mardi 5 février 2013

Quels bois à tourner pour faire une clarinette ?


Entretien José Daniel Touroude.
 
José Daniel TOUROUDE.
 
Les tourneurs sur bois pour fabriquer des instruments à vent avaient besoin de bois.
Si tous les bois se tournent, certains se fendent, se coupent mieux, se polissent mieux, certains éclatent… il faut donc choisir un bois dur, c’est à dire qui a une forte densité.
Et puis certains bois sonnent mieux que d’autres : les flûtes, chalumeaux, hautbois, bassons avaient ouvert la voie…
Dans tous les cas il fallait un bois dur.
Le bois dur a une densité de 0,80 en moyenne et le bois très dur autour de 1.
Cela veut dire que si on utilise par exemple de l’ébène bois très dur de densité 1,1  il sera lourd et pèsera 1100 kg pour 1 m3 et coulera dans l’eau (rappelons que 1m3 d’eau = 1000 kg)

 Le premier postulat du tourneur sur bois est : Plus le bois est dur donc de densité élevée, plus il se travaille facilement et tiendra longtemps.
Le deuxième postulat est qu’il faut que le bois tienne la fibre et donc sa texture est essentielle. Cela ne se mesure pas mais le professionnel du bois sait reconnaître la structure du bois avant de le travailler.
Le troisième postulat est le grain, la grosseur des pores du bois et l’espace entre les fibres d’automne et du printemps.

Ebéne.

L’ébène est un bois très dur de 1,1 ou 1,2 à texture fine, au grain serré tellement siliceux qui ne fera pas des copeaux comme les bois plus tendres mais de la sciure.
Cette qualité lui donnera la possibilité d’un excellent poli et d’une couleur homogène, et comme tous les bois très durs, il est facile à travailler, se fend surtout difficilement.
Toutes ces qualités en feront le bois de prédilection du tourneur de clarinette depuis un siècle et demi.

Palissandre.

Les palissandres d’Amérique (Dalbergia) : bois de rose, bois de violette, Cocobolo d’Amérique centrale, palissandre de Rio seront utilisés ponctuellement pour des clarinettes car ces bois vont avoir aussi de nombreuses qualités avec des veines très appréciées face à l’uniformité de couleur du buis ou de l’ébène.
Mais avant l’arrivée des bois exotiques, les tourneurs allemands, français ou anglais du 18ème siècle et de la première moitié du 19ème siècle avaient à leur disposition quelques bois indigènes durs :
Ces bois malgré leurs qualités ne seront pas utilisés par les tourneurs et facteurs :
Ainsi l’olivier, bois très dur de 1 à 1,2 de densité mais qui se fend, a trop de tanin huileux.
Le citronnier et l’oranger bois dur de 0,80 à grain serré mais qui se trouvaient en Espagne et Italie, pays où les tourneurs de clarinettes étaient rares.

Le houx de densité de 0,80 à grain fin mais pas utilisé malgré sa facilité de tournage peut être à cause des diamètres insuffisants dans les forêts.
Le charme avec une densité de 0,85 et avec un veinage tourmenté se travaille bien et est utilisé pour les jouets mais pas pour les instruments.

L’acacia ou robinier de densité 0,80 siliceux, facile à travailler mais difficile à creuser.
Le chêne le roi des bois pour les ébénistes, est peu utilisé par les tourneurs malgré sa densité dure de 0,80 car peut être il a tendance à éclater.

Poirier.

Le poirier parmi les fruitiers est le bois le plus dur à 0,75 de densité avec de belles veines et facile à travailler avec un grain très serré et une couleur brun - rosé qui se polit très bien.
Certaines clarinettes seront en poirier.  

