samedi 22 novembre 2014

Flûte exceptionnelle de Claude Laurent en cristal bleu cobalt ayant appartenu à Louis Bonaparte roi de Hollande.

Ce dernier weekend 15 et 16 novembre 2014 a eu lieu à Fontainebleau, la vente de la collection napoléonienne du palais princier de Monaco. Outre un chapeau de l'empereur vendu pour 1 880 000 euros à un riche coréen, il y avait dans cette vente de très intéressant instruments de musique.
Chapeau de Napoléon vendu à Fontainebleau.

Tout d'abord cette flûte à quatre clés de Claude LAURENT en cristal bleu (cobalt) datée de 1813.


Elle aurait appartenu à Louis Bonaparte, roi de Hollande, frère cadet de Napoléon Bonaparte qui était aussi flûtiste et avait pour professeur Louis DROUET (1792-1873) le célèbre flûtiste né à Amsterdam, surnommé le Paganini de la flûte.

Louis Bonaparte en 1808.
Les flûtes de LAURENT en cristal bleu sont très rares, nous ne connaissons que celle, incomplète du Musée de Stockholm  à 8 clés de 1812 :

Flûte à 8 clés du Teatermuseet de Stockholm
....et un corps de rechange de l'Université de Leipzig appartenant à une flûte à quatre clès de 1809 disparue lors de la dernière guerre :
Corps main gauche d'une flûte de Laurent de 1809. (Musée de Leipzig)
La flûte de la vente de Fontainebleau est dans état parfait et a été vendu 37000 euros.
Marque de la flûte de Fontainebleau et détail d'une clé.
Détails de l'embouchure et d'une clé argent à bascule.



Deux trompettes dites du retour des cendres de Napoléon en 1840, malheureusement très abîmées.
Ces trompettes naturelles de parade ont été réalisé  par Claude François DARCHE, sur les conseils du trompettiste  H. SCHILTZ pour le transfert des cendres à l'hôtel des Invalides le 15 décembre 1840. SCHILTZ jouera à cette occasion "la marche d'AUBER et de solennelles fanfares". (Source Dauverné par Christophe ROSTANG)
Char funéraire du retour des cendres de Napoléon.
Les pavillons de ces trompettes sont peints à l'intérieur à l'or sur fond noir d'une frise d'aigles sur foudres entrecoupées de médaillons au N et de branches de laurier. Elles sont marquées :" 15 décembre 1840 DARCHE fct des Théâtres et des Concerts Paris".
Détails des pavillons.

Une paire de Timbales de timbalier à cheval en cuivre estampé à décor repoussé d'une suite de cinq branches de laurier relier par des nœuds de ruban et sur le devant d'un aigle empire.
























Vendues 14000 euros chaque.



lundi 3 novembre 2014

Quelques "Instruments de tortures" du XIXème siècle, pour pianistes virtuoses.

En ce début du XIX°  siècle c'est la folie autour du piano, chaque famille bourgeoise en possède un et l'on admire particulièrement la virtuosité. Franz LISZT était l'un des premiers à avoir sorti le piano des salons et des cercles de musique pour en faire un instrument de concert. L'amélioration des techniques de fabrication avaient considérablement augmentée la puissance sonore de l'instrument, mais en revanche cela exigeait de travailler d'une façon très différente pour avoir un bon toucher. Outre les nombreuses méthodes, apparaissent les premières "aides mécaniques" comme le chiroplaste de Jean Bernard LOGIER qui était " destiné à contenir dans une bonne position le corps des élèves de piano, à guider avec grâce les mouvements de leurs mains sur toutes les parties de l'instrument, ainsi qu'à leur faire acquérir une égale force dans les doigts...."

