Ce Blog est destiné à favoriser la réalisation d'articles sur les facteurs, marchands de musique, luthiers, en mettant à disposition une collection de documents sur ces sujets.
This Blog is intended to facilitate the realization of articles on music instruments makers, music goods sellers, stringed-instrument makers, by giving a collection of documents on these subjects.
L'un des plaisirs du collectionneur d'instruments de musique est qu'après avoir regardé l'instrument sous toutes ses coutures pour déterminer sa facture, son diapason, l'atelier qui l'a fabriqué.......c'est de connaître ses propriétaires, les artistes qui l'ont joué.
Encore mieux s'il a appartenu à un personnage prestigieux, où un célèbre musicien, comme c'est le cas pour cette pochette de Maître à danser réalisée par le luthier parisien Romain Cheron en 1681 pour Nicolas Varin Maître à danser des pages de la Grande Ecurie de Louis XIV, qui sera en vente à Vichy le 13 avril de cette année.
C'est également le cas pour une flûte de ma collection reçue par le lauréat d'un premier prix de flûte en 1844, Gustave LEMOUX (1828-1875) éléve de Jean Louis Tulou.
Portrait de Gustave Lemoux (propriété de B.Duplaix)
Cette flûte restaurée par Charles Henri SUN, a pu retrouver vie grace à Anne PUSTLAUK qui interprète le morceau de concours : "Tulou 10ème Grand solo op. 92" que G. Lemoux a joué en 1844 pour son premier prix de flûte du conservatoire de Paris.
Et puis il y a d'autres instruments plus modestes, sans grand intérêt organologique qui ont appartenu à des personnes plus modestes.......mais qui peuvent dévoiler une histoire passionnante.
C'est le cas de notre petite flûte en buis de Jean Chrétien ROTH (1816-1881) installé au 18 place Kléber à Strasbourg.
Même si elle est très sympathique, en parfait état, faite dans un beau buis ondé et très bien fabriquée, jouant bien, on ne peut pas "s'extasier ", crier à "l'exceptionnel ".
Alors pourquoi s'intéresser à cet instrument?
La boite d'origine !!!! comporte des noms : sur le couvercle " Amann chef de Section à Longjumeau "
Et sur l'intérieur du couvercle : " CHRISTOPHEL Alphonse N 136 "
" Mais qui c'est ces mecs là ? "
Alors c'est là que commence le plaisir DU CHERCHEUR....ou plutôt du fouineur. C'est mieux qu'un Agatha Christie ou un James Hadley Chase. Mais il faut trouver.....tant pis si le Président Macron explique sa politique à la télé.
Première étape, les sites de généalogie préférés Généanet, Filae. Une chance le nom n'est pas Martin ou Lefèvre ......j'ai déjà donné. Alors je cherche avec Alphonse Christophel, qui n'est pas courant et bingo.
Alphonse Xavier Christophel né le 28 2 1860 à Haguenau dans le Bas-Rhin, sergent au 1er régiment étranger. Mort en 1883 à Hué au Vietnam. Et en plus sa mère s'appelait Anne Catherine Amann (1827-1875).
Il suffit alors de "tirer le fil ".......et puis voici l'Histoire.
Notre flûte a sans doute été achetée chez Roth à Strasbourg vers 1860 par Bernard Auguste AMANN, né à Haguenau dans le Bas Rhin le 5 juin 1839. Toute sa famille était de Haguenau.
Magasin C. ROTH en 1868 au 18 place Kléber à Strasbourg. (Col. RP)
B. A. AMANN était conducteur de travaux aux ponts et chaussées et c'est la raison pour laquelle lorsque la guerre fût déclarée entre la France et l'Allemagne en 1870, on le retrouve comme employé aux travaux de génie de la place de Belfort à partir du 1 octobre 1870 jusqu'au 18 février 1871 date d'évacuation de Belfort, attaché depuis le bombardement au service du fort de Bellevue.
La rédition du siége de Belfort en 1871
Auguste AMANN a été blessé à la tête par un éclat d'obus, c'est la raison pour laquelle il fût décoré de la légion d'honneur en avril 1872.
A fin de la guerre il est nommé par les ponts et chaussées à Rethel dans les Ardennes et choisi de rester français 30 septembre 1872. Il épouse en novembre 1872 Marie Louise CHRISTOPHEL née elle aussi à Haguenau en 1849, sans doute une cousine et soeur d'Alphonse Xavier CHRISTOPHEL.
Leur fille Gabrielle AMANN est né à Longjumeau le 25 septembre 1876, Auguste AMANN étant alors conducteur de travaux, chef de section au chemin de fer dit de la grande ceinture. (voir le libellé du couvercle de la boîte de flûte)
Bernard Auguste AMANN fit une brillante carrière dans les Ponts et Chaussées. Après Longjumeau, ce fût Mauriac, Brive et Limoges. Il décéda le 14 juillet 1909, date prédestinée pour ce patriote.
Son beau frère Alphonse Xavier CHRISTOPHEL, qui hérita de la flûte, à son adolescence, pour s'essayer à la musique était beaucoup plus jeune (21 ans de différence) puisqu'il était né le 28 février 1860 lui aussi à Haguenau. Il eu un destin beaucoup plus tragique, puisque engagé dans la légion étrangère (sergent au premier régiment étranger, il fût tué en 1883, à 23 ans au cours du siège de Hué.
B.A. AMANN avait un frère aîné luis aussi né à Haguenau, patriote et musicien : Henri AMANN (1835-1900). Engagé dans l'armée dès l'age de 12 ans.(il devait avoir admirer les beaux militaires du7éme régiment de cavalerie qui étaient en garnison à Haguenau dans les années 1845) Trompette au 7éme régiment de chasseur il participa aux campagnes d'Algérie (1858-1859), à l'armée d'Italie 1868-1869, à la guerre contre les allemand de 1870-1871 et fut libéré en 1874 après 27 ans de bons et loyaux services qui lui valurent d'être décoré de la médaille militaire en 1868 et d'être fait chevalier de la légion d'honneur en 1871.
Trompette du 7éme régiment de chasseur à cheval.
A côté de sa carrière militaire il obtint un premier prix de sax horn au Conservatoire Impérial de Paris en 1863.
Alors elle pourrait en dire cette petite flûte de Roth !!!!!!!
Nous avons choisi la ville d’Augsbourg en Bavière, région
où est née la clarinette à Nuremberg, comme exemple.
Augsbourg au XVIIIe siècle
A travers une clarinette en Ut à 5 clés rare d’Anton
Kraus d’Augsbourg en Bavière au XIXème siècle, nous allons montrer
l’importance d’une lignée de facteurs dans une ville moyenne de province de
Bavière au XIXème siècle, soumise encore aux règles des corporations mais où se
transmet, grâce à certains facteurs talentueux, un savoir-faire et une
réputation qui font la joie des collectionneurs.
