vendredi 19 juin 2015

Le graal des collectionneurs : 3 clarinettes Stengel dans leur boite d’origine.

Par José-Daniel Touroude

Je voudrais vous faire partager ma nouvelle acquisition et montrer aussi l’esprit de chercheur qu’ont la plupart des collectionneurs.

Les clarinettes, avec leurs corps de rechange et leurs boites avec plusieurs clarinettes de tonalités différentes constituaient l’outil du clarinettiste professionnel au XVIII et au début du XIXème siècles. Un ensemble complet est assez rare et recherché.
Trois clarinettes Stengel dans leur coffret.
Il s’agit de l'étui exceptionnel d’un clarinettiste professionnel allemand vers 1800-1830 comprenant, à première vue, une clarinette Stengel ( en Ut à 10 clés, une clarinette en Sib Stengel à 11 clés avec ses corps de rechange en La également à 11 clés, et ceci dans sa boite moulée d’origine ; l’intérieur en peau et l’extérieur en toile imperméabilisée noire).
Rappelons le contexte historique : Au début du XIXème siècle, la Bavière est occupée par la France napoléonienne et les troupes du général Moreau (le rival républicain de Bonaparte) ont une importante musique militaire. Parades et concerts sont courants. Les clarinettes à 5 voire 6 clés forment l’ossature des musiques militaires à cette époque. Maximilien prince électeur, qui est aussi officier dans l’armée française, protégé de Napoléon 1er et francophile (il a grandi à Strasbourg) devient le 1er roi de Bavière en 1805 sous le nom de Maximilien 1er (traité de Presbourg). Baireuth (ancienne orthographe) est alors une ville moyenne de Bavière dotée d’un magnifique théâtre baroque du XVIIIème siècle qui est au centre de la vie culturelle de cette ville.
Théâtre de "Baireuth".
Baireuth a également une bonne harmonie municipale (où jouent les Stengel d’ailleurs), une petite cour, une garnison militaire et la clarinette se généralise dans la musique populaire bavaroise qui en fait un instrument incontournable. Ainsi ce n’est pas hasard si d’une part Stengel quitte Hof avec sa femme et son bébé pour s’établir en 1805 à Baireuth et si d’autre part l’estampille habituelle de Stengel est dès l’origine la couronne de Bavière. D’ailleurs Albrecht Schmidt, autre facteur talentueux d’instrument à vent s’établit aussi en 1807 dans cette ville qui a des besoins d’instruments à vent militaires et civils. 


La famille de facteurs Stengel :
Il existe plusieurs clarinettes Stengel dans les musées et les collections puisque 3 générations se sont succédés à Bayreuth pendant un siècle !
Le père : Johann Samuel Stengel né en 1771 à Hof est tourneur et hautboïste. A Hof il y avait un facteur réputé Johann Wolgang Hoe (1762-1772) qui faisait notamment des clarinettes (musée en Allemagne) et des flûtes (il y en a une à la librairie du congrès aux USA ).  
Stengel a fait son apprentissage chez un facteur peu connu Wolgang Thomae selon Frank Bâr, (livre 4 du musée de Nuremberg) ? Mais cette information semble inexacte car W. Thomae est décédé en 1771, c'est à dire l'année de naissance de J.S. Stengel. C'est sans doute I. A. Menzel successeur de Thomae ( et qui avait épousé sa veuve) qui forma J.S. Stengel.
Markplatz à Bayreuth
Puis Stengel va sans doute voyager pour se former comme il est normal à l’époque pour devenir compagnon et faire aussi son service militaire dans un contexte de guerre entre les royautés européennes et la jeune république française.   Plus tard, il s’installe quelques années à Hof comme tourneur spécialisé dans l’os (corne, ivoire présents alors sur tous les instruments à vent) et fait sans doute des instruments à vent.
Puis à 34 ans, il quitte Hof et s’établit à Baireuth en 1805 comme facteur d’instruments à vent. (il devait donc avoir sa maitrise pour l’énoncer officiellement).
D’où une interrogation : où a t-il appris son métier de facteur ? Tourner de l’os voire du bois est une chose, faire une clarinette à 5 clés de qualité ou des bassons en est une autre. L’estampille d’une clarinette Stengel qui est dans cet étui va susciter des hypothèses sur cette question. En effet en analysant la clarinette en Ut, je me suis aperçu que :
1° Cette clarinette était originellement une clarinette à 5 clés dont la fabrication date des débuts de l'année 1800. L’évolution rapide de la clarinette entre 1800 et 1830 transforme cet instrument (la clarinette passe de 5 clés à 13 clés). En conséquence, il est assez courant à l’époque que le clarinettiste professionnel rajoute des clés et modernise son instrument, supprimant certains doigtés et notes peu justes afin de pouvoir jouer la musique romantique qui nécessitait plus de virtuosité. Le clarinettiste propriétaire de ce coffret a dû posséder cette clarinette en Ut d’abord quelques années puis jouant à l’orchestre, il a été obligé de moderniser sa clarinette vu la vélocité qu’on demandait à cette époque. Ainsi il a fait adjoindre 5 autres clés vers 1820-1830 sans doute chez Stengel quand il a acheté la boite avec les deux autres Sib et La à 10 clés (d’ailleurs il adjoindra un peu plus tard une 11ème clé).
Clarinette en Ut à 10 clès.
Cet ensemble de luxe et bien entretenu comme celui ci n’est possible que pour un concertiste classique jouant au théâtre, opéra…  Ainsi il pouvait changer de tonalité facilement en changeant d’instrument. Ceci perdura jusqu’à la clarinette Muller à 13 clés après 1830. Le fils Stengel d’ailleurs aura une réputation mondiale dès 1830 pour ses 13 clés qu’il exportera en Europe du nord, Russie, Amériques du nord et du sud….  
Clarinettes Stengel (Collection JDT).
2° Que la Stengel en Ut avait une estampille différente de la couronne royale habituelle.
 