Buis

Mais le bois qui sera choisi pour ses qualités sera le buis.
En effet il a une densité très dure de 0,9 à 1,1.
Il est facile à tourner et à creuser, se coupe bien, a un grain serré, ne se fend pas facilement, a un beau poli.
Il a une couleur homogène quoique parfois il peut être ondé avec des veines en vague très appréciées et ce bois est réservé pour les clarinettes de haute gamme.
Le buis n’a pas d’odeur et a la possibilité de se colorer avec des cires, acides et vernis…
Il sera pendant un siècle (avant que les bois exotiques notamment l’ébène et accessoirement les palissandres le supplantent) pratiquement le seul bois employé pour les clarinettes.

Carrelets ébène, palissandre pour fabriquer des clarinettes.

Le règne de la clarinette en buis

 Tourneur et facteur constituaient, au 18ème siècle, 2 métiers complémentaires mais différenciés.

Clarinette en Buis de Gardet à Besançon.

 
Le tourneur sur bois :
Au départ, les clarinettes étaient faites par des tourneurs sur bois et menuisiers qui faisaient le même gabarit que pour des pieds de chaise ou de table avec le même «tour en l'air» à pédale
Tour en l’air.

Ils devaient préparer le bois : d'abord trouver un bon buis assez gros puis le faire sécher 5 ans minimum ! puis le scier en évitant les nœuds pour en faire des carrelets.
Enfin réaliser un perçage d'ébauche et une immersion dans l'huile de lin chaude pendant 24 heures minimum. Il faut laisser sécher un an ! Alors on peut tourner une clarinette.



Le facteur de clarinette :

Le facteur intervenait au finissage et ne devait pas tourner ! Il y a eu des conflits importants avec les corporations des tourneurs pour la répartition des rôles !
Clarinette encyclopédie de Diderot.



Ce qui est délicat, c'est la qualité de la perce et des trous et c'était le travail du facteur.
Les trous ralentissent les vibrations et les sons sortent plus bas que prévus.
En conséquence, le facteur a dû remonter les trous vers la tête de l'instrument pour avoir les sons justes et de diamètres plus petits car les trous étaient gros et les doigts les bouchaient mal avec des fuites d'air.
Le morceau de bois était transpercé en un cylindre sur toute sa longueur pour en faire une clarinette par le maître ouvrier qui perçait aussi les trous dans ce tuyau de bois.
Au départ on creusait les trous en fonction de l'écartement des doigts du futur instrumentiste ou du maître ouvrier !

Avec Iwan Muller et sa 13 clés, ces trous furent normalisés pour faire des clarinettes plus justes afin que toute la colonne d'air s'échappe.
Les trous seront préparés pour améliorer l'adhérence des tampons.

On créa plus tard les tampons qui reproduisait la texture de la pulpe du doigt avec du feutre et de la baudruche, du cuir de chevreau.
Chaque facteur avait son gabarit, ses secrets de fabrication pour positionner ses trous, qui était un compromis entre la justesse et la possibilité de boucher les trous sans faire des contorsions pour jouer. Ce compromis a été fait pas tâtonnements.
Pour augmenter la solidité de l'instrument et son esthétisme, on garnissait de viroles

·         d'ivoire (éléphant, phacochère, hippopotame, os..) pour les instruments de prestige,

·         de corne d'animaux africains (buffle, antilope, zébu...) pour les instruments de qualité,

·         de laiton pour les instruments populaires.


Pavillon de clarinette en buis avec des bagues d’ivoire.

Puis le facteur devint tourneur de ses clarinettes et utilisa le tour à perche ou tour en l'air.
Les clarinettes pendant un siècle et demi seront en buis, voire en bois fruitier, en cèdre.
La couleur miel des clarinettes anciennes en buis (qui est blanc) vient simplement par le vieillissement et la cire. Pour des teintes plus foncées dans les rouges ou les bruns, les teintes se faisaient à l'acide, comme actuellement pour les copies d'instruments. 
Le buis sera supplanté par l'ébène, bois tropical dense et résistant dès 1828.
En effet le buis se fendait souvent, sensible aux écarts de températures et à l'hygrométrie.
La dimension de la perce, qui est essentielle, était aussi difficile à maintenir.