Schéma du Chiroplaste du brevet d'importation demandé le
3 février 1819. (Source Inpi)
Le principe de l'appareil consiste : en des guides des mains en cuivre dans lesquels on enfile les doigts. A chaque guide de la main correspond une autre pièce en cuivre pour "guider le poignet" et dont l'usage et de maintenir les poignets. Deux barres parallèles empêchent tout mouvement perpendiculaire de la main.
"Le chiroplaste a pour but, non seulement d'empêcher l'élève de lever les mains trop haut, mais encore de s'opposer à l'action du bras sur le toucher, et enfin de contraindre l'élève à ne pas laisser retomber ses mains..." (Source François Stoepel, Méthode de piano, 1835)
Méthode de piano de Mr Logier.(BNF)
Cette méthode rencontra un franc succès et fit la fortune de Mr LOGIER. En France Frédéric KALKBRENNER (1785-1849), pianiste d'origine allemande qui installé en France s'associa à Camille PLEYEL dans la société de pianos, fut l'un des partisans de cette méthode d'étude "assistée". D'ailleurs il fit breveter en 1831 un "Guide main, propre à faciliter l'étude du piano".
Frédéric KALKBRENNER.
" Ce guide mains consiste en une barre adaptée à l'instrument de manière que le pianiste puisse reposer l'avant bras dessus. Il a pour but de s'opposer à l'action du bras sur le toucher, d'empêcher qu'on ne laisse tomber les mains trop bas, et enfin de faciliter le travail des exercices aux personnes qui ont la poitrine délicate". (Source François Stoepel, Méthode de piano, 1835)
Schéma du brevet du 28 avril 1831 de F. Kalkbrenner. (Source Inpi)
Continuons dans ces nouvelles inventions :  Le Dactylion de Mr Henri HERZ pianiste virtuose et fabricant de pianos. (voir : Article Henri HERZ.)
Dactylion (Musée de la musique de Paris)
"Dactylion : Instrument à ressort inventé par M. Henri Herz qui sert à donner plus d’extension à la main, à délier et à fortifier les doigts, à les rendre indépendants les uns des autres, à donner enfin au jeu, cette égalité sans laquelle il n’y a pas de belle exécution sur le piano. L’expérience démontre merveilleusement qu’une heure de leçon par jour avec le dactylion suffit pour améliorer rapidement les progrès des élèves, et contribuer d’une manière sensible à la facilité du jeu chez les artistes eux-mêmes". (Dictionnaire de musique, Léon et Marie Escudier 1872).

Autre amélioration, le Sténochire de Mr. GUERIN breveté le 6 mai 1844.
Schéma du brevet de 1844. (Source INPI)
Sténochire : "Instrument destiné à exercer les doigts des élèves qui veulent apprendre le piano.Cet appareil,très léger et de jolie forme, se pose sur la devanture du piano et s’enlève à volonté. L’avant-bras glisse sur une règle en bois, les doigts passent dans des anneaux en caoutchouc suspendus au moyen de petits ressorts qui donnent à tous les doigts une résistance égale à vaincre pour frapper sur les touches du clavier. Une règle en bois empêche le bras de se relever, et une autre règle est supportée par deux montants à une hauteur déterminée par les dimensions du piano.
Ce système nouveau, dont l’invention est due à M. Guérin, fut présenté par lui à l’exposition de 1844", (Dictionnaire de musique, Léon et Marie Escudier 1872).
Schéma de Profil du Sténochire. (Source INPI)
Une amélioration du Dactylion.
Bracelet de Magner.
De nombreux appareils sont apparus au cours du XIX, comme le bracelet de Magner en 1840 :......l'agilimain de Monestier, guide mains à rayons d'Hamilton, le veloce-mano de Faivre, l'artrylion de Vauquelin, le Poleudactyle de Saint Pern......

Mais à coté de ces appareils destinés à améliorer l'apprentissage du piano, existaient des processus pour corriger la faiblesse et l'imperfection de cette "main banale" pour en faire une main de virtuose.
" ....les doigts ne sont pas indépendants, leur force n'est pas égale, leur extension n'est pas  suffisante ; l'annulaire nuit particulièrement à l'ensemble des mouvements, parce qu'il est toujours en retard, ne pouvant ni se baisser ni s'élever aussi facilement que les autres...."

