vendredi 4 décembre 2015

"La vie d’un Musicien poly-instrumentiste : Bernard DUPLAIX, saxophoniste, flûtiste, bassoniste, clarinettiste...." "The life of a poly-instrumentalist: Bernard DUPLAIX, saxophonist, flautist, bassoonist, clarinetist ...."



La vie d'un musicien poly-instrumentiste. 
Par José Daniel TOUROUDE.

Interview de Bernard DUPLAIX.
                   Pour joindre Bernie Duplaix : adresse mail.

La carrière de musicien de Bernard DUPLAIX est intéressante pour plusieurs raisons : c’est un poly-instrumentiste de talent (un des musiciens que tout le monde a entendu dans les orchestres de vedettes connues), c’est aussi un musicien de studio (disques, musique de film et de TV), enfin c’est aussi un grand collectionneur de flutes anciennes. Nous allons voir ces 3 points.
Bernie avant d’aborder ta carrière, comment es tu venu à la musique ?  La voie royale : école de musique, conservatoire régional puis national ou par un chemin plus autodidacte comme la plupart des jazzmen et artistes de variétés ?
En fait les deux. Il y a eu plusieurs composantes imbriquées : Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. J’ai commencé dès 8 ans des études au conservatoire de Montluçon, une très bonne école. J‘ai débuté par la clarinette, puis le basson (je ne l’avais pas vraiment choisi…). Étant le seul élève, j’avais un bon professeur uniquement pour moi. J’ai eu la chance qu’on me laisse continuer en même temps l’étude des 2 instruments. J’ai fait des progrès rapides et je suis rentré à l’Harmonie municipale qui avait un bon niveau. Tous les instruments à vent y étaient représentés. On sous-estime souvent le rôle fondamental et ô combien formateur de ces harmonies où souvent bénévolement, la musique et l’amour de la musique sont transmises aux jeunes. J’y jouais du basson, ce qui m’a obligé très tôt à jongler avec les transpositions car il y avait rarement des parties adaptées ! J’y ai joué, ainsi qu’à l’orchestre symphonique municipal jusqu’à mon bac. On se produisait souvent, avec l’une ou l’autre formule, et je faisais partie également de la petite équipe qui accompagnait les opérettes de passage (mes premiers cachets !).
1963 - Avec le bel uniforme 
de l’Harmonie Municipale de Montluçon.
Mais dans le même temps, comme ma tante tenait un dancing, j’ai passé des heures au pied  de la scène, fasciné par les saxophonistes. Très tôt, j’ai découvert le Jazz, à travers la radio et le disque. Je dévorais les revues spécialisées. Parallèlement, pour notre génération, nous avions un autre pôle, à savoir les formations de Jazz des bases militaires américaines. J’allais très souvent à la base de Châteauroux et comme tous les jeunes de l’époque, j’étais fasciné par cette culture américaine. Une ambiance qu’Alain Corneau a particulièrement bien décrite dans son film « Le nouveau monde ». Mon père avait un copain américain qui jouait du sax. C’est lui qui m’a surnommé Bernie. Il me jouait « Bernie’s Tune » et prétendait qu’il l’avait composé pour moi. Je l’ai cru longtemps ! 

A CHAB (Châteauroux Air Base) comme disaient les américains, il y avait un très bon Big Band dirigé par le ténor Billy Harper. J’y ai croisé aussi des grands musiciens qui venaient se produire en petite formation comme Art Farmer, Benny Golson, Johnny Griffin, Bud Powell, Dexter Gordon, Chet Baker… J’écoutais des disques en boucle : d’abord du dixieland puis des orchestres middle jazz, mais bien vite Parker, Miles Davis, Cannonball Adderley, Phil Woods, Coltrane, Bill Evans, Eric Dolphy…Très éclectique, j’écoutais avec la même passion de la Musique classique, des groupes de Rock, du Blues, de la Soul, mais aussi des chanteurs de variété comme tous les adolescents. Je tâtonnais également du sax et de la flûte et je profitais de toutes les occasions pour essayer ces instruments. Avec un copain pianiste, on a commencé à jouer nos premiers standards qu’on repiquait laborieusement (pas de Real Book à l’époque).
1963 - les débuts à l’alto.
J’ai eu mon Prix de basson au Conservatoire de Montluçon, puis à l’École Nationale de Clermont Ferrand. Je consacrais tellement de temps à la musique que j’ai bien évidemment raté mon bac. J’ai donc redoublé en internat dans la Creuse. Mais j’avais déjà envisagé de devenir musicien et de pratiquer plusieurs musiques et plusieurs instruments proches. Rien que ça ! J’ai donc continué le basson et la clarinette à l’École Nationale de Limoges et j’ai appris en autodidacte et parallèlement sax et flûte. J’avais monté un petit groupe. J’y jouais surtout de la clarinette (j’étais fan de Buddy de Franco) mais aussi un peu de ténor et de flûte. En fait, je passais d’une musique à une autre, des conseils d’un musicien qui me transmettait son savoir- faire à un autre et d’un instrument à un autre. Mais je savais ce que voulais faire, et surtout, je savais ce que je ne voulais pas faire.