Et puis la mode était à la clarinette en ébène, symbole de l'instrument moderne et abouti, contrairement à celles en buis qui montraient l'évolution historique de cet instrument.



Le règne de la clarinette en ébène

 
L'ébène (dalbergia melanoxylon) d'Afrique tropicale ou grenadille est un bois dur, qui dispose de qualités qui entraînera rapidement le remplacement du buis  voire du palissandre (qui est un bois d'Amérique) voire les arbres fruitiers.



L'ébène dispose de certaines qualités supérieures aux autres bois :

* il est dur, dense, peu poreux et pourtant facile à travailler ne se fendant pas facilement.

* Il est résistant aux variations de température et hygrométriques et à l'acidité de la salive.

* il est peu sujet aux fissures 

* c'est est un bois précieux doté d'une esthétique appréciée une fois cirée et d'une sonorité douce et chaude.
Vernir le bois est uniquement esthétique et ne joue pas sur la sonorité comme on le pense souvent, ce qui compte c'est la qualité de la perce avant tout et avec l'ébène la perce ne varie pas et ne se creuse pas avec les nettoyages.

Les inconvénients de l'ébène sont :

* un prix plus élevé. En conséquence, la clarinette en buis sera réservée pendant longtemps encore aux musiciens populaires jusqu’en 1914.
L'ébène avec les clarinettes Muller puis Boehm seront réservées aux militaires et aux bons musiciens amateurs et professionnels.
La marque du facteur permettra de positionner la richesse de l'instrumentiste voire sa valeur.

* un poids plus lourd que le buis.
La clarinette en bois dense et dur comme l'ébène avec l'adjonction en plus des clés et des anneaux en maillechort avec Boehm est plus lourde (1/3 de plus soit de 400 à 600 g) et va entraîner obligatoirement la fixation d'un support pour le pouce droit que l'on avait déjà inventé auparavant déjà pour quelques clarinettes en buis de luxe.

 Mais il y a ébène et ébène :

L'ébène commun ou ébony en anglais (diospyros spp.) provient de Madagascar, de Tanzanie, du Gabon. Il produit des instruments très moyens à cause de la porosité du bois qui est assez importante et à sa sensibilité à l'acidité de la salive.
L'ébène des clarinettes des grands facteurs provient exclusivement du Mozambique (dalbergia melanoxylon) et ce sont des ébènes de grande qualité, très denses et serrés qui entraînent une absence de porosité.
Maintenant le Mopane (colophospermum) est une autre espèce d'ébène de qualité utilisé.
Les billes de bois sont dégrossies, séchées à l'étuve, puis tournées pour fixer la place des cheminées, les tenons et les emboîtures puis les trous sont percés.
Une fois poncée, on dispose des viroles, on vernit le bois, on met les clés....



Le facteur de clarinette utilisa le tour à perche ou tour en l'air, lui même remplacé par le tour de précision avec l'ère industrielle avec des machines mû par l'électricité ou la vapeur, ce qui permettait un travail plus rapide et plus précis.
 
 

Désormais le règne de la clarinette moulée.

Au lieu de tourner des bois, l’ère industrielle permettra de faire des moules et de couler différentes matières pour faire des becs puis des clarinettes entières ce qui abaissera les coûts et fera des instruments d’étude ou de bas gamme permettant une démocratisation de cet instrument dans le monde entier.



A part quelques matériaux expérimentaux, les clarinettes en plastique de couleur variée actuellement ou pour mémoire la clarinette au musée de Markneukirchen en plexiglas !  des clarinettes en métal vont être utilisées.
Mais les réussites seront les becs en verre-cristal notamment de Pomarico, les clarinettes métal notamment américaines entre les deux guerres mondiales et le règne de l’ébonite.
Jeu de clarinettes en métal.
 

Bec cristal.

