lundi 26 novembre 2012

La famille HOLTZMAN à Paris, facteurs de harpes du XVIII° siècle.


Cette superbe harpe de Holtzman fils sera vendu à l'Hôtel Drouot à Paris par l'étude Aguttes le vendredi 7 décembre 2012. Je reproduis ici le texte du catalogue.

Outre le coté exceptionnel de cette harpe, cette vente nous permet de souligner le rôle essentiel  des commissaires priseurs, qui documentent leurs ventes et font régulièrement des recherches de fond sur les facteurs, vous le verrez c'est le cas dans cet article.

Harpe de Holtzman fils à Paris.

"Rare harpe à mécanisme à crochets, pour trente huit cordes et sept pédales.
La table porte trois étages de roses constituées de cinq percées circulaires, et est ornée d'un paysage lacustre, d'un entablement présentant des attributs de la Musique ou des chutes de guirlandes de fleurs. La crosse en bois sculpté, est laqué noir et doré, dans le goût de la Chine, et est ornée de personnages ou de pagodes. Chute ornée de feuilles d'acanthe et de baguettes rubanées, sur une console à fleurs et guirlandes de feuilles de chêne. Montant à cannelures. Elle est signée à l'encre : HOLTZMAN Fils à Paris, sur la table, à la jonction avec la console.
Fin de l'époque Louis XVI
H : 167 - L : 83 cm"

Travail de sculpture, de dorure, de laquage, de peinture...une merveille du XVIII° français.

Signature de Holtzman fils rue du Four Saint Germain à Paris.

"Holtzman fils :
La signature Holtzman fils rue du Four St. Germain à Paris correspond à la marque d' Henry Holtzman (reçu maître luthier en 1782), fils de Godefroy Holtzman, également maître luthier facteur de harpes, et de Marie-Charlotte Duchesne. Au moment du décès de la mère Holtzman en 1786 cinq frères et sœurs sont mentionnés, un enfant mineur prénommé Noel-Charles, Jean-Baptiste et Henry, tous deux maîtres luthier facteurs de harpes, le premier domicilié rue Saint-Antoine, le second rue du Four dans le quartier Saint-Germain-des-prés paroisse Saint-Sulpice, enfin deux sœurs, l'une mariée à un fondeur-ciseleur, l'autre à un facteur de harpes et de clavecins. En 1792, au moment de la mort de leur père, les cinq enfants sont toujours vivants ; Henry avait installé alors son atelier rue du Mail, paroisse Saint-Augustin, tandis que son frère, et confrère, Jean-Baptiste exerçait désormais rue Saint-Honoré. Dans le dernier tiers du XVIIIe siècle la notoriété des Holtzman fut grande ; rien d'étonnant au fait qu'une de leurs harpes soit mentionnée en 1784 lors de l'inventaire après décès des collections de la puissante marquise de Fleury, née Montmorency-Laval".


Détails.
 
Décor de Chinoiseries trés en vogue au XVIII°

 
 

"Dans les premières années du XVIIIe siècle le luthier bavarois Jacob Hochbrucker apporta une nouveauté technique à la harpe en développant un ingénieux système de pédales qui permettait d'augmenter à volonté chaque note musicale d'un demi-ton et ainsi de pouvoir jouer la musique dite “savante”, notamment les œuvres pour clavecins. Cette amélioration ouvrit à cet instrument de nouveaux horizons et lui permit de devenir au XVIIIe siècle, avec le piano forte, l'un des instruments de musique les plus appréciés par les personnalités de la haute aristocratie dans l'Europe entière et particulièrement en France. Marie-Antoinette elle-même s'essaya brillamment à cet instrument vers la fin des années 1770. Comme souvent dans les arts décoratifs de l'époque, les artisans parisiens du temps s'employèrent à faire de ces instruments de véritables objets d'art en décorant leurs caisses et consoles de motifs peints ou réalisés en vernis Martin et en confiant leur sculpture aux plus habiles artisans de la capitale".

