ce blog écrit
par JDT : la résilience que donne la musique : il faut se battre sans
cesse contre les obstacles pour faire vivre son orchestre mais certains de tes
articles montrent aussi plus gravement que pour « survivre dans des
conditions extrêmes » on le peut grâce à la musique qui transcende tout.
Il faut lire aussi ton article sur le camp de Thérezin pour ceux qui ne
connaissent pas cette monstruosité. Terezin
M : Je ne veux pas répondre à ta
question ! elle est trop personnelle et trop figée dans le temps. Il
faudrait la poser tous les 10 ans ! Je sais que je suis dans le déni mais
réfléchir n’est pas un plaisir pour moi, ni même utile concrètement. Je ne
suis pas encore à la retraite et ta question devrait être : qu’as-tu
fait ? OK mais surtout que vas-tu faire de tes talents encore inexploités ?
que fais- tu de ta vie actuellement et pour les prochaines années ? ma
carrière n’est pas terminée, j’évolue dans le jazz moderne, je me cherche, je
compose… bien sûr je ne suis pas arrivé à la bonne époque pour vivre avec ou
dans l’ombre des géants du jazz, ni peut être dans le bon pays. Mes impros sont
peu académiques et peu publiques car je ne fais aucune concession. Je me sens
incompris souvent mais j’ai du talent, je le sais ! simplement je n’arrive
pas à le faire reconnaitre. J’adore le sound painting qui me libère ou un bœuf
mais tout ceci n’est qu’aléatoire et ponctuel.
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai retenu
de cette parabole, est d’avoir confiance dans l’avenir si on a la foi et si on
est prêt à s’engager même sans aucune visibilité. C’est pourquoi je pars
ailleurs pour ouvrir mon horizon notamment dans la musique de film. Les
employés de la parabole ne savaient rien du retour possible du Maitre ! et
certains ont quand même agi comme si…
N :
J’avais des aptitudes musicales, sportives et scolaires et en fait je n’ai rien
fait de sensationnel. Pourquoi ? parce que je pensais que les dons
suffisaient et au début c’était vrai (sautant des classes au collège et à
l’école de musique, on me disait surdoué !) mais travaillant peu,
papillonnant sur plein de sujets, j’avais trop d’orgueil et de foi en moi,
n’écoutant pas en fait les professeurs, les parents. Puis devenu étudiant à
Paris, l’écart était devenu trop grand avec les autres talentueux qui eux
avaient progressé dans tous les domaines. Alors au lieu de m’accrocher, j’ai
tout abandonné et j’ai enfoui comme le troisième serviteur mes talents dans la
terre que décrit la parabole… et j’ai passé le concours et pris un poste de
prof ! j’écoute beaucoup de musique sur les chaines spécialisées mais
parfois ta question m’obsède ! Ma vie musicale c’est le Titanic !
beaucoup d’espérances au départ, mais un naufrage à l’arrivée. Le jugement du
Christ relaté par Matthieu est terrible (ceux qui ont, auront encore plus et
ceux qui ont raté on leur enlèvera même ce qu’ils ont !) c’est l’effet Matthieu
en sociologie par Merton que tu m’indiques… c’est aussi le monde capitaliste
dans lequel baigne le monde musical : malheur aux faibles et aux
vaincus ! à ceux qui n’ont pas toutes les qualités aussi bien techniques,
que psychologiques pour tenir, malheur à ceux qui ne suivent pas le
rythme ! ils regardent vite les autres sur le banc de touche !(les sportifs,
danseurs etc…vivent les mêmes choses)
Lien :
article préféré dans ce blog écrit par JDT le clarinettiste fantôme
du Titanic of course.
O : Malgré les handicaps
sociaux, mes talents personnels m’ont servi à faire une belle carrière, à
gagner correctement ma vie et c’est l’essentiel car je viens d’un milieu très
modeste et je connais la valeur de l’argent pour être libre et heureux.
Heureusement que j’ai eu des professeurs formidables, une harmonie municipale
excellente qui a été le creuset de mon engagement musical, des conservatoires
régional et national très formateurs et la protection de la musique militaire
pour assurer la base matérielle de ma vie. Puis j’ai cachetonné sans cesse, je
suis un requin de studio, j’ai été dans un orchestre symphonique prestigieux.
Pour moi la musique fut un ascenseur social fabuleux étant peu favorisé socialement
au départ. Puis devenu soliste, j’ai été rapidement valorisé et reconnu par mes
pairs et j’ai partagé mon expérience dans des master-class tout en faisant des
croisières et autres interventions juteuses. Mais je n’oublie pas la galère
passée, la volonté farouche et l’énergie qu’il a fallu déployer, le travail
permanent pour arriver à sortir du lot et avoir le privilège d’amuser les
autres !
Pour moi l’idée fondamentale que j’ai
retenu de cette parabole, est de profiter des opportunités et d’optimiser avec
ce qu’on a reçu comme talent !
Et que tout don sans travail est bien
insuffisant. Mais cette parabole doit être critiquée
aussi car c’est aussi montrer la grande inégalité de fait entre les personnes au
démarrage ce qui induit un peu l’arrivée. L’exclusion des uns et l’intégration
des autres, la domination du Maitre et la soumission des serviteurs employés,
l’élitisme dans la musique, la compétition permanente pour avoir le droit de
jouer avant la coopération parfois factice, parfois réelle en orchestre
entre les vainqueurs du paravent !.