Il y avait des centres de production d’instruments comme Markneukirchen
ou Neukirchen en Allemagne, ou la Couture Boussey en France qui regroupaient
plusieurs familles de facteurs liés entre elles. Mais dans les villes moyennes de
province, il y avait aussi des ateliers artisanaux de qualité qui émaillaient
l’Europe et servaient d’étapes pour les compagnons dans leur tour pour améliorer
leur savoir-faire.
(Dans le royaume de Bavière crée par Napoléon 1er depuis 1805, il y avait un facteur réputé dans la facture des instruments en bois nommé Stengel à Bayreuth, ville proche d’Augsbourg, qui a attiré les jeunes compagnons dans leurs tours. Pourquoi pas GA Lindner ? Ce qui supprimerait la question d’Ebner mais ce n’est qu’une hypothèse plausible.)
Ainsi par exemple à Strasbourg on avait une filiation
professionnelle entre KelleràBühneràDobneràRoth.
Augsbourg est connue aussi pour être la ville
d’origine des Mozart notamment Franz et Léopold Mozart. D’ailleurs le
conservatoire de musique a accolé son nom au père de Wolgang.
Léopold Mozart
Cette ville avait beaucoup de tourneurs sur
bois excellents, et des facteurs d’instruments assez réputés comme Ebner et
Bosch mais aussi Lindner père et fils ce dernier étant le maitre de Feneberg,
lui-même maitre de Kraus.
Il est toujours intéressant de voir la
filiation professionnelle car c’était à l’époque la principale transmission des
savoir-faire de maître à apprentis et à compagnons.
A Augsbourg, nous avons un lien étroit
de formation entre ces facteurs :
Lindner père à Lindner fils à Feneberg à Kraus à Schmidt.
Mais des savoir-faire nouveaux et des
innovations étaient apprises aussi chez d’autres facteurs et cela permettait
une diffusion assez rapide de la facture instrumentale. Les compagnons ainsi
pouvaient, après leurs tours qui duraient plusieurs années, soumettre aux
autorités et à leurs pairs de la corporation, la reconnaissance de leur talent
et avoir la possibilité d’exercer.
Ainsi en Bavière, les chanteurs de Nuremberg
parcouraient pendant des années comme chanteur itinérant afin de nourrir leurs
improvisations avant de revenir et faire le concours de Maître chanteur à
Nuremberg.
(Pratique immortalisée par l’œuvre de R.
Wagner).
Débutons par :
Johann
George Lindner (ou Lintner):
(1766-1840)
Né en Autriche, à Tyrnau le 9 octobre 1766, il a fait
son tour de compagnonnage en Italie et en France avant de devenir un facteur
spécialiste des cuivres (trompettes et cors : Il en reste une dizaine dans
les musées). Il se fixe et devient citoyen de la ville d’Augsbourg en 1793. Son
atelier sera le lieu de départ d’une lignée de facteurs importants. Il se marie
et a un fils en 1794 George Léonard qu’il formera. Il décède en 1840.
George Léonard
Lindner
(1794-1859)
Il travaille donc dans l’atelier paternel
comme apprenti puis compagnon fabricant surtout les instruments en cuivre. On
ne sait pas où il a acquis sa maitrise concernant les bois (question de son
contemporain J. Ebner) mais il est vraisemblable que lui aussi conformément à
la tradition de compagnonnage, voyagea d’atelier en atelier afin de mieux se
professionnaliser, avant de montrer son savoir-faire et demander aux autorités de se mettre à son compte avec son estampille.
En 1819 il obtient la licence de facteur
d’instruments en cuivre et en bois et peut se marier une première fois. Il
continue l’atelier de son père et diversifie les instruments. Il devient un
spécialiste des bois notamment des flûtes (il existe une dizaine de flutes dans
les musées). Il a comme apprenti et compagnon Feneberg.
Puis en 1834 il se marie une seconde fois
avec Barbara Staudenmair qui continuera l’atelier au décès de son mari en 1859
et cela jusqu’en 1864.
Taille de hautbois de G.L. Lindner. Musée de Paris E 606
Johan Martin Feneberg
(1774-1841)
J.M.
Feneberg fait
donc son apprentissage chez le facteur Georg Léonhard Lindner et reçoit son
certificat en 1827 puis devient compagnon et en 1834 devenir maître à son tour.
Mais régulation des ateliers oblige, pour éviter trop de concurrence (entre
autres avec son ancien patron), il ne peut s’installer à son compte que plus
tard en 1836 où il reçoit sa licence pour s’installer et se marier.
Ainsi nous voyons la survivance des
corporations à Augsbourg et son organisation politique omnipotente du Conseil
de la ville. Mais Feneberg mourut rapidement en 1841 à 35 ans.
En conséquence il n’y a pratiquement pas
d’instruments existants encore (une flûte au musée de Munich et un basson
connu).
Anton Kraus
(1813-1901)
Anton Kraus est né à Eger en 1813
(ville proche de Carlsbad et de Graslitz, haut lieu de la facture bohémienne
d’instruments à vent, qui appartenait à l’époque à l’empire autrichien. Eger
est une vieille ville médiévale, actuellement appelée Cheb en Tchéquie près de
la frontière allemande.
Kraus fait son apprentissage à Eger de 1826 à
1830 chez un facteur de clarinettes W. Horak qui lui décerne un certificat
élogieux. Il travaille à Prague et fait son tour de compagnonnage pour
améliorer son savoir-faire et intègre comme compagnon l’atelier de Johann
Martin Feneberg à Augsbourg.
Mais après le décès précoce de son patron, A.
Kraus va continuer l’entreprise avec la veuve Khatarina Feneberg à Augsbourg de
1841 à 1847. Donc en 1848, Anton Kraus obtient les licences à la fois pour
devenir citoyen d’Augsbourg, facteur d’instrument à son compte et épouser la
veuve Katharina Feneberg. Il devient rapidement un facteur réputé de 1848 à
1864 et collègue-concurrent du maître de son maître G.L. Lindner.
Il fait de nombreux instruments à vent à son
nom et nombre de ses instruments sont de qualité et dans les musées du
monde : actuellement il reste : 2 piccolos, 6 flûtes, 2 cors de
basset, 2 trompettes, 1 hautbois alto, 1 Czakan et 8 clarinettes. (Database
Waterhouse/Langwill selon Tremmel et A. Rice).
A. Kraus aura un prix à une exposition à
Augsbourg en 1852 avec deux clarinettes en La à 17 clés en argent. Ainsi
reconnu, il exportera ses instruments à l’étranger en Europe et aux USA puisque
suite à l’immigration d’Europe notamment allemande, il y aura une demande
d’instruments que les clarinettes anglaises, et les clarinettes américaines ne
suffisent pas à couvrir.