La même année, j’ai rencontré le trompettiste Ivan Jullien, formidable musicien et arrangeur qui par la suite a eu une grande importance dans ma vie. J’ai eu mon bac et l’été suivant j’ai vu et entendu à la fois Pablo Casals au Festival de Prades mais aussi et surtout John Coltrane au Festival d’Antibes : un choc incroyable lorsqu’il joua A Love Supreme. Plus aucune hésitation, je serais musicien. Lors du même été, on s’est produit avec un petit ensemble qu’on avait nommé Middle Jazz Quartet dans un festival creusois où étaient venus s’égarer le trompettiste Donald Byrd et le saxophoniste Nathan Davis. Nathan a été formidable avec moi et m’a proposé de venir étudier avec lui à la rentrée à la « Paris American Academy ». J’ai saisi l’occasion…
2006 - Retrouvailles avec Nathan Davis 
au Palais de l’UNESCO 
On rencontre cette constante dans la vie d’artiste : Elle est vraiment orientée par les personnes rencontrées, par les opportunités mais aussi par sa motivation, son projet professionnel personnel et le travail. Donc tu es monté à Paris ?
En effet, j’ai été admis en basson au Conservatoire de Versailles, considéré à cette époque là comme l’antichambre du Conservatoire de Paris. Toutes les classes étaient animées par des grandes pointures parisiennes. Le professeur de basson, était Jean Louchez de l’Opéra Comique. Il avait un son magnifique, très personnel. Sa conception du son et de sa projection, m’a paradoxalement influencé pour tous mes instruments. J’ai continué en même temps à jouer du sax, surtout dans des groupes de Soul Music comme le King Set dont le chanteur était Michel Jonasz, qui était déjà adorable et talentueux. C’était un style qui me plaisait vraiment, et puis le Jazz « moderne » que j’aimais était moribond. Les clubs fermaient les uns après les autres ; le Free Jazz triomphait et ce n’était pas du tout mon style. J’ai donc travaillé sérieusement sax et improvisation avec Nathan Davis et Dominique Chanson (super saxophoniste et flûtiste) mais aussi le travail spécifique en Big Band avec le trompettiste Roger Guérin ; un homme et un artiste magnifique à qui toute ma génération doit beaucoup. Parallèlement, j’ai réussi le concours d‘entrée au CNSM dans la classe de Maurice Allard, basson solo de l’Opéra, un très grand ! Son assistant était Paul Hongne que nous adorions. Cet artiste, de l’Opéra lui aussi, était un habitué des studios d’enregistrement dont il était le bassoniste vedette. C’est lui qui m’a permis d’assister pour la première fois, en auditeur, à une séance d’enregistrement et cela a été pour moi une révélation ! Les différents professeurs des classes de « bois » étaient aussi très accueillants et j’ai pu assister notamment à plusieurs cours de sax du mythique Marcel Mule. 
Après ma sortie du Conservatoire de Paris, j’ai fait des remplacements au basson dans différentes formations symphoniques ainsi qu’à l’Opéra Comique. Mais parallèlement je continuais à pratiquer d’autres instruments un peu dans le Jazz, mais surtout dans la Soul et les variétés en cherchant à me perfectionner sur chacun d’eux pour atteindre le but que je m’étais fixé, à savoir être un poly-instrumentiste professionnel. 
Mais tu jouais en fait de quel instrument ? Et avec qui ? Tu ne vas pas me faire le coup du musicien autodidacte qui apprend tout seul dans sa chambre mansardée ? 
Oui et non. Arrivé à maitriser le basson, je l’ai rapidement abandonné et je n’en ai rejoué que ponctuellement. Cela était incompréhensible pour beaucoup ! Mais j’étais passionné par le Sax qui est devenu par la suite mon instrument principal. J’étais pratiquement autodidacte, avec plein de défauts alors que j’en vivais déjà. Je suis allé voir  Michel Nouaux au Conservatoire de Montreuil qui m’a accepté dans sa classe avec patience et générosité. J’ai progressé rapidement car j’avais un bon niveau de clarinette et j’étais très motivé. Quant à la flûte, j’étais également autodidacte. J’écoutais et me débrouillais tout en prenant des défauts. Mes différents employeurs n’étaient pas trop exigeants puisque j’étais un « sax qui joue de la flûte ». Mais j’étais lucide sur mon niveau et j’ai toujours voulu progresser. J’ai donc travaillé d’abord avec Roger Bourdin, puis avec Robert Hériché à qui je dois tant ! Il venait à ce moment là de quitter l’Opéra et était l’assistant de Jean-Pierre Rampal au CNSM. J’ai vraiment une grande reconnaissance pour tous ces professeurs et artistes, pour leur générosité, leur compréhension, leur tolérance à mon égard. Je ne les remercierai jamais assez !
Mais tu jouais où ? 
Au début, partout où on me demandait – à quelques exceptions près – mais j’ai toujours refusé de faire des bals. Je n’avais pas voulu devenir musicien pour faire ça. J’ai quand même eu ma dose de galères : les cabarets de Pigalle ou des Champs Élysées où on passait des nuits entières pour des salaires minables. Les clubs où on allait jouer à l’autre bout de la France et qui étaient fermés quand on arrivait, les petites séances d’enregistrement « à l’amiable » dont le chèque n’arrivait jamais et j’en passe. J’ai fait partie d’un groupe de Soul qui était assez populaire à l’époque : le Mayfair Group. Nous faisions les beaux soirs des clubs parisiens à la mode : le Bus Palladium, le Golf Drouot, le Club Saint Hilaire. Nous étions 3 cuivres et cette musique a été une très bonne école pour le jeu en section, le phrasé, l’articulation.
1967-Habillés par Renoma, s’il vous plait…
1968-Le Pacha Club à Louveciennes avec 
le chanteur américain Dave Lee Bynum
1970-En club avec Guy Pons à la batterie et Joël Fajerman
Pratiquant plusieurs musiques et plusieurs instruments, j’ai pu me permettre de choisir parmi les propositions. Je te parle d’une époque où il y avait beaucoup de travail pour les musiciens, et encore, bien moins qu’avant, selon les anciens. Je voulais absolument découvrir des univers différents. C’est ainsi que j’ai commencé à accompagner des jeunes chanteurs : Noël Deschamps, Vince Taylor, Herbert Léonard, Monty, Dani, Christian Delagrange, Michel Delpech, Sylvie Vartan (mon 1er Olympia), Alain Chamfort, Dick Rivers et des vieilles gloires du Music hall (j’adorais ça) : Tino Rossi, Jean Sablon, Marlène Dietrich, Gaston Ouvrard, Georgette Plana, Joséphine Baker…
1967-Salle Pleyel avec le chanteur Noël Deschamps
 en compagnie du saxophoniste Mam Houari 
et du guitariste Slim Pezin
J’y ai pris goût, et par la suite j’ai toujours adoré accompagner des chanteurs sur scène. J’ai joué avec des chanteurs plus classiques mais très populaires tels Annie Cordy, Georges Ulmer, Mireille Mathieu, Carlos, Gilbert Bécaud, Jean-Jacques Debout, Charles Aznavour…Et puis surtout Johnny Hallyday et Claude François, très différents l’un de l’autre, mais grands artistes proposant de véritables Shows.
1974 - En tournée avec Claude François.

J’ai travaillé avec Thierry le Luron et Coluche pendant plusieurs années et aussi avec Demis Roussos qui était adorable avec les musiciens. Je l’ai accompagné à la flûte dans les endroits du monde les plus insolites comme au pied des Pyramides d’Égypte, ou au Moulin Rouge de Bagdad devant Saddam Hussein !
1978 Au théâtre du Gymnase. Un duo improbable.
1974. A l’Olympia avec Thierry le Luron.
Et le Jazz dans tout cela ?
En fait j’ai fait très peu de petites formations mais j’ai joué dans beaucoup de Big Bands: Sonny Grey, Roger Guérin, Antoine Hervé, Ivan Jullien, Claude Cagnasso, Martial Solal, Jean-Pierre Aupert, Jacques Bolognesi, l’Orchestre du Splendid, Bob Dickson, Michel Legrand, Tito Puentes, François Jeannneau. Quel plaisir incroyable de jouer en pupitre de saxophones ! Ça j’aime. 
1994-Le Big Band de Roger Guérin, notre « papa à tous »
 avec Philippe Portejoie et Philippe Chagne.
J’étais plus un accompagnateur ou un musicien de pupitre qu’un pur jazzman improvisateur et soliste de petite formation. Mais j’ai ainsi pu jouer avec quelques unes de ces stars américaines de passage à Paris pour un soir, qui vous permettent de vivre des moments où l’on se demande, quel que soit son âge, si l’on ne rêve pas : Ray Charles, Franck Sinatra, Donna Summer et même Raquel Welch !
1979. En petite formation au festival d’Antibes.
C’était une vie de patchwork artistique dans les contextes les plus divers, du café-théâtre des débuts avec Coluche, aux spectacles du Grand Magic Circus de Jérôme Savary, en passant par l’Elysée avec Thierry le Luron, l’école du Mime Marceau, le palais du Shah d’Iran avec la Comédie Française, le Parc des Princes avec Johnny Hallyday, ou cet immense club à Tokyo avec Sylvie Vartan, où on jouait en alternance avec Ella Fitzgerald et le Big Band de Buddy Rich, etc… De vrais grands moments dans une vie !
1990.Dixieland sur la scène du Théâtre de Chaillot
 pour la comédie Musicale « Zazou » de Jérôme Savary.
1989. Ambiance de coulisses pendant le Bourgeois Gentilhomme
 de Savary à Chaillot. Je rejoue du Basson pour la première fois depuis bien longtemps !
1987. Aubade pour Monsieur Jourdain (Michel Galabru) 
toujours dans le « Bourgeois ».
Chacune de ces expériences m’a enrichi artistiquement et m’a toujours apporté quelque chose. Ça m’a été infiniment utile lorsque j’ai participé à quelques unes de ces grandes Comédies Musicales américaines jazzy (Hello Dolly, Cabaret, Kiss me Kate, Singing in the Rain, etc…) où justement, il fallait savoir jouer plusieurs instruments et plusieurs styles, du « para-classique au Jazzy ».
1983-« Super Dupont » au Casino de Paris avec Savary.
 Le sax, ça plait toujours…
1997-Le « Passe Murailles », comédie musicale de Michel Legrand 
et Didier Van Cauwelaert. Je joue : Sax ténor, piccolo, flûte, flûte en sol, clarinette, clarinette basse. Nous remportons 3 Molières…
« Zazou » de Savary- Molières 1990 au Châtelet
« Singing in The Rain » à la Porte Saint Martin, 
avec Pierre Schirrer et Jean-Louis Chautemps.

