mercredi 26 octobre 2016

Nicolas Paul BELORGEY (1803-1873) mécanicien, cleftier, pistonnier devenu inventeur d'instruments de musique.

Au cours de la rédaction de notre article sur l'atelier du facteur de flûtes et hautbois Jacques NONON et du flûtiste Jean Louis TULOU, nous avons découvert l'importance des cleftiers (fabricants des clés d'instruments de musique), dans la facture des instruments de musique à vent en cuivre et en bois. Notre nouveau travail sur les poinçons d'argent des instruments de musique renforce notre intérêt pour ces "prestataires" de grands facteurs par exemple comme Claude LAURENT et ses flûtes en cristal, Auguste BUFFET dit Jeune qui le premier adapta la flûte Boehm en France, Jacques NONON, Jean Louis TULOU etc..
Quel est le principal point commun entre ces facteurs parisiens prestigieux?
Tous travaillaient avec le même cleftier : Nicolas Paul BELORGEY.

Si vous voulez consulter l'article sur Tulou et Nonon : Cliquez sur ce lien.
Nous avons publier dans le dernier Larigot, un article de 24 pages, "très amélioré" sur Nonon et Tulou. Si vous voulez vous le procurer : Cliquez sur ce lien.
Vous voulez consulter l'article sur les poinçons d'argent des instruments de musique : Cliquez sur ce lien

Nicolas Paul BELORGEY est né le 16 février 1803 à Paris. Il était mécanicien au sens du début du 19 ème siècle, c'est à dire artisan qui travaillait les métaux, savait faire de la mécanique comme des automates, fabriquait des outils de chirurgiens etc....Chaque mécanicien était spécialisé et il y avait de quoi faire en ce début de siècle d'industrialisation : métiers à tisser, machines à vapeur, instruments d'agricultures etc..
Au niveau des instruments de musique le développement du piano ouvrait de grandes perspectives à cette spécialisation. N.P. BELORGEY avait choisit les instruments à vent en bois et en cuivre. Pour comprendre l'importance de cette spécialisation, abordons par exemple l'évolution de la flûte. A la fin du XVIIIéme siècle la flûte est un instrument en bois avec une seule clé. Il est fabriqué par des tourneurs qui ont surtout comme préoccupation d'améliorer la justesse et la puissance de l'instrument en travaillant la perce. Les clés sont très accessoires et peuvent être fabriquées par le même facteur ou un de ses ouvriers.
Flûte de Martin Lot vers 1780. (eBay)
Durant la période révolutionnaire, le conservatoire de Paris est créé et au début du XIXème siècle HUGOT puis WUNDERLICH tous les deux professeurs au conservatoire de Paris préconisent dans leur méthode la flûte à quatre clés.
Description de la flûte à quatre clefs de la méthode de Hugo et Wunderlich.
A Paris les facteurs spécialistes dans la fabrication des flûtes étaient peu nombreux. en 1808.

Flûte à 4 clés de Laurent de 1807. (Dayton Miller Collection)
Cette flûte de Laurent de 1807 représente une avancée considérable au niveau de la facture. Lorsque l'on décrit ces flûtes c'est principalement pour évoquer la flûte en cristal, sans aborder les améliorations au niveau technique qu'il a fallu créer pour réaliser ces instruments.
Détails de la patte de la flûte de 1807. (Collection DCM)
Notons tout d'abord la clé à bascule, l'une des premières flûtes munies de ce type de clé sans doute inventé par Laurent et/ou son cleftier ? (Les poinçons d'orfèvres ne sont apparus sur les clés d'instruments que vers 1820), système de fixation des clés : plaque et deux boules soudées, les jointures en argent entre les quatre parties en cristal. Tous ces éléments sont très innovant pour une flûte de 1807 et seront repris progressivement par les grands facteurs de flûtes parisiens, puis lyonnais, comme Godfroy, Bellissent, Tabart....Même si Laurent était horloger, il devait avoir recours, pour concevoir ces innovations à des mécaniciens ou orfèvres parisiens plus habitués à ce travail. 