Décors d'attributs de la guerre (en musique) et des arts.
"La harpe présentée fut conçue par l'un des meilleurs facteurs de harpes de l'époque. Sa perfection rivalise, voire surpasse, celle d'autres modèles répertoriés signés par les célèbres luthiers Georges Cousineau et Jean-Henri Naderman ; voir notamment une harpe de ce dernier conservée au musée Carnavalet à Paris (illustrée dans A. Forray-Carlier, Le mobilier du musée Carnavalet, Dijon, 2000, p.191, catalogue n°71). D'autres modèles réalisés dans le même esprit sont connus, citons particulièrement une première harpe signée Holtzman passée en vente à Paris, Me de Maigret, le 2 décembre 2011, lot 55 ; une deuxième portant la signature d'un luthier nommé Hermes se trouvait anciennement dans la collection Benchoufi (vente Sotheby's, New York, le 9 novembre 2006, lot 82 ; adjugée 54.000$) ; une troisième, signée Renault et Chatelain, appartient aux collections du musée de la musique à Paris (voir Guide du musée de la musique, RMN, 1997, p.97) ; enfin, une dernière signée Holtzman fut vendue chez Christie's à NewYork le 21 octobre 2004, lot 1191".
"....le hameau de la Reine à Versailles..."

"Harpe par HOLTZMAN à Paris, XVIIIe siècle, vendue à Drouot par l'étude de Maigret le 2 décembre 2012.
Ancienne collection Charles Enel (1880-1954), luthier à Paris
Matériaux : Epicéa, érable et vernis Martin
Marque au fer au sommet de la table et étiquette à l'intérieur de la console : « HOLTZMAN / Maître Luthier - Facteur de harpes, / demeure dans la grande rue du Faubourg / Saint Antoine, chez un Marchand de Vin, / au Roi de Siam, près de celle de Saint / Nicolas, au second ; il vend & fournit /
des Cordes de Naples et autres. / A PARIS »
H. 165 cm

Marque de Jean Baptiste Holtzman.
"La table en épicéa est ornée d'un décor en vernis Martin représentant des motifs floraux et des trophées d'instruments de musique, typiques de l'époque Louis XVI.
La console en érable s'appuie sur une colonne cannelée de même essence.
Le corps est composé de sept côtes d'érable ondé et repose sur une terrasse munie de quatre pieds forgés.
Système dit à simple mouvement. 7 pédales. 37 cordes".



"La harpe à simple mouvement fut le modèle sur lequel jouèrent Marie-Antoinette ainsi que la Duchesse de Guînes, pour qui Mozart composa son Concerto pour flûte et harpe en 1778. » (extrait du catalogue de l'exposition au Palais Lascaris, Nice, 2011)".

Bibliographie :


Jean Jeltsch, Denis Watel, Maîtrise et jurandes dans la communauté des maîtres faiseurs d'instruments de musique à Paris, in Revue d'organologie « Musique - Images - Instruments », n°4 ; Ed. Klincksieck, Paris 1999.
Robert Adelson, Erard et l'invention de la harpe moderne, 1811-2011
Berliner Musikinstrumenten-Musum (collectif), « Harfen », Berlin 1999



samedi 10 novembre 2012

Ventes d'instruments de musique à Vichy : rencontres avec des instruments d'exception : exemple un basson de H. GRENSER.

Chaque année les deux ventes de Vichy (juin et décembre), nous donnent l'occasion de croiser des instruments d'exception. C'est une formidable opportunité de pouvoir les regarder sous toutes les "coutures", de les "toucher"....et même de les jouer.
Dès qu'ils seront "acquis"...par quelques collectionneurs, des musées...ils disparaîtront pour de nombreuses années.

Ces sans doute le cas pour cet exceptionnel basson de Johann Heinrich GRENSER (1764-1813).
 

Basson de J.H. Grenser.
Ce basson de facture exceptionnelle, à 9 clés en ivoire dans son étui d'origine, muni de deux bocaux et de deux boites d'anches en galuchat a été très disputé lors de la vente de juin 2012.
Muni de deux bocaux et deux boites d'anches en galuchat.