J.B.
Schmidt :
En 1865 A. Kraus s’associe avec son gendre
J.B. Schmidt (estampille Kraus et Schmidt) jusqu’en 1883. Après cette date,
Schmidt continuera l’atelier seul. En1870, la Bavière, royaume voulu par
Napoléon 1er puis dirigé par le fantasque Louis II, protecteur de R. Wagner,
sera intégrée à l’empire allemand par Bismark.
A.Kraus
décédera à Augsbourg en 1901.
La clarinette A.
Kraus en Ut à 5 clés :
L’intérêt de cette clarinette est
qu’apparemment c’est la seule connue à 5 clés, Anton Kraus réalisant rapidement
des clarinettes ayant plus de clés. On peut donc la dater vers 1848 -1850 ce qui
est assez tardif d’ailleurs pour une 5 clés classique (buis teintéavec des blocs en bois de fixation dont deux anneaux dans le corps du haut
et un bulbe dans le corps du bas, bagues en corne de bovin, clés en laiton, pavillon monoxyle,bec en ébène strié de
rainures pour fixer l'anche avec de la ficelle…)
Estampille :
Une pomme de pin
surmontant un chapiteau (symbole de la ville d’Augsbourg) des petites croix de
Malte (symbole protestant, ce qui n’est pas surprenant dans la ville de la
confession d’Augsbourg de Martin Luther, texte fondateur du protestantisme)
La marque A. Kraus est
visible sur toutes les parties de la clarinette y compris le barillet avec la
mention de la ville Augsbourg. Enfin en dessous C sur les 5 parties indique la tonalité d’UT.
Traçabilité : cette clarinette provient d’un collectionneur d’Augsbourg,
son état est excellent et séduit toujours : la preuve !
La musique est l’art
de combiner des sons, mais qu’est-ce qu’un son ?
exposé / échanges avec José-Daniel Touroude.
La
demande : Nous sommes un orchestre, surtout composé d’instrumentistes à vent et
nous aimerions comprendre un minimum de concepts et d’éléments de l’acoustique
en musique, simplement, sans mathématiques, afin de mieux comprendre la musique
que nous jouons. C’est pourquoi nous demandons à un musicien, et non à un
physicien, de nous donner les bases sur les notions du son, du bruit et de la
musique.
JDT :
Vaste sujet ! Commençons par la définition : La musique est l’art de combiner
des sons qui constituent la matière de base que nous devons modeler pour faire
de la musique. Nous sommes tous d’accord mais qu’est-ce qu’un son ? Un bruit ?
La musique est-elle une succession de bruits donc de sons agréables organisés ?
Et les bruits faits par certains sont-ils considérés comme de la musique pour
d’autres, montrant ainsi que la musique est surtout culturelle… Mais rappelons
les bases de l'acoustique musicale qui est la science qui étudie les sons. Nous
connaissons tous les 3 caractéristiques d’un son apprises à l’école :
Les
enfants dès la maternelle savent régler le volume sonore des appareils,
chantent et reconnaissent des hauteurs de notes différentes, pourtant
sans les connaître, et savent identifier intuitivement aussi le timbre du
son et le caractériser en joli, doux, chaud ou nasillard… les dessins
animés utilisent beaucoup de sons différents selon les personnages et les
situations et certains enfants déjà reconnaissent les instruments grâce à
piccolo saxo et Cie, Pierre et le loup, le carnaval des animaux etc…
Les 3
composantes du son musical sont donc :
1°) Le
volume du son (forte, piano pour nous), c’est à dire un son avec une intensité
plus ou moins forte d’où la notion de mesure en décibels.
2°) La
hauteur du son (d’une note pour nous), c’est à dire un son plus ou moins grave
ou aigu d’une gamme d’où la notion de fréquence qui se mesure en Herz.
3°) Le
timbre du son (c’est à dire pour nous un son plus ou moins riche, brillant ou
pauvre et étouffé)… d’où la notion d’harmoniques, qui est une succession de
fréquences.
D’autres
paramètres importent bien sûr : la durée (car des sons
obsédants deviennent vite pénibles et s’apparentent aux nuisances du bruit) et
puis bien sûr le rythme, le tempo, la direction de la source sonore etc…
mais restons sur le son proprement dit. C’est pourquoi, dès que vous prenez
votre instrument, il faut commencer par s’écouter et travailler le son avant de
jouer vos musiques car la qualité des sons varient tous les jours selon
plusieurs paramètres.
Q:
Qu’est ce qui différencie les bruits qui sont aussi des sons avec la musique ?
Quoique certaines musiques sont pénibles et pires que certains bruits
acceptables.
JDT : l n'y a
pas de différences, en physique, entre un son produit par la parole, la musique
ou le bruit. Le son devient un bruit lorsqu'il produit une sensation auditive
négative, désagréable, gênante ou dangereuse pour la santé selon la définition
de l’OMS.
En fait
c’est l’excès qui nuit : un son trop long, avec une fréquence trop aiguë, trop
de volume sonore, un timbre qui vous fatigue vite, une musique étrangère à
votre culture qui dure et vous vrille le cerveau qui n’a plus envie de décoder
ce que l’oreille entend et tout devient alors déplaisant voire stressant. Pour moi
la musique, ce sont des sons organisés qui ont un sens.
Q: Mais
tous les bruits peuvent figurer dans une musique de film par exemple le cri du
coyote pour Morricone etc..
Oui,
ainsi B. Coulais nous a montré pour le film animalier Microcosmos, la
mobilisation de différentes musiques, des sons et bruits divers pour adopter
ceux qui vont coller à telle séquence ou à tel personnage … Chocs des cultures
et des musiques, chocs des sons et des bruits, des atmosphères pour finir en
osmose, en un ensemble construit que l’on peut figer dans une partition.
Q: Et
le silence ? C’est l’absence de sons et la plus belle musique selon les sages
taoïstes.
Le silence absolu n’existe
pas vraiment sur terre alors qu’il est essentiel pour la musique mais en fait
il peut être aussi stressant (le silence au secret peut être une torture) que
les bruits obsédants (autre technique des tortionnaires). Demandez à votre
docteur, qui avec son stéthoscope entend les bruits internesde votre
corps avec des fréquences basses (digestion, respiration, battement cardiaque…
et les bruits externes dès que vous bougez. En fait nous vivons dans un univers
sonore permanent mais peu perceptible heureusement pour nous, car ce serait
invivable si notre audition était meilleure. Quand au
respect des silences dans la musique, il est fondamental pour nous « les
soufflants » car ainsi, en plus de la ponctuation, on sait quand on peut
respirer.