Quant aux émissions de TV, la liste est longue: du Luron du Dimanche au Grand Échiquier de Jacques Chancel en passant par les Champs Elysées de Michel Drucker et bien d’autres. On y côtoyait et accompagnait les artistes les plus divers, du débutant impressionné au grand professionnel chevronné. Et on devait être prêt à jouer des choses extrêmes : quelques notes d’accompagnement ou une partition sophistiquée. Dans ce métier, il faut s’attendre à tout. C’était cette variété, sans jeux de mots, qui me plaisait. 
1972. Émission TV avec Dalida
Émission TV avec Claude François


Coluche « je ne sais plus » 1977
Émission Jacques Martin-Théâtre de l’Empire.
(Pour voir en grand cliquez en bas à droite de l'écran, dès qu'une main apparaît).
Mais comment intégrait-on ce réseau assez fermé de musiciens talentueux ?
On rencontrait d’autres musiciens avec des niveaux et des cursus très différents. Certains musiciens en place étaient des seigneurs…Il fallait faire ses preuves sur le tas. On ne te demandait pas tes diplômes comme dans le classique mais il fallait montrer sa technique, son style, sa souplesse, son sens artistique. On commençait modestement à se faire intégrer à travers un remplacement, un concert, une tournée, un enregistrement. On se faisait repérer si on était bon, sympa, et disponible. Peu à peu on était admis et le réseau s’étoffait. Souvent, au début, on faisait appel à toi en catastrophe pour un remplacement situation très délicate mais si tu assurais, tu étais ainsi reconnu dans le circuit. Les autres musiciens, les arrangeurs, les chefs d’orchestre, les vedettes ou leurs producteurs te demandaient. Ceci dit, même s’il y avait beaucoup de travail, les places étaient chères. C’était un milieu fermé, pas forcément solidaire, où les affinités jouaient un grand rôle, un milieu plutôt joyeux, mais très professionnel au moment de jouer.
Et c’est là qu’intervient la vie de musicien de studio si particulière. Peux tu me dire ce qu’était la vie de musicien de studio ?
Ah, les musiciens de studio ! Ils ne sont pas forcément connus du grand public mais tout le monde, un jour ou l’autre, a eu leur son dans l’oreille. Ils ont contribué au triomphe des plus grands chanteurs et ont souvent aidé à la réussite des moins bons ! En tous cas, ils ont grandement contribué à la vente de millions d’albums.Travailler en studio. C’était un de mes rêves ! Je suis arrivé à la fin de cette époque dorée qui avait coïncidée avec l’arrivée du « microsillon » et pendant laquelle les « requins » de studio faisaient trois séances d’enregistrement par jour et jouaient le soir dans les théâtres nationaux ou dans les music hall. C’était déjà une race en voie de disparition (c’est bien pire aujourd’hui). Sympathiques ou non, la quasi totalité d’entre eux était d’une rare compétence qui forçait le respect. Par contre c’était un milieu « chasse gardée » et arriver à s’y glisser n’était pas si simple. Les arrangeurs attendaient de nous qu’on soit totalement professionnels, c’est à dire déchiffrer sans problème, être très intuitif, comprendre le plus vite possible ce qu’ils voulaient et bien sûr jouer juste et avec une mise en place précise. Les musiciens à qui l'on faisait le plus appel dans les studios, surtout pour les cordes et les bois étaient pour la plupart membres des grands orchestres de la capitale, que ce soit l'Opéra, le National, l'Orchestre de Paris ou la Garde Républicaine. Pour les saxes c’était un peu différent, mais il y avait une notion de pupitre, avec des musiciens très compétents, la plupart ayant suivi des études classiques de haut niveau, mais ayant également beaucoup pratiqué le Jazz en Big Band et dans ces grands orchestres de Music hall (Jacques Hélian, Ray Ventura, etc..) et constituaient une véritable caste aristocratique. C’est là qu’ils avaient appris à mettre en place et à phraser.
Studio « Plus 30 » pour Johnny Halliday. Je ne m’apprête pas à lancer au loin mon précieux Mark VI, je me relaxe…
1969-Studio Davout, séance au Piccolo 
(casque d’époque)
Enregistrement en « section » de saxes. 
De g à dr : Vincent Chavagnac, Alain Hatot, B.D et Gilles Miton.