Dans sa boite d'origine.



Article de la Gazette Drouot sur le vente de Vichy de Juin 2012.

 
Adjugé 58000 Euros (soit 71873 euros avec les frais), il s'agit sans doute de la vente la plus élevée pour un instrument de ce type.

Si vous voulez en savoir plus sur les GRENSER de Dresde : Site sur les clarinettes de Grenser d'Eleanor Smith

Message personnel pour José Touroude : Tu vas trouver dans ce site un "véritable schéma" sur la généalogie de la famille Grenser.

Donc rendez vous à Vichy le 15 décembre 2012 pour de nouvelles rencontres fructueuses.

Site de l'étude de Maître Laurent à Vichy.

Quelques instruments qui seront en vente le 15 décembre à Vichy.

vendredi 26 octobre 2012

Pélisson Frères et Cie . Manufacture d'instruments de Musique en Cuivre.

 
L'article écrit sur la Maison Pélisson et le saxophone système Georges, a suscité un "certain intérêt", sinon un intérêt certain donc une petite suite sur ce catalogue.
 
 
Catalogue de la Maison Pélisson Frères à Lyon
Le Georgeophone  était une découverte pour moi.....mais également pour tous les spécialistes du saxophone. Visiblement on ne connaît aucun exemplaire de "cette famille d'instrument" alors avis aux amateurs, si vous avez ce "biniou" vous allez déclencher ....des émeutes.

Georgeophone baryton en Mi b
d'aprés le Catalogue.


Seule photo connue de Georgeophone
 
 L'état des connaissances sur cet instrument est résumé dans l'article publié sur "The Sax info blog", qui donne également l'origine de la seule photo connue de Georgeophone.

 
Je vais aller faire un tour à l'Inpi, pour voir s'il y a un brevet.
 
 Autre originalité dans ce catalogue Pélisson : " La branche d'embouchure mobile pour Hélicon".
Hélicon Contrebasse en si b 3 gros pistons, perce monstre (catalogue)

Cliquer sur cette image, pour lire l'intérêt de la branche mobile à multiple articulations, breveté par Pélisson.
Vous ne le saviez sans doute pas grâce à Pélisson Frères " l'introduction des contrebasses dans les pensionnats de jeune garçons, est chose très facile maintenant, car le port de l'Hélicon dèveloppe le torse, par cela même aide les voies respiratoires et n'entrave en rien la marche de l'exécutant. Nous le recommandons à nouveau, comme hygiénique".

Et j'apporte "ici" la preuve Historique à ce propos : avec ces deux images de deux Hélicons Pélisson Frères. La première sans branche mobile, l'instrument est sale et non "hygiénique"
Hélicon sans branche mobile.
La seconde avec branche, où l'on voit que "le jeune garçon c'est tellement "développé", qu'il a cassé  la branche, grâce à la force qu'il a acquise en jouant de l'hélicon, dans son pensionnat.

 
 
Pour répondre à Crisanto (dont nous avons perdu l'adresse email), je n'ai pas trouvé de "cornets fleuris ou non fleuris", mais voici les pages des cornets du catalogue.
 
Cornets Artistes premier choix. Catalogue Pélisson Frères.


Cornets second choix. Catalogue Pélisson Frères.

 

dimanche 7 octobre 2012

Analyse d’une clarinette en Ré à 10 clés avec corps de rechange en Ré dièse.

 Reprise de l’exposé, lors de la visite de la collection de José-Daniel Touroude

Clarinette à 10 clés en Ré avec corps de rechange en ré.
  Pourquoi cette clarinette est intéressante ? Pour au moins 5 raisons.

1. Cette clarinette à 10 clés fait partie des clarinettes de transition du début du XIXème siècle :

 à Le romantisme submerge l'Europe et la musique.