Q:
Pouvez vous analyser les caractéristiques du son simplement, afin de comprendre
l’essentiel. (pour les matheux il y a des cours de fac d’acoustique musicale en
ligne)
Voyons
les 3 éléments nécessaires:1°) Au
départ, pour l’émission du son, il faut une
énergie qui va générer une pression : un souffle, un choc, un raclement, un
mouvement etc… On classera ainsi les instruments selon cette source d’énergie
primordiale : aérophones pour la plupart d’entre nous, instrumentistes à vent.
2°)
Puis pour la propagation du son, il faut que cette pression s’exerce dans un environnement compressible élastique, par
exemple l’air, (le son ne se propage pas dans le vide contrairement à la
lumière) et cette pression va créer des vibrations, des perturbations, des
déformations de cette matière créant des ondes.
Donc la matière, air et eau par exemples, ne se déplacent pas mais
c'est la perturbation, la compression qui se déplace et forme des ondes et des
sons le plus souvent dans l’air (exemples : cris, chant des oiseaux) ou dans
l’eau (exemple : chant des baleines). Chaque
son crée des vibrations, des ondes, des pressions dans l’air par la vibration
des cordes d’un violon par exemple ou la vibration des lèvres pour nous et se
transmettent à l’air ambiant. C’est pour cela aussi que chanter ensemble en
chorale est jouissif !
le son, il faut que ces vibrations
soient reçues et audibles par une oreille. Le son
est perçu par l'oreille comme une succession d’ondes, de pressions, des vagues avec
des surpressions (des hauteurs, des sinus) et des sous-pressions (des creux),
si on peut les entendre. Ainsi lorsqu'un objet
vibre, il pousse contre l'air ambiant des vibrations et entraine la compression
de l'air. Cela provoque des zones de hautes et de basses pressions à mesure que
le son s'approche de nos oreilles sous la forme d’ondes, de
vagues et ce son a toujours permis dans le temps et l’espace de retranscrire
des messages, des ambiances et des émotions. La
réception des sons est donc captée par nos oreilles et transmise au
cerveau qui l’analyse et la décode. Les ondes
sonores se déplacent à environ 344 mètres par seconde dans l'air qu'on peut
arrondir à environ un kilomètre toutes les trois secondes. Il y a alors
production d'une onde acoustique c'est-à-dire une succession de surpressions et
de dépressions momentanées. L’homme
entend mal par rapport à beaucoup d’animaux (ni les infrasons aux fréquences
trop basses (comme les baleines), ni les ultra sons aux fréquences trop élevées
(comme les chauves-souris).
Q: Mais
mon son est différent selon les jours et les endroits ! cela est perturbant. Et
quand je vais au concert selon ma place, je n’entends pas la même sonorité
malgré les micros.
En effet
le souffle émis dans notre instrument, que nous appelons la colonne d’air, sort
par les trous et le pavillon et met en pression l’air tout autour, et beaucoup
de choses vibrent : tout votre instrument, voire d’autres instruments si vous
jouez près d’instruments à cordes, vibreront un peu malgré eux, et le son sera
différent chez vous, dans une église qui résonne, en plein air ou dans une
salle de concert vide ou pleine avec les sons qui sont absorbés ou réfléchis. C’est
pour cela qu’il faut reconnaitre les lieux avant de jouer ! Pour nous, les
anches ne seront pas les mêmes selon les jours, l’humidité et la chaleur, les
endroits etc…
Le son se
propage moins bien à l'horizontal que sous des angles montants à cause du
changement de densité. Cette propriété est prise en compte dans la conception
des amphithéâtres en plein air depuis l'antiquité. Certaines salles avec tapis,
tentures et fauteuils sont de véritables éteignoirs de sons et ne valorisent
pas les musiciens. Pour analyser la sonorisation d’une salle de concert ou d’un
studio d’enregistrement, il faudra faire venir un ingénieur du son pour vous
faire un exposé car c’est un autre sujet passionnant.
Mais
rentrons dans le vif du sujet, en étudiant les 3 composantes du son.
Analysons
d’abord le volume sonore ou l’intensité sonore.
L’intensité
ou volume sonore a fait l’objet de nombreuses études en musique, mais aussi en
droit du travail dans les usines, dans l’univers urbain et environnemental,
dans les lieux de loisirs etc…. L'oreille interne est fragile et on prévoit à
terme avec la manie des écouteurs, des problèmes auditifs pour les oreilles
malmenées. Le son est une vibration
se propageant dans l’air et provoque une sensation auditive qui peut être
agréable ou devenir désagréable, voire dangereuse si son niveau
est excessif. Il se mesure et on classe le niveau sonore endécibels (db),
du nom de Bell l’inventeur du téléphone.Tout bruit (donc aussi la musique) se
mesure sur une échelle allant de 0 à 130 décibels (db) mais la plupart des sons
de la vie courante sont compris entre 30 et 90 db.
Q : Nous
travaillons les sons de fortissimo à pianissimo ! pouvez vous nous préciser ce
qui concerne l’intensité du son car cela parait subjectif certains préférant
jouer et écouter la musique assez fort alors que cela casse les oreilles à
d’autres. Et dans notre orchestre, nous pensons tous que le voisin joue trop
fort et nuit à nos nuances, à notre musicalité, à notre sonorité !
JDT : Je
ne vais pas rentrer dans les problèmes de la musique d’ensemble…Mais un
pianissimo tourne autour de 40 db et il faut apprendre à jouer toutes les notes
à cette intensité pour pouvoir maitriser les nuances qui sont essentielles en
musique mais a contrario il faut aussi apprendre les fortissimo à 110 db
(utiliser le bouchon antibruit pour les oreilles surtout pour l’aigu quand vous
travaillez). Son
intensité ou volume dépend de la variation de la pression acoustique
créée par la source sonore, c’est à dire du nombre de particules déplacées qui
occasionnent des ondes dans le milieu ambiant, l’air pour nous, qui est mesurée
en décibels. Ces ondes
se présentent, lorsqu’on les analysent, en sinusoïdes dont l’amplitude varient
et se présentent ainsi : un son fort et puissant = des sinusoïdes élevées. A
contrario un son faible = des petites vaguelettes de sinusoïdes écrasées.
Quand on
s’éloigne de la source, les ondes sonores s’étalent de plus en plus et
l'intensité sonore perd vite de l’énergie et ainsi plus on est loin, plus la
pression acoustique et les ondes diminuent et le son est faible (sensation 2
fois moins forte à 40 mètres qu'à 10 mètres) et se propage dans toutes les
directions. Ce n'est pas la nature du son qui peut engendrer un risque
auditif, mais son intensité surtout dans les notes aiguës qui ont des
fréquences élevées.L’amplitude
plus ou moins grande de l’onde par une pression importante est donc une autre
caractéristique importante d'un son. L'intensité perçue dépend du milieu mais
aussi de l’amplitude. La psycho-acoustique étudie l'intensité sonore ressentie
en présence d'un son, qui dépend principalement de la pression
acoustique, d’une petite variation de pression atmosphérique et la déformation
du milieu (de l’air pour nous) qui définit le son qui ainsi se propage comme
une onde. Mais le
son à part son intensité ou volume sonore a une deuxième composante car le son
est combiné avec d’autres sons de hauteurs différentes
" Comme on jette une pierre dans l'eau vive d'un ruisseau et qui laisse derrière elle, des milliers de ronds dans l'eau "
Analysons
la deuxième composante du son, sa hauteur donc sa fréquence.