D'où l'invention d'appareils permettant de modifier "cette main imparfaite" pour les pianistes :
Annonce ventant les mérites du chirogymnaste de C.Martin.
CHIROGYMNASTE ou Gymnase des doigts, à l’usage des pianistes, inventé par M. Casimir MARTIN, en 1840. Le chirogymnaste est un assemblage de neuf appareils gyrnnastiques destinés à donner de l’extension à la main et aux doigts, à augmenter et à égaliser leur force, et à rendre le quatrième et le cinquième indépendants de tous les autres. (Dictionnaire de musique, Léon et Marie Escudier, 1872)
Chirogymnaste de Martin. (Brevet de 1840)

Félix Charles LEVACHER d'URCLE propose même avec son appareil orthopédique de modifier la main.
Appareil orthopédique de LEVACHER, brevet du 14 novembre 1845.
Source Musée de la musique de Paris.
"C'est dans la présence des expansions aponévrotiques des muscles extenseurs des 3°, 4°et 5° doigts, qui paralysent le mouvement d'ascension du 4° doigt, que réside la résistance que l'artiste trouve dans sa main à exécuter les difficultés de la musique instrumentale. Notre méthode consiste à opérer sur les expansions une tension souvent réitérée et longtemps soutenue, pour les forcer par degrés à s'allonger". (Brevet de 1845)
Schéma de l'utilisation de l'appareil de Mr LEVACHER. (Brevet INPI)
Le Docteur FORBES professeur d'anatomie et M. ZEEKER directeur de l'académie de musique de Philadelphie iront jusqu'à proposer de sectionner les deux tendons qui entravent le muscle du quatrième doigt.

L'imagination de nos inventeurs n'ayant pas de limite voila en vrac quelques images de leurs instruments de tortures.....


Il ne faut pas oublier dans ce tour d'horizon le compositeur  Robert Schumann (1810-1856) qui étant très exigeant et voulant gagner en dextérité, décida d'utiliser un appareil bloquant un de ses doigts, afin d'améliorer sa souplesse. Le résultat fut catastrophique : des tendons de sa main furent rapidement paralysés ce qui mit fin à sa carrière de pianiste et le fit tomber en dépression.
Mais la aussi où est la vérité ? Il semblerait que notre cher compositeur ayant eu "des rapports troubles" avec une demoiselle aurait contracté la Syphilis. Le traitement de l'époque étant à base de mercure, il semble bien que les effets secondaires de ce dangereux produit soient responsables de son infirmité. Et l'on connaît même le nom de cette jolie créature qui lui a fait ce "cadeau"......Mais soyons discret.............. ne colportons pas ces ragots. 




mercredi 8 octobre 2014

Vivre vieux et mieux grâce à la musique.

Réflexion croisée entre les expériences et le ressenti d’une chorale d’anciens et quelques explications des neurosciences.

Par José Daniel Touroude


Le foyer logement de Saint Georges de Didonne (17) près de Royan est réputé pour son cadre, au bord de l’Atlantique, par sa qualité de gestion et de services à la personne , mais aussi par sa chorale véritable centre de gravité des résidents. Donnons la parole dans un tour de table aux participants avec la question simple : Pourquoi chantez-vous et quelle importance a cette chorale pour vous ?  Cette réunion est un exercice collectif pour trouver les mots clefs, les idées essentielles pour analyser leurs ressentis et voir leurs correspondances avec les neurosciences.


1°) « La musique a une action sur ma santé qu'il est fondamental de préserver » nous indique une quasi centenaire.
« Je ne pense plus à mes douleurs, à l’ennui, à la solitude car en chantant je m’extériorise, je pense à autre chose, à ma partition, au prochain concert, j’évacue mes problèmes quotidiens et j’améliore mon bien être » dit un autre choriste.
« Pourquoi je chante en chorale, alors que je n’ai fait que fredonner seule toute ma vie ? pour une simple raison : la musique me devient aussi essentielle que de respirer et ma santé s’améliore " indique une autre participante. « Pour moi il faut de la musique avant toute chose comme le disait le poète Verlaine. Depuis que je chante je vieillis moins vite, du moins j’ai cette impression, et le stress de vieillir baisse assurément"
« De la musique jusqu’à la fin pour vivre mieux et plus vieux, j’en suis convaincue car je l’expérimente depuis longtemps ! Notre chorale nous permet de lutter contre l’échéance finale. Beaucoup de nos membres disparaissent, la moyenne d’âge de ce foyer logement est de 87 ans, mais quand on chante, je peux vous dire que nous n’avons plus le même âge, des plaisanteries, même grivoises, fusent et on a bien sûr un homme qui nous fait rire ! Quand je chante le stress de vieillir diminue. »
La musique a une fonction thérapeutique et aide à combattre la maladie et à ralentir la perte de motricité. Le pouvoir de la musique est neuroprotecteur et possède des vertus médicinales.