J’ai beaucoup appris sur le plan instrumental au contact des musiciens de studio. C’est dans les studios que j’ai pleinement réalisé ce que devait être un véritable musicien professionnel. Les arrangeurs et les producteurs attendaient qu’on travaille vite et bien ! L’heure de studio coûtait une fortune et il fallait réussir de suite car on ne travaillait pas encore au forfait ! Malheur à celui qui arrivait en retard au studio ! ( je me rappelle encore de ma peur, à cause d’un retard, pour l’enregistrement de l’Été Indien de Joe Dassin ! Heureusement, l’équipe de production était plus en retard que moi !)
Faire de la scène, être un improvisateur de jazz en petit formation, jouer en Big Band en lisant des partitions, enregistrer en studio sont des facettes bien différentes et peu sont par exemple jazzmen et musiciens de studio non ?
Contrairement à ce que je croyais quand j’étais ado, il y avait très peu d’authentiques jazzmen dans les studios, excepté bien sûr des musiciens comme Roger Guérin, Ivan Jullien, Benny Vasseur récemment disparu, Pierre Gossez, Georges Grenu, Dominique Chanson ou Jean-Louis Chautemps. Il y avait surtout des musiciens adaptables et excellents comme Michel Portal, connaissant admirablement des styles diamétralement opposés. On gagnait très bien sa vie dans les studios, à condition de faire partie du réseau de ceux qu’on appelait les « Requins », avec plus de jalousie que de moquerie. Des musiciens aiguisés qui étaient capables de jouer dans n’importe quel style avec une technique confirmée leur permettant dans une même journée, de passer d’un studio à l’autre. Une séance d’enregistrement durait trois heures avec un quart d’heure de pause. Tout ça était très codifié : il y avait trois horaires de séances par jour : 9h-12h, 14h-17h, 17h-20h avec tout un système de pourcentages, de suppléments en partant d’un tarif de base. Par exemple celui qui faisait un chorus ou bien celui qui jouait dans une même séance 2 instruments était mieux payé. Celui qui jouait de la flûte en sol aussi !… Il y avait aussi, très apprécié des musiciens mais bien évidemment redouté des producteurs, le quart d’heure supplémentaire ! Sujet de grandes controverses… qui intervenait dès midi pile, dix sept heures ou vingt heures. Sans oublier les tarifs des séances de nuit, bien mieux payées.
Mais vous composiez quand même un orchestre informel à géométrie variable avec globalement les mêmes musiciens qui se retrouvaient en fin de compte ?
J’ai connu très rarement l’enregistrement d’un orchestre en entier qui permettait une grande notion d’ensemble. Le studio, je l’ai pratiqué au départ à travers les miettes que nous laissaient les aînés et un remplacement de temps en temps dans une équipe déjà constituée. Puis de nouveaux arrangeurs ont fait leur apparition. Ils ont constitué leurs propres équipes après avoir dans un premier temps fait appel, par sécurité, aux musiciens déjà en place. J’ai été admis car je savais bien lire, je comprenais assez vite et j’aimais travailler et jouer des styles très différents. Également, j’avais au sax un son un peu nouveau, proche d’une conception différente des modèles de l’époque. J’étais copain avec plusieurs arrangeurs qui faisaient régulièrement appel à moi. Je n’étais pas un pilier dans les équipes de base des grands arrangeurs, mais j’avais une souplesse d’adaptation et un métier qui me permettaient de m’y intégrer facilement s’il le fallait.
Puis le Play Back est arrivé, et avec cette méthode une toute autre façon de travailler. Comment as tu vécu cette mutation ?  et les nouvelles technologies n’ont – elles pas modifié le métier ? Nous l’avons vu pour la musique de film.  
Le Play Back existait déjà quand j’ai commencé à faire du studio. Soit tu travaillais dans un ensemble de soufflants, soit tu étais tout seul devant le micro. Dans ce cas, il ne s’agissait pas d’être un grand virtuose mais d’être malléable et de savoir se positionner dans un Play-Back derrière un chanteur pour le magnifier, le faire rayonner. Il fallait bien sûr faire preuve de goût, mais être aussi capable d’humilité pour servir un projet commun. Tu devais parfois enregistrer des sons bizarres (pour une musique de film ou une pub par exemple), faire un contrechant, trouver un gimmick. Je venais quelquefois avec un grand sac d’instruments ethniques différents et je m’adaptais à la demande. Dans ce métier, il faut être flexible avant tout et prêt à répondre à toutes demandes aussi bien au service de musiques parfois simples, que d’autres fois avec des arrangements sophistiqués. Depuis longtemps déjà, c’est vrai, l’ingénieur du son et le numérique ont acquis un rôle très important. On peut réparer ou modifier bien des choses et le copier-coller est devenu un outil précieux. Comme je jouais de plusieurs instruments et que j’avais fait beaucoup de studio tout au long de ma vie, j’ai pu m’adapter facilement. Certains sons et certains effets sonores sont venus enrichir la musique et parfois celle ci se fabrique plus avec l’ordinateur et le Home Studio qu’avec des instruments !
En plus de ta vie de musicien atypique, tu as été aussi professeur ?
A un certain moment de ma vie, j’ai éprouvé le besoin de transmettre, d’essayer de redonner un peu de ce que mes différents professeurs m’avaient si généreusement fait découvrir, de partager ! J’ai enseigné dans plusieurs écoles de Jazz parisiennes (IACP, ARPEJ, CIM) aux Conservatoires de l’Haÿ les Roses et de Palaiseau où j’étais responsable du département « Jazz et Musiques actuelles » . J’ai eu la grande chance d’avoir comme élèves Xavier Richardeau, le grand flûtiste italien Michele Gori et Pierrick Pedron qui est pour moi un des meilleurs sax alto européens. J’ai même été le prof de sax et d’ensemble Jazz de René Pierre ! c’est dire….("Moquerie injuste à l'encontre d'un jazzman amateur")
2008- Au « Duc des Lombards » où mon idole Phil Woods et mon élève et ami Pierrick Pedron viennent de se produire ensemble. Je me sens comme un « passeur »…
Quels conseils donnerais tu à un jeune musicien désireux de jouer comme toi plusieurs instruments ou de faire ce métier?
Même s’il n’est pas très fréquent en France de pratiquer mon métier, je connais plusieurs excellents musiciens qui jouent ou ont joué Sax, flûte et clarinette.  Et puis il y a eu de grands aînés. Jo Hrasko par exemple, un des plus grands lead-alto que j’ai rencontré (un habitué des studios !) qui jouait ces 3 instruments et qui lui aussi avait son Prix de Basson du CNSM. Le seul conseil que je me permettrais de donner est d’avoir « un instrument principal » sur lequel on tâche d’acquérir le meilleur niveau possible. Ensuite on aborde les autres instruments secondaires avec des professeurs qui vous aident, qui contrôlent, qui voient si on ne s’est pas décalé en quoi que ce soit. Il est tellement facile de prendre des défauts dont on a beaucoup de mal à se défaire. Quant on est un « doubleur » comme disent les américains, on mène une vie d’équilibriste. On doit garder le même niveau de qualité sur chaque famille d’instrument ! Se tenir au courant de l’évolution, écouter les grands représentants de chaque instrument, pratiquer inlassablement et privilégier tel ou tel instrument en fonction de ce qu’on doit faire dans un avenir proche. Quant au matériel choisi, c’est très délicat, il s’agit de trouver les instruments les plus compatibles possible, afin de pouvoir les enchaîner facilement. On passe donc un certain nombre d’années à rechercher cet équilibre d’un ensemble d’instruments idoine ! Et puis on n’en bouge plus ou très peu. C’est ainsi que mes instruments ont été, en ce qui concerne la clarinette : la Centered Tone de Selmer, puis la Série 9, La 10 S et la Récital. Pour le basson : Buffet Crampon bien évidemment. Et pour les flutes : Muramatsu, Haynes et Louis Lot…Pour les saxes : J’ai toujours également joué Selmer ( Mark VI ou Super Action 48). Mon saxophone préféré reste mon vieil alto Mark VI que m’avait procuré Dominique Chanson quand j’avais 18 ans. Il le tenait lui même… d’Eric Dolphy !



Et puis il faut savoir lire, transposer, connaître l’harmonie et… savoir jouer ensemble c’est à dire les bases de la musique !
Ce qui m’étonne, c’est que toi, le touche à tout de talent, le poly-instrumentiste, capable de jouer toutes sortes de musique et de bon niveau, on te connaît aussi dans le milieu musical comme un des plus grands collectionneurs de flutes Lot ? 
Coluche m’appelait « le collectionneur ». Il avait dû flairer quelque chose ! (Rires) Oui, j’avoue, je suis un collectionneur de flûtes de marques françaises et surtout d’un facteur nommé Louis Lot. Ce personnage incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire de la flûte « moderne » a traversé tout le 19° siècle, période bouillonnante de recherches et de transformations importantes dans tous les domaines.
Flûte de Louis Lot n°456 fabriquée en 1860.
Je suis « entré en collection » d’une drôle de façon.  Au début où je prenais des cours avec Robert Hériché, j’ai rapporté d’une de mes tournées au Japon, une des premières flûtes Muramatsu. Elle me plaisait bien. Puis j’ai racheté à un copain une vieille Louis Lot qui n’était plus jouable. Je ne connaissais pas du tout cette marque. Hériché m’a immédiatement conseillé de la faire remettre en état ! Et ce fut le coup de foudre ! Cet instrument qui portait le n°6696 datait de 1900, d’une marque que presque plus personne n’utilisait mais qui me convenait parfaitement. Je l’ai jouée pendant des années aussi bien sur scène qu’en studio. En 1983, on me l’a volée dans le métro. 
Janvier 1983- Paris, « Théâtre de l’Odéon».
 Photo prise la veille du vol de ma Lot n° 6696.
Ce fut un véritable chagrin d’amour ! Mais, tout en la recherchant (je ne l’ai jamais retrouvée) j’ai cherché à savoir qui était ce fameux Louis Lot, puis les autres grands facteurs de son temps (Clair Godfroy, Bonneville, Rives, Lebret…). Ensuite je me suis intéressé à l'histoire de la grande École française de flûte fondée par Louis Dorus professeur au Conservatoire de Paris en 1859 et à tous ses grands représentants ; tout cela en commençant à collectionner les instruments et surtout à rechercher MA Lot ou tout au moins une qui lui ressemblerait ! Ça a été le début d’une grande passion. J'ai continué mes recherches sur les flûtes et les flûtistes et j'ai écrit une série d'articles publiés dans différentes revues internationales spécialisées. La quasi totalité des grands flutistes français, depuis Dorus et Paul Taffanel, puis américains ont joué sur des Lot dès le XIXème siècle. La Lot en or de J.P. Rampal, exemplaire unique fabriquée en 1869, a joué un grand rôle dans son extraordinaire carrière.
Chez Jean-Pierre Rampal avec sa Louis Lot, 
la seule  jamais fabriquée en or !
J’ai construit ma collection, et j’ai maintenant une collection de flutes Lot que bien des musées m’envient. Mais j’ai dû faire pas mal d’enregistrements, de tournées et aussi beaucoup de recherches pour m’offrir ces flutes !
1995 : Dans le bureau de Jean Pierre Rampal.
Maintenant tu es à la retraite, fais tu encore de la musique ?
J’ai arrêté mon activité au Conservatoire l’année dernière, mais oui bien sûr je joue toujours. Comment un véritable musicien pourrait il s’en passer… J’ai bien aimé ton article « vivre vieux et mieux grâce à la musique » sur ce blog. 
Maintenant je joue surtout de la flute. Je fais partie d’un groupe de musique brésilienne et je continue d’enseigner : saxophone, clarinette et flûte au CIM. Je ne joue plus de basson depuis bien longtemps, mais j’adore en écouter (je parle du basson français, pas du fagott).
Mais jouer Bach ou de la musique latine pour le plaisir, faire encore une TV avec l’un ou l’autre,  faire une séance de studio de temps en temps restent valorisant, gratifiant et jouissif !
2011-Tournage de la série TV « Une famille formidable ».  Annie Dupérey et Patrick Préjean ne semblent pas apprécier ma façon de jouer… 
Et puis il y a désormais les conférences. Je suis vice président de l’association Jean-Pierre Rampal. Avec mon ami Denis Verroust, nous présentons une conférence sur le plus grand flûtiste classique du XX° siècle. Je présente également une conférence sur Louis Lot et tous les grands flûtistes qui ont joué ses instruments et fait rayonner à travers le monde « l’École française de flûte ». 