Marque des clarinettes Sib et La.
Marque clarinette en Ut.
Marque Keller d'une clarinette Sib.
(Collection RP)
En effet la clarinette en Ut à 5 clés semble faite autour de 1805 par Stengel (puisque la ville de Baireuth est mentionnée) mais avec une estampille différente. Il s’agit ici d’un angelot musicien jouant de la trompette et tenant dans l’autre main une autre trompette, estampille bien connue notamment de Keller à Strasbourg et de la plupart des facteurs de cette ville après lui. Nous avons analysé donc les différents anges musiciens strasbourgeois de la collection de René Pierre et notre conclusion commune est que c’est un ange plutôt de type Keller à Strasbourg que de Bühner ou Dobner .
Ange Keller clar Bb
Ange Frères Keller.


Ange Keller clar Ut.
Ange Dobner et Felklin.































Ange Bühner et Keller.
Première marque.








Ange Bühner et Keller
Deuxième marque.













Ange Dobner et Consort.








Ange Roth succ de Dobner.













1ère hypothèse : comment se fait –il que le fer de l’ange musicien de Keller se retrouve chez Stengel ? A t-il appris le métier chez Keller ? Trois arguments :
1- Les Keller sont des facteurs reconnus en France mais aussi dans les états germaniques.
Ils forment des apprentis et embauchent des compagnons français (comme Simiot) mais aussi d’outre Rhin (comme Bûhner qui deviendra  gendre et associé). Comme il est d’usage, d’aller se former chez d’autres facteurs réputés avant de pouvoir être qualifié de facteur officiellement (tour de France, tour d’Europe etc.), il est plausible que Stengel après son apprentissage à Hof ait travaillé chez un maitre réputé comme Keller et ramené des instruments estampillés avec l’ange musicien de Strasbourg.
2- Vu la relation étroite du prince (puis roi) entre son état de Bavière et Strasbourg (où il a vécu) et vu qu’à cette époque Napoléon régnait sur les deux régions, Alsace et Bavière étaient liées politiquement et militairement et la circulation entre ces deux régions étaient possibles, le problème de la langue n’étant pas un obstacle.

3- l’estampille des strasbourgeois sur cette clarinette Stengel permet de proposer cette hypothèse, (jusqu’à preuve du contraire), car l’analyse des nombreuses clarinettes de strasbourgeois avec la Stengel montre beaucoup de similitudes mais rien de déterminant. 
2ème hypothèse : Est- ce que cet ange musicien est l' estampille d’autres facteurs vers 1800 ? question récurrente exposée parfois par certains mais sans preuves qui empêche René de dormir (car il se pose beaucoup de question sur le sexe des anges). Elle  n'est pas l'unique estampille des strasbourgeois mais aussi une estampille franc maçonne donc transnationale qui pouvait être un mode de reconnaissance.  Ce qui est presque sûr c’est qu’elle a été utilisée notamment par Stengel avant la monarchie de Bavière en 1805, année de son installation à Baireuth..
Allez les frangins, on recherche si cette hypothèse est plausible…..
3ème hypothèse : René Pierre,  spécialiste des strasbourgeois m’indique que Dobner, était aussi à cette époque un vendeur d’instruments de musique de Strasbourg et sillonnait l’Allemagne. (vendant notamment des Keller et des Bûhner et Keller avant de créer son propre atelier).
Cette hypothèse est aussi possible. Dobner pouvait vendre des instruments fabriqués à Strasbourg avec l’estampille de l’ange musicien puis le revendeur –facteur local mettait son nom comme cela se faisait souvent pour fidéliser et honorer la demande de sa clientèle. C’est plausible en 1805 quand  Stengel démarrait son atelier à Baireuth et avait besoin d’un stock conséquent à vendre, vu la demande civile et militaire. 
D’autre part une autre question m’interpelle dans mon moi profond ! est-ce que cette estampille de l’ange musicien chez Stengel est un cas unique, accidentel ou utilisé plusieurs fois ?
Après bien des recherches, nous avons trouvé la preuve dans le livre de Young « 4900 historical woodwind instruments» , deux Stengel à savoir une flûte et un piccolo qui sont à Nuremberg et à Bamberg….) avec le même ange musicien ! Ceci tend à prouver que c’est bien la 1ère estampille de Stengel père, quand il était à Hof ou juste installé à Baireuth en 1805, avant que la couronne royale de Bavière devienne le symbole de tous et de lui en particulier.

