jeudi 1 novembre 2018

La famille DIDIER : La Saga d'une famille de luthiers Messins (Metz en Moselle)

Notre ami Jacques DIDIER  nous a quitté le 30 août 2018 
à Woippy (Banlieue de Metz) à 79 ans.


Vous allez découvrir à travers cet article qui était Jacques DIDIER, troisième d'une génération de luthiers : Son Grand père Marius DIDIER (1873-1958) exerça à Mattaincourt à coté de Mirecourt, son père Paul DIDIER (1908-2002) s'installa à Metz, Jacques prit la suite avant de passer le flambeau à son fils Bertrand DIDIER.  

Notre rencontre fortuite  en 2004 mérite   d'être racontée. Ma belle famille possède depuis 1800 une maison familiale dans un petit village lorrain de 50 habitants : Bellange en Moselle situé à 10 kms d'une ville plus importante, Morhange, ville de garnison qui en 1914 était un point essentiel de la défense allemande, et que l'armée française, dès la déclaration de guerre avait attaqué le 18 août 1914, la fleur au fusil, pantalons rouges et sabres au clair .....en avant "sus aux Boches, on les aura". Naturellement le résultat de cette brillante stratégie ne se fit pas attendre : 20000 morts en une journée d'attaque. Notre maison de Bellange servit d’hôpital de campagne, tenu par un médecin militaire qui rédigea ses mémoires résumant cet épisode. Ce document dactylographié retrouvé par hasard dans la maison me donna l'occasion de découvrir le sujet et de comprendre pourquoi il y avait quelques cimetières militaires dans la région. Bien sûr cette épisode peu glorieux  fut zappé au niveau historique et rangé au niveau des anecdotes et remplacé par une "victoire" qui eut lieu quelque temps plus tard lors de la contre-attaque allemande, bataille dite du "Grand Couronné". Un seul bouquin racontait cette bataille dite :" de Morhange" écrit par un certain Jacques DIDIER. 
Le but du moment était de lui remettre les mémoires "du Docteur Pratbernon" que j'avais remises en forme, document inédit à l'époque pour qu'il en fasse bon usage. Pour ma part, mon intérêt était plus tourné vers les "Facteurs, luthiers, marchands de musique de l'est de la France" sur lesquels je travaillais ardemment. Bien sûr le nom de Didier, luthier à Metz  figurait  dans mes recherches, mais je n'avais pas fait le rapprochement. Vous imaginez la suite, lors de notre première rencontre téléphonique, il connaissait mon père qui toujours préoccupé de trouver le violoncelle ou le violon "idéal" pour mes deux sœurs musiciennes professionnelles passait souvent le voir. Depuis nous nous sommes rencontrés fréquemment et son aide à été très précieuse sur les nombreux sujets qui nous intéressaient.

Jacques nous avait raconté sa saga familiale et nous avait fourni de nombreux documents pour l'illustrer dans quelques articles rédigés dans nos blogs. Les voici remis en forme. 

Marius DIDIER (1873-1958) : le fondateur est né à Mattaincourt le 20 avril 1873. Il entre en apprentissage chez Jérôme Thibouville Lamy à Mirecourt à 13 ans. En 1901 il épouse Marie Marthe Bourguignon ; ils auront deux enfants : Madeleine et Paul.
Document Jacques DIDIER.
Après avoir participé à la grande guerre de 1914 à 1918, il rejoint l'entreprise Thibouville où il participe à la réorganisation d'après-guerre et exerce sa profession de maître luthier, au côté de Camille Poirson et Marcel Voiry. Alfred Acoulon, directeur général lui confie le poste de responsable de l'atelier de lutherie de Mirecourt et fait de lui un de ses proches collaborateurs.
Document Jacques DIDIER.
En 1925, à l'âge de 52 ans, il décide de s'installer dans son atelier de Mattaincourt pour exercer la lutherie à son compte en compagnie de son fils Paul.
Document Jacques DIDIER.
Il accueille dans son atelier des stagiaires qui deviendront des luthiers prestigieux (Jean Bauer, Marcel Simon etc...). Son fils Paul décide de s'installer à Metz. L'atelier de Marius DIDIER continue son activité, malgré la crise des années 30 et la guerre 39-45. A la libération, âgé de 72 ans, il continue d'assurer une production qu'il réserve à son fils. Il décède en novembre 1958.
Violon de Marius DIDIER de 1932.
Paul DIDIER (1908-2002) luthier, de Mirecourt à Metz.