2014-Genève-Quelques flûtes de ma collection Louis Lot.

Je ne peux pas non plus ignorer l’importance des réseaux sociaux. Ils m’ont permis de retrouver plein de partenaires d’une vie de musicien bien remplie. Des gens avec qui on partage beaucoup pendant une période donnée, avec qui on ne reste pas forcément en rapport parce qu’on change « d’aventure musicale ». Il y a quand même un noyau d’amis musiciens qu’on a côtoyé et retrouvé tout au long de sa vie dans des contextes bien différents. 
Été 2015-Retrouvailles avec un vieil ami :
 le pianiste et arrangeur Guy Guermeur.

Dans toutes ces retrouvailles, il y a très peu ou pas de nostalgie mais simplement le plaisir d’évoquer des moments plus intenses que d’autres : soit pour la qualité musicale et le souvenir de complicités particulières, soit pour des galères d’anthologie. Il y a aussi les retrouvailles spécifiques  : entre ceux qui ont travaillé avec tel ou tel artiste. Parmi les plus sympas, il y a les rencontres régulières entre les membres de la troupe de Claude François. Il a vraiment réussi à fédérer beaucoup de monde-musiciens-choristes-Clodettes-techniciens et même plusieurs générations de fans.

Ceux qui ont vécu vraiment avec ces artistes, ou partagé certains évènements directement ne parlent que rarement. C’est pour cela que je fais actuellement des interviews pour rencontrer les vrais acteurs (cf article Badini, article buffet crampon…). Mais quand tu racontes un peu ta vie, ton ami Coluche revient souvent.
Je sais bien… (rires)… Mais c’était un personnage tellement hors du commun. Il était mon boss mais surtout un véritable ami. Je faisais partie de sa « bande », de ceux qui pouvaient se présenter chez lui le soir, même sans prévenir, pour dîner. J’ai vécu là des soirées mémorables où se côtoyaient aussi bien ses amis d’enfance que des stars de tous horizons ou des personnages totalement allumés.
Photo prise par Coluche après un dîner chez lui.
 Retrouvez qui est qui… (Cabu, Gérard Lanvin, Philippe Bruneau,
Thierry Lhermitte, Aldo Martinez-ex bassiste 
des Chaussettes Noires-, votre serviteur…

J’avais commencé avec lui au café théâtre. Je suis resté jusqu’à la fin. Je dirigeais son orchestre et c’est moi qui accordais chaque soir le petit violon avant qu’il en joue avec ses gants de boxe ! Paradoxalement, il m’a aussi apporté quelque chose sur le plan musical. Il nous faisait participer à quelques sketches (j’en ai même enregistré un en duo avec lui : Le qui perd-perd). Il m’a appris comment placer une réplique dans un dialogue. C’était très intéressant et ça pouvait tout à fait s’appliquer à la musique.
Photo prise lors de l’enregistrement du sketch « Le qui perd perd »
Coluche « Qui perd perd »

Mais des chanteurs ou des artistes de tous bords, il y en a eu bien d’autres ! Et là, si je commence à les passer en revue, j’écris un livre rien qu’avec les anecdotes et il y en a eu des croustillantes ! En fait, à part quelques solistes à l’égo surdimensionné comme on en trouve dans toute société, les musiciens sont plutôt des gens travailleurs et perfectionnistes, conscients de leur valeur, mais relativement humbles et toujours désireux d’apprendre, de découvrir, de partager. Et cela aussi bien en studio que pour la scène. Ceux qui m’ont le plus impressionné sont ces autodidactes surdoués qui ont su atteindre le meilleur niveau, grâce à leur passion et à leur travail. J’en en connu un certain nombre, surtout dans les sections rythmiques, mais aussi parmi les soufflants tel mes vieux amis Alain Hatot et Michel Gaucher, deux saxophonistes pour qui j’ai toujours eu la plus grande admiration ! Les musiciens classiques jouent souvent dans la fosse, nous bien souvent on nous devine car les projecteurs sont plutôt braqués sur la vedette  (Bécaud par exemple habillait entièrement de noir ses musiciens pour qu’ils se fondent dans la pénombre). D’autres, par contre, tiennent à avoir les musiciens près d’eux, se comportant comme des solistes à leurs cotés. Ceux là nous présentent au public, nous mettent en valeur et nous laissent prendre des solos. Question de style et d’esprit du chanteur, question de style musical et de mode également. La première fois où je me suis retrouvé sur scène avec Johnny Hallyday (Palais des Sports 1976…) j’étais sidéré. Il nous a présenté à la fin du spectacle, un par un et il a ajouté « Et le chanteur du groupe ; Johnny Hallyday ». Je n’en revenais pas ! Mais lui, c’est spécial, côté complicité sur scène avec les musiciens, j’ai rarement connu mieux ! 
Johnny Bercy 1987 « Toute la musique que j’aime »