L'évolution de l'écriture musicale avec l'utilisation du chromatisme et la recherche permanente de briller par la virtuosité sont exigés par cette musique nouvelle.
Les pianistes avec Beethoven, Chopin, Liszt..., le violon avec Paganini... sublimaient la technique instrumentale et frustraient les clarinettistes, à part quelques virtuoses.
En effet les clarinettistes ne pouvaient rivaliser avec leur clarinette à six clés.
Alors tous les instruments à vent vont se doter de nouvelles clés, notamment la clarinette afin d'atteindre le nouvel objectif : rendre l'instrument plus véloce, plus homogène et plus juste.
Les compositeurs veulent une clarinette qui permet de jouer plus facilement dans les 3 registres aux couleurs si différentes.
Les facteurs vont alors accélérer leurs recherches et expérimentations pour atteindre ce but.
Les musiciens vont appliquer et demander toujours plus aux facteurs en jouant les musiques modernes écrites pour eux. Ce sera une période de transition où la clarinette évolue pratiquement chaque année avec des nouveaux trous, des nouvelles clés, des possibilités aussitôt traduites par les compositeurs, des innovations aussitôt appliquées par les différents facteurs, car l'évolution de la clarinette passe par le nombre de clés et cela créée une émulation permanente. 
Ainsi la clarinette va évoluer en quelques années en augmentant le nombre de trous et de clés et ainsi trouver  la solution pour faire toute la gamme chromatique plus rapidement, pour profiter de toute la tessiture, pour simplifier les doigtés mal commodes et enfin pour limiter le jeu d'embouchure complexe et peu aisé.

à En 1809, le grand clarinettiste Heinrich Joseph BAERMANN, adopte une clarinette à dix clés (il se produit notamment à Paris en 1818 avec cette clarinette).
Il joue les œuvres écrites à son intention (les 2 concertos, le concertino, les variations, le quintette...) de C.-M. VON WEBER avec une clarinette fabriquée par GRIESSLING et SCHLOTT de Berlin.
En 1810, le grand facteur H.GRENSER de Dresde fait une 11 clés en buis pour le virtuose H.B.CRUSELL pour jouer ses œuvres.
La même année ROSSINI écrit pour la clarinette ses variations puis son introduction thème et variations etc... Vers 1811, la clarinette possède une 12ème clé.
Toutes ces clés ont permis de supprimer en partie les doigtés fourchus et de laisser peu à peu l'héritage du chalumeau aux oubliettes !

à Ainsi la clarinette en quelques années est devenu un instrument reconnu grâce à :
 
- des compositeurs qui vont faire reculer les possibilités de la clarinette et lui donner un répertoire.
- des facteurs ingénieux qui ont réussi par l'adjonction de clés à perfectionner et amener la clarinette au niveau des autres instruments de l'orchestre,
 - des clarinettistes virtuoses itinérants, qui de ville en ville ont montré à toute l'Europe les possibilités de la clarinette comme instrument soliste.
La conjonction de ces 3 acteurs a accéléré l'évolution de la clarinette et son intégration dans l'orchestre. 
On avait déjà connu cette association féconde de ces 3 acteurs (compositeur, facteur, musicien avec Mozart, Stadler, Lotz). On retrouvera plusieurs fois cette combinaison dans l’histoire de la clarinette.Mais revenons à notre clarinette, sa date de fabrication tourne autour de 1840-1850.
A cette époque, tout change : la clarinette était en buis avec des clés en laiton.
Désormais de nouveaux matériaux apparaissaient, c’est l’intérêt historique de notre clarinette. C’est une époque charnière où la clarinette ayant de 6 à 12 clés clefs côtoie la nouvelle clarinette de MÜLLER à 13 clés et où se prépare déjà le lancement de la clarinette moderne système Boehm.
Pourtant pendant des décennies, ce genre de clarinette à 10 et 12 clés continuera à être fabriquée pour des amateurs en Allemagne.
L’intérêt de cette clarinette est aussi qu’elle n’a jamais eu aucune restauration à part les lièges des tenons et qu’elle est dans un état exceptionnel et qu’elle joue bien.
En effet le bois des instruments à vent s’use avec le temps et la pratique contrairement aux bois des cordes qui se bonifient s’ils sont bien traités.