Les neurosciences ont prouvé que le cerveau mélomane permet de retarder les maladies dégénératives (notamment Alzheimer, sclérose, maladies cardiaques..)
L’hormone cortisol responsable du stress diminue. Chanter permet de bien respirer et de soulager le stress de vieillir. Chanter sur scène oblige à se dépasser et à puiser dans les réserves assoupies. Pourquoi le professeur de musique fait faire des respirations ventrales avant de commencer à chanter ? car respirer c’est mobiliser son ventre qui est un deuxième cerveau (vu le nombre important de neurones dans cette région : 200 millions) et cela fournit aussi l’oxygène.

Différentes zones du cerveau concernées par le type de musique.


« La musique a une action dynamique pour moi et en plus je renforce mon estime de moi car je suis fière de faire une activité intelligente et nouvelle à mon âge. »
« Moi je chante pour le plaisir, pour me faire plaisir et faire plaisir. 
 
Quand je chante ma tête est légère et je suis bien, je prends du plaisir. »
« Pour moi, c’est dur souvent de démarrer mais j’ai plus de tonus surtout après les répétitions et les concerts.  Regardez le film « Buena vista social club»  avec ces vieux cubains passionnés qui ont traversé tous les aléas et souffrances de la vie mais qui n’ont jamais abandonné la musique, ou le film « I feel good » avec une chorale de personnes âgées proche de ce qu’on fait ici et qui montre que la musique accompagne toutes nos vies et devient source de régénération"
« Nous devenons plus réactives et plus toniques : j’en oublie ma canne quand je chante, car c’est la musique qui me porte » indique une autre.
 Je respire mieux et je me décontracte aussi car j’ai vraiment envie de chanter, c’est comme un massage dynamisant. »
 




Quand on joue de la musique, les échanges entre synapses s’accélèrent et plusieurs neurotransmetteurs interagissent. Les neurotransmetteurs sont libérés par les neurones qui agissent sur d’autres neurones qui sont connectés réalisant ainsi une véritable réaction en chaine qui innerve le cerveau. Selon la nature du neurotransmetteur, il va inhiber ou exciter les neurones, le cerveau et tout le corps.
Ainsi l’imagerie médicale du cerveau a indiqué que la dopamine irrigue le cerveau et notamment la zone de plaisir.

Il existe plusieurs familles de neurotransmetteurs : les catécholamines : (dopamine, noradrénaline, adrénaline) mais aussi la sérotonine, l’acide glutamique, l’histamine, les endorphines proche des opiacés connus par les sportifs etc…

Plusieurs aires cérébrales sont réorganisées par la musique intensive que ce soit par l’écoute et/ou la pratique musicale.
L’émotion nait souvent de la répétition, la joie étant liée aussi au tempo. Si on fait passer une IRM à un musicien, l’imagerie cérébrale montre que les zones cérébrales sont activées comme lors des stimulations biologiques fortes positives.
 En écoutant et/ou en pratiquant de la musique, on se dynamise et on est heureux de vivre pleinement et pas au ralenti. (la sérotonine est liée à la bonne humeur). La maitrise respiratoire en captant plus d’oxygène est aussi (comme le sport) un bon exercice de longévité. La musique est neurostimulatrice, elle engendre un dynamisme et en travaillant la musique, les neurones se reconnectent comme quand on est en pleine activité professionnelle. La pratique régulière de la musique modifie la structure même du cerveau, sa plasticité, et en activant régulièrement certaines zones, elle développe certaines parties. Le cerveau s’adapte à l’instrument que l’on joue (expérience de Schneider en Allemagne) et en jouant avec les autres, en les écoutant (orchestre, chorale), on s’adapte sans cesse. Ainsi chez le musicien les deux hémisphères du cerveau sont mieux connectés et communiquent mieux que chez le non musicien. Et l’estime de soi et la fierté constituent une véritable source d’activation pour le cerveau qui redonne la forme.