Il faut se battre sans cesse et j’ai connu
nombre d’excellents musiciens qui n’ont pas réussi pleinement car ils n’avaient
pas la volonté de se mettre en avant, de se vendre, de subir le jugement des
différents chefs… j’arrête je deviens de plus anarchisant.
Lien : articles préférés dans ce
blog écrit par JDT :
c’est le Dupinophone, la clarinette du pauvre de l’époque utopique où on
espérait que le peuple devait accéder à la musique avec des instruments
simplistes et originaux. (René Pierre dans ce blog a fait aussi des articles
fort intéressants sur ces inventions.)
P : je pense souvent à cette parabole car j’ai eu un
don musical rare et évident : l’oreille absolue où le moindre bruit est
pour moi une note. D’ailleurs ton chat vient de miauler et faire un Réb ! et
juste en plus au diapason 440 ! (rires) et cela me rappelle Rossini… avec
Nathalie Dessay que tu avais mis dans un de tes articles et qui a bien fait
rire mes amis.
J’avais des dons comme pianiste très jeune et la question
était : que vais-je faire de mes talents ? mais je suis tombé malade
et je suis devenu mal voyant et cela m’a freiné puis je suis devenu
aveugle ! je suis donc devenu accordeur de piano et professeur de piano et
je tiens l’orgue à l’Eglise. J’ai étudié l’art thérapie musicale pour des
associations d’handicapés et ainsi j’aide les autres plus atteints que moi, les
handicaps sont tellement multiples. Je suis devenu aussi un adepte et
professeur de Tai Chi et Gi Gong et de méditation. Je joue aussi pour les
maisons de retraite et j’ai la joie de vivre car si je n’ai plus la vue, j’ai
la musique en permanence qui est pour moi fondamentale, la source d’une vie
heureuse. Pour moi être sourd serait plus dur ! voilà ma résilience et ce
que j’ai fait avec mes moyens réduits car la parabole m’a appris que l’on doit
faire avec ses possibilités même si Dieu ou les accidents de la vie vous rognent
les ailes.
Dernièrement j’ai lu tes anecdotes musicales de ton blog à
des personnes souffrantes et on a bien ri et cela a redonné le moral à tous.
Merci ! On me lit parfois certains articles même si c’est un peu trop clarinet
forever pour moi. J’ai une demande : pourquoi ne mettez-vous pas certains
articles généralistes de votre blog en bibliothèque sonore pour mal voyants
avec des illustrations musicales ? Pour nous c’est vital car nous
nous en servons quotidiennement. J’ai fait un exposé à partir de ton article
sur le diapason mouvant et l’histoire de la musique avec des illustrations
musicales il y a peu et cela a beaucoup plu.
Je t’avais posé cette question : comment peut-on être
passionné à collectionner des instruments de musique si on ne joue pas
avec ? J’ai lu tes articles sur la psychologie des collectionneurs … on en
reparlera …
R:
l’expression du talent peut être la conséquence d’un don au démarrage et d’une
discipline de vie rigoureuse suivant une approche déductive d’études dans les
conservatoires avec solfège, harmonie etc…. C’est la voie royale que j’ai suivie.
Mais moi, je préfère de plus en plus tous les musiciens qui ont une approche
inductive, brute, émotionnelle qui ont la musique en eux, qui ont la musique
dans le sang et qui sont talentueux à leur manière, même si certains ne lisent
pas bien la musique et ont une culture musicale partielle.
Les
talents ont aussi surgi des peuples : vous avez écouté Paco de Lucia et Camaron et
actuellement Romero en flamenco ? Amalia Rodrigues en fado portugais et
actuellement Mariza, Misia ?, la musique latino et la bossa nova
brésilienne de Jobim ?, la musique klezmer avec le Sirba Octet ?, la musique créole ?, la musique tzigane ?,
le jazz bien sûr, Oum khalsoum et ses mélismes et la musique arabo-andalouse envoutante
? et n’oublions pas la musique asiatique etc… Le talent est partout et j’ai une
pensée aussi pour tous les intermittents qui animent les bals avec de la
musique populaire variée, les fameuses variétés, qui ont aussi diffusé toutes
sortes de musiques simples qui ont forgées les oreilles musicales des peuples
et surtout créer le support de la danse. (Oui j’ai toujours dansé à cause
de mon cervelet sans doute !)
Pour
moi ce sont des instinctifs et des bons musiciens qui ont appris sur le tas, en
formation professionnelle tout au long de leur vie et qui n’ont rien à envier
avec ceux qui ont suivi la voie des conservatoires et qui sont et restent passionnés.
Depuis
quelques décennies, on assiste à la professionnalisation des musiciens autres
que classiques y compris dans les conservatoires nationaux au plus haut niveau
(exemple la classe de jazz au CNSM). Je regrette qu’à mon époque cela n’ait pas
existé …
Quant
à la parabole, je suis profondément athée, l’essentiel a été dit sur les
valeurs transmises par ce texte. Je suis un lecteur assidu de votre blog étant
aussi un peu chineur et collectionneur et j’aime tous vos articles c’est si
varié. Continuez les papys !
José plane avec sa
clarinette… (« La clarinette bleue » gravure d’AVATI)
Si vous vous intéressez aux instruments de musique anciens, donc aux facteurs d'instruments à vent, de pianos, d'orgues ou aux luthiers, aux marchands de musique....vous voulez mieux les connaître. Ce blog met à votre disposition des données qui vous permettront d'illustrer vos articles, dossiers, documentation. L'idée est d'échanger, de partager...les connaissances. Si vous avez des infos, des documents....faites des blogs, des sites, des articles.....ou communiquez les nous pour les publier sur ce blog.