En fait, quand tu accompagnes des chanteurs, il y a de tout, comme dans n’importe quel domaine professionnel : du débutant approximatif qui se prend déjà pour une star,  à l’artiste fascinant qui t’emmène et te donne envie de lui donner encore plus. Certains méprisaient le monde du jazz et des variétés, surtout dans le milieu classique à une certaine époque que je pense révolue. En fait, c’est parmi le travail de studio pour les chanteurs que j’ai pu constater le plus de perfectionnisme, de recherche inlassable du petit détail « qui tue », du souci de la plus grande précision tant sur le plan rythmique que sur le son d'ensemble pour l'équilibre avec la voix. Plus la musique est simple, plus le moindre défaut est visible.
Que retiens tu de toutes ces décennies ?
Comme je te l’ai dit, je savais ce que je ne voulais pas faire. J’ai passé une vie de saltimbanque et j’en ai bien vécu. J’ai eu la chance d’exercer une activité que j’avais choisie et celle de ne jamais manquer de travail. En effet, j’ai toujours enchaîné les engagements les plus divers et le plus souvent passionnants sans avoir à prospecter. Mon métier m’a permis de vivre des moments uniques sur le plan des rencontres artistiques et des émotions les plus diverses. J’ai effectué des tournées dans des pays lointains. J’ai rencontré des gens que je n’aurais jamais rencontrés autrement et je me suis retrouvé dans des situations que je n’aurais pas connues si je n’avais pas été « Artiste Musicien ». Que demander de plus…
Printemps 1997-Théâtre des Bouffes Parisiens
avec Michael Jackson, Michel Legrand, Isabelle Georges
et le grand metteur en scène Stanley Donen…
As tu des regrets ?
Les regrets, qui n’en a pas ! Mais globalement j’ai eu tellement de chance. Une chose peut être, j’aurais adoré animer une classe réservée aux poly instrumentistes comme cela existe aux USA. Un projet qui n’a malheureusement intéressé  aucune des différentes structures où j’ai pu enseigner. Ah, si ! Un regret. Quand je jouais avec mon groupe de Soul Music : le Mayfair Group, nous avons fait la première partie du groupe anglais The Moody Blues pour leur tournée française. Ils venaient de sortir leur tube planétaire Nights in White Satin dans lequel il y a un solo de flûte. J’étais devenu copain avec Ray Thomas le flûtiste du groupe. A la fin de la tournée il m’a proposé d’échanger nos flûtes. La mienne était quelconque mais je l’aimais bien. J’ai dit non… Ça, oui je le regrette, mais ça doit être le collectionneur qui parle…
1968 - En première partie de la tournée française des Moody Blues.

Pour terminer j’aimerais bien citer 2 phrases. Une que tu m’as rapportée, qui vient de ta pianiste de mère : « Je plains ceux qui n’aiment pas la musique, ils ont une vie bien triste. » et une de mon cher grand père : « Hier, aujourd’hui et demain : 3 belles journées ».



dimanche 25 octobre 2015

"Saurez-vous répondre au nouveau Quizz sur les instruments de musique anciens traités dans les blogs ?" Will you be able to answer the new Quiz on old musical instruments treated in our blogs" ?

Si l'on tient compte du nombre important de contacts enregistrés (plus de 5000), lors de la publication du quizz sur les instruments de musique anciens rédigé par José Daniel TOUROUDE, il semble que vous appréciez ce genre d'article.
Si vous voulez vous entraîner sur cet ancien quizz : Cliquez sur le quizz de José.

Mais cette fois, nous allons élever le niveau en vous demandant d'utiliser le blog pour trouver les réponses car tous les instruments que nous allons évoquer ....ont fait l'object d'un article dans nos blogs...Alors testez vos connaissances, votre mémoire et répondez aux douze questions de ce quizz. Ce n'est pas facile, accrochez vous.

Instrument N°1:


         Indice : André Bissonet est un virtuose de cet instrument.

Instrument N°2 :



Indice : Son inventeur était professeur de guitare à Besançon.

Instrument N°3 :


Indice : non ce n'est pas une flûte à bec, ni un flageolet.....mais nous avons pu voir ce magnifique exemplaire en ivoire chez Richard CHARBIT et il a été fabriqué à Vienne par le facteur HARRACH  en 1834.

Instrument N°4:


Indice : L'ancêtre du mélodica inventé à Dijon combinant le souffle et le piano.

Instrument N°5:

Indice : Willy KENZ, collectionneur suisse posséde un des rares exemplaires connus.

Instrument N°6:

Indice : le poême de Goethe que nous avons appris en classe d'allemand dans notre jeunesse évoque l'utilisation de cet instrument.
"Wie herrlich leuchtet 
Mir die Natur ! 
Wie glänzt die Sonne ! 
Wie lacht die Flur !"

Instrument N°7:


Indice : C'est écrit dessus...mais la photo est trop flou pour que l'on puisse lire. Ce n'est pas vraiment un instrument de musique.

Instrument N°8:

Indice : Il n'a qu'une clé....et est actuellement à vendre sur le site de Tony Bingham, à qui nous souhaitons une bonne retraite. Facile.....

Instrument N°9 :


Indice : Ce piano joué  a valu une médaille d'or à ses inventeurs en 1878 à l'exposition de Paris.

Instrument N°10 :

Indice : un des premier saxophone électrique commercialisé par Selmer.

Instrument N°11 :



Indice : Il n'a pas été réalisé par un facteur d'instruments de musique mais par un orfèvre de Bar sur Aube..

Instrument N°12 :

Indice : Encore un instrument gadget de l'utopie voulant mettre la musique à la porté de tous...

Alors je vous propose de vous décontracter avant de vous jeter sur les résultats....et d'écouter cette petite pépite de musique....que vous n'arriverez pas à faire à la varinette, dupinophone ou autre monocorde...alors un moment magique : Michel Petrucciani jouant Round About Midnight.


Réponses :

Instrument N°1 : Le monocorde de Joseph POUSSOT : un violon (ou violoncelle) à une corde combinant le jeu d'archet et un clavier de piano. Une des "utopies" du milieu du  XIX° pour apprendre facilement la musique.
Le monocorde de POUSSOT existe aussi sous forme violoncelle.
Pour tout savoir sur le monocorde : Cliquez Monocorde de POUSSOT.

Instrument N°2 : L'Harpolyre de Jean François SALOMON:
Une guitare à trois manches qui n'a pas rencontré le succès que son inventeur (Jean François SALOMON : 1781-1831) en attendait, d'ailleurs il se ruina en la développant et en mourut.
Marque d'une Harpolyre du musée de la musique de La Villette.
Vous voulez en savoir plus sur cette belle invention ? Cliquez sur l'Harpolyre de Salomon.

Instrument N°3 : Un CSAKAN : Instrument d'origine hongroise très populaire à la période du romantisme c'est à dire au début du XIX° dans l'empire Austro-Hongrois qui existe en canne-csakan pour jouer dans la nature.
Reproduction d'un Csakan de Ziegler à Vienne.

Instrument N°4 : L'Harmoniphon de Jacques Reyne PARIS (1795-1875) de Dijon. 

Un peu plus sur ce bel instrument ? Harmoniphon de Paris.

Instrument N°5 :Le Georgeophone. Un saxophone baryton et grave inventé par le facteur toulonnais Claude GEORGE.
Georgeophone du catalogue Pelisson frères.

En lire plus sur cet instrument très recherché : Cliquez sur Georgeophone.

Instrument N°6 : L'Orphica
Ce n'était pas facile.....de trouver le nom de ce piano transportable pour jouer dans la nature romantique au début du XIX°

Un article du blog qui évoque cet instrument romantique : L'Orphica

Instrument N°7 :Le Dactylion
Ce n'est pas un instrument de musique à proprement parlé, mais c'est un outil pour s'entraîner à développer sa virtuosité.

Si vous vous intéressez aux instruments de torture : Le Dactylion

Instrument N°8 :L'ophimonocléide de Coeffet à Gisors
Qui comme son nom l'indique n'a qu'une clé.

Si vous voulez tout savoir sur la famille Coeffet : La famille Coeffet

Instrument N°9 : Piano à deux claviers renversés des Frères Mangeot.
Piano du musée de Bruxelles.
Si vous voulez mieux connaître la famille Mangeot de Nancy : Famille Mangeot de Nancy.
Et découvrir ce beau piano : Piano à claviers renversés.