Document Jacques DIDIER.

Paul DIDIER est né le 15 janvier 1908 à Mattaincourt (Vosges). Il effectue son apprentissage à partir de 1921 chez Thibouville, auprès de son père qui était à cette époque responsable de la fabrication. En 1925 il fait un stage chez Ouchard, et ensuite travaille dans l'atelier de son père à Mattaincourt jusqu'en 1928 date à partir de laquelle il effectue son service militaire jusqu'en 1929. Il retrouve ensuite l'atelier de son père. Il se marie en 1933 et décide en 1936 et en accord avec son père de reprendre l'atelier et le magasin : "Lutherie d' Art" du 6 rue du Faisan à Metz, créé par Auguste Mouchot, qui venait de décéder en se noyant accidentellement dans la Moselle ; la famille était désemparée, la veuve avait un fils d'un an et ne pouvait s'occuper de ce commerce. A la déclaration de guerre Paul Didier est mobilisé et son épouse qui vient de donner naissance à un fils ne peut tenir seul le magasin qui est alors fermé. Paul est fait prisonnier le 17 juin 1940 à Pontarlier. Il ne rentrera à Metz qu'en août 1945.

Document Jacques DIDIER.
En 1941, Metz est occupé par les allemands qui font venir un luthier autrichien, Franz  NOSEK  et auquel le commissaire de la ville propose d'occuper le magasin de la rue du Faisan. Après 3 années à Metz, celui-ci disparaît en 1944, il est remplacé par Zophel RICHARD né à Markneukirchen.
Magasin de la rue du Faisan. (Doc. Jacques DIDIER)
En août 1945 à son retour de captivité, Paul Didier retrouve son magasin et l'appartement dans un triste état, tout a disparu, seul une partie de l'outillage lui sera rendu. Il se remet au travail, notamment en travaillant pour l'orchestre de Radio Luxembourg et en cogérant l'atelier de son oncle Maurice BOURGUIGNON (1885-1978) à Bruxelles.
Mais la lutherie ne suffit plus à faire vivre une famille, c'est pourquoi il étend son activité aux disques et oriente la formation de son fils Jacques vers les cuivres et instruments à vent. Celui-ci le rejoindra en 1962. Paul DIDIER est décédé à 94 ans en 2002.
Document Jacques DIDIER.
Violon de Paul DIDIER de 1838.
VIOLON MARIUS OU PAUL DIDIER ?

"Lorsque j’assistais mon père Paul Didier dans son activité de luthier à Metz, j’ai pu observer bon nombre d’instruments fabriqués par ses soins, ainsi que ceux de mon grand père Marius. Je dois dire que pour les identifier, il fallait être habitué tellement il y avait de similitudes dans le travail entre le père et le fils. Le fait de travailler dans l’atelier au même établi pendant les années de 1925 à 1936 justifie les concordances de la structure de leurs instruments. Ils utilisaient les mêmes moules et mêmes modèles. La couleur de vernis était propre à chacun. Lorsque le fils, jeune adolescent de 17 ans, commence à fabriquer ses propres violons, son père, ayant acquis une grande habileté dans ses gestes pendant plus de vingt ans chez Thibouville-Lamy, pouvait lui prodiguer les conseils nécessaires. Le modèle extra copie du violon Guarnerius, vernis à l’huile, fait par Marius avait les faveurs des professeurs et des musiciens. Pour le violoncelle extra, le professeur du Conservatoire national de Paris, Louis Feuillard, recommandait le modèle Stradivarius pour la qualité de sa lutherie et sa sonorité".

Jacques DIDIER

Jacques DIDIER  (1939-2018) et Bertrand DIDIER luthier à Metz. 

Jacques DIDIER avec son fils Bertrand.


Jacques DIDIER est né à Metz en 1939. Il apprend la clarinette au conservatoire de Metz et après plusieurs années de formation dans différents ateliers parisiens, notamment 2 ans chez Selmer, il rejoint en 1962 le magasin familial en créant un atelier de réparations d'instruments à vent. En juillet 1983, la Maison DIDIER quitte la rue du Faisan, pour s'installer 25-27 rue du Palais à Metz, adresse actuelle.

Bertrand DIDIER, dirige la société messine. Après avoir acquis son diplôme de luthier dans l'atelier de Jean Jacques Pagès à Mirecourt, il part se perfectionner dans l'atelier du maître Etienne Vatelot.