3°) « Chanter c’est encore vivre, respirer, avoir des émotions, chanter des airs qui rappellent des souvenirs heureux mais c’est aussi dépasser ses inhibitions et sa timidité qui nous recroquevillent quand on vieillit car peu à peu on perd confiance en soi, en ses aptitudes passées. En chantant en chorale on prouve à soi même et aux autres que nous pouvons faire encore des activités ».
« La passion est source de jouvence, dira une autre choriste, et la musique, quand les autres passions se sont éteintes progressivement, demeure. Nous écoutons tous plus de musique qu’avant, j’ai même écouté un opéra en entier à la TV (la flute enchantée) ce qui ne m’était jamais arrivé! voilà comment on passe de la chansonnette à Mozart. Je n’ai pas eu la chance d’avoir une éducation musicale, étant de conditions modeste et ayant travaillé jeune, mais je me rattrape. Notre prof et amie nous fait chanter des variétés de notre jeunesse mais introduit de plus en plus de la musique classique (j’adore chanter Gounod !) et je regrette de ne pas avoir travaillé ma voix mais il n’est pas trop tard pour chanter et prendre du plaisir. »

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Il faut un environnement musical intense et précoce. Les neurosciences pensent que c’est essentiel pour formater le cerveau. Mais on peut faire la même analyse avec les sportifs et autres comédiens ! (influence de la famille, école…) mais on a prouvé que l’on peut apprendre à tout âge, la création de neurones étant continue.
Le son crée une pression dans l’oreille qui est un réceptacle qui va activer le cerveau (lobe temporal derrière l’oreille) en transformant le son en signal électrique puis chimique, puis une autre zone sera activée situé dans le lobe frontal, lieu des souvenirs et de la mémorisation, puis une autre zone est activée la zone de plaisir et de récompense, enfin toute la superficie du cerveau est activée et adhère à la musique. C’est pourquoi chanter ou faire de la musique ou même en écouter a tant d’implications sur le cerveau et sur la personne toute entière. Le traitement de la musique par le cerveau est désormais connu : Quand on écoute un thème, la musique agit sur le cortex temporal et l’aire de Broca (identique à la parole, production des sons) et l’aire de Wernicke( perception des sons), et fait sentir une émotion car l’amygdale et le cortex orbito-frontal sont activés. Avoir des émotions façonne le cerveau.


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Pour écouter la Chorale chanter Santiano..

4°) « Mon corps vibre et bouge, je bats la mesure, souvent j’ai envie de danser comme avant, surtout sur certains rythmes, moi qui était assez coincée car il fallait garder certaines convenances, je peux désormais oser ! »
« Pour moi rester débout pendant une heure à chanter est physiquement de plus en plus difficile mais cela me démange de bouger». « Pour moi, entendre un son c’est bien, le produire c’est encore mieux et créer à partir de sons une mélodie connue et en rythme, cela rejoint les battements de mon cœur, c’est magique et cela mobilise mon énergie et le mouvement. Je n’aimerais pas devenir sourde. »
« Quand je vais chanter, je me réveille mieux et j’ai envie toujours de chocolat"  (rires) indique une autre choriste.

Les neurosciences montrent que le cervelet est activé et synchronise musique et mouvement. Le musicien mobilise son corps en fonction de son instrument et a une excellente coordination motrice qui fait agir les doigts des mains de façon coordonnée et pourtant autonome.  Le mélomane lui va battre la mesure avec les pieds, bouger, respirer différemment… et parfois avoir une envie de danser. L’histamine est le neurotransmetteur situé dans l’hypothalamus et génère l’éveil (absent quand on dort). Le fait d’aller chanter mobilise l’histamine, principal centre de l’éveil, et quant au chocolat il est prouvé qu’il est une source d’histamine comme le thon, les sardines, le roquefort… N’oublions pas aussi les omega 3, les noix , avocats… donc avant un concert, un menu stimulant est indiqué !