Certains becs en ébonite avaient fait leur apparition dans les années 1850 et avaient montré leurs qualités jamais démenties puisque la plupart des becs sont encore en ébonite (sonorité, facilité de fabrication, coût peu élevé) Mais d’où vient l’ébonite ?
 
Charles Goodyear (1800-1860) inventeur génial et malheureux ayant dédié sa vie au caoutchouc va inventer après bien des déboires la vulcanisation du caoutchouc pour en faire un matériau essentiel au monde moderne.
Il mélange le latex de l’hévéa connu depuis des siècles par les indiens d’Amérique et essaie de donner de la cohésion à ce liquide en ajoutant du soufre (20 à 40%) 
 
Mais selon la température, le caoutchouc se ramollit ou devient dur et pour cela il est pratiquement abandonné.
En 1842, Goodyear va le stabiliser en le mettant sous un jet de vapeur à 270° Fahrenheit et ce procédé s’appellera la vulcanisation (de Vulcain dieu du feu) et comme le caoutchouc vulcanisé sera noir comme l’ébène, il sera appelé ébonite.
Avec peu de soufre, le caoutchouc est souple pour les pneumatiques mais avec beaucoup de soufre, il sera dur comme l’ébonite.
Les applications sont nombreuses : vêtements imperméables, isolants électriques, canots de sauvetage et combinaison de plongée…
Rapidement Goodyear fera des applications (1844 à 1860) sur des instruments de musique et tuyaux de pipe montrant que l’ébonite est un magnifique substitut du bois.
A l’exposition universelle de Paris dans les années 1850, Goodyear érigea un pavillon où tout était en caoutchouc, habillé de la cravate à ses chaussures avec tous ses vêtements utilisant du caoutchouc, il fut décoré de la légion d’honneur par Napoléon III puis ira en prison pour dettes ! Grandeur et misère de l’inventeur génial mais peu pragmatique.
Mais, inventeur avant tout, Goodyear n’est pas vigilant pour déposer ses brevets et se fera piller toutes ses inventions et mourra dans la misère et les dettes.
En 1870 des usines de caoutchouc vulcanisé s’implantent en Europe.
En 1888 Dunlop lance ses fameux pneumatiques et Macintosh ses vêtements imperméables….et les becs en clarinette puis les clarinettes vont se fabriquer.
Le caoutchouc vulcanisé sera l’ancêtre des résines artificielles qui entourent notre vie.
Aujourd’hui il y a 1 hévéa pour 2 personnes sur terre même si le caoutchouc artificiel synthétique est aussi utilisé. Il est partout autour de nous.
A noter que la multinationale qui a pris le nom prestigieux de Goodyear n’a rien à voir avec lui. Même son nom lui a été piqué ! ou est-ce un hommage ?
Toute collection possède les différents matériaux montrant l’évolution aussi de la clarinette à travers le temps.
 

mercredi 9 janvier 2013

Louis MÜLLER (1801-1868) successeur de François Antoine SAUTERMEISTER (1782-1830) facteur d'instruments de musique à Lyon.

Nous avons traité le cas de François Antoine SAUTERMEISTER (1782-1830) dans un article précédent.
 
 Nous en étions resté à son décès qui est intervenu à Lyon le 17 février 1830. Sa veuve Marie Josèphe PONCET (1797-1866) qu'il avait épousé en seconde noce en 1822, avait repris la maison, comprenant 9 ouvriers journaliers, située au 10 rue Saint Dominique dans le deuxième arrondissement de Lyon. A partir de 1832 son neveu Louis MÜLLER est signalé comme chef de l'atelier situé dans "la cour".
 