Pour rester sur cette clarinette, 5 autres clés ont été rajoutées (ce sont les premiers patins rectangulaires que l’on trouve dès l’origine sur la 6ème clé de Lefevre/ Baumann) et avec des guides en laiton qui ont été mis bien après (1820-1830) pour s'harmoniser avec la sib et La à 11 clés du coffret.
Corps du haut avec les différentes clès de la clarinette en Ut.
Dans notre collection et celle de René Pierre nous avons souvent des clés rapportées dans des flûtes et des clarinettes. Voir ci-dessous une clarinette de Bühner et Keller à 9 clés (dont 4 ont été rajoutées) vers 1825.
Clarinette en Ut de Bühner et Keller à 5 clés plus 4 rajoutées vers 1825.
(Collection RP)
On trouve aussi exactement ces clés et les guides laiton chez Kayser de Hambourg vers 1850. Kayser a t-il eu des relations avec l’atelier de Stengel ? Ou a t-il copié ces clés pour en faire son style caractéristique ? 
Clarinette de Kayser.
Enfin le clarinettiste originel jouait paraît-il au sud de l’Allemagne (Munich, Baireuth, Ulm) selon l’antiquaire collectionneur habitant Ulm qui m’a vendu ce coffret.
Continuons la saga des Stengel : Johann Samuel Stengel forme aussi son fils Johann Simon Stengel qui est aussi flûtiste et clarinettiste et qui après son apprentissage, aura le titre de compagnon en 1821. Il va à l’armée puis libéré en 1824, il reprend l’atelier aidé par son père. Il remplace son père peu à peu car celui ci (selon le livre de Rita Fischer), jusqu’à sa mort en 1826 s’occupait aussi d’autres affaires (café ou magasins et entreprise de transport). En 1828 Johann Simon est consacré maître tourneur fabricant d’instrument à vent. La Bavière est alors sous le règne de Louis 1er, (fils de Maximilien 1er).  Stengel fils est un grand facteur qui remporte de nombreux prix aux expositions ; il est considéré comme un des meilleurs facteurs de Bavière. En 1832, il exportera ses instruments à vent à travers le monde. Plusieurs apprentis et compagnons de talent se formeront et travailleront chez les Stengel notamment Georges Berthold qui s’établira ensuite à Speyer
Clar. de Berthold
à Speyer.
(Col. JDT)

Plus tard Johann Simon Stengel deviendra encore plus célèbre car outre son talent, Baireuth va connaître un véritable séisme. En effet, sous le règne de Louis II de Bavière (fils de Louis 1er), l’arrivée de Richard Wagner va bouleverser la vie culturelle de la ville paisible de Bayreuth (autre orthographe plus moderne). Il est évident que pour Stengel fils déjà reconnu comme excellent facteur d’instruments à vent, l’arrivée de Wagner va stimuler son atelier, aussi bien pour la réparation que pour la fabrication d’instruments divers. Bayreuth va devenir célèbre dans le monde entier dès 1876 car Wagner révolutionne tout ! Wagner invente une dramaturgie et une musique novatrice et veut avec son protecteur et financeur (le roi Louis II de Bavière) créer un théâtre adapté à ses œuvres. Wagner veut aussi des orchestres importants et des instruments adaptés à sa musique. (cf communication dans un colloque de Rita Fischer sur les Stengel et Wagner). C’est ainsi que Johann Simon Stengel travaillera avec Richard Wagner à Bayreuth, élaborant même des instruments spécifiques pour lui (notamment un hautbois alto en 1875) pour la première représentation des Nibelungen. Wagner veut que le spectateur soit uniquement fixé sur la scène et la musique et non venir se montrer dans les loges, discuter comme dans le théâtre à l’italienne. En conséquence, il supprime les décorations qui peuvent distraire le spectateur (même à l’extérieur le théâtre est dépouillé, austère en briques). Wagner fait le premier éteindre les lumières pendant le concert pour que l’intensité dramatique soit plus grande, fait asseoir les spectateurs sur des gradins dans un amphithéâtre nivelant ainsi les classes sociales (on écoute de la musique à égalité et non pour montrer son rang ou ses toilettes), cache les instrumentistes dans la fosse pour ne pas distraire les spectateurs…Ainsi le spectacle se déroule sur scène et non dans la salle ! En 1876 l’anneau des Nibelungen fut un choc artistique et un échec financier mais le festival de Bayreuth à la mort de Wagner sera continué par sa femme Cosima (la fille de Franz Liszt) et par leur fils Siegried. 
Le petit fils : Johann Christoph Stengel, fils de Johann Simon qui a travaillé avec son père reprendra l’estampille habituelle et mettra une étoile à 5 branches (symbole international du compagnon maîtrisant son métier) et va en 1885 à la mort de ce dernier, poursuivre l’atelier familial et l’aventure de l’opéra de Bayreuth mais célibataire et sans descendance, l’atelier Stengel s’arrêtera après lui en 1902.
Après les deux guerres mondiales et mmalgré la proximité d’Hitler avec la famille et la musique de Wagner, les petits fils du Maître après la guerre feront revivre et renouvelleront le festival mondialement connu. (8 ans d’attente pour les billets ! ) 
Théâtre de Wagner à Bayreuth.
Estampille : Les Stengel , fidèle au royaume de Bavière et qui vivront à peu près la même durée que celui ci (les 3 Stengel seront contemporains des 3 rois de Bavière entre 1805-1918) utiliseront pratiquement toujours la même estampille (sauf l’exception de l’ange qui doit précéder le royaume comme nous l’avons vu)
 
Estampille clarinette Stengel.
L’estampille est : D’abord la couronne royale de Bavière, puis le nom Stengel (sans les prénoms) valable pour les 3 générations. Puis la ville de Baireuth (non ancien) ou Bayreuth . Les 2 orthographes existent pendant tout le 19ème siècle et les Stengel utilisent l’une ou l’autre. (cf les clarinettes du musée d’Edimbourg)
puis une fleur à 4 pétales ou plus tard une étoile à 5 branches, (symbole du compagnon), enfin la tonalité. 
Qui a fait ces clarinettes ? vu l’analyse précédente la clarinette en Ut avec l’estampille de l’ange est sans aucun doute de Stengel père et je la date en 1805. Pour les deux autres Sib/La, il est plus difficile d’affirmer qui a fait ces clarinettes. En effet si ces clarinettes Sib et La ont été faites entre 1820-1826, ces clarinettes ont pu être fabriquées par le père et/ou le fils car ils travaillaient ensemble. Si la clarinette est faite entre 1826 et 1830, c’est uniquement le fils. Pareillement pour les clés supplémentaires de la clarinette en Ut.  
Toutefois la forme des clés rondes et des guides laiton avec leur vis de facture beaucoup plus fine et l’analyse des clarinettes Stengel (dans les collections et les musées) et qui sont attribuées au fils, nous orientent vers le fils Stengel.