Pour en savoir encore plus sur la famille DIDIER : le site de référence sur les luthiers : Le site de Roland Terrier

Jacques a légué aux Archives un fond documentaire : Archives de la Lutherie à Mirecourt












mercredi 31 octobre 2018

Principaux sites Internet concernant la facture des instruments de musique.

L'une des raisons de la création de ce blog en 2009 était que très peu de choses étaient écrites sur les facteurs d'instruments de musique et qu'il était très difficile de trouver de bonnes informations sur ce sujet. Aujourd'hui les choses ont bien évolué et les bons sites internet foisonnent. Nous vous proposons dans cet article d'essayer de rassembler les sites majeurs pour mieux les faire connaître et donc encourager les articles dans ce domaine. 

Nous allons sans doute en oublier donc n'hésitez pas à nous alerter sur les sites manquants.
Pour allez sur les sites cités : Cliquez sur le lien en début de rubrique en bleu.
Les sites en français 
: 1) Les Historiques.
Les luthiers de Mirecourt : Tout d'abord celui de Roland TERRIER, luthier à Mirecourt, qui en plus de son travail alimente un site spécialisé, où vous trouvez tout, non seulement sur la lutherie, toutes les marques, l'histoire, la généalogie, les images de très beaux instruments....mais qui a scanné un nombre innombrable de catalogues concernant le quatuor mais aussi ceux de grands industriels comme Thibouville, Couesnon avec des pianos, cuivres, instruments à vent, accessoires etc...et quelques annuaires musicaux.


Pour tout savoir sur les facteurs et fabricants de pianos : Piano Forte de Lieve VERBECK,qui travaille sur les marques de pianos, notamment la facture française, et en plus de très nombreuses illustrations, indique des liens vers des ouvrages de référence : Pontécoulant, Fétis....comptes rendus sur les Expositions, sur les brevets d'inventions etc...scannés sur internet.

Sébastien ERARD (né à Strasbourg 1752- mort à Paris 1831)
L'histoire de la clarinette n'a pas de secret pour Denis Watel et son Chtiot musée des clariboles et Cie.


Si les facteurs de l'est de la France vous intéressent notre premier site peu vous aider : Facteurs et marchands de musique de l'est de la France. Ce site est peu actif actuellement car nous souhaitons rassembler tous ses articles sur un seul site et le fondre avec celui-ci. Projet Ambitieux mais pour l'est de la France nous pensons en avoir fait le tour à l'exception de quelques inconnus à découvrir mais trop peu nombreux pour alimenter un site spécifique.


2) les nouveaux depuis 2009.

Un site particulièrement important, très documenté et principalement consacré au saxophone : Celui de Jean Jacques Bona : Luthier Vents.

3) Les Musées en Français.

Une Référence et Thierry Maniguet (conservateur) que l'on remercie pour son accueil. 
Musée de la Musique de Paris.

Un site très utile celui de : MIMO : Musical Instruments Muséums OnLine. C'est à dire la mutualisation de nombreux musées européens......Malheureusement à l'exception de celui de Paris et de Bruxelles, les images d'instruments sont très médiocres et le projet semble à l'arrêt. (A suivre)


4) Les sites des antiquaires en instruments de Musique.

Orphée Musique. Le site de notre ami Richard Charbit , qui même si il pense à la retraite est toujours aussi dynamique.

Instruments Anciens de William Petit. Le premier a avoir créé un site internet.

La Cave à vents à Paris. Avec de très belles photos d'instruments et des documents type catalogues.
A Bruxelles le site de Bruno COPPENS : Iltempo

Le très bon site de notre ami Gilles Elie : Instrumantiq

 Les sites étrangers.....Il y en a beaucoup de très très bons.

1- Les historiques :
    Pour la Flûte :
Celui de Rick Wilson : Old Flutes Un site ancien et remarquable.

2-Les musées internationaux. (Uniquement les sites dont les instruments sont consultables sur le net). 
Toujours pour la Flûte.
Dayton C. Miller Flute Collection  : Une référence dans le monde.

Restons aux USA :
National Music Museum à Vermillion dans le South Dakota. : tous les instruments une très grosse collection.

A New-York : MET : Metropolitan Museum of Art : Il concerne tous les instruments de Musique.

Le site de Dirk Arzig en allemand, mais avec une très grosse documentation sur des fabricants allemands, mais aussi Français comme Gautrot, Couesnon, Thibouville et même Roth de Strasbourg.







vendredi 19 octobre 2018

La médecine au secours des musiciens ? Medicine helps musicians ?


 par José-Daniel Touroude

"Lully, d'un tempérament explosif, s'emporta et se frappa violemment un orteil avec son « bâton de direction », longue et lourde canne ......"