5°) « La chorale pour moi c’est rester dans la convivialité, partager et être ensemble. Quand je chante, je suis en phase avec les autres, je suis dans un groupe et on partage des expériences ensemble et après on noue plus facilement des relations amicales, comme quand je faisais du sport en équipe. En chantant je suis en empathie avec les autres, je crée un lien social même avec le public et mon comportement amical envers les autres s’améliore car l’adage le dit bien : la musique adoucit les mœurs ! »
« Moi, ce qui m’amuse c’est l’ambiance, énonce une autre résidente, nous avons des fous rires et chanter reste une joie et c’est contagieux à tel point que certaines personnes extérieures viennent renforcer la chorale (exemple de la CCAS de la mairie) et nous avons enfin des hommes basses et barytons ce qui améliore l’ensemble et une petite nouvelle centenaire qui vient d’arriver de l’extérieur ! Quelques personnes des maisons de retraite des alentours viennent parfois chanter aussi. Nous mettons la barre de plus en plus haut ! et nous avons même remporté une joute inter-chorales et nous en sommes fières. Cette ouverture avec l’extérieur est essentielle pour nous surtout que nous sommes souvent valorisées grâce à nos prestations chantantes. »
« Ce qui est amusant, c’est que les membres de la chorale constituent un groupe soudé par une activité et respecté par les autres résidents y compris par tout le personnel".

La pratique de la musique crée des chemins neuronaux qui sont ensuite reconnus (comme se frayer un chemin à travers un champ), et ces chemins sont de plus en plus visibles à force de répéter le passage. (c’est pourquoi il faut travailler !) Et quand cela passe bien, tous se sentent heureux d’avoir participé à une œuvre collective de qualité.
En effet la pratique et l’écoute de la musique améliorent la santé et cela permet de briser la solitude donc d’avoir plus d’empathie pour autrui et donc un comportement plus positif.



6°) « Participer à cette chorale, c’est avoir encore des projets et  penser au futur proche, en fait rester en activité à défaut de rester jeune. Et puis j’aime le risque, jouer sur scène, me remettre en question et en danger (très relatif), je fais monter mon adrénaline non ? ». « Moi, à part les bienfaits personnels déjà indiqués, ce qui me motive c’est aussi de reprendre des chants parfois oubliés et transmettre le patrimoine musical qui a entouré notre jeunesse. Certaines chansons passées sont vraiment de la belle musique. »
En jouant on puise une énergie physique et psychique qui reste quelques heures voire quelques jours après, énergie qui n’aurait pas été sollicitée sinon. En se concentrant et en jouant en public, l’adrénaline intervient aussi (stress positif).
Lire la musique, anticiper musique et paroles, se concentrer, être en accord avec les autres, suivre le tempo et l’accompagnement du piano… tout ceci fait travailler le cerveau et l’améliore. La pianiste modifie parfois ses accords (en enrichissant sciemment certains accords pour habituer les oreilles aux 7èmes et 9èmes) ou module et la réactivité de tous les choristes est impressionnante grâce à la plasticité du cerveau. Le cerveau en pleine possession de ses moyens réagit ainsi en temps réel comme à l’apparition d’un danger.

Madame TOUROUDE dirige la Chorale.
7°) « Je ne pensais pas que la musique demandait tant de travail, d’efforts, de concentration et de discipline pour faire quelque chose de propre. Je ne raterais pour rien au monde nos répétitions et pourtant je ne suis plus très en forme. »
« Ce qui me plait c’est que nous travaillons sérieusement sans cesse de nouveaux morceaux pour avoir un répertoire conséquent (plus de 70 thèmes), et on les adapte à nos possibilités qui sont limitées et on répète toutes les semaines, on joue pour toutes les occasions et en quelques années nous progressons. »
« Moi aussi, j’aime le travail bien fait. J’ai travaillé très tôt et j’ai pris ma retraite très tard et j’aime bien travailler désormais la musique ! Ancienne sportive, d’ailleurs je vais aussi à la séance de gym, je me bats avec mes limites qui avec l’âge se réduisent mais si la lenteur est la marque de l’âge, on chante parfois des thèmes enlevés. »

