mardi 12 mai 2015

Décryptons les symboles et estampilles gravés sur les clarinettes. How to decrypt the symbols and stamps engraved on the clarinets.


Par José-Daniel Touroude.

Quand on visite un musée ou une belle collection, on s’aperçoit qu’il y a des d’inscriptions sur ces instruments. Certaines sont évidentes, d’autres moins et c’est une question récurrente et un sujet de discussions permanent entre collectionneurs mais toujours lacunaire et insatisfaisant.
Nous avons décidé de rassembler les principales estampilles de clarinettes (plus d’un millier) et de les analyser. (les exemples sont tirés de la collection JDT + livres René PierreShackleton, Rousselet et Watel), des musées. Une analyse des autres instruments, notamment des cuivres, serait intéressante, vu le nombre d’ illustrations gravées.













Certaines clarinettes n’ont aucune inscription (anonyme), d’autres n’ont que la tonalité, d’autres ont des inscriptions gravées au fer, d’autres énigmatiques et réservées aux initiés, enfin certaines n’ont plus rien d’informatives et sont parfois très variées voire fantaisistes ! On ne prétend pas être exhaustif surtout avec les clarinettes étrangères, mais on peut essayer de sérier ces illustrations et proposer une première analyse qui je l’espère sera complétée par les compléments de nos lecteurs-experts-collectionneurs.  
I) En ce qui concerne l’instrument proprement dit :
1.       D'abord la tonalité :  On peut se demander pourquoi mettre la tonalité sur une clarinette ?














Jusqu'à la 13 clés qui était omnitonique, le clarinettiste professionnel avait souvent un coffret de plusieurs clarinettes : Ut, Sib, La  voire Ut, Ré, Mib ce qui lui permettait de changer d’instrument en fonction de la tonalité des morceaux voire du diapason de certains orchestres.













 Beaucoup de clarinettes avaient aussi un corps de rechange pouvant passer de Sib à La par exemple et il fallait marquer A ou B sur les corps pour ne pas les mélanger (quoique les longueurs sont un peu différentes), les grandes clés se rallongeant avec une tirette.
Clarinette à 5 clés et corps de rechange (A et Bb) de Cuvillier à Saint Omer.
 (Collection Shackleton Edinburgh)
Et puis les revendeurs d’instruments présents dans toutes les grandes villes qui n’étaient  pas forcément spécialistes de la clarinette, ne pouvaient pas ainsi se tromper de tonalité. Ces mentions sont indispensables aux musiciens, elles sont pratiquement toujours inscrites soit selon les symboles anglo-saxons : A, B, C, D, E, F, G.


 











Ex : A (ex : Leroy), B (ex : Mousseter), C (ex : Amlingue), D (ex : Kayser), Eb (ex : Küss), F (ex : Ludwig)
Soit selon le nom des notes inventé par Guy d’Arrezo : Ut, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si.













Ex : Ut (ex : Simiot, Piatet), Mib (ex : Mangeant, Simiot et Brelet, Felchlin) Sib  (ex : Piatet) ou La (ex : I. Lot). Mais on trouve aussi d’autres annotations de tonalité nationales comme : Es  qui est le Mib allemand (ex : Grevé, Wurlitzer)ou plus rare DIS (Ré# allemand ) (ex : Dobner).


2.     Des chiffres variés qui soulèvent des interrogations : 

Souvent il y a le chiffre 2 marqué au fer : d’après un courrier sur ce sujet que j’ai reçu du spécialiste anglais A. Rice. le plus souvent, le numéro 2 pouvait être mis par le facteur qui faisait une paire de clarinettes identiques car on doublait ces instruments : 2 clarinettes en Ut, 2 cors de basset, 2 clarinettes d’amour car elles devaient jouer ensemble exactement de la même façon (avec 2 cors, 2 bassons…) (ex du chiffre 2 : Bernard, Lausmann à Linz, Hammig à Wien).  Le chiffre 1 est-elle la première des deux ? (ex : Schemmel Wien). Il y a même un O plusieurs fois mentionnés qui n’a pas d’explications pour le moment (est-ce même un numéro mais que veut il dire ou est-ce un un cercle ? ) (ex : Hale London)