Marque de l'atelier entre 1835 et 1840.
 Louis MÜLLER est né le 23 août 1801 à Ehingen- Rotemburg dans le royaume du Wurtemberg. Sa mère Catherine SAUTERMEISTER était la soeur de François Antoine SAUTERMEISTER.
Signature de Louis Müller en 1840.
 A partir de 1833, il semblerait que "la veuve Sautermeister" ait abandonnée l'atelier (3 pièces dans la cour) et ce soit limitée à un magasin d'instruments de musique et ce jusqu'en 1835 où réapparaît Louis MÜLLER qui habitait avec la veuve dans l'appartement de 2 pièces du passage Couderc, rue Saint Dominique jusqu'en 1840. Cette période (1835 à 1840) correspondrait à la marque "Vve Sautermeister et Müller". A partir de 1838 ils louent de nouveau 3 pièces (en plus des 2 pièces d'habitation) pour établir leur atelier rue Couderc.
 
Marque à partir de 1840 (?) du début du Mariage avec Marie PONCET Vve Sautermeister.

Louis Müller épouse Marie Josèphe Poncet Vve Sautermeister le 22 juillet 1840 à Lyon. Contrairement à ce qu'affirme Constant PIERRE et donc le Langwill ce n'est pas à la mort de la veuve Sautermeister que Müller s'établit à son compte, car M. J. Poncet décède le 4 janvier 1866 à Lyon, c'est à dire 2 ans avant le décès de Louis Müller (1868). Ils n'avaient que 4 ans de différence d'âge.
 
Cornet à palettes de Louis Müller "facture allemande" portant la première marque (1840) sans "breveté".
 
Le 10 juillet 1835, il obtient un brevet de 5 ans pour un cornet à 3 pistons : "dont la perce est un peu plus avantageuse que celle des cornets ordinaires et qui diffère du cornet à 2 pistons, d'abord par l'augmentation d'un troisième piston, avec lequel on peut faire les quatre notes manquant jusqu'à ce jour au cornet à deux pistons, à savoir l'ut dièse, le ré, ré dièse et le sol dièse de la première octave". (Brevet Inpi)
  
Brevet de 1835. Source Inpi.

 
"Je soussigné Louis Müller, facteur d'instruments demeurant à Lyon passage Couderc, ai l'honneur de vous exposer que jusqu'à présent il s'est faits des cornets à 2 et 3 pistons mais que ceux à trois n'ont jamais été bons et n'ont pu satisfaire en aucune manière du désir des artistes, en sorte qu'on a été obligé de les abandonner pour ne se servir que de ceux à 2 pistons, maintenant en usage". (Brevet Inpi)
 
Bugle en Si bémol. (NMM de Vermillion)
 
Le 5 octobre 1838 il obtient un brevet de 5 ans pour un "cor à deux pistons percés de trois trous au lieu de quatre et actionnés par des touches ou boutons, à volonté". (C. Pierre)
 
Cor à 2 pistons, brevet de 1838. Source Inpi.
 
"Les pistons du cor Müller ne sont percés que de trois trous placés du même coté et à égale distance des uns des autres (les pistons employés jusqu'à présent en ont quatre, deux d'un coté et deux de l'autre). Les pistons se meuvent par deux touches qui en cédant sous les doigts font rentrer dans leurs tubes, chacun de ces pistons et ensuite renvoyé lorsque les doigts abandonnent les touches par un ressort marchant sur un petit rouleau. M Müller se réserve le droit de supprimer au besoin les deux touches et de ne laisser pour faire mouvoir les pistons qu'une simple tête en ivoire comme il en existe sur les pistons ordinaires, ceci étant encore à la volonté de l'exécutant". (Brevet Inpi)
 
Marque courante après 1840.
 
Clavicor en Si b. (Collection Richard Charbit)
 
 De 1843 à 1847, son atelier, toujours à la même adresse, emploie 8 ouvriers journaliers. Le 12 juin 1846 il obtient un brevet de 15 ans pour " une clarinette basse à deux corps parallèles en forme de basson, descendant à l'ut, qu'il proposa pour remplacer le basson". (C. Pierre)
 
Dessin de la clarinette basse du brevet de 1846.