Instrument N°10 : Le système Varitone de Selmer
Mise au point pour concurrencer la guitare électrique .....et là aussi Flop.

Si vous voulez rester branché et être au courant (Humour) : Système Varitone de Selmer

Instrument N°11 : Un serpent bien sur.....mais celui-ci est en métal.
Il a été réalisé par Nicolas Pierre JOLY (1799-1885) orfèvre à Bar sur Aube.
    Serpent en ré et en métal à 6 trous et 2 clés. (National Music Muséum- Vermillion : collection de  Joe R et Joella F.Utley.)
En savoir plus : Nicolas Pierre JOLY à Bar sur Aube.

Instrument N°12 : La varinette bien sur.
Inventé par l'abbé Varin et pour animer les "jolies colonies de vacances".

Voilà un article sur les instruments populaires, pour faire de la musique sans travail et sans rien y connaître....Utopies républicaines.

Alors les résultats : 

Entre 0 et 2 : Vous êtes là par hasard ? Où vous êtes mono maniaque....et vous vous intéressez qu'à un instrument, comme certains clarinettistes de mes connaissances que je ne citerai pas.....et comme j'ai fait exprès de ne pas parler de clarinette....ce n'est pas brillant.

Entre 3 et 5 : Attention on ne rigole plus....là on a affaire à du lourd le niveau amateur éclairé qui va progresser rapidement....ou alors des gens comme moi qui savent utiliser internet et maîtrisent totalement le copier coller.

Entre 6 et 8. Chapeau bas, Expert ? Érudit ? Professionnel ? Musicologues ?......mais plutôt ayant dépassé les 50 ans car on commence par avoir des trous de mémoire.

Entre 9 et 12 : Donnez nous vos coordonnées. Voulez-vous rédiger des articles dans les blogs, José et moi nous vous engageons...et nous boirons le champagne ensemble.



samedi 3 octobre 2015

Analyse des spécificités de la facture des clarinettes anglaises de la première moitié du XIXème siècle. What are the features of the English clarinets from the first part of the XIX° century.

 Par José-Daniel Touroude  


Le thème de la dernière visite de ma collection a porté notamment sur la facture anglaise entre 1820-1840. A travers 4 clarinettes anciennes anglaises : une Wrede à 5 clés, une Metzler 6 clés, une Dawkins 10 clés, et une Key 12 clés nous avons construit notre propos autour de 2 questions.

1° Quand est apparue la clarinette en Angleterre ?
En 1751, Jean Chrétien BACH (un des fils du grand Jean Sébastien) introduisit la clarinette allemande en Angleterre. HAENDEL (le grand rival saxon de JS Bach), a été aussi été un des premiers compositeurs à utiliser et à faire connaître à Londres cet instrument pourtant très approximatif et imparfait. Avec ces deux parrains prestigieux, la clarinette en Angleterre va faire son entrée dans la musique. Avec un son pastoral plus rond différent du hautbois (perce cylindrique et non conique du hautbois), se mariant bien avec les bassons et les cors, la clarinette va peu à peu se répandre dans les musiques classique et populaire anglaise. 
Jean Chrétien BACH peint par Thomas Gainsborough.
Les grands musiciens anglais du 17ème comme DOWLAND et PURCELL  d’une part, les nombreuses mélodies tirées d’un riche répertoire populaire des différents peuples des îles britanniques d’autre part, vont créer un répertoire national. Il faut aussi ajouter l’importance de la musique sacrée qui  passera du grégorien à la polyphonie comme le reste de l’Europe et la présence de JC Bach, Haendel, Porpora et ses castrats dont Farinelli etc..  qui feront de Londres une des capitales de la musique. Enfin un public anglais très réceptif aux différentes musiques vont entraîner l’utilisation variée d’abord du chalumeau (ancêtre de la clarinette) puis de la clarinette.
John DOWLAND.
Pourquoi la célèbre facture anglaise a t-elle disparue à la fin du XIXème ? La facture anglaise de la 1ère partie du XIXème siècle est originale et s’est rapidement démarquée de la facture allemande (qui ne l’oublions pas a crée la clarinette). A cette époque en fait, il y avait deux sources d’innovations et de modifications d’instruments. Des innovations externes : L’Angleterre n’était pas du tout isolée et faisait même partie du parcours des cours royales et aristocratiques de tout musicien de talent voulant être reconnu.
Les musiciens se promenaient à travers l’Europe avec leurs répertoires, les dernières nouveautés de leurs instruments, certains facteurs anglais voyagèrent sur le continent et inversement certains facteurs émigrèrent en Angleterre. Il faut se rappeler que la 1ère moitié du XIXème siècle est d’une créativité incroyable dans la facture d’instrument. En quelques décennies la clarinette 5 clés connue par Mozart (où il fallait être virtuose pour jouer correctement) est passée à 6 clés puis avec Iwan Müller à 13 clés. D’un instrument approximatif qui ne faisait pas toutes les notes et justes, on arriva en quelques décennies à un instrument abouti, fiable, avec un doigté facile permettant de la vélocité et parfaitement intégré dans tous les orchestres qu’ils soient militaires, symphoniques ou populaires. 
Mais il y avait aussi des innovations internes. En effet le monde des facteurs était limité, organisé en corporations et imbriqué (apprentissages, compagnonnages et mariages entre eux). En conséquence, les innovations dans ce réseau restreint se diffusaient relativement vite, la notion de brevet (lettre de patente ou patent en anglais) existait mais était d’une protection très relative pour les instruments de musique. D’autre part la clarinette a évolué parallèlement aux autres instruments à vent.
Clarinette à 5 clés, en Ut de WREDE à Londres. (Collection José TOUROUDE)
Les facteurs de clarinettes faisaient aussi des flûtes, des hautbois voire des bassons et chaque innovation sur un instrument était transférée sur les autres instruments à vent. Cela dura jusqu’au système Boehm où celui ci appliqua les bouleversements de ce qu’il avait réalisé sur la flûte, au hautbois et à la clarinette.
Ainsi la clarinette se généralisa et la demande d’instruments va croître rapidement.

Clarinette en Bb et à 6 clés de METZLER à Londres.
Collection José TOUROUDE)
L'Angleterre, qui avait de bons tourneurs sur bois, commença à avoir des facteurs d’instruments réputés  comme Wood, Cramer, Gutteridge, Clementi, Metzler, Goulding, Key, Miller, Astor, Gerock, Dawkins, Bilton, Monzani, Milhouse, Wrede, Wolf, d’Almaine….
Clarinette en Ut et à 10 clés de DAWKINS à Londres.
(Collection José TOUROUDE)
Clarinette en Bb et à 12 clés de KEY à Londres.
(Collection José TOUROUDE)
2° Quelles sont les spécificités de la facture anglaise ?
La facture anglaise possède des caractéristiques spécifiques et originales permettant de la reconnaître de suite :
·         Le bec est original: court disposant d'un tenon très long entrant dans le barillet et qui permet en le tirant de s'accorder. Le diapason en Angleterre à cette époque est mouvant bien sûr mais assez  élevé  autour de La à 440 (contre souvent La à 430 ou 435 Hz sur le continent), ce qui permet à de nombreux musiciens actuels, voulant jouer sur des instruments d’époque avec un diapason La= 440 Hz, de jouer avec les clarinettes anglaises. La clarinette Key que nous présentons, a un bec encore plus original : il est inversé. 
Comparaison de trois becs et barillets : de gauche à droite, bec français
avec barillet bombé, bec classique anglais à long tenon et à barillet creusé,
bec original de la clarinette KEY avec tenon sur le barillet (inversé).
·         Le barillet est aussi original et reconnaissable car il est creusé au centre et renflé à l'extrémité et non renflé au milieu comme les barillets continentaux. C’est une caractéristique des tourneurs de clarinettes anglaises. Ceci est purement esthétique et n’a aucune incidence sur le son, la perce étant la même. Si les barillets continentaux ont deux bagues plates et étroites, la clarinette anglaise a, au contraire, deux bagues en ivoire plus larges (l’ivoire des éléphants de l’Inde ne manquait pas à l’empereur puis à Victoria impératrice des Indes !) . Ceci est une caractéristique esthétique des clarinettes anglaises.  