Mais les numéros 1 ou 2 peuvent avoir aussi une autre explication :Il y a aussi d’autres numéros et là c’est différent car c’est une mention de la hauteur du diapason : d’après Rice, John Cramer le facteur anglais mais aussi Thomas Key mettaient des chiffres de 1 à 6, (1 étant le plus diapason le plus bas et 6 le plus élevé), car à cette époque le diapason était mouvant selon les lieux et les orchestres. (il pouvait varier d’un demi ton !)
(ex : Ainsi ma Key est marqué 4 partout et a un barillet 5 (pour s’accorder). (ex : clarinettes marquées 2 et une autre 3 de Winnen); les 1 ou 2 précédemment mentionnés peuvent donc être aussi une hauteur de diapason.




Un numéro d’enregistrement  : Pour les besoins d’inventaires, les armées mettaient des numéros (ex : marquage RMB (royal marine band en Angleterre), (ex : RI 133 : 133ème régiment d’infanterie de Zwickau).

Certains collectionneurs et musées mettent aussi des numéros sur les instruments de leur catalogue le plus souvent effaçables mais pas toujours ! (ex : marquage du musée de la Couture Boussey qui sont gravés)

















Une date de fabrication rarement : (ex : Lefebvre datait ses instruments 13 clés entre 1824 et 1829, Printemps à Lille aussi ), (ex : une clarinette de 1793 par Doleish à Prague).
Mais désormais le numéro de série sur les instruments du XXième siècle, permettent de dater exactement la fabrication : (ex : les clarinettes de Buffet Crampon, de Selmer, Leblanc, Couesnon…).  Ces numéros attribués aux instruments génèrent aussi des controverses car des qualités sont supposées différentes selon les numéros, ce qui alimentent des discussions entre musiciens et collectionneurs. (ex : saxophones Mark VI de Selmer, les flûtes de Louis Lot …) 













3. Des noms de modèles : Au XXème siècle les instruments notamment les clarinettes vont posséder des noms parfois curieux et dithyrambiques. (ex : Monopole de Couesnon, la Centered tone ou la Recital de Selmer, l’Elite (il n’y a même plus la mention du fabricant Buffet Crampon sur l’instrument !).  Le nom du modèle devient de plus en plus prégnant : « je joue sur Privilège, sur Tosca »…. ce qui sous entend le nom du fabricant entre initiés. Et d’ailleurs les marques sont obligées de se diversifier et ciblent tous les publics faisant donc des clarinettes de tous les niveaux : d’étude à professionnelle. La monopole n’a rien à voir avec la Couesnon d’étude, la Divine rien à voir avec la E11 de Buffet Crampon… c’est le nom du modèle qui prime et non la marque ! 

Des indications élogieuses inscrites sur l’instrument sous entendant la qualité de l’instrument : (ex : conservatoire, professionnel, , luxe, Elite, qualité supérieure, artiste… ) et en anglais :  (ex : King avec couronne de Marigaux, quality de Mercadier, conservatory, professional  etc…). Assez rapidement, les marques vont apparaître sur tous les morceaux de la clarinette: les raisons principales sont la démarche marketing face à une concurrence nombreuse et la lutte contre les faussaires mélangeant les clarinettes (clarinettes composites ou arlequins).

II) Des illustrations qui ont comme sens de renforcer l’appartenance à la musique :

La musique est le lien entre les hommes et les dieux selon les grecs anciens et la présence et la pratique de la musique était à l’apogée dans cette civilisation. Aussi la référence à la mythologie grecque est appréciée.

Le symbole musical : Parmi plusieurs symboles, la Lyre des dieux Hermès, Apollon mais aussi d’Orphée et d’Achille, était omniprésente et la plus commune.
ex : Lyre : (Buffet Crampon, I. Lot, Baumann) , Lyre ailée (Trotte) , Lyre rayonnante :(Jérome Thibouville Lamy ), lyre avec couronne de lauriers (Schemmel). D'ailleurs c’est une lyre qui fixée sur la clarinette permet de lire les partitions dans les défilés d’harmonies civiles et militaires. 