Saxhorn à trois pistons berlinois. (Vente Vichy 2012)
"La même année il proposa une clarinette à 14 clés et 4 anneaux dont un spécimen est au musée du conservatoire" (Musée de la musique de Paris). C.Pierre.
 
Clarinette 14 clés et 4 anneaux du conservatoire. (Musée de la musique Paris)

 
Le 20 mai 1855 il obtient un brevet de 15 ans pour un brevet de 15 ans pour "un instrument de musique dit Müllerphone ou contrebasse à anche, "à corps parallèles, également en forme de basson, descendant une octave au dessous" de sa clarinette basse, "à perce cylindro conique, pavillon en cuivre et disposition nouvelle des clés". C. Pierre.
 
Shéma du Müllerphone de 1855. (Source Inpi)
 
Basson russe. (Collection Jean Michel Renard)
En 1855 il participe à l'exposition de Paris et obtient une médaille de seconde classe.


Saxhorn en Si B.( Collection J.M Renard).
Marie Josèphe Poncet épouse de Louis Müller et veuve de François Antoine Sautermeister, âgée de 68 ans, décède le 4 Janvier 1866 à Lyon rue Saint Dominique, passage Couderc. Les Témoins sont Balthazard VERRIER, 24 ans et Louis César RICANET tous deux facteurs d'instruments et sans doute ouvriers journaliers chez Müller. Louis Müller lui survivra 2 ans puisqu'il décède à son tour le 21 avril 1868, à l'âge de 66 ans toujours passage Couderc. Les témoins sont de nouveau B. Verrier et Guillaume Curet, 55 ans fabricants d'instruments.

La maison est reprise en septembre 1868 par Jean Léon COUSIN né à Paris le 30 janvier 1843. (C. Pierre) Faux nous fait remarquer Jean Jacques BONA.

"Contrairement au texte ci-dessus, erreur répercutée sur le "Langwill" qui s'en est inspiré concernant la date et le lieu de naissance de M. Cousin père, j'ai consulté les recensements de population du quai Saint Vincent aux périodes intéressées. 

Recensement de 1921: au 19 quai Saint Vincent.
Cousin Henri né en 1876 dans le Rhône luthier patron
Cousin Berthe née en 1874 dans le Rhône professeur épouse.
Cousin Jean né en 1843 B Pyr père industriel patron.
Recensement de 1926: au 19 quai Saint Vincent.
Cousin Henri né en 1876 dans le Rhône employé.
Cousin Berthe née en 1874 dans le Rhône épouse.
Acte de décès de Cousin Jean Léon:
"Le quinze novembre mille neuf cent vingt cinq à neuf heures: Jean Léon Cousin né le vingt janvier 1843 à Pau (Basses Pyrénées), fils des feus Pascal et Antoinette Renault, veuf de Alix Suzanne Renault, ancien industriel, est décédé en son domicile quai Saint Vincent numéro 19...Sur la déclaration de Charles Boquin, cinquante ans, employé domicilié rue Victor Hugo 51."

Remarquez le changement de statut professionnel de son fils Henri, luthier en 1921 et employé en 1926." 



samedi 8 décembre 2012

Claude LAURENT facteur de flûtes en cristal à Paris.



 Si les flûtes en cristal de Laurent sont bien connues, le facteur Claude Laurent (né à Langres-décédé à Paris en 1848) l'est nettement moins.
On sait qu'il était horloger, mais comment en est il arrivé à fabriquer des flûtes et en cristal...ceci est encore un mystère.
C'est en 1806 qu'il apparaît dans le domaine de la facture d'instruments, puisqu'il est le premier "facteur d'instruments à souffle qui se présente à une exposition", en l'occurrence celle de Paris.
C'est à cette exposition qu'il présente sa flûte en cristal et reçoit une médaille d'argent.
La même année il obtient un brevet d'invention de cinq ans, pour cette même flûte
(21 novembre 1806)
 