2 Clarinettes allemandes en Ré à 12 clés de la même époque :
Berthold à Speyer et Kayser à Hambourg  en buis avec clés en laiton comparée avec la clarinette en ébène 10 clés de Markneukirchen avec clés en maillechort.
2  C’est une clarinette en Ré# (DIS) avec un corps de rechange en Ré (D), ce qui est assez rare.

 à La petite clarinette en Ré a un son aigu et fut une de premières clarinettes fabriquées.

En effet, le facteur I. Scherer en fera une à 3 clés selon le modèle de Denner, l’inventeur génial de la clarinette. D’autre part le compositeur Molter fera plusieurs concerti pour clarinette en Ré vers 1750 où il montrera les possibilités dans l'aigu.

 à Vers 1815, la clarinette en Mi bémol se généralise en Allemagne puis en France 20 ans après.
La popularisation de la petite clarinette s'effectua avec l'adjonction de la 6èmeclé. Les orchestres, les harmonies, les musiques militaires ont désormais souvent une clarinette Mib aigu dans leurs rangs. Une demande importante de fabrication s'en suivit. Mais petite nuance, cette clarinette est en Ré# et non en Mib !Cette clarinette en Ré# (DIS) a un corps de rechange en Ré (D) gravés plusieurs fois. Rappelons que le ton majeur est constitué de 9 commas. Ainsi entre Ré et Mi, il y a 9 commas (4 + 5) décomposé comme suit : Ré à Ré# = 4 commas et de Ré# à Mi = 5 commas. Mais entre Ré# et Mib il y a 1 comma de différence. (Ré# et Mib ne sont pas identiques). D’autre part 1 comma possède une fréquence de 6 Hz. Mais faut-il savoir encore pour quel diapason l’instrument a été fabriqué ? Ainsi jouer un La au diapason moderne 440 Hz sonne presque comme un La # baroque au diapason 415 Hz.
C’est pourquoi, à cette époque où le diapason était mouvant selon les pays et les orchestres, le clarinettiste avait plusieurs clarinettes dans différentes tonalités : Ut (C), Sib (Bb), La (A), Ré(D), Mib (Eb) et on utilisait des corps de rechange pour rallonger l’instrument et changer de tonalité (exemple : Sib / La).
Ainsi la clarinette montée en Ré fait 5,5 cm de plus (2,5 cm du barillet et 2 cm pour le corps du haut + 1 cm du corps central de la clarinette) que la clarinette en Ré#. Les corps du bas, pavillon et bec sont utilisables dans les deux cas (Ré et Ré#).
Le barillet d'origine est classique avec un renflement à la base typique de la facture allemande de la même époque (le barillet à la française lui est renflé au milieu, symétrie oblige !). Avec 2 barillets différents, on arrivait aussi à s’accorder à un diapason qui à l’époque variait beaucoup.
 
3  C’est une clarinette estampillée : Un S est gravé plusieurs fois.


Timbre de Markneukirchen

Marque du S.

Marque du D (ré).



Le S montre qu’elle est à la fois anonyme et identifiable. En effet le S marqué sur les clarinettes, n'est pas l'estampille d'un facteur particulier mais la marque d’un collectif de facteurs de Markneukirchen pour le marché allemand et pour l'exportation notamment vers les USA.  (cf. Enrico Weller en 2004: "Der Blasinstrumentenbau im Vogtland...)
En effet de nombreux tourneurs sur bois et de facteurs d'instruments à vent se regroupèrent dès le milieu du 18ème siècle dans cette ville pour faire le premier pôle mondial en quantité et en qualité de ce nouvel instrument qu'était la clarinette. (En 1880, il y avait 27 facteurs). La clarinette ayant été inventée en Allemagne, ce pays a eu la facture de clarinette la plus importante du monde, avant une concurrence sérieuse de la France, de l’Autriche et de l'Angleterre.  La France fera de même plus tard avec le village de la Couture- Boussey regroupant nombre de tourneurs et facteurs d’instruments à vent.