Flûte à quatre clés plus une  de Jean René Winnen  (Vers 1815) dont les clés
portent des poinçons de province (Sans doute la Couture)
Le nombre de clés évoluant en passant de 6 et 8 voir 9, nous arrivons vers 1838 à la naissance de la flûte Boehm et la complexité de son mécanisme. C'est le 10 juin 1833 que N.P. BELORGEY enregistre son premier poinçon "P#B" dans le sens vertical. 
 " Belorgey Fabricant de clés de flûtes et clarinettes, 32 rue du Petit Carreau".

 Il a 30 ans, est marié avec Marie Catherine SIFFRET ; ils ont au moins deux enfants : Jules Alexis Joseph BELORGEY né le 20 juillet 1827 à Paris, qui sera lui aussi mécanicien spécialiste des systèmes Boehm et Charles Gustave BELORGEY né le 13 décembre 1829.
C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers instruments à clés d'argent portant sa marque. Il est le cleftier de l'atelier NONON-TULOU.
Flûte à 5 clés et bagues larges en argent de Tulou. (Musée de Bruxelles)
Détail des poinçons de la flûte de Tulou permettant de dater l'instrument
entre 1833 (date d'inculpation du poinçon vertical de Belorgey) et 1838
(date de la fin de l'utilisation du poinçon tête de lièvre)
Toutes les flûtes Tulou (après 1833), à clés en argent de la période de l'atelier Tulou-Nonon portent les poinçons de Belorgey.
Le deuxième exemple de datation d'une flûte Tulou à 5 clés de l'atelier Tulou-Nonon est la flûte du Musée de la Musique de Paris que le Maître lui même avait donné à son ami Moudreux en 1847 que dans mon article je datais à tort de 1847. La lecture des poinçons permet de dater l'instrument entre 1838 et 1844.


Flûte Tulou de l'atelier Tulou-Nonon à 5 clés.
(Musée de la Musique de Paris)
Détail des poinçons de la flûte de Tulou permettant de dater l'instrument
entre 1838 (début de l'utilisation du poinçon à tête de sanglier) et 1844
(date de la fin de l'utilisation du poinçon vertical de Belorgey)
Le 12 avril 1843, il enregistre son deuxième poinçon "P#B" dans le sens horizontal.
Flûte Tulou 5 clés portant le poinçon tête de sanglier, aprés 1838 et
 le poinçon de Belorgey horizontal , après 1843. Donc datable
de la période 1844...cela tombe bien car elle est datée de 1844.
(Collection R. Pierre)
N.P BELORGEY était à cette période le cleftier de Claude LAURENT. Les clés des flûtes de ce dernier, dans la période 1806 à 1817 ne portent pas de poinçon d'orfévre. Dans la période 1820 à 1830 les flûtes de Laurent portent le poinçon de Jean Dupin ou celui de son fils (à confirmer), bijoutiers et orfévres aux Palais Royal.
Poinçon de Jean DUPIN.
Poinçon de Jean DUPIN Jeune.


Flûte de Claude Laurent, à huit clés en argent de Jean Dupin père de 1822.
Collection David Shorey;
Donc N.P. BELORGEY réalise en 1839, les clés en argent de cette flûte de C. LAURENT du musée de Barcelone.
Flûte de Claude Laurent de 1839 à 8 clés en argent de N.P Belorgey.
Musée de Barcelone.
Cette flûte en bois de Claude LAURENT, dont les 8 clés portent le poinçon horizontal de BELORGEY est probablement de la même période ( vers 1840).

Détails des clés de la flûte en bois de C. Laurent.
Vente Vichy 2016.
Vers 1838 il réalise pour Auguste BUFFET Jeune un des premiers clétages en argent, système Boehm correspondant au modèle de son brevet obtenu avec Victor Coche.

Flûte d'Auguste BUFFET Jeune, premier système Boehm conforme
au brevet Buffet-Coche de 1838 dont le clétage a été réalisé
par N.P Belorgey (Poinçons tête de sanglier et Belorgey vertical).
(Collection Michael Lynn).
Si vous voulez voir et entendre cette petite merveille voilà le site de Michael Lynn.