Bizarrement l’instrument à vent grec pastoral  la flûte (aulos ancêtre des instruments à vent) n’est pratiquement pas représenté et pourtant bien plus proche que la lyre qui est un instrument à cordes. Mais l’image n’était pas la même : la flute des ripailles villageoises du dieu festif Dyonisos n’est pas celle de la lyre urbaine et patricienne et des dieux sérieux. Il y avait aussi la flûte de Pan où Syrinx, crée par ce satyre de Pan a la mauvaise réputation et qui ne pouvait faire un symbole très positif et sérieux pour les musiciens, malgré sa proximité d’être un instrument à vent, on ne le trouve pas comme symbole. On préfère des symboles autrement plus porteurs comme la trompette des anges du paradis qui tiennent dans l’autre main une clarinette (ex : Keller et les facteurs strasbourgeois) , la harpe d’Apollon et des Celtes (ex : Bellissent qui n’a jamais fait d’harpe mais de belles flûtes)












Un symbole instrumental que l’on rencontrait souvent dans les drapeaux d’harmonies musicales civiles et militaires, des tableaux, des gravures et dessins avec des dessins d’instruments stylisés qui jouent ensemble. Les facteurs naturellement vont adjoindre ces symboles qui renforcent l’adhésion à la musique pour prouver la qualité supposée de leurs instruments. ex : 2 clarinettes croisées (Tibouville frère), flûte et hautbois entrecroisés (Collin fils)…

Les symboles musicaux tirés de pratique de la musique : portée, clés de sol, notes, altérations (# , b, bécarre), diapason.
 #, b et bécarre ( ex : Bellissent, Thibouville Cabart), notes (ex : Andrieu frères), clé de sol (ex : flûte Nonon ), diapason (ex : Pajot, Lecomte), portée avec notes (ex : Millereau), ….















On trouve aussi des lettres qui sont très utiles ex : HP (high pitch diapason élevé), LP (low pitch diapason bas), mais aussi d’autres lettres énigmatiques qui n’ont rien à voir avec la musique .

III) des mentions qui concernent l’identification du  fabricant :

Des mentions liées au noms  des facteurs et leur adresse souvent mis en valeur dans un cartouche ovale (ex : Noblet), rarement dans des écussons et blasons (ex : Grévé) ou simplement gravé sans fioritures (ex : Amlingue). Les buts sont principalement : Fierté d’avoir produit un instrument de qualité, fidélisation de la clientèle pour les réparations et publicité pour capter les autres instrumentistes …Souvent il y a leur adresse complète, pratiquement toujours la ville . Parfois même le nom d’une ville prestigieuse ou de la capitale est mentionnée pour l’exportation ou la province. (Paris et non la Couture Boussey, Dresden et non Neukirchen...). Les écritures sont variées : en majuscules le plus souvent (ex : Baumann), déliés sous forme de signature (ex :Noblet frères), Gothique (ex : Malerne)












Parfois il y a une précision sur l’identité pour ne pas les confondre avec d’autres facteurs de la même famille  : ex : Buffet jeune, Godfroy aîné, les frères associés (Noblet frères), les père et fils associés
 (Noblet jeune père et fils)….


Ou une mention comme successeur à un facteur célèbre : (ex : Evette et Schaeffer successeur de Buffet Crampon, Couesnon successeur de Gautrot, Roth successeur de Bühner et Keller….) ou carrément un nom complet d’un soliste prestigieux : (ex : A. Périer le professeur du conservatoire de Paris et essayeur pour Couesnon , H. Paradis qui était aussi soliste de l’Opéra….approved by Mr Lazarus ( le virtuose) (ex : Albert Brussels).

Des initiales ou quelques lettres : qui indiqueront le modèle même au XXème siècle  ex : LL (Léon Leblanc), RC (Robert Carrée chez Buffet Crampon, RM (Robert Malerne), JTL (Jérôme Thibouville Lamy), AHF (Armand Hyacinthe Ferry), PG (Pierre Godfoy) ou des monogrammes ou initiales souvent alambiquées, (ex : Lefèvre fils, Buffet CramponHippolyte Leroux), parfois une seule lettre (ex : S pour le collectif de facteurs de Markneukirchen,). Evidemment je ne mentionne pas des initiales des noms des propriétaires de clarinettes !

Les noms de leurs revendeurs et réparateurs locaux pour fidéliser la clientèle de province (ex : Autiero….). identification indirecte du fabricant, ces revendeurs passant commande chez Thibouville ou Gautrot par exemples.  Parfois le nom du revendeur était accolé à celui du fabricant créant deux estampilles.

le nom du propriétaire gravé ex  Barrau (chanteur d’opéra qui avait cette Noblet  6 clés), saxo Selmer super-action 80 gravé pour Badini).