4 C’est une des premières clarinettes en ébène avec des clés en maillechort.

Les clarinettes en ébène sont apparues vraiment sur le marché à partir de 1828 (à part quelques exceptions) avant de se généraliser jusqu’à maintenant. L’ébène est un bois d’Afrique beaucoup plus dur que le buis et qui risque moins de se fendre. L'ébène, étant à l'époque beaucoup plus cher que le buis (6 fois plus cher dans certains catalogues), prouve que c'était un instrument d'orchestre de gamme élevée.
En effet l'ébène va commencer à remplacer le buis trop fragile. Les 10 clés sont rondes et plates assez classiques en maillechort. Les clés en maillechort, inventées à Lyon en 1820, se diffusent rapidement en Allemagne et Autriche. Le Bai tong chinois existait depuis des siècles mais le secret était gardé jalousement.

Dans les années 1820, Maillot et Chorier deux ouvriers de Lyon réinventent cet alliage composé de 60% de cuivre, 20% de Nickel et 20% de Zinc qu’ils dénomment « Maillechort » contraction de leurs noms. Ce Maillechort est solide, ne se ternit pas, est facile à travailler et devient le matériau idéal notamment pour les clés d’instruments de musique depuis près de deux siècles.



Le poids de l'instrument sans le bec est de 300 g, ce qui est plus lourd que les autres clarinettes Mib et Ré qui tournent autour de 220 g. Ceci provient de la densité du bois supérieure à 1, l’ébène coule dans l’eau et fait 1/3 de poids de plus que le buis.
 
5 Le repose - pouce est taillé dans la masse.

Ce qui n’est pas évident à tourner mais important pour le confort du clarinettiste. Les supports de pouce ont été tout d'abord été utilisés en Allemagne et en Angleterre vers 1830, pour les instruments lourds possédant des clés (8 à 12 clés) et/ou fabriqués en ébène. Par contre il y a relativement peu d'exemples en France car à la même époque Müller inventait à Paris pour sa clarinette13 clés, le repose pouce vissé métallique qui sera de suite et jusqu’à maintenant utilisé par tous.

Reposes pouce taillés dans la masse et repose pouce en métal.


Le reste est plus classique :
6 C’est une clarinette avec des lièges pour les tenons.

Auparavant depuis le XVIe siècle, les tenons d'instruments à vent étaient recouverts de fil, généralement ciré, et les chalumeaux et les clarinettes ont reçu ces mêmes techniques. Mais vers 1840, on remplaça le fil par un morceau de liège graissé pour fixer les parties de clarinettes et cela perdure désormais.
Les allemands préféraient garder le fil. Mais cette clarinette avait à la fois des lièges sur les tenons mais aussi du fil ciré.

7 Ressorts et tampons.

La clarinette possède des ressorts d’origine en laiton (ce qui est curieux et non en maillechort, montrant ainsi que le maillechort était encore peu usité et à ses débuts). Ils sont rivetés avec des clous soit en laiton soit en maillechort et non vissés. Par contre les tiges de fixation sont en maillechort et transpercent des blocs en bois taillés dans la masse, ce que les allemands garderont assez longtemps conservant la technique des anciennes clarinettes, (La facture française, quant à elle préfèrera utiliser les vis). Les tampons sont en cuir de chevreau vraisemblablement d’origine.

 
 8 Les bagues d’origine aussi sont en ivoire et non en os.

 L'instrument est composé de 5 parties : barillet, corps supérieur, corps central, corps inférieur, pavillon. La composition générale de cette clarinette est classique comme la plupart des clarinettes de cette époque.
Le bulbe renforcement caractéristique des clarinettes anciennes constitue un bloc. Un seul bloc en anneau est situé dans le corps du haut et un autre bloc discret qui permet de guider la clé n’est plus que l’héritage de l’ancien deuxième anneau. Nous irons de plus en plus vers une réduction et un allégement des blocs en bois jusqu’à leur disparition dans les clarinettes 13 clés. Cette clarinette montre cette évolution de transition.
Le bec en ébène est d'origine, strié pour recevoir une ficelle et non une ligature métallique qui sera inventée par Müller à la même époque mais peu utilisée par les allemands.