Cet article avec ses interrogations sera lu par le monde des collectionneurs-experts, notamment allemands qui vont confirmer ou infirmer faits énoncés et raisonnement.
J’attends vos réactions ….

Les fous de clarinettes : de g. à dr, Manfred Courquin, René Pierre, Denis Watel,
José Daniel Touroude.
PS : Denis Watel a  trouvé un facteur français (non strasbourgeois) utilisant comme marque l'angelot aux deux trompettes.
Pour voir cet article cliquer sur ce lien : Labadie à Montauban.
Vous avez donc dans cet article tous les angelots trompettistes connus actuellement....Si vous en connaissez d'autres.....à vos mails.
Clarinette Labadie à Montauban. 



mardi 9 juin 2015

Clarinettes et bassons de BAUMANN et WINNEN équipés d'un systéme de clés "Inventé par C.H FELIX Mécanicien à Paris".

Dans le magnifique ouvrage rédigé par Albert R. RICE, qui vient de sortir sur la collection de MARLOWE A. SIGAL on peut voir un superbe jeu de clarinettes réalisé par Jean Jacques BAUMANN (1772-1845) et le mécanicien C.H. FELIX.
 J'ai voulu en savoir un peu plus sur ces instruments.  
Clarinettes à 7 clés de Baumann et C.H. Félix, en La et Si B.
(Collection de Marlowe A. SIGAL)
Ces clarinettes en buis foncé, sont munis de clés en laiton très particulières ; elles épousent les courbes de l'instrument, sont d'un accès plus ergonomique et sans doute étudiées pour avoir une articulation plus réactive. Il est précisé dans les commentaires, que les ressorts se situent à l'intérieur des tubes des clés. Donc une conception très originale pour des instruments datant de c. 1815.
Détails d'une clarinette.
Si on regarde la photo de détails (au dessus), il y a sur chaque clé une petite molette permettant de régler la hauteur de la clé par rapport au trou. Ces clarinettes portent la marque de Baumann (voir photo ci-dessous d'une autre clarinette de Baumann). Les clés ne portent pas de marque ; ces clarinettes devaient faire partie d'un jeu de 3 clarinettes (Ut, Si bémol, La), puisque le pavillon de la clarinette en La, porte la marque C. Donc peut être reverrons nous, un jour sur le marché, une clarinette identique en Ut, avec un pavillon marqué A.
Marque Baumann d'une autre clarinette, mais identique
à celles de la collection Sigal.
Albert RICE signale dans ses commentaires, un basson de BAUMANN muni du même système de clés dans les collections du Metropolitan Museum de New York dont les clés sont marquées : " Inventé par C.H. FÉLIX Mécanicien à Paris en 1813".
Basson de Baumann et clés de C.H. Félix.
(Collection Metropolitan Museum de New York).
Qui était C.H. FELIX ? Nous n'avons pas trouvé grand chose sur ce personnage, donc cet article va devoir être complété.. En revanche nous savons que FELIX était mécanicien en 1806 et exerçait au 14 quai des orfèvres à Paris. Il était très inventif non seulement pour les clés d'instruments, mais pour de nombreuses autres choses. Toujours en 1806, il présentait lors de  l'exposition des produits de l'industrie française sur la place des invalides et sur le portique N°28 "Mr Félix, mécanicien au 14 rue des orfèvres : mécanique servant à moucher une chandelle à des temps marqués toujours proportionnés à la longueur de la mèche charbonnée et cela par l'effet même de la combustion de la chandelle et de son raccourcissement".
Première page du catalogue de l'exposition de la place des Invalides de 1806.
Détails du basson du MET.
De 1808 à 1813 il exerce au 11 rue Vieille Bouclerie à Paris. En 1813 il invente ce système de clés mais nous n'avons pas trouvé le brevet correspondant (S'il existe car inventer n'est pas breveter).

Revenons au basson de Baumann du Met, il s'agit d'un basson à 7 clés avec une branche de rechange pour adapter le diapason, le bocal possède une visse pour régler sa hauteur et une des clés est couverte par une grille monogrammée avec les initiales du propriétaire : P?G?......je lance un jeu, mon estime pour le premier qui le décrypte. On retrouve le système de molette sur chaque clé pour régler la hauteur.


























En 1822 et 1823 il exerce au 40 rue du Marché Neuf et vend "des outils d'horlogerie". A partir de 1825 jusqu'en 1827 il est "facteur de clarinettes" : "Félix, clarinettes 18 rue des Marmousets, Cité".
C'est peut être à cette époque qu'il réalise le jeu de clarinettes de la collection Marlowe Sigal.
Mais il reste a trouver une clarinette marquée "Félix à Paris".

Il existe un autre basson similaire au Musée de la Musique de La Villette mais signé WINNEN. Toujours à sept clés, avec toutes les caractéristiques décrites pour le basson du Met.
Les différences sont au niveau du pavillon plus travaillé et de la grille couvre clé avec un écusson.
Pavillon du Basson de WINNEN du Musée de la musique de La Villette.
En 1829 voilà ce que l'on peux lire dans l'annuaire Bottin : "Mécanicien : Félix, divers ouvrages pour horlogers et opticiens, garnitures de clefs d'instruments à vent, en cuivre et en argent : 18 rue des Marmousets-Cité".