IV) des illustrations  variées avec du sens ou non qui complètent l’identification du  fabricant :

Une reconnaissance d’un niveau d’expertise par leurs pairs :L’étoile à 5 branches est la plus commune car elle montre le niveau de savoir-faire du compagnon. Après un apprentissage chez un maître pendant plusieurs années en recevant une formation complète pas seulement technique mais aussi morale (travail bien fait, comportement) mais aussi mathématique, maquettes, dessins industriel, et voire philosophique (la mère qui logeait et s’occupait des apprentis) puis un tour de France voire d’Europe (ce qui permettait de recevoir différents savoir-faire) puis enfin d’être reconnu par ses pairs comme compagnon puis après plusieurs années comme MaîtreL’étoile à 5 branches est commune à tous les pays comme preuve d’un niveau de formation professionnelle comme un diplôme actuellement. L’étoile à 5 branches est aussi le symbole maçonnique de compagnon, la plupart des facteurs étant liés à une loge. Il existe parfois des variantes : étoile rayonnante ( ex : Jung), étoile dans une fleur (ex : Roth )












Certains symboles de qualité sont ajoutés, officiels ou  autoproclamés ! Ex : couronne de lauriers (Selmer), couronne d’étoiles (Thibouville Martin aîné), écusson surmonté d’une couronne (Renoux revendeur de Bourges ! ), palmes, médailles de concours (Couesnon), arc de triomphe de Paris de rené Lamott….On voit même marqué au fer sur l’instrument « innovée par Simiot » pour sa nouvelle 14 clés.












Une reconnaissance et une accréditation par les puissants (avec des signes politiques) ex : des couronnes royales : anglaise (Dawkins) , Suédoise (Dahlstrôm), allemande et autrichienne des Habsbourg (ex : Uhlmann, Stengel Bayreuth , Grenser Dresden), française (Porthaux, Adlerex : fleur de lys française ex : Cambet, Amlingue Prudent, Roustagnec, Mousseter, Labro, Keller … fleur de lys en Angleterre (D’almaine Goulding, Hale de Londres).















Certaines illustrations ont été grattées suite aux changements de régime ! Bonnet phrygien (Tibouville),  Abeille de Napoléon 1er …Des animaux symboliques royaux existent aussi nous le verrons plus loin.















Une reconnaissance officielle de qualité : Patent (ex : Goulding, Wood,  etc), Breveté, (ex :  Buffet Crampon)
SGDG …..puis plus tard exposé de leurs médailles aux concours et aux expositions internationales
certains mettent même qu’ils sont hors concours et membre du jury pour se hisser au dessus du lot (ex : Couesnon ). Certains sont comme des généraux russes, il ne manque pas une médaille sur le pavillon ! un exemple d’une flûte JTL : sont marqués les mentions suivantes outre les mentions utiles: légion d’honneur, couronne de laurier, qualité supérieure, reproduction de 7 médailles de concours, fournisseur de l’armée, Breveté SGDG … rien que cela ! pour une flûte de 2ème ordre en plus mais il y avait besoin de tout cela pour vendre une flûte banale !



















Dans le même ordre d’idées le fait de mentionner leurs clients prestigieux « fournisseur du conservatoire, fournisseur des armées »… sous tendent la qualité des instruments que les meilleurs professionnels utilisent.

Une reconnaissance d’une corporation , d’une confrérie ou d’une association professionnelle:
ex : ange jouant de la trompette , ange jouant et portant une clarinette (Keller. Toute la facture strasbourgeoise pendant plus d’un siècle garda ce logo), tête de licorne (la quasi totalité des facteurs londoniens) ….















Parfois ils sont maçonniques : symboles cachés pour initiés (degré dans la hiérarchie) le visage rayonnant degré de la franc maçonnerie  (ex : Winnen, Guerre, Clair Godfroy, Roustagnec , Noblet Denis), épée (ex Sécrétan maçon connu), soleil (Savaryou affirmation des idées franc-maçonnes du facteur mais pas dépourvu de sens commercial (les militaires et les musiciens ayant toujours été très actifs dans les loges)
le compas et l’équerre (ex : Leroy) ou les 3 points .’. (ex : Roth…).  Mais souvent une illustration a plusieurs sens, symboles ambigus pouvant avoir plusieurs interprétations : ex : l’abeille (symbole de Napoléon 1er mais aussi symbole d’un degré maçonnique (ex : Martin frères), symbole aussi du travail mais aussi le logo du nom du facteur Abeille !).