La musique est l’art des sons et le système auditif dans un premier temps entend tous les sons qui sont des ondes sonores qui suivent le trajet : oreille, tympan, osselets, cochlée avec ses cellules ciliées, nerf auditif (transmise en impulsion électrique) puis cortex cérébral.
Le musicien stimule son système auditif qui entend, contrôle ce qui permet de modifier en temps réel la production de sons. L’intensité du son (quand on joue fort !) et sa fréquence (hauteur du son) suivent ce parcours et donnent une connotation émotionnelle positive (musique aimée souvent consonante et culturellement écoutée : j’adore ce thème) ou négative (dissonances désagréables, musiques trop différentes de sa culture). Le rythme est aussi essentiel pour le tonus.
Si la musique est familière et les sons vont vers les régions de la mémoire, c’est à dire dans le cortex frontal et l’hippocampe (lieux où sont stockés les souvenirs) cela stimule. C’est fou comme de nombreuses musiques quand on les rechante sont imprimées et datées voire articulées à des évènements et des souvenirs précis, voire à un plat. Tout ce processus est réactivé en permanence grâce à une régularité des répétitions ce qui renforce le dynamisme collectif.
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La Chorale chante les enfants du Pirée.

8°) « Nous avons des animations, complète une autre choriste mais la chorale rythme notre vie et le mercredi jour de la répétition, malade ou non, nous faisons un effort sur nous mêmes pour dépasser nos maladies et usures du temps et les jours de concerts, nous nous  pouponnons toutes coiffées (le coiffeur fait des affaires !) et habillées pareilles (cela me rappelle ma pension de jeunes filles !)  Nous donnons le maximum et nous rajeunissons momentanément de 20 ou 30 ans et c’est bien agréable ! et puis je suis de bonne humeur après avoir chanté. » Comme le disent Spinoza mais aussi Alain « on ne chante pas parce qu’on est heureux mais on est heureux parce qu’on chante »

Le musicien peut ralentir la maladie et le vieillissement avec son art. C’est le secret du maintien de la jeunesse, un élixir désormais reconnu qui  permet de garder plus longtemps ses facultés d’énergie vitale, de capacités motrices, de mémorisation, et donc de lutter contre le vieillissement cognitif. Le fait d’organiser son emploi du temps est excellent pour le cerveau.
La sérotonine est liée à la bonne humeur et entraine un mieux être.

9°) « Moi ce que je sais, c’est que depuis que je chante en chorale depuis 3 ans, je mémorise mieux. Quand je chante, ma mémoire est stimulée et je me rappelle des souvenirs enfouis que je croyais oubliés". « J’ai eu du mal au début à mémoriser musiques et paroles mais j’ai réveillé ma mémoire qui s’endormait et je réussis mieux mes mots fléchés et questions pour un champion, je suis plus stimulée. »
La musique donne une compétence cognitive, qui développe des activités cérébrales, des connexions entre les synapses des neurones qui améliorent la mémorisation et en fait maintient la plasticité du cerveau, ce qui a été maintes fois démontré. L’évolution de l’homme est due à son cerveau qui s’est développé (3 fois plus gros que notre ancêtre préhistorique). Ce sont les interactions, les connexions qui renforcent les neurones et qui étant de plus en plus gros et rapides font « du haut débit » !
Si les neurones ne servent pas, il sont abandonnés, et à partir de 65 ans leur nombre décline. C’est pourquoi, il faut avoir des émotions raisonnables, et s’en servir par différentes activités intellectuelles, de mémorisation, de concentration, d’anticipation, d’apprentissages différents…Mais il faut que le travail et le plaisir aillent de concert (sans jeux de mots) et que le circuit de récompense soit mobilisé.
Le musicien a une mémoire exceptionnelle notamment procédurale où les doigts reprennent ce qui été travaillé par un exercice quotidien. Ainsi par exemple, la pianiste et responsable de cette chorale, a la DMLA ne peut plus lire la musique mais joue par coeur et entend toujours par contre les fausses notes ! Malgré son grand âge, elle connaît plus d’une centaine de morceaux par cœur ….L’hippocampe siège de la mémoire est vraiment beaucoup sollicité. L’acide glutamique présent dans beaucoup d’aliments notamment les tomates, crustacés, fromages permet d’améliorer la mémorisation et la capacité d’apprendre et est un excitant important des neurones.
Est-ce que le menu donné à la chorale est une clé du dynamisme de cette chorale ?