En 1833 : "Félix, divers ouvragres pour horlogers et opticiens, suspension de montre marine, batte calotte et cercle, exécuté d'après plan et dessin tout ouvrage mécanique en petit. 36 rue des Marmousets-Cité".
En 1837 :" Félix fait divers ouvrages pour horlogers et opticiens, suspension de montre marine, Il fait d'accord avec Teillard le mécanisme des tableaux pour fantasmagorie, exécute d'après plan et dessin tout ouvrage en petit, 36 rue Marmousets-Cité".
Il avait abandonné les clés d'instruments, pour les mécanismes des tableaux pour fantasmagorie.
Spectacle de fantasmagories vers 1850.
Il continue jusqu'en 1847, Toujours 36 rue des Marmousets-Cité : voici sa dernière annonce :"Félix tout ouvrage mécanique en petit, mécanisme des tableaux pour fantasmagorie, 36 rue des Marmousets". La rue Marmousets dans l'île de la cité (Parie 4°), est aujourd'hui la rue Chanoinesse.

La rue Marmousets vers 1860.
N'hésitez pas à compléter cet article : rene.pierre23@gmail.com






mardi 12 mai 2015

Décryptons les symboles et estampilles gravés sur les clarinettes


Par José-Daniel Touroude.

Quand on visite un musée ou une belle collection, on s’aperçoit qu’il y a des d’inscriptions sur ces instruments. Certaines sont évidentes, d’autres moins et c’est une question récurrente et un sujet de discussions permanent entre collectionneurs mais toujours lacunaire et insatisfaisant.
Nous avons décidé de rassembler les principales estampilles de clarinettes (plus d’un millier) et de les analyser. (les exemples sont tirés de la collection JDT + livres René PierreShackleton, Rousselet et Watel), des musées. Une analyse des autres instruments, notamment des cuivres, serait intéressante, vu le nombre d’ illustrations gravées.












Certaines clarinettes n’ont aucune inscription (anonyme), d’autres n’ont que la tonalité, d’autres ont des inscriptions gravées au fer, d’autres énigmatiques et réservées aux initiés, enfin certaines n’ont plus rien d’informatives et sont parfois très variées voire fantaisistes ! On ne prétend pas être exhaustif surtout avec les clarinettes étrangères, mais on peut essayer de sérier ces illustrations et proposer une première analyse qui je l’espère sera complétée par les compléments de nos lecteurs-experts-collectionneurs.  
I) En ce qui concerne l’instrument proprement dit :
1.       D'abord la tonalité :  On peut se demander pourquoi mettre la tonalité sur une clarinette ?













Jusqu'à la 13 clés qui était omnitonique, le clarinettiste professionnel avait souvent un coffret de plusieurs clarinettes : Ut, Sib, La  voire Ut, Ré, Mib ce qui lui permettait de changer d’instrument en fonction de la tonalité des morceaux voire du diapason de certains orchestres.












 Beaucoup de clarinettes avaient aussi un corps de rechange pouvant passer de Sib à La par exemple et il fallait marquer A ou B sur les corps pour ne pas les mélanger (quoique les longueurs sont un peu différentes), les grandes clés se rallongeant avec une tirette.
Clarinette à 5 clés et corps de rechange (A et Bb) de Cuvillier à Saint Omer.
 (Collection Shackleton Edinburgh)
Et puis les revendeurs d’instruments présents dans toutes les grandes villes qui n’étaient  pas forcément spécialistes de la clarinette, ne pouvaient pas ainsi se tromper de tonalité. Ces mentions sont indispensables aux musiciens, elles sont pratiquement toujours inscrites soit selon les symboles anglo-saxons : A, B, C, D, E, F, G.

 











Ex : A (ex : Leroy), B (ex : Mousseter), C (ex : Amlingue), D (ex : Kayser), Eb (ex : Küss), F (ex : Ludwig)
Soit selon le nom des notes inventé par Guy d’Arrezo : Ut, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si.












Ex : Ut (ex : Simiot, Piatet), Mib (ex : Mangeant, Simiot et Brelet, Felchlin) Sib  (ex : Piatet) ou La (ex : I. Lot). Mais on trouve aussi d’autres annotations de tonalité nationales comme : Es  qui est le Mib allemand (ex : Grevé, Wurlitzer)ou plus rare DIS (Ré# allemand ) (ex : Dobner).

2.     Des chiffres variés qui soulèvent des interrogations : 

Souvent il y a le chiffre 2 marqué au fer : d’après un courrier sur ce sujet que j’ai reçu du spécialiste anglais A. Rice. le plus souvent, le numéro 2 pouvait être mis par le facteur qui faisait une paire de clarinettes identiques car on doublait ces instruments : 2 clarinettes en Ut, 2 cors de basset, 2 clarinettes d’amour car elles devaient jouer ensemble exactement de la même façon (avec 2 cors, 2 bassons…) (ex du chiffre 2 : Bernard, Lausmann à Linz, Hammig à Wien).  Le chiffre 1 est-elle la première des deux ? (ex : Schemmel Wien). Il y a même un O plusieurs fois mentionnés qui n’a pas d’explications pour le moment (est-ce même un numéro mais que veut il dire ou est-ce un un cercle ? ) (ex : Hale London)













Mais les numéros 1 ou 2 peuvent avoir aussi une autre explication :Il y a aussi d’autres numéros et là c’est différent car c’est une mention de la hauteur du diapason : d’après Rice, John Cramer le facteur anglais mais aussi Thomas Key mettaient des chiffres de 1 à 6, (1 étant le plus diapason le plus bas et 6 le plus élevé), car à cette époque le diapason était mouvant selon les lieux et les orchestres. (il pouvait varier d’un demi ton !)
(ex : Ainsi ma Key est marqué 4 partout et a un barillet 5 (pour s’accorder). (ex : clarinettes marquées 2 et une autre 3 de Winnen); les 1 ou 2 précédemment mentionnés peuvent donc être aussi une hauteur de diapason.