Voire des signes religieux ; ex : croix de malte protestante ( Eppel , Boisselot, Tabard, Hess, Adler de Bamberg),  croix celtique (Gautrot aîné), Thora juive ( Zalud à Terezin) , étoile à 6 branches (Schemmel,  Albert).











Des symboles personnels où les significations ne sont pas évidentes, s’il y en a, avec la musique ou le métier de facteur, ou les clients … je n’ai pas d’explications pour ces logos : flocon de neige  (ex : Deschamps) , ancre marine (ex : Gautrot), bateau style galion (ex : Cabart), cœur (ex : Herouard Pierre),
caducée d’Hermès (ex : Pierre Cuvillier), étoile à 7 branches (ex : Malinovsky), portrait d’un barbu  (ex : Godfroy ), certains ont eu une explication récente et ont été décryptés : 3 S de suite ou 3 points à la suite (Noblet frères )  et veut dire cf suscripti…)















Mais on trouve aussi des animaux : la ménagerie est bien fournie ! certains représentent des symboles de majesté, de force qui sont liés aussi à des symboles royaux ou nationaux . Le lion roi des animaux et figure héraldique très commune: ex : lion rampant c’est à dire debout allemand (ex : Stiegler) mais aussi français (ex : Sibout, Saget, Martin fils, Pihan) , tête de lion (Clair Godfroy aîné), lion de Bohême (Doleisch).  Un autre animal est souvent représenté : L’aigle le roi du ciel : aigles royaux à une ou deux têtes des monarchies germaniques (ex : Schwaiger Salzbourg),  aigle prussien (ex : Frayer) Aigle à 2 têtes anglais (ex : Kusder ), l’aigle aussi chez les facteurs de Prague .













Mais il y a aussi l’aigle pécheur symbole des USA (cf mon article sur Graves le facteur américain ), mouton mythologique de la toison d’or de Jason (ex : Labro ). le sens de cette référence mythologique m’échappe…
et bien sûr le plus musical des animaux l’oiseau chanteur (rossignol ) (ex : Sautermeister, Müller, flûte Tulou)
une anecdote : Tulou a pris le rossignol  pour célébrer son succès dans l'opéra de Lebrun "Le rossignol"….















D’autres animaux sont plus fantaisistes ou leurs significations plus secrètes !(totem personnel ?) cygne ou canard (ex : Sibout) pas sympa pour l’instrumentiste ! coq gaulois affirmation nationaliste (ex : Saintememe, Dodin, Chapelain), la tête de Licorne : pas encore trouvé la signification (ex : Wrede et la plupart des anglais)
un dauphin ? pourquoi pas ! (ex : Martin Lot), le sphinx : pourquoi ce symbole : le sphinx égyptien ou grec peu sympathique ? (Thibouville Noé), la colombe de la paix et son rameau (ex : Geist) qui devait être pacifiste ! un chamois (ex : Secrétan) il habitait près des Alpes ! un crabe (pour le facteur actuel Gilles Thomé natif sous le signe du cancer !).













Des symboles floraux :fleurs diverses à multiples pétales : mais ont-elles des significations ? gerbe de blé signe d’abondance (ex : Sibout), fleurs : 4 pétales (ex : Rudall et Rose), 5 pétales (Raver, Cuvillier, Burger) , 6 pétales (David, Bouchmannn) , 8 pétales (Lauriol, David, Simiot et Brelet), rosaces à 8 rais (Simiot, Proff, Gardet), fleur à 10 rais ou pétales (Jamineau). Il y a t-il une symbolique du nombre de pétales ? certains le croient …















A vous de compléter cet article en regardant les illustrations des instruments de votre collection. Nous sommes prêts  à y intégrer des nouveautés. 


samedi 25 avril 2015

Ma clarinette est anonyme et alors ? My clarinet is anonymous, so what ?