Flûte à 5 clés de 1809. (David Shorey)

Pourquoi le cristal :" On sait que tous les instruments en bois ou en ivoire se gonflent par l'humidité soit atmosphérique, soit par celle que produit le souffle du musicien et qu'ils se dessèchent et se fendent par temps sec. Le cristal au contraire, impassible aux effets de l'humidité conserve toujours ses mêmes dimensions et joint a son inaltérabilité une compacité élastique qui rend l'instrument plus sonore et plus facile". (Extrait du brevet de 1806. Inpi)
Signature de Claude Laurent dans son brevet de 1806.
Après avoir résolues les difficultés que présentait le travail du cristal, il devait résoudre un autre problèmes : la fixation de clés sur les tubes en cristal " Les clés sont artistiquement et solidement adaptées à l'instrument par de petites vis à écrous. Leurs charnières dont les charnons sont d'acier trempé et poli, traversées par une vis de la même matière font leur service avec aisance et ne peuvent jamais s'user sensiblement. Les ressorts en sont plus prolongés que dans les flûtes ordinaires pour leur donner plus d'élasticité et les empêcher de se rompre".(Brevet 1806)

Montserrat Gascon joue une flûte à 8 clés de Laurent.

La commission qui avait observée la flûte en 1806 était composée de professeurs du conservatoire de Paris : Gossec, Méhul, Chérubini, Ozi, Wunderlich. Ils avaient constatés que la flûte n'était pas sensible à l'humidité et que la justesse ne variait pas. Très facile de jeu, le clétage était très soigné et supérieur aux instruments connus. En revanche elle était lourde et fragile.

Quelques flûtistes, comme Dubois de Paris (Concert à Amsterdam 1808) l'utilisèrent épisodiquement.
Mais les flûtes en cristal sont plus connues pour leur coté précieux que pour leurs qualités musicales.
Laurent envoya en 1813 une flûte au président Madison des Etats Unis d'Amérique et de nombreuses personnalités en possédaient une (Napoléon, Louis Napoléon, Joseph Bonaparte, Franz 1 d'Autriche....). Richement décorées de pierres précieuses, elles pouvaient être faites dans un cristal de couleurs différentes : Cristal transparent, opaque (Zinc), bleu (Cobalt), vert (uranium) montées avec des clés d'argent ou d'or.

Actuellement plus de 40 flûtes sont répertoriées et chaque instrument est signé et daté, ce qui est très intéressant pour étudier l'évolution des clétages. De 1806 vers 1815, elles sont généralement munies de 4,5,6 clés et peuvent avoir une ou deux têtes, et un corps de rechange. (Voir image de la flûte de David Shorey)
Flûte 1815 à 6 et 8 clés. (Germanisch Museum)
Après 1815 les flûtes sont plutôt à 6 et 8 clés, avec deux pattes, exceptionnellement  à 9 clés.
Ci dessous quelques illustrations de pattes toutes différentes, qui permettraient de dater par comparaisons les flûtes d'autres facteurs.

1817 Flûte 6 clés (Dayton Miller Collection)

1818 Flûte 6 Clés (Dayton Miller Collection)

1822 Flûte 8 clés (D. Shorey)

1826 Flûte 8 clés (DCM)

1833 Flûte 9 clés . (Teater museet Stockholm)

 
 
 
Si en 1806 il se déclarait horloger (voir sa signature), lors de l'obtention de son second brevet le 15 mars 1834 il se déclare fabricant de flûtes.
 
" Brevet d'invention de 5 ans pour des perfectionnements apportés à la flûte allemande descendant jusqu'au sol d'en bas comme le violon"
 
" Déjà en Allemagne on avait essayé de fabriquer des flûtes descendant jusqu'au sol d'en bas. On y était parvenu en faisant revenir sur elle même la patte portant la clé d'ut ce qui sans rendre la flûte d'une longueur démesurée donnait assez d'étendue pour adapter les 5 clés supplémentaires indispensables pour produire les 5 demi-tons existant depuis le si jusqu'au sol d'en bas".