Un numéro d’enregistrement  : Pour les besoins d’inventaires, les armées mettaient des numéros (ex : marquage RMB (royal marine band en Angleterre), (ex : RI 133 : 133ème régiment d’infanterie de Zwickau).

Certains collectionneurs et musées mettent aussi des numéros sur les instruments de leur catalogue le plus souvent effaçables mais pas toujours ! (ex : marquage du musée de la Couture Boussey qui sont gravés)















Une date de fabrication rarement : (ex : Lefebvre datait ses instruments 13 clés entre 1824 et 1829, Printemps à Lille aussi ), (ex : une clarinette de 1793 par Doleish à Prague).
Mais désormais le numéro de série sur les instruments du XXième siècle, permettent de dater exactement la fabrication : (ex : les clarinettes de Buffet Crampon, de Selmer, Leblanc, Couesnon…).  Ces numéros attribués aux instruments génèrent aussi des controverses car des qualités sont supposées différentes selon les numéros, ce qui alimentent des discussions entre musiciens et collectionneurs. (ex : saxophones Mark VI de Selmer, les flûtes de Louis Lot …) 












3. Des noms de modèles : Au XXème siècle les instruments notamment les clarinettes vont posséder des noms parfois curieux et dithyrambiques. (ex : Monopole de Couesnon, la Centered tone ou la Recital de Selmer, l’Elite (il n’y a même plus la mention du fabricant Buffet Crampon sur l’instrument !).  Le nom du modèle devient de plus en plus prégnant : « je joue sur Privilège, sur Tosca »…. ce qui sous entend le nom du fabricant entre initiés. Et d’ailleurs les marques sont obligées de se diversifier et ciblent tous les publics faisant donc des clarinettes de tous les niveaux : d’étude à professionnelle. La monopole n’a rien à voir avec la Couesnon d’étude, la Divine rien à voir avec la E11 de Buffet Crampon… c’est le nom du modèle qui prime et non la marque ! 

Des indications élogieuses inscrites sur l’instrument sous entendant la qualité de l’instrument : (ex : conservatoire, professionnel, , luxe, Elite, qualité supérieure, artiste… ) et en anglais :  (ex : King avec couronne de Marigaux, quality de Mercadier, conservatory, professional  etc…). Assez rapidement, les marques vont apparaître sur tous les morceaux de la clarinette: les raisons principales sont la démarche marketing face à une concurrence nombreuse et la lutte contre les faussaires mélangeant les clarinettes (clarinettes composites ou arlequins).

II) Des illustrations qui ont comme sens de renforcer l’appartenance à la musique :

La musique est le lien entre les hommes et les dieux selon les grecs anciens et la présence et la pratique de la musique était à l’apogée dans cette civilisation. Aussi la référence à la mythologie grecque est appréciée.

Le symbole musical : Parmi plusieurs symboles, la Lyre des dieux Hermès, Apollon mais aussi d’Orphée et d’Achille, était omniprésente et la plus commune.
ex : Lyre : (Buffet Crampon, I. Lot, Baumann) , Lyre ailée (Trotte) , Lyre rayonnante :(Jérome Thibouville Lamy ), lyre avec couronne de lauriers (Schemmel). D'ailleurs c’est une lyre qui fixée sur la clarinette permet de lire les partitions dans les défilés d’harmonies civiles et militaires. 












Bizarrement l’instrument à vent grec pastoral  la flûte (aulos ancêtre des instruments à vent) n’est pratiquement pas représenté et pourtant bien plus proche que la lyre qui est un instrument à cordes. Mais l’image n’était pas la même : la flute des ripailles villageoises du dieu festif Dyonisos n’est pas celle de la lyre urbaine et patricienne et des dieux sérieux. Il y avait aussi la flute de Pan où Syrinx, crée par ce satyre de Pan a la mauvaise réputation et qui ne pouvait faire un symbole très positif et sérieux pour les musiciens, malgré sa proximité d’être un instrument à vent, on ne le trouve pas comme symbole. On préfère des symboles autrement plus porteurs comme la trompette des anges du paradis qui tiennent dans l’autre main une clarinette (ex : Keller et les facteurs strasbourgeois) , la harpe d’Apollon et des Celtes (ex : Bellissent qui n’a jamais fait d’harpe mais de belles flûtes)












Un symbole instrumental que l’on rencontrait souvent dans les drapeaux d’harmonies musicales civiles et militaires, des tableaux, des gravures et dessins avec des dessins d’instruments stylisés qui jouent ensemble. Les facteurs naturellement vont adjoindre ces symboles qui renforcent l’adhésion à la musique pour prouver la qualité supposée de leurs instruments. ex : 2 clarinettes croisées (Tibouville frère), flûte et hautbois entrecroisés (Collin fils)…

Les symboles musicaux tirés de pratique de la musique : portée, clés de sol, notes, altérations (# , b, bécarre), diapason.
 #, b et bécarre ( ex : Bellissent, Thibouville Cabart), notes (ex : Andrieu frères), clé de sol (ex : flûte Nonon ), diapason (ex : Pajot, Lecomte), portée avec notes (ex : Millereau), ….