José-Daniel Touroude

Clarinette anonyme 6 clés, sa boite avec 2 becs Lelandais et sa boite « Charles X »
Ma Clarinette en Ut à 6 clés n’est pas estampillée et donc considérée comme banale, pas créée par un facteur prestigieux donc anonyme mais utilisée par un clarinettiste de campagne qui a fait danser son village et elle nous interpelle justement dans une réflexion sur les clarinettes de «base» anonymes.

Les clarinettes à 6 clés ont été fabriquées grosso modo entre 1800 et 1900.

La 6ème clé, permet de faire une nouvelle note le Do# /Sol# avec le petit doigt gauche. Toutes les altérations ne sont pas encore possibles et la gamme chromatique n’est pas évidente avec des doigtés en fourche, mais cette clé améliore sensiblement les possibilités de la clarinette. C’est pourquoi la plupart des clarinettes à 5 clés en exercice ont eu cette clé supplémentaire facile à poser. Un problème demeure car le trou se trouve au ras du tenon du corps du haut et pose souvent des problèmes de justesse car acoustiquement le trou devrait être un peu plus bas, d’où une correction avec l’embouchure de la part du clarinettiste !

Clé de sol dièse montée sur bloc. Clarinette Mib à 11 clés
 allemande anonyme. (Collection JDT)
Il ne faut pas oublier qu’au 19ème siècle la clarinette est en vogue dans toutes les armées, orchestres populaires et harmonies. Ainsi il y a environ 4000 clarinettistes militaires dans le monde en 1800 qui jouaient sur des 5 ou 6 clés ! Les troupes de l’empereur Napoléon 1er avait plus de 1000 clarinettistes jouant principalement sur des 6 clés et l’enseignement du conservatoire de Paris juste crée se faisait sur cette clarinette (il y avait 11 professeurs de clarinettes au conservatoire de Paris !). Les clarinettes 6 clés ont accompagné Bonaparte puis Napoléon 1er à travers l'Europe et l'Egypte et dont certaines ont fini comme combustible lors de la retraite de Russie ! 
Heureusement il en reste encore beaucoup car la fabrication de ces clarinettes simples et peu coûteuses étaient destinées à un public de musiciens populaires et a continué pendant tout le 19ème siècle. Cette clarinette fait partie de ces clarinettes. Sa date de fabrication se situe autour de 1850, elle est en buis et les clés et bagues sont en laiton.
Clarinettiste et serpentiste d'infanterie de ligne vers 1812.
Beaucoup de clarinettes ne sont pas signées par leurs fabricants et il y a 3 explications :

      Certaines sont considérées comme « bas de gamme » vu la qualité des matériaux employés (bois, bagues, clés), voire même pour quelques unes, elles ont des défauts de fabrication ou ne sont pas très justes. Elles sont anonymes volontairement, le facteur ne voulant pas associer son nom à des clarinettes indignes de son talent mais réservées à des faibles budgets pour la musique populaire ou pour l'étude. Ce n’est pas le cas de cette clarinette.

      D'autres ont eu des estampilles gravées au fer mais simplement tamponnées à l’encre. Avec le temps, l'encre s'estompe voire disparaît et dans notre collection nous en avons plusieurs instruments où il est difficile de reconnaître l'estampille, tout en voyant néanmoins des séquelles de tampons. Elles deviennent anonymes avec le temps ! Ce n’est pas le cas de cette clarinette.

      D'autres sont anonymes volontairement et sont d'excellentes factures. En fait, elles sont laissées vierges, sans estampilles volontairement par le facteur pour que le revendeur, souvent en province ou à l'étranger, mette son tampon et fidélise sa clientèle. Les commandes de clarinettes vierges pour des revendeurs étaient courantes. D'ailleurs il est parfois difficile de séparer facteurs, réparateurs et revendeurs à cette époque car ils cumulaient les rôles. Certains collectionneurs et chercheurs actuels s'emploient à déterminer les facteurs et les revendeurs, villes par villes.