D'abord
la hauteur du son (grave, aigu) est
relative à sa fréquence qui se mesure en Hertz (Hz) (plus un son est grave, plus
sa fréquence est basse (exemple note grave jouée par votre tuba), plus il est
aigu, plus sa fréquence est élevée (exemple votre flutiste qui joue au
piccolo sa note la plus aigüe). La
fréquence est le nombre d’oscillations périodiques par seconde. Elle sert pour
qualifier la hauteur d’un son, d’une note. Une fréquence de 440 Hz correspondra
donc à 440 oscillations par seconde et la note La 3. Avant d’arriver à cette
définition universelle, différents pays ont été en conflits houleux !
Les oreilles humaines perçoivent théoriquement des sons de 15 Hz
pour les basses (en dessous ce sont des infrasons inaudibles pour nous mais pas
pour certains animaux) et 15 000 Hz pour les aigus mais cela varient un peu
selon l’âge et les individus (nous perdons 1000 Hz tous les dix ans en moyenne
à partir de 20 ans et on entend plus mal les basses). A 20 000 Hz et plus, ce
sont les ultrasons. (Mon chat est moins sourd que moi ! Il entend jusqu’à 65
000 Hz et moi seulement 10 000 Hz théoriquement et encore car avec l’âge cela
baisse !) Mais pratiquement l'oreille humaine entend souvent moins que cela car
elle est adaptée aux voix humaines, aux chants surtout entre 30 Hz et 5000 Hz
et à la musique. En fait l’oreille humaine entend 8 octaves environ.
Q: Pourquoi dites vous un La 3 à 440 Hz ?
Tout
l’orchestre s’accorde actuellement (car avant le diapason était mouvant) sur un
La 3 à 440 Hz, souvent donné par le
hautbois, où tous doivent s’accorder. Les baroqueux eux, ont des diapasons plus
bas (La 3 de 415 à 435 Hz.) Mozart avait l’oreille absolue à 422 Hz ! parait-il
…
Je peux produire avec ma clarinette quatre La à 4 octaves
différentes, donc à différentes hauteurs donc avec différentes fréquences que
l’on double à chaque octave. Ainsi un La grave ou La
2 = 220Hz, un La 3 = 440Hz, un La 4 = 880 Hz, un La5 aigu = 1760 Hz. Donc la
clarinette soprano joue surtout dans les sons gravesmédium ! (150 à 2000 Hz) mais la petite clarinette en Mib a des
sons plus hauts et la clarinette basse plus bas. Le piano lui en fait beaucoup
plus…Une
fréquence de 440 Hz veut dire que 440 fois par seconde, les molécules de l’air
vibrent et s’excitent dans la perce (la fameuse colonne d’air), vont et
viennent dans ma clarinette et le son se propage grâce à la compression qui se
déplace au milieu des molécules d’air de plus en plus vibrantes avant de sortir
par les trous, entendus par nos tympans avec plus ou moins d’ampleur,
déclenchant une sensation plus ou moins forte et que j’espère agréable. La
vitesse du son est de 334 m/s dans l’air (elle va 4 fois plus vite dans l’eau
mais je ne fais pas de sons dans l’eau quoique…. ) ce qui est à la fois très
rapide mais lent par rapport à la lumière (300 000 km /s) mais cette vitesse
dépend aussi de la température. C’est pourquoi le diapason indique La 3 à 440
Hz, à 20°Celsius et avec une humidité normale soit entre 40-60% .
L’hygrométrie
de l’air est essentielle pour la conservation de nos instruments car selon les
saisons, le chauffage, l’air ambiant peut être trop sec et abimer les bois qui
dans ce cas sèchent et influent sur la sonorité. C’est
pourquoi il faut toujours souffler (on dit chauffer) l’instrument avant de
jouer afin que la vitesse du son et la hauteur du son augmente et arrive au La
3 à 440Hz. Quand
j’ai joué en Afrique noire à plus de 35°et une humidité de 95%, la vitesse du
son a augmenté de quelques mètres par seconde ce qui a influé sur la fréquence
des ondes et de plus ma clarinette en ébène et mon anche ont absorbé l’humidité
extérieure de l’air. Le son a été légèrement différent et la vitesse plus
rapide. La
psycho-acoustique étudie la perception et l’interprétation des sons.
José Daniel Touroude en concert à Abidjan en 1986 avec la garde présidentielle ivoirienne. Direction Robert Antoine.
Donc
chaque demi ton dans la gamme chromatique a une fréquence différente !
Oui ! notre gamme tempérée est formée de 12 demi tons égaux que
nous appelons la gamme chromatique, crée par un mathématicien flamand, repris
par JS Bach qui a composé systématiquement dans « le clavecin bien
tempéré » préludes et fugues pour les 12 tonalités de la gamme
occidentale. Mais il faut noter que plusieurs civilisations ont partagées les
sons avec des intervalles différents, pas forcément divisées en parties égales,
en excluant certaines hauteurs ou en rajoutant d’autres : exemples : les gammes
pentatoniques, les modes grecs, les gammes orientales en quarts de tons
etc…et chaque hauteur de son a une
fréquence spécifique.
Certains arnaqueurs sur internet font croire que les fréquences
soignent toutes sortes de maladies et des centaines de milliers de naïfs les
croient : écouter un CD avec des fa# 3 (acheté 47 € !) et hop plus de problème
intestinaux etc… avec les milliards de notes que j’ai joué depuis 70 ans, je
devrais avoir une santé en acier trempé ! Mais redevenons sérieux même si le
monde est parfois délirant. Maintenant décomposons cette fréquence fondamentale de la note
jouée.
Analysons maintenant la 3ème composante : le Timbre
Le timbre
constitue l’identité personnelle du son, sa caractéristique, sa spécificité, sa
signature. Nous pouvons tous reconnaitre dans la famille des bois un son de
flûte, de hautbois, de clarinette ou de saxophone… et pourtant tous jouent la
même note donc avec la même fréquence, à la même intensité, au même endroit. Le timbre
est donné, par le nombre et l’intensité des harmoniques, qui compose le son et
permet de reconnaître la personne qui parle ou l’instrument qui est joué. Une seule
note de Miles Davis et on le reconnait !