 

Etat et restaurations : l'état est excellent. C'était un bel instrument de concert, bien entretenu.Tout est d'origine et bien conservé par des collectionneurs successifs.
Il n'y a pas eu de restaurations anciennes, ni modernes. 
 





samedi 15 septembre 2012

François Antoine SAUTERMEISTER (1782-1830) facteur d'instruments de musique à Lyon.


François Antoine Sautermeister est né le 2 décembre 1782 à Rottembourg dans le Wurtemberg en Allemagne. Il était le fils de Clément Sautermeister

Marque de Sautermeister sur une clarinette en fa.

Il arrive à Lyon en 1809, comme « compagnon luthier » et habite place de l’Herberie où il loue 2 pièces. La même année il se marie le 13 mai 1809 avec Marie Garnier née le 16 septembre 1783 à Lyon, fille de Jean Garnier (qui a quitté le domicile conjugal depuis 23 ans) et de Reine Didier. Ils habitent à la même adresse jusque vers 1812. Il est ouvrier luthier, elle est tailleuse.

Signature de François Antoine Sautermeister.



Le 12 août 1812, il obtient un brevet de 5 ans, pour un instrument qu’il nomme  Basse Orgue, qui a la forme d’un basson, muni d’un pavillon à son extrémité, à perce cylindrique qui se joue avec un bec de clarinette et qui a un registre de 3 octaves.

Schéma du brevet de 5 ans de 1812 pour une Basse orgue.(Source INPI)
En 1816 née sa première fille, Reine Marie Thérèse Sautermeister le 12 octobre ; elle décédera deux ans plus tard le 31 juillet 1819. A cette époque facteur d’instruments, François Antoine habite avec sa famille  au 2 rue du Plâtre où il loue 2 pièces d’habitation et 1 pièce d’atelier au second étage.


Basson de Sautermeister.

En 1818 né le 9 avril, François Ignace Chrétien Sautermeister ; ils habitent toujours à la même adresse qu’ils quitteront en 1822. A noter que François Simiot habitait pendant toute cette période au 13 rue du Plâtre. Son épouse décède à 37 ans, des suites de couches, le 21 décembre 1820 à leur domicile, rue du Plâtre. François Antoine Sautermeister se remarie vers 1822 avec Marie Joséphe Poncet née le 17 juillet 1797 à Cize dans l’Ain, fille d’un chirurgien de cette ville. En 1823 ils habitent 2 pièces (atelier et une pièce d’habitation) au 14 rue Saint Dominique. Il vit seul avec son épouse.
Le 22 juin 1827 il obtient un brevet de 5 ans pour un « nouvel ophicléide » ou « Basse d’harmonie » à 11 clés dont six ouvertes qui représente un réel progrès au niveau du son, comparé à ceux de Halary ou Labbaye.




Schéma du brevet de 1827 pour « un nouvel ophicléide ». (source Inpi)

En 1827, Il avait un atelier 4 place Célestin, avait 8 ouvriers externes et habitait avec son épouse 3 pièces dont une pièce commerciale au n°10 de la rue Saint Dominique. En 1829, il avait 5 pièces (3 pour le commerce et deux d’habitation) au n°10 rue Saint Dominique. Il produisait tous les instruments à vents : bassons, clarinettes, hautbois, flûtes et tous les cuivres principalement pour fournir les nombreux régiments et leurs "Musique" stationnés dans la région lyonnaise.

Basson russe en ut (Musée du Palais Lascaris à Nice)
Il décède le 17 février 1830 à 46 ans. Les témoins sont deux facteurs d’instruments (sans doute ouvriers externes), Michel Rivoire 48 ans et Jean Baptiste Gonnard 29 ans.


Clarinette en do. (Ventes Vichy)
Louis Muller, son neveu reprendra la Maison, avec sa tante par alliance, Marie Joséphe Poncet, Veuve de François Antoine Sautermeister.


Flûte à 1 clé. (Ventes Vichy)