Il faut démystifier la course à l'estampille et à la griffe du facteur réputé... souvent ce n’est pas le nom du facteur inscrit qui a fait l’instrument. Ainsi les facteurs de la Couture - Boussey vendaient des clarinettes de qualité dans leurs magasins à Paris et mettaient dans ce cas leurs estampilles. Mais en parallèle, par exemple, la manufacture de Thibouville à Ivry la bataille, proche de La Couture Boussey et haut lieu de la facture d'instruments à vent,  marquait de nombreux instruments avec la marque des revendeurs :  
(exemples: Autiero à Avignon, Bohn à Guebwiller en Alsace, Bajus-Gossart dans le Pas de Calais, Barbé pour Le Puy, Bonnel à Rennes, Dolmetch au Mans, Dupeyrat à Riberac etc...)













Souvent les facteurs fabriquaient des clarinettes pour l'étranger avec des estampilles de revendeurs exportateurs (De Prins à Anvers en Belgique, Foetisch à Lausanne en Suisse, Bizet qui vendait à son nom les Thibouville et les Gautrot « anonymes » pour l'Espagne et le Portugal, voire l’Amérique latine...) Les clarinettes françaises étaient vendues en Europe et dans l'empire français (Thibouville approvisionnait le revendeur Bembaron en Tunisie et le revendeur Charvet en Algérie...) mais aussi beaucoup de magasins de musique dans le monde entier. Parfois un facteur aidait un autre facteur (Thibouville aidait Gautrot et inversement pour les exportations  en grande quantité pour les USA afin de respecter les quantités et les délais).
Enfin la plupart du temps, le fabricant laissait les clarinettes anonymes, les revendeurs mettant ce qu'ils
voulaient... et parfois rien du tout ! car à part quelques noms réputés, les musiciens d’alors n’étaient pas obnubilés par une estampille. L’armée mettait un numéro, certains musiciens mettaient leurs initiales ou leurs noms, d’autres rien du tout.
Ces exemples sont destinés à montrer que l'on ne peut pas toujours se fixer sur une estampille garante de qualité et que c'est aussi illusoire que les griffes actuelles dans la confection où les vêtements identiques sortent des mêmes usines, avec les mêmes produits... mais avec des prix différents ! La griffe symbolise et suppose alors la qualité et la mode mais le produit est souvent quasi - identique. Cette clarinette avec une estampille vaudrait plus chère ! Enfin il ne faut pas oublier que les contrefaçons et les fausses estampilles existaient déjà ! Les faux étaient courants et au fil du temps, certains en ont rajoutés.

Au lieu de regarder l'estampille comme révélateur de qualité, regardons l'esthétisme de la clarinette, la qualité de ses matériaux et jouons avec pour voir ses qualités acoustiques et musicales. Et cette clarinette est belle, joue juste et possède un beau son puissant et chaud. La clarinette en Ut  jouait avec les autres instruments sans transposer et pour cela elle était utilisée souvent dans les orchestres de musique populaire.
Le diapason est bas (La = 435 Hz)  mais courant au 19ème siècle. L'instrument est en buis, peu épais et bien tourné et n’a pas de repose-pouce car son poids sans le bec est très léger : 260 g.
L'instrument est composé de 5 parties : barillet, corps supérieur, corps central, corps inférieur, pavillon.  
Le barillet est arrondi légèrement au centre comme le fait la facture française (en Allemagne le renflement est vers le bas.)  Le bulbe est assez plat comme les clarinettes 6 clés tardives fabriquées en France. Les 2 becs en ébène sont du célèbre facteur Lelandais, un peu usés
 car à l'époque en France, certains jouaient à l’ancienne avec les dents et la lèvre inférieure qui reposaient sur le bec et la lèvre supérieure posée sur l'anche. Beaucoup de clarinettistes populaires jouaient à l’ancienne, donc à l’envers. Les boites sont intéressantes, boite double assez rare pour les becs et la boite de clarinette « Charles X » pour l’instrument est très belle.Tout est d'origine et bien conservé et elle a joué jusqu’à la guerre de 1914 dans le Lot et Garonne. En attendant, elle joue très bien, juste et avec une belle sonorité.
Laissons à cette belle inconnue, son anonymat et son mystère ! 






samedi 18 avril 2015

Le VARITONE de SELMER ou l'histoire du premier saxophone électronique.