La
fréquence fondamentale (c’est à dire la note) est la même, mais le nombre et
l’intensité de leurs harmoniques respectives sont différents et l’oreille
facilement distingue deux instruments différents, voire même deux musiciens
différents jouant le même instrument . Pour nous clarinettistes, une simple anche peut étouffer les
harmoniques ! Un harmonique (c’est masculin ! ou partiel harmonique) est
en acoustique un des composants d’un son complexe. (Il n’y a que le son
unique du diapason dans le silence environnant qui est un son pur et simple)
Q:
D’accord mais pourquoi deux mêmes instruments ne sonnent pas vraiment pareils
entre eux, même quand nous sommes à l’unisson ? Et puis autre question, nous
avons discuté entre nous sur cette focalisation de certaines lignes mélodiques
voire enchainements harmoniques alors que nous écoutons la même musique. Nous
avons fait cette expérience en travaillant la Gran partita de Mozart.
L’enchainement
des lignes mélodiques, la pulsation et l’utilisation des différents timbres des
instruments font de cette oeuvre instrumentale un des sommets de la musique de
chambre. Il y a
plusieurs facteurs mais par exemple les hommes et les femmes n’ont pas la même
cochlée (oreille interne) et nous avons tous des cochlées différentes comme nos
empreintes digitales et certains seront plus attirés par les fréquences aiguës
comme les femmes généralement, d’autres par le médium, d’autres par les
fréquences basses. Cela peut expliquer pourquoi certains privilégient tel
instrument ou tel type de musique.
Il y a aussi la forme de l’instrument, le type de bois utilisé, la
qualité d’assemblage et la lutherie de manière générale qui influent sur la
capacité de l’instrument à faire résonner certains harmoniques et en étouffent
d’autres. Chaque matériau conduit plus ou moins bien certaines fréquences du
son et les combinaisons de matériaux et de formes produisent des sonorités
particulières. Clarinettes en buis, ébène, palissandre, ébonite, bakélite,
métal … avec le même bec, la même anche et le même clarinettiste sur la même
note offriront des sonorités différentes plus ou moins ronde, brillantes, avec
des projections plus ou moins fortes à cause des harmoniques des sons.
D’autre
part pour votre deuxième question, les musiciens peuvent suivre et se
concentrer sur une ligne mélodique horizontale ou sur un seul instrument, ou
sur des accords s’il a fait de l’harmonie alors que tout l’orchestre joue.
(C’est l’effet « cocktail party » bien utile dans les réceptions et dans
l’écoute de disques). Il est normal que dans votre exemple mozartien, chacun
écoute ce que joue son instrument tout en écoutant l’ensemble. Dans mon article
sur l’interview des intermittents, je relate le cas d’un bassiste qui s’est
focalisé toute sa vie que sur les basses et qui pouvait relever la partie de
basse dans n’importe quel morceau.
Q: Alors si je comprends bien quand j’essaie une anche et fait
un simple son, ce n’est pas un son simple!
JDT :
Bravo pour le jeu de mots ! lorsque vous produisez une note, donc un son
complexe avec un instrument exemple un La 3 nous l’appelons note fondamentale,
l’air s’agite propulsant la vibration vers l’extérieur. Mais ce
son, ce La 3 est composé également de plusieurs autres sons de fréquences plus
hautes qu’on n’entend pas ou peu qui sont d'autres notes (les partiels) mais
qui résonnent et décroissent en intensités différentes. Ces sons additionnels
se nomment les harmoniques au pluriel car il y a au moins les 5 premiers
harmoniques qui sont importants et basiques pour nous musiciens. Notre oreille entend
toujours la même note, c'est-à-dire la fréquence fondamentale, mais elle va
également percevoir toutes les plus hautes fréquences qui s'ajoutent et
enrichissent la fondamentale : ce sont les harmoniques
et c’est le nombre et la nature de ces harmoniques qui vont colorer le son et
lui donner une richesse, un timbre caractéristique. L’intelligence artificielle peut désormais imiter vos intonations
avec vos harmoniques spécifiques et faire croire à vos proches que c’est vous
qui parlez.
Les sons
musicaux sont donc des sons complexes, mélanges de sons graves et aigus. Le son
musical est la superposition d’un son fondamental et d’harmoniques dont les
fréquences sont des multiples de la fréquence fondamentale (double (x2), triple
(x3) etc… L’ensemble de ces fréquences
hauteur et timbre constitueront la qualité de votre son.
Q: Nous avons appris au lycée que les ondes sont des sinusoïdes.
Donc quand je joue un La 3 avec ma trompette, ce sont des vagues de sinusoïdes
que j’envoie qui font des va et vient et dans la flûte de mon amie c’est pire
que les embouteillages parisiens avec des ondes sinusoïdales de grandeurs
différentes qui vont et viennent…
Oui ! mais ce sont des sinusoïdes de plusieurs tailles, des
subdivisions en fait de l’onde fondamentale qui en même temps s’additionnent
car chaque harmonique est différent… De plus les sinusoïdes de la flûte sont
particulières, très différentes de la clarinette qui elles ont des sinusoïdes
presque carrées ! Et pourtant nous faisons la même note à l’unisson en jouant
des instruments qui ont des harmoniques impairs et pourtant les sons ont un
timbre particulier. Quand à votre collègue qui joue du hautbois avec des harmoniques
pairs, les sinusoïdes de son son deviennent presque des triangles !Et pourtant ce sont les mêmes notes et la
même fréquence mais pas le même timbre ! C’est pour cela que l’on reconnait un
son brillant riche en harmoniques et un son sourd pauvre, mais aussi un
instrument d'un autre. Un son est riche, agréable à entendre, lorsqu’il
contient de nombreux harmoniques (piano par exemple). Un son pauvre en
harmoniques paraîtra terne en comparaison à notre oreille (clavecin).
Q: Parce qu’il y a des harmoniques pairs et impairs selon les
instruments dans notre orchestre ? Pouvez vous nous préciser.
La même note fondamentale
jouée par des flûtes et des clarinettes ont des harmoniques impairs (1, 3, 5,
7, 9.)… Pourquoi ? à cause notamment de leurs perces cylindriques. Ainsi si je
joue un Do (fondamentale Harmonique1 dit H1) il y aura dans ce Do aussi un Sol
H3 (quinte juste) et un Mi H5 (tierce majeure) puis un La# H7(septième mineure)
et un Ré H9 (neuvième majeure) … soit un son complexe : dosolmila#ré mais il y
a une décroissance au fur et à mesure des fréquences… les harmoniques qui suivent peuvent être identifiés et
mesurés qu’avec des appareils adéquats.
Mais quand nous jouons un Do, on entend pratiquement que lui et
pas tellement les autres pourquoi?