10°) « Je suis fière de cette chorale qui génère un enthousiasme communicatif dans un foyer de personnes âgées où il n’est pas évident de créer une activité stimulante.
La chorale est devenue un moment fort de nos activités et de notre image »  dira la directrice.  « Lors d’un concert, les enfants découvrent que leurs mères chantent ! des variétés comme du classique et en restent pantois … c’est assez amusant et dynamisant. Souvent notre pianiste joue le matin sur son piano dans le salon du Debussy, Schubert … et tous accourent pour écouter et cela finit en « bœuf » sur des chansons anciennes en véritables apéritifs concerts ! »
« Ce qui me plait, lui répond une résidente, c’est que notre chorale n’est pas une animation de l’extérieur subie mais une activité interne choisie. Nous avons la chance d’avoir parmi nous une professeure de musique, pianiste, qui nous fait des petits concerts et qui a dirigé des chorales d’enfants et d’adultes toute sa vie… donc une professionnelle rigoureuse mais pédagogue qui tire de nous des choses insoupçonnées et nous fait progresser. En plus sa sœur, ancienne prof de musique aussi, vient nous aider. »
Le fait d’auto-organiser ses activités rend actifs au lieu de consommer des activités imposées de façon passive, et le cerveau est beaucoup plus sollicité en amont : dynamisme, créativité, organisation, communication… bien avant de chanter.


11°) « Peu de choristes connaissent la musique dans cette chorale « indique la fondatrice et responsable de cet ensemble. « Timides, n’ayant pas eu d’éducation musicale, il a fallu peu à peu chanter des choses simples et connues. La musique est subjective et produit de notre culture et de notre écoute permanente. C’est pourquoi nous ne travaillons que des chansons qui ont du sens pour eux : variétés de leur jeunesse ou airs connus classiques. La musique est un langage universel mais surtout culturel quand on se rencontre avec des classes d’enfants dans des rencontres intergénérationnelles, nos vieilles chansons et les tubes classiques célèbres leur sont inconnus". « C’est vrai, indique un choriste, nous avons toujours baigné dans différentes musiques qu’on nous a assénées, qu’on a aussi choisies et comme nous sommes un groupe homogène d’âges comparables avec les mêmes repères, appartenant à la même culture, au même pays, à la même époque, nous avons dans la tête et dans nos cœurs les mêmes mélodies et celles-ci ont du sens pour nous quand on les chante. »
La musique langage universel et culturel.
Tous les peuples de tous temps ont fait de la musique : c’est un langage essentiel pour l’homme et universel. Bien sûr il y a des invariants musicaux de base (des sons qui font des notes différentes qui montent ou qui baissent créant une gamme, un style de mélodies, des fréquences graves et aigues, des rythmes lents et rapides, des rythmes simples ou complexes répétés et connus, la mesure qui donne une pulsation et qui génère le mouvement voire la danse, des sonorités d’instruments, vents, percussions, cordes, chant….) tout ceci est commun à tous les hommes sur terre. Mais une fois cette généralité énoncée, les musiques sont plurielles : tons, demi-tons, quarts de tons, modulations, gammes, harmonie, contrepoint, instruments, traitement du son et les déclinaisons de la musique des hommes sont très différentes et culturelles.
L’acculturation musicale est fondamentale.
Nous avons tous vécu dans un environnement musical culturel spécifique, nous naissons en tant qu’être humain musical car notre première expérience est d’entendre le rythme d’abord (la voix de nos mères). A un mois de grossesse les neurones apparaissent et le bébé nait avec un capital de 100 milliards de neurones ! Puis viennent les mélodies simples quand on est enfant et qui sont mémorisées donc un premier formatage culturel sur une gamme de sons et de rythme.Toutes les musiques du monde se sont construites différemment, et entrainent un plaisir pour une population donnée . Ainsi un mélisme arabe avec des quarts de tons, une gamme tonale pentatonique asiatique, une harmonie occidentale ou des rythmes africains complexes seront perçus différemment (admirés voire repoussés). Un amateur de jazz moderne admirera un solo basé sur des accords altérés alors qu’un autre musicien trouvera cela inaudible et désagréable.


Ce qui est sûr c’est qu’écouter et voir cette chorale puis entendre les témoignages des choristes donne une leçon de vie bien stimulante. Pour plus de connaissances sur les neurosciences et la musique voir les écrits des professeurs Lemarquis, Bigand etc
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Reportage de notre envoyé
Don José.