Stéphan senior KOCH (1772-1828) flûte à 15 clés descendant jusqu'au sol. (DCM)
"Mais ces 5 clés supplémentaires munies de branches extrêmement longues en métal ne pouvant faire jouer la soupape qu'à une très grande distance du point d'appui rendaient la flûte très lourde et d'une exécution difficile. Ces inconvénients ont été cause que cette flûte ne s'est pas propagée".



S.KOCH à Vienne: flûte à 14 clés descendant au Sol. (DCM)
"Dans la flûte pour laquelle je sollicite le présent brevet, j'ai cru devoir adopter la construction connue : ainsi ma flûte que je démonte au besoin en cinq parties est munie d'une patte qui revient sur elle même rendant l'espace de six pouces et demi. Les deux parties sont fermées par le bout et ajustées l'une contre l'autre au moyen d'une culasse. Dans cette flûte d'une étendue de trois octaves et demi, toutes les clés a partir du ré d'en bas jusqu'au sol d'en bas sont disposées sur bascules en tous sens, de manière que le point d'appui se trouve toujours au centre".

Descriptif du schéma de la Flûte Laurent du Brevet de 1834. (Inpi)
Pour grossir cliquez sur la photo.
"Mais les perfectionnements principaux que j'y ai apportés consistent à mettre aux cinq clés pour les cinq demi tons d'en bas, à partir du si naturel jusqu'au sol naturel, au lieu de branches ou tiges en métal établissant la communication avec les cinq soupapes, cinq petits fils d'argent ou autre métal ou substance convenable de la grosseur d'une épingle ordinaire, qui produisent exactement l'effet des mouvements de renvoi  pour les sonnettes d'appartements et qui font basculer mes cinq soupapes en leur transmettant par le tirage la précision exercée sur les clés".
Shéma du brevet de 1834. (Inpi)
"Ces perfectionnements donnent beaucoup de précision au jeu des clés, beaucoup de légèreté à l'instrument et offre une grande économie dans la matière employée pour faire les clés. Aux cinq dernières clés un petit ressort à boudin est placé dans une charnière d'argent : ce ressort du moment que le tirage des fils de communication a cessé, fait relever les soupapes sans frottement et sans huile".
Détail de la patte.

Détail.
Pendant la majorité de son activité, sa boutique se trouvait au Palais Royal, dans la Gallerie de Pierre. Il était donc voisin avec un autre facteur : Jean Daniel HOLTZAPPFEL.

"Une merveille" faite à la fin de sa vie en 1844, une flûte en cristal vert (uranium), système Boehm de 1832.
En 1844, l'atelier de Laurent employait 5 ouvriers.

Est il décédé en 1848 ? Cette date correspond au texte de Constant Pierre " Ce facteur semble avoir cessé de fabriquer après 1848". Aux archives de Paris nous avons trouvé un Claude LAURENT décédé le 20 juin 1849 dans le 2iéme arrondissement de Paris, mais cette information sans précision d'adresse, de métier....est tout à fait aléatoire.

Son successeur et élève J.D. BRETON commença son activité en 1844 : le Bottin de 1850 mentionne
"Breton Brevet 1844, Flûtes Boehm et petites flûtes ordinaires, clarinettes et hautbois, cor anglais, bassons et flageolets perfectionnés etc....Garniture inter. et ext., instruments en cristal, becs de clarinettes et d'instruments en cuivre, flûtes en cristal de tout genre. 28 rue J.J Rousseau.

Pour grossir les images et photos cliquez dessus.

Bibliographie :
Constant Pierre : "Les facteurs d'instruments de musique".
William Waterhouse : "The New Langwill Index".
Nancy Toff : "The dévelopment of the Modern Flute".