Parce qu’il est reproduit plusieurs fois ! car il y a aussi des
harmoniques pairs entre mes harmoniques impairs qui sont plus faibles quoique
présents. Ainsi reprenons notre exemple pour les flûtes et clarinettes et
autres instruments à harmoniques impairs : Do note fondamentale dit H1 très
fort, puis Do en octave avec un H2 faible, puis un Sol avec un H3 mesuré haut,
puis un Do encore avec un H4 faible, puis un Mi avec un H5 fort puis encore un
H6 Do faible, puis un La# (H7fort), et encore Do (H8 faible), puis un Ré
(H9fort) etc….
Mais d’autres instruments ont donc des harmoniques pairs.
Lesquels ?
En effet si je joue un Do au saxophone qui a une perce conique, la
fréquence est la même mais le son est différent car les harmoniques sont pairs
et fort (1, 2, 4, 6 , 8.)… Le son du saxophone sera donc fondamentale Do (H1),
Sol quinte juste (H2 fort), Do (H3 faible), Mi tierce majeure (H4 fort), Do (H5
faible), La# (H6 septième mineure forte, Do (H7 faible), Ré (H8 neuvième
majeure forte)… ce qui fera un timbre pour la même note très différent. Ainsi
les harmoniques pairs du saxophone ont des sons avec un timbre chaud alors que
les harmoniques de la clarinette sont impairs et ont un timbre plus froid.
D’autre part le saxophone possède une intensité sonore naturelle au moins
double voire triple de la clarinette… c’est pourquoi un pupitre de saxophones
dans un big band est redoutable pour les autres bois ! Benny Goodman, Artie
Shaw, Woody Herman… jouaient 2 m devant leurs orchestres et dans l’aigu voire
le suraigu pour se faire entendre ! Les hautbois et bassons ont aussi des sons
à harmoniques pairs.
Nous les cuivres, nous avons des sons parfois chauds parfois
sombres selon les instruments. Quelles sont nos harmoniques : pairs ou impairs
?
Les deux ! certains instruments ont des perces cylindriques comme
les trompettes avec des sons brillants donc des harmoniques impairs et d’autres
coniques comme les cors avec des sons plus sombres avec des harmoniques pairs.
Un orchestre doit donc mélanger les timbres de ses instruments pour donner un
son riche et global qui va avec la musique jouée.
Et moi le percussionniste je fais aussi des sons ?
Dans votre harmonie, vous avez des cuivres mais aussi des
percussions. Votre mission principale est de marquer le rythme essentiel en
musique et aussi de cadrer les autres sur le même rythme mais vous produisez
aussi des sons avec des instruments sonores comme le xylophone, le triangle,
les cymbales, le gong etc… qui eux aussi
font des sons complexes. D’ailleurs un bon solo de batterie fait alterner les
différents harmoniques de vos percussions.
Q : je
suis clarinettiste comme vous et j’ai entendu que les sons de la clarinette
faisait des sinusoïdes carrées ! C’est une blague ou non ? Au lycée nous avons
vu des sinusoïdes mais jamais carrées !
Pas du tout c’est vrai. On en déduit donc que toute onde peut être
écrite comme une somme de sinus et de cosinus, de fréquences de plus en plus
élevées. Par exemple, la note La 3 est la résultante d’une vibration de l’air à
440 cycles par secondes. Si nous
décomposons cette onde (L’équation de Fourier nous donnent les intensités de
chacune des fréquences qui composent le son et on appelle cela
le spectre du son), on obtient la fondamentale représentée en une
sinusoïde comme vous la connaissez, puis H3, H5, H7 qui ressemblent de plus en
plus à une tour crénelée de château vaguement carrée. Plus on ajoute des ondes
de hautes fréquences, plus on se rapproche de la sinusoïde carrée et plus le
son est riche.
Le timbre
est constitué de toutes les fréquences du son et l'oreille est capable
d'identifier et de mémoriser les sons. Le timbre est donc très important.
L’oreille va décomposer le son (comme le prisme décompose la lumière blanche en
couleurs de l’arc-en -ciel : merci Newton ! ). Le cerveau analyse ce mélange de
fréquences et d’intensité et va distinguer chaque instrument car certaines
couleurs seront valorisées au dépens d’autres pour chaque instrument et cela
pour un seul son.
Avoir
une belle sonorité, un beau timbre de son est essentiel pour le musicien. Le
clarinettiste va donc essayer et classer des dizaines d’anches pour trouver
celles qui convient selon les jours ! Un obstacle perturbe évidemment le son et
peut le dévier voire le disperser d’où ne pas trop bouger sur scène et
s’éloigner du micro ! (Les
micros fixés sur les instruments pallient plus ou moins ce problème) La
répartition différente des fréquences dans le spectre sonore produit un
timbre particulier et permet d’identifier d’où vient le son, la source sonore,
l’instrument.
Comment travaille t-on pour avoir un beau son ?
D’abord
le souffle doit venir du ventre, qui permet en sortant d’ouvrir le diaphragme
et la gorge. Mais la compétence d’instrumentiste à vent (les chanteurs aussi)
est de contrôler parfaitement le souffle en faisant des notes tenues le plus
longtemps possible mais régulières et c’est cela qui est difficile en gardant
la note juste. Il est
intéressant de travailler avec un accordeur électronique pour stabiliser le
son. Puis
ensuite jouer avec des sons doux ou fort dans une gamme.
L’autre
exercice quotidien est de maitriser les nuances avec des sons filés du
pianissimo au fortissimo mais régulièrement aussi puis faire des gammes ou une
phrase musicale. Alfred
Prinz clarinette solo au Philharmonique de Vienne à une master class supérieure
à Salzbourg nous avait demandé en arrivant : « faites chacun l’un après
l’autre une gamme musicale de Réb en tierces ! » Évidemment la plupart
sont tombés dans le piège jouant le plus rapidement possible pour impressionner
les autres…. « les gammes doivent être jouées comme du Mozart !» s’écria -
t-il et on a tous travaillé pendant 3h toutes les gammes le 1er jour ! avec
tous les timbres et sonorités, à toutes les vitesses, toutes les intensités,
legato et détaché (sauf vibrato interdit!). G de
Peyer autre grand professeur que j’ai eu, lui nous faisait tenir chaque son
sans faiblir et sans que le son descende… maintenant on travaille la
respiration circulaire… Pour tous les grands clarinettistes que j’ai connu, la
maitrise du son était la 1ère qualité de l’instrumentiste. Sidney
Bechet avait coutume et certains font encore cette ruse de tenir le même son
longtemps pendant que l’orchestre joue le thème et le public adore à chaque
fois !
Et le vibrato ? Quand je chante je l’ai naturellement et j’aime
bien quand Pavarotti en rajoute une couche sur des notes tenues mais mon
professeur au conservatoire me l’a toujours interdit quand je jouais de mon
instrument.