Une très rare flûte de Claude Laurent, en cristal vert et clétage en argent, système Boehm de la collection Dayton Miller, réalisée en 1844 a été "garnie" par Breton  (confirmée par M. Gascon).
Flûte de Claude LAURENT de 1844, à clétage systéme Boehm en argent
réalisé par N.P. Belorgey. (Dayton Miller Collection).

N.P. BELORGEY n'était pas seulement l'un des cleftiers les plus important de cette époque mais II était également pistonnier.

"Belorgey Aîné, facteur de clefs d'instruments de musique. Fabrique tout ce qui a rapport aux garnitures intérieures et extérieures des instruments en bois et en cuivre : 32 rue du Petit Carreau". (Alm. Bottin 1844)

Le 21 octobre 1843 il avait obtenu en collaboration avec Antoine HALARY, facteur très actif,  un brevet :


Comme de nombreux brevets de cette époque, celui-ci avait pour but d'améliorer l'efficacité des pistons, en essayant de réduire les frottements par un système de ressorts articulés.

Il obtint le 14 octobre 1847, cette fois seul un brevet pour "un genre de piston à cylindre à moteur vertical pour les instruments de musique en cuivre" qui poursuivait toujours le même objectif.
Cornet à Pistons de Belorgey avec son brevet.
Musée de la musique de Bruxelles.
Il demanda, pour adapter son système, plusieurs extensions à son brevet : le 20 décembre 1852, le 5 mars 1853, le 4 mai 1855, le 10 octobre 1859. Mais aucun de ces brevets ne fut couronné de succès. De plus son travail de cleftier déclina, en effet tous les facteurs à partir des années 1850 eurent de moins en moins recours à ces prestataires, ayant des ouvriers spécialisés dans leurs ateliers. On peut le constater par l'apparition des poinçons d'argent de facteurs renommés, Nonon, Gautrot...etc. Et puis la création de grandes fabriques et l'arrivée de leurs machines à vapeur signèrent la disparition de ses artisans à Paris.
Suite au déclin de son activité et ses dépenses trop importantes pour ses brevets, Nicolas Paul BELORGEY est déclaré en état de faillite le 27 février 1862.


Extrait de la séance de conciliation entre N.P. Belorgey et ses créanciers
du 20 juin 1862. (Archives de Paris-Faillites, série D.11.U3)
On retrouve parmi ses créanciers ces anciens partenaires : Antoine HALARY, Jacques NONON qui lui avait sans doute prêté de l'argent avec intérêts, Adolphe SAX, mais aussi des banquiers, des sous traitants.....

Cliquer sur le document pour l'agrandir.
Liste des créanciers.

Il habitait au N°26 rue des Petits Carreaux, au troisième étage où il occupait une pièce et une cuisine pour son habitation et avait au même étage son atelier dont l'inventaire sera fait le 26 février 1862 (Archives de Paris). Il devait y habiter seul car son épouse, figurant au niveau de ses créanciers est domiciliée : 25 rue de Colombes à Courbevoie. Il avait du employer plusieurs ouvriers car dans l'inventaire est cité un "livre de comptes d'ouvriers". 
Signature de N.P. Belorgey en 1862.
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A la suite de cette faillite, l'atelier de la rue des Petits Carreaux disparait. Mais pratiquement la même année apparait dans le Bottin (1863) l'atelier du fils de Nicolas Paul BELORGEY, "Jules BELORGEY Fils, fab de clefs et mécanismes pour instruments de musique en bois, spécialité pour le genre Boehm, 16 Faubourg Saint Denis et 71 rue de Vincennes à Belleville".
De 1864 à 1866, l'atelier sera 83 Faubourg Saint Martin, puis de 1867 à 1869 au 18 rue Charlot (à quelques pas de l'atelier actuel de Guy COLIN)
Il n'apparait plus dans le Bottin à partir de 1870. Nicolas Paul BELORGEY est décédé le 7 août 1873 à 70 ans à l'hôpital Bichat. Veuf, il habitait au N°26 rue de Saintonge.


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