On trouve aussi des lettres qui sont très utiles ex : HP (high pitch diapason élevé), LP (low pitch diapason bas), mais aussi d’autres lettres énigmatiques qui n’ont rien à voir avec la musique .

III) des mentions qui concernent l’identification du  fabricant :

Des mentions liées au noms  des facteurs et leur adresse souvent mis en valeur dans un cartouche ovale (ex : Noblet), rarement dans des écussons et blasons (ex : Grévé) ou simplement gravé sans fioritures (ex : Amlingue). Les buts sont principalement : Fierté d’avoir produit un instrument de qualité, fidélisation de la clientèle pour les réparations et publicité pour capter les autres instrumentistes …Souvent il y a leur adresse complète, pratiquement toujours la ville . Parfois même le nom d’une ville prestigieuse ou de la capitale est mentionnée pour l’exportation ou la province. (Paris et non la Couture Boussey, Dresden et non Neukirchen...). Les écritures sont variées : en majuscules le plus souvent (ex : Baumann), déliés sous forme de signature (ex :Noblet frères), Gothique (ex : Malerne)












Parfois il y a une précision sur l’identité pour ne pas les confondre avec d’autres facteurs de la même famille  : ex : Buffet jeune, Godfroy aîné, les frères associés (Noblet frères), les père et fils associés
 (Noblet jeune père et fils)….

Ou une mention comme successeur à un facteur célèbre : (ex : Evette et Schaeffer successeur de Buffet Crampon, Couesnon successeur de Gautrot, Roth successeur de Bühner et Keller….) ou carrément un nom complet d’un soliste prestigieux : (ex : A. Périer le professeur du conservatoire de Paris et essayeur pour Couesnon , H. Paradis qui était aussi soliste de l’Opéra….approved by Mr Lazarus ( le virtuose) (ex : Albert Brussels).

Des initiales ou quelques lettres : qui indiqueront le modèle même au XXème siècle  ex : LL (Léon Leblanc), RC (Robert Carrée chez Buffet Crampon, RM (Robert Malerne), JTL (Jérôme Thibouville Lamy), AHF (Armand Hyacinthe Ferry), PG (Pierre Godfoy) ou des monogrammes ou initiales souvent alambiquées, (ex : Lefèvre fils, Buffet CramponHippolyte Leroux), parfois une seule lettre (ex : S pour le collectif de facteurs de Markneukirchen,). Evidemment je ne mentionne pas des initiales des noms des propriétaires de clarinettes !

Les noms de leurs revendeurs et réparateurs locaux pour fidéliser la clientèle de province (ex : Autiero….). identification indirecte du fabricant, ces revendeurs passant commande chez Thibouville ou Gautrot par exemples.  Parfois le nom du revendeur était accolé à celui du fabricant créant deux estampilles.

le nom du propriétaire gravé ex  Barrau (chanteur d’opéra qui avait cette Noblet  6 clés), saxo Selmer super-action 80 gravé pour Badini).












IV) des illustrations  variées avec du sens ou non qui complètent l’identification du  fabricant :

Une reconnaissance d’un niveau d’expertise par leurs pairs :L’étoile à 5 branches est la plus commune car elle montre le niveau de savoir-faire du compagnon. Après un apprentissage chez un maître pendant plusieurs années en recevant une formation complète pas seulement technique mais aussi morale (travail bien fait, comportement) mais aussi mathématique, maquettes, dessins industriel, et voire philosophique (la mère qui logeait et s’occupait des apprentis) puis un tour de France voire d’Europe (ce qui permettait de recevoir différents savoir-faire) puis enfin d’être reconnu par ses pairs comme compagnon puis après plusieurs années comme MaîtreL’étoile à 5 branches est commune à tous les pays comme preuve d’un niveau de formation professionnelle comme un diplôme actuellement. L’étoile à 5 branches est aussi le symbole maçonnique de compagnon, la plupart des facteurs étant liés à une loge. Il existe parfois des variantes : étoile rayonnante ( ex : Jung), étoile dans une fleur (ex : Roth )












Certains symboles de qualité sont ajoutés, officiels ou  autoproclamés ! Ex : couronne de lauriers (Selmer), couronne d’étoiles (Thibouville Martin aîné), écusson surmonté d’une couronne (Renoux revendeur de Bourges ! ), palmes, médailles de concours (Couesnon), arc de triomphe de Paris de rené Lamott….On voit même marqué au fer sur l’instrument « innovée par Simiot » pour sa nouvelle 14 clés.












Une reconnaissance et une accréditation par les puissants (avec des signes politiques) ex : des couronnes royales : anglaise (Dawkins) , Suédoise (Dahlstrôm), allemande et autrichienne des Habsbourg (ex : Uhlmann, Stengel Bayreuth , Grenser Dresden), française (Porthaux, Adlerex : fleur de lys française ex : Cambet, Amlingue Prudent, Roustagnec, Mousseter, Labro, Keller … fleur de lys en Angleterre (D’almaine Goulding, Hale de Londres).













Certaines illustrations ont été grattées suite aux changements de régime ! Bonnet phrygien (Tibouville),  Abeille de Napoléon 1er …Des animaux symboliques royaux existent aussi nous le verrons plus loin.