Le vibrato comme son nom l’indique est une vibration, une
oscillation légère de la fondamentale et sa vitesse et la largeur vont avoir
des répercussions sur le timbre du son. Son amplitude est variable. Pour un La
3 à 440 Hz le vibrato léger sera de 5 Hz environ de part et d’autre soit
oscillant entre 435 et 445 Hz par seconde . Evidemment le vibrato de certains,
ont des oscillations plus importantes et le son devient instable, c’est souvent
voulu mais parfois oscillant jusqu’au quart de tons, jusqu’à
« chevroter ».
Le vibrato est aussi une affaire de mode et de culture, et peut
être ample ou rapide. Le jazz et les variétés utilisent le vibrato mais peu le
classique sauf les violons et violoncelles qui vibrent certaines notes pour
colorer et « faire chanter » le son. Jouer ensemble est donc
difficile si vous faites du vibrato et si votre voisin qui double votre partie
joue sans vibrato, vos fréquences, donc la hauteur de vos notes, ne sont pas
exactement en phase. Vous devez travailler les sons en intensités différentes, mais avec
ou sans vibrato, vibrato léger et vibrato plus ample, rapide et lent car selon
les musiques vous en aurez besoin surtout si vous êtes en solo. Mais il ne faut
pas confondre avec la trille qui va osciller entre deux notes. Ainsi par
exemple sur un demi ton, le La3 à 440Hz oscillera de 25 Hz de part et d’autre
entre le La3 et le Lab3, qui est à 415 Hz. Quand je commence à jouer le matin,
j’ai un merle qui aime la compétition dans mon jardin qui trille bien et me
nargue et remporte le challenge à chaque fois…
Q: Donc des chants d’oiseaux sont pour vous des musiques avec le
timbre d’un son plus ou moins riche ou pauvre en harmoniques. Je comprends
pourquoi des sons de la nature sont appréciés dans la musique relaxante. Tout
écologiste est alors un mélomane et inversement !
JDT : Je suis assez dubitatif sur votre dernière phrase ! Par
contre beaucoup de musiciens ont été inspirés par les sons produits par des
animaux. Ainsi Messiaen a beaucoup travaillé et a été inspiré par les oiseaux…
En fait combiner des sons, constituer des bouts de mélodies, c’est faire de la
musique. Ces chants sont composés de plusieurs notes de la gamme chromatique
voire même de quarts de tons ! même intégrer des bruits…Le timbre est essentiel
aussi pour les animaux. Ainsi des petits, dès leur naissance, vont reconnaitre
malgré une multitude de leurs congénères au même endroit le son, « la
voix » de leur mère grâce à son timbre spécifique. Mais selon les
timbres et intonations tous les cris animaux constituent un langage et un
comportement qu’ils doivent suivre (fuir, venir.)…La musique contemporaine, en voulant faire table du passé, va
reproduire tous les sons naturels ou industriels, et électroniques pour faire
une nouvelle combinaison des sons, une nouvelle grammaire avec des succès
divers.
Vous
avez répondu à notre demande et nous vous en remercions et vous avez bien parlé
et simplement, alors une dernière question : quelle est la différence entre la
parole et la musique ? Certaines phrases, certains accents ou personnes ont des
phrases chantantes avec des timbres spécifiques voire envoutantes ou
insupportables, et les récitatifs dans la musique classique sont parfois
essentiels, ce sont des sons musicaux avec des fréquences alors ?
La parole
est comme la musique, une combinaison de sons qui doit transmettre quelque
chose (messages, émotions etc…) Pensez y
quand vous jouez… ne pas faire succéder les notes écrites sur la partition sans
vous concentrer dessus, y mettre quelque chose !
Nous avons
tous en parlant une intensité sonore, des fréquences particulières de sons plus
ou moins graves, un timbre particulier reconnaissable même au téléphone, un
rythme ou un débit qui peut être plus ou moins rapide et saccadé (les
imitateurs se régalent …) et une durée qui peut être un peu trop longue pour
certains bavards n’est-ce pas ? En fait,
nous n’entendons pas les mots séparés comme à l’écrit, nous percevons le sens
d’une phrase par des groupes de sons et par l’utilisation des silences. En
musique la note dépend de la note précédente et de la note qui va suivre et la
phrase doit avoir un sens comme pour la parole et pas une juxtaposition de
sons.
Les sons de la parole sont composés de phonèmes qui forment
l’unité minimale de la parole. On ne peut pas diviser les 36 phonèmes du
français qui sont classés en deux groupes : les voyelles et les consonnes, on
ne peut que les combiner. Les consonnes sont des bruits produits par la bouche,
les lèvres, la langue ; elles ont besoin de l’énergie des voyelles pour «
sonner ». Comme pour la musique, chaque phonème est composé d’un
spectre de fréquences, et les consonnes sont constituées surtout de
fréquences aiguës. Ce qui fait que vous les entendez moins bien dès que
votre audition baisse. Comme vous avez été attentifs, et pour vous détendre une petite
anecdote sur l’écho : Au cours d’un diner, la discussion s’orienta sur
l’utilisation de l’écho en musique et sur le phénomène de l’écho. Pour prouver
que chez lui, il y avait un écho extraordinaire, il fit venir ses amis et
chanta quelques notes… et l’écho répondit. Tout le monde était
bluffé ! Puis continuant sur sa lancée il cria : écho, comment
te portes tu ? et l’écho (le domestique caché au fond du jardin )
répondit : je me porte bien ! Comme il est temps de déjeuner, je pense à un cuisinier étoilé
qui disait : tous les ingrédients avant tout doivent être de qualité séparément
comme les sons de chaque note, puis cuit à part avec des intensités de chaleurs
différentes pour magnifier et faire ressortir leurs saveurs particulières puis
la recette ou la partition indiquent dans quel ordre vous allez les combiner :
la note d’avant, la note d’après afin de faire un plat ou une phrase musicale….
mais l’orateur ou l’écrivain feront de même avec les mots.
Je vous remercie de votre attention et travaillez votre
sonorité, c’est fondamental car n’oubliez pas que les sons sont votre matériau
de base que vous devez sculpter comme le marbre ou combiner les nuances des
peintures, des mots ou des aliments. C’est cela être un artiste !
Si vous vous intéressez aux instruments de musique anciens, donc aux facteurs d'instruments à vent, de pianos, d'orgues ou aux luthiers, aux marchands de musique....vous voulez mieux les connaître. Ce blog met à votre disposition des données qui vous permettront d'illustrer vos articles, dossiers, documentation. L'idée est d'échanger, de partager...les connaissances. Si vous avez des infos, des documents....faites des blogs, des sites, des articles.....ou communiquez les nous pour les publier sur ce blog.