·         La sixième clé est une clé particulière et traditionnelle de la facture anglaise :
La création à la fin du 18ème siècle de la 6ème clé par Lefèvre et Baumann pour faire le do#/sol#  avec le petit doigt main gauche (G4)  avec un patin, boule, charnière et vis en laiton va se généraliser dans le monde . Mais les facteurs allemands s’ils adoptent de suite cette  6ème clé au même endroit, resteront fidèles aux blocs en bois avec un axe laiton pour fixer la clé. 
Les facteurs anglais à la même époque feront eux une 6ème clé mais totalement différente, longitudinale sur le corps du haut servant pour les trilles.  
Plus tard l’Angleterre intégrera la clé G4 de sol# / do#  (exemple la Dawkins à 10 clés et la Key à 12 clés)
Détail de la sixième clé sur la clarinette de Metzler.
Même partie d'une clarinette française à six clés, de la même époque. 

·         Les anneaux et blocs : Les clés sont montées sur des blocs tournés dans la masse du buis qui
permettent de fixer les clés mais ceux ci sont raccourcis et allégés comme on peut voir sur les deux photos ci-dessus.
Le corps du bas possède aussi un renflement plus allégé : le bulbe renforcement caractéristique des clarinettes anciennes est ici coupé en deux, contrairement aux clarinettes de la même époque allemandes et françaises où le bulbe est entier et constitue un bloc.
Comparaison des bulbes  : de gauche à droite, deux clarinettes françaises
avec le bulbe complet et les deux anglaises avec des demis bulbes.
·         Le montage des clés se font sur des blocs sculptés dans la masse en buis y compris les guides des clés et non avec des pièces métalliques rajoutées comme les autres clarinettes.  
·         Pour éviter les cliquetis et améliorer le bouchage des trous par le tampons, le bois est creusé en dessous des clés transversales  que ce soit pour les clés carrées ou pour les clés rondes comme la Dawkins ou la Key.
·         Les trous fermés par les clés sont chemisés pour améliorer l'adhérence des tampons. C’est une innovation anglaise de James Wood qui sera repris par tous. (chemiser l’ «âme» c’est à dire le trou de douzième pour éviter le bouchage par la condensation et la salive (chemisage en ivoire, en laiton, en maillechort…). En France seuls les facteurs lyonnais faisaient de même (Simiot, Sautermeister, Tabard). 
·         Les clés sont en laiton : Les clés sont plates parfois carrées mais souvent rondes, de forme classique, en laiton. Les ressorts sont en laiton et rivetés sur les clés. Celles ci sont articulées par des axes en laiton à travers des blocs en bois tournés dans la masse pour fixer les clés.  Rien d’original. Par contre la grande clé main gauche de fa# grave est en zig zag, formant un angle caractéristique et  n'est pas droite comme ses semblables provenant d'autres pays et ceci est aussi une spécificité anglaise. (Mais avec la Key à 12 clés plus tardive, cette spécificité disparaît .)
Clé de Fa# grave en Zig Zag.

La clé du petit doigt droit D4 a une petite pointe rentrante comme beaucoup de clarinettes anglaises (sauf la Wrede 5 clés à gauche qui a une clé traditionnelle).
Clé du petit doigt à spatule comportant des encoches.
Dans la 1ère moitié du XIXème siècle, pour jouer de  la musique romantique qui demandait de plus en plus de la vélocité pour les clarinettistes, les facteurs vont creuser des trous supplémentaires et mettre des clés pour les boucher. Ainsi en quelques années la clarinette à 13 trous et 5 clés va devenir la clarinette à 20 trous et 13 clésCes 4 clarinettes montrent l’époque de transition passant de 5 à 6 clés, puis rapidement à 10 et 12 clés. Ces clarinettes permettent de faire toutes les notes mais avec des doigtés spécifiques peu commodes et à la justesse relative.  
·         La couleur des clarinettes anglaises est aussi caractéristique et un ami chimiste et collectionneur m’a indiqué que le buis était poli, passé à l’huile de lin et à l’acide nitrique puis au vernis glaçant. Cela donne une couleur spécifique qui est très différente des clarinettes en buis françaises qui sont surtout cirées et allemandes teintes et vernies.
·         L’estampille a souvent une tête de licorne : cette marque est courante et typique des facteurs anglais (cf le musée d’Edimbourg) mais on ne sait pas si c’est un label de qualité officiel, la marque d’une corporation de facteurs ou une mode qui a du sens ?) surtout que certains mettent la couronne royale (Dawkins) ou rien du tout (Metzler). Il y a aussi le nom du facteur (ce qui n’est pas original ) mais aussi son adresse (ce qui l’est plus), pour les réclamations et pour la publicité. Il y a aussi souvent la tonalité (A, B, C…) marques habituelles sur la plupart des clarinettes.
 
Marque de H.Wrede avec adresse , tête
de licorne et marque de tonalité C.
Parfois il y a aussi des chiffres : souvent le n°2. D’après un courrier sur ce sujet que j’ai reçu du spécialiste anglais A. Rice, il y a deux explications. Le plus souvent il y a le numéro 2 : le facteur faisait une paire de clarinettes identiques : 2 en Ut, 2 cors de basset, 2 clarinettes d’amour car elles devaient jouer ensemble (avec 2 cors, 2 bassons…). Mais souvent il y a d’autres numéros et là c’est différent ; en fait c’est une mention de la hauteur du diapason : John Cramer le facteur anglais mais aussi Thomas Key mettaient des chiffres de 1 à 6 ( 1 étant le plus diapason le plus bas et 6 le plus élevé), car à cette époque le diapason était mouvant selon les lieux, les orchestres.  Ainsi la Key est marqué 4 et le barillet 5 (il devait en avoir un autre 4 à l’origine).  D’ailleurs c’est un anglais qui fixera le diapason international utilisé par tous actuellement..

·         La facture anglaise est raffinée et a connu un grand succès et elle sera un exemple pour la facture américaine. 
Clarinette de Graves & Co à Winchester. (Collection José Touroude)
Mais l'influence grandissante des clarinettes allemandes et françaises puis enfin l'adoption de la clarinette 13 clés de Müller puis le système Boehm feront péricliter les spécificités des clarinettes anglaises à la fin du 19ème siècle, la clarinette moderne (Boehm ou Oehler) devenant la norme dans le monde.
En revanche, si la facture anglaise s’est évanouie, Il y a eu toujours de bons connaisseurs et d’excellents clarinettistes anglais (cf les 2 livres Pamela Weston « clarinet virtuosi of the past » ainsi Brymer, Pay, P. Weston, G. Dobrée et un de mes maitres Gervase de Peyer of course…., mais aussi de grands collectionneurs (Bingham, Schakleton etc…) et auteurs de livres spécialisés (cf les livres de Rice …) 

La clarinette deviendra populaire dans les armées comme dans le reste du monde mais aussi dans les orchestres de village où malheureusement souvent mal jouée elle aura une image négative. Les « joke » et illustrations anglaises sont nombreuses.