Une reconnaissance officielle de qualité : Patent (ex : Goulding, Wood,  etc), Breveté, (ex :  Buffet Crampon)
SGDG …..puis plus tard exposé de leurs médailles aux concours et aux expositions internationales
certains mettent même qu’ils sont hors concours et membre du jury pour se hisser au dessus du lot (ex : Couesnon ). Certains sont comme des généraux russes, il ne manque pas une médaille sur le pavillon ! un exemple d’une flûte JTL : sont marqués les mentions suivantes outre les mentions utiles: légion d’honneur, couronne de laurier, qualité supérieure, reproduction de 7 médailles de concours, fournisseur de l’armée, Breveté SGDG … rien que cela ! pour une flûte de 2ème ordre en plus mais il y avait besoin de tout cela pour vendre une flûte banale !


















Dans le même ordre d’idées le fait de mentionner leurs clients prestigieux « fournisseur du conservatoire, fournisseur des armées »… sous tendent la qualité des instruments que les meilleurs professionnels utilisent.

Une reconnaissance d’une corporation , d’une confrérie ou d’une association professionnelle:
ex : ange jouant de la trompette , ange jouant et portant une clarinette (Keller. Toute la facture strasbourgeoise pendant plus d’un siècle garda ce logo), tête de licorne (la quasi totalité des facteurs londoniens) ….














Parfois ils sont maçonniques : symboles cachés pour initiés (degré dans la hiérarchie) le visage rayonnant degré de la franc maçonnerie  (ex : Winnen, Guerre, Clair Godfroy, Roustagnec , Noblet Denis), épée (ex Sécrétan maçon connu), soleil (Savaryou affirmation des idées franc-maçonnes du facteur mais pas dépourvu de sens commercial (les militaires et les musiciens ayant toujours été très actifs dans les loges)
le compas et l’équerre (ex : Leroy) ou les 3 points .’. (ex : Roth…).  Mais souvent une illustration a plusieurs sens, symboles ambigus pouvant avoir plusieurs interprétations : ex : l’abeille (symbole de Napoléon 1er mais aussi symbole d’un degré maçonnique (ex : Martin frères), symbole aussi du travail mais aussi le logo du nom du facteur Abeille !).














Voire des signes religieux ; ex : croix de malte protestante ( Eppel , Boisselot, Tabard, Hess, Adler de Bamberg),  croix celtique (Gautrot aîné), Thora juive ( Zalud à Terezin) , étoile à 6 branches (Schemmel,  Albert).











Des symboles personnels où les significations ne sont pas évidentes, s’il y en a, avec la musique ou le métier de facteur, ou les clients … je n’ai pas d’explications pour ces logos : flocon de neige  (ex : Deschamps) , ancre marine (ex : Gautrot), bateau style galion (ex : Cabart), cœur (ex : Herouard Pierre),
caducée d’Hermès (ex : Pierre Cuvillier), étoile à 7 branches (ex : Malinovsky), portrait d’un barbu  (ex : Godfroy ), certains ont eu une explication récente et ont été décryptés : 3 S de suite ou 3 points à la suite (Noblet frères )  et veut dire cf suscripti…)













Mais on trouve aussi des animaux : la ménagerie est bien fournie ! certains représentent des symboles de majesté, de force qui sont liés aussi à des symboles royaux ou nationaux . Le lion roi des animaux et figure héraldique très commune: ex : lion rampant c’est à dire debout allemand (ex : Stiegler) mais aussi français (ex : Sibout, Saget, Martin fils, Pihan) , tête de lion (Clair Godfroy aîné), lion de Bohême (Doleisch).  Un autre animal est souvent représenté : L’aigle le roi du ciel : aigles royaux à une ou deux têtes des monarchies germaniques (ex : Schwaiger Salzbourg),  aigle prussien (ex : Frayer) Aigle à 2 têtes anglais (ex : Kusder ), l’aigle aussi chez les facteurs de Prague .












Mais il y a aussi l’aigle pécheur symbole des USA (cf mon article sur Graves le facteur américain ), mouton mythologique de la toison d’or de Jason (ex : Labro ). le sens de cette référence mythologique m’échappe…
et bien sûr le plus musical des animaux l’oiseau chanteur (rossignol ) (ex : Sautermeister, Müller, flûte Tulou)
une anecdote : Tulou a pris le rossignol  pour célébrer son succès dans l'opéra de Lebrun "Le rossignol"….














D’autres animaux sont plus fantaisistes ou leurs significations plus secrètes !(totem personnel ?) cygne ou canard (ex : Sibout) pas sympa pour l’instrumentiste ! coq gaulois affirmation nationaliste (ex : Saintememe, Dodin, Chapelain), la tête de Licorne : pas encore trouvé la signification (ex : Wrede et la plupart des anglais)
un dauphin ? pourquoi pas ! (ex : Martin Lot), le sphinx : pourquoi ce symbole : le sphinx égyptien ou grec peu sympathique ? (Thibouville Noé), la colombe de la paix et son rameau (ex : Geist) qui devait être pacifiste ! un chamois (ex : Secrétan) il habitait près des Alpes ! un crabe (pour le facteur actuel Gilles Thomé natif sous le signe du cancer !).













Des symboles floraux :fleurs diverses à multiples pétales : mais ont-elles des significations ? gerbe de blé signe d’abondance (ex : Sibout), fleurs : 4 pétales (ex : Rudall et Rose), 5 pétales (Raver, Cuvillier, Burger) , 6 pétales (David, Bouchmannn) , 8 pétales (Lauriol, David, Simiot et Brelet), rosaces à 8 rais (Simiot, Proff, Gardet), fleur à 10 rais ou pétales (Jamineau). Il y a t-il une symbolique du nombre de pétales ? certains le croient …















A vous de compléter cet article en regardant les illustrations des instruments de votre collection. Nous sommes prêts  à y intégrer des nouveautés.