Remettons nous dans l'ambiance..... pour ceux qui y étaient......Dans les années 60, souvenez vous, le "Yé-Yé" et la guitare électrique faisaient fureur et avaient remisé "Petite fleur" de Sidney BECHET dans les "boites" pour adultes vieillissant. Les teenagers clarinettistes et saxophonistes avaient bien du mal à se faire entendre et à lutter face à ces groupes de guitaristes "amplifiées"....."à peine musiciens " qui nous piquaient tous les contrats. Comme moi vous vous êtes, sans doute, essayés à la guitare "hurlante" pour jouer à armes égales.......
Et c'est alors que.....Selmer est arrivé, avec son saxe électronique : Le VARITONE. Nous aussi nous allions pouvoir faire jouer les décibels... mettre les belles à nos pieds et retrouvez notre situation de Saxophoniste leader.
Première page de la brochure Selmer.
C'est en 1965 que Selmer s'associe avec la société Electro-Voice (EV) pour développer un concept révolutionnaire de saxophone électronique. Le Varitone est un concept très novateur et assez abouti qui consiste à placer un micro en céramique sur le bocal, permettant de recueillir un son naturel de l'instrument (Saxe Ténor ou alto).
Bocal de saxe alto muni de micro.
Ce micro est relié à un préamplificateur fixé sur la garde des clés de Si et Sib main droite, de façon à utiliser les différents potentiomètres:  3 pour régler le volume, l'écho et le volume de l'effet du sous octave. Les quatre leviers permettaient , l'écho, le trémolo, d'égaliser les graves, les médiums, les aigus.....Un petit synthétiseur pouvant être utilisé en jouant, comme sur une guitare électrique.
Préamplificateur du Varitone et ses sept boutons de contrôle.
Le tout relier à un amplificateur spécifique Varitone avec un bouton pour régler le trémolo et un bouton marche arrêt.
Tableau de l'ampli du Varitone.
Voici une démonstration par un musicien japonais.....qui montre les effets simples du Varitone, à notre avis pas suffisamment inventifs pour montrer les qualités de cette invention très originale pour l'époque.
Concept trop novateur pour l'époque, le Varitone ne rencontra pas le succès escompté.
En plus de la brochure, Selmer distribuait un petit disque de démonstration.


Très peu de musiciens utilisèrent ce Varitone ; le seul qui a su l'utiliser et en faire quelque chose fut Eddie HARRIS (1934-1996), mais sa musique Funk et Jazz R and B pouvait s'adapter à l'électronique. Eddie HARRIS est un musicien très inventif, il enregistra en 1967 avec le Varitone dans un disque très célèbre "Electrifying Eddie Harris"....un de ses tubes : Listen Here.
On peut l'entendre en 1969, en live à Montreux où il utilise un système modifié.
Un autre grand tube d' Eddie Harris que nous jouons régulièrement : Cold Duck Time.
Eddie Harris et son compère Les McCANN assez régulièrement classés dans les Hit-parades de l'époque, notamment avec ce célèbre "Compared to What".
Autre grand jazzman qui enregistra, entre 1966 et 1971,  13 disques avec le Varitone : Sonny STITT, mais ce musicien be-bop n'avait besoin d'aucun artifice pour montrer son talent. Dans tous ses disques utilisant le varitone, Stitt l'utilise plus comme un micro-amplificateur, sans pratiquement jamais utiliser ses nouvelles possibilités.

Publicité Selmer avec Sonny STITT en
couverture.
La plupart des disques de Sonny STITT utilisant le Varitone sont des disques "commerciaux" comme celui-ci, avec Gene Ammons au ténor, où en duo ils jouent des thèmes bluesies, avec orgues Hammond et guitariste....en utilisant un effet écho, sans intérêt qui affaiblit le point fort de ce formidable musicien méconnu (Un de mes modèles), la vélocité et le lyrisme. Donc si vous n'écoutez qu'un extrait....Voici une pépite de Sonny Stitt, sans Varitone....."Lover Man".


Cet extrait nous permet de saluer une autre de nos idoles : Kenny CLARK.
Page 2 de la brochure Selmer, Varitone.
Si le Varitone n'a pas percé, c'est bien sur parce qu'il était trop en avance par rapport à son époque, mais surtout parce qu'aucun musicien n'a su l'utiliser (A l'exception d'Eddie HARRIS) et créer une musique pour ce nouveau saxophone électronique. D'ailleurs avons nous besoin d'un saxophone électronique ?

Moi, personnellement je préfère le son de mon Mark VI......même amplifié.
Page 4 de la brochure Selmer.