Tous les métiers ont leurs pénibilités surtout quand les postures, gestes, exercices… sont répétitifs. Le musicien n' échappe pas à cette difficulté, bien au contraire. Le musicien est une personne qui avec un instrument fait de la musique et pour être bon, voire excellent, doit faire des milliers d’heures d’entrainement et être en super forme le jour de sa prestation. Ainsi le moindre problème anodin touchant son instrument de musique ou sa santé peut être lourd de conséquences . Le musicien a donc besoin de deux personnes dans son entourage personnel : le luthier, médecin de son instrument et son médecin pour soulager ses diverses douleurs (physiques et/ou psychologiques) et l’aider à demeurer au top.
Pour des articles de médecins soignant les musiciens voir cet excellent site.

Notre démarche elle, est inductive, partant des témoignages des musiciens. Nous avons déjà utilisé cette démarche avec les collectionneurs .

Souvent entre musiciens, on évoque des souvenirs où il a fallu jouer avec des maux douloureux et handicapants, chacun y allant de ses anecdotes (du style « tamalou » mais j’y arrive quand même car je suis un pro !)… En interrogeant les uns et les autres, j’ai été submergé de souvenirs à croire que la vie de musicien est pleine de pièges et d’obstacles qu’il faut surmonter avant de se faire applaudir et que tous ont des médicaments, voire une véritable boite à pharmacie avec même des substances limites ou des recettes et pratiques miracles.

Je ne parle pas ici des problèmes liés à l’instrument qui nous lâche au mauvais moment ! De nombreux réparateurs et luthiers doivent rassurer le musicien stressé avec une ultime révision avant le concert ! Cela fait partie de la relation parfois anxiogène que nous avons avec nos instruments, ou des problèmes survenus comme un  vêtement qui craque lors du concert, de trébucher sur scène, de faire tomber sa partition ou son pupitre, sans compter le ressort d’une clé qui casse ou un tampon qui colle… certaines situations sont cocasses (quand cela arrivent aux autres !).




Ainsi il y a longtemps à l’Opéra, Méphistophélès (dans Faust de Gounod) devait surgir brutalement d’une trappe, avec tremplin sous la scène, mais le jour de la Générale la trappe s’est mal ouverte et le pauvre diable a été coincé à moitié par les côtes et a produit un couinement affreux et non son grand air ! (2 cotes cassées) entraînant évidemment les rires du public ! 
En effet être musicien, et plus généralement être sur scène au vu du public et des caméras (sportifs, politiciens, acteurs de théâtres…), demande de n’avoir aucune gêne de santé. Or la vie en procure beaucoup ! Tous les musiciens ont des souvenirs de problèmes qui ont perturbés des concerts ou des concours. Nous avons bien sûr des pathologies graves qui empêchent de jouer parfois définitivement, mais nous allons nous concentrer sur des prestations limites où les musiciens ont frôlé la catastrophe à cause de douleurs ou d’incapacités temporaires.  Pour les musiciens, la pratique intensive des instruments entraîne des pathologies (comme le sport). Jouer un instrument à vent avec une côte fêlée douloureuse à chaque respiration ou jouer assis avec une sciatique ou la fièvre devient vite l’enfer.

La douleur est le symptôme le plus communément rencontré chez le musicien.
Aiguë ou chronique, cette douleur est fréquente chez les musiciens qui passent des milliers d’heures répétitives dans la même position. Des enquêtes montrent un pourcentage élevé chez les  professionnels comme les étudiants, à cause des postures peu naturelles et la pratique intensive. Les zones douloureuses ne sont pas les mêmes selon les instruments, mais les douleurs au dos et aux doigts sont très fréquentes et entraînent parfois une incapacité ponctuelle de jouer. La professionnalisation à outrance dès le plus jeune âge (comme dans le sport) débouche sur une situation alarmante surtout si les mauvaises positions ne sont pas corrigées de suite. Combien d’instrumentistes à vent se sont éclatés les lèvres ! 
Dizzy Gillespie 
Jouer des instruments à cordes par exemple le violon entraîne rapidement, vu la position peu naturelle, des problèmes de nuque, d’épaule, de coude, de dos, de bras droit, de poignet… pour la flûte traversière nous rencontrons les mêmes problèmes ; Pour les autres instrumentistes à vent, le poids des cuivres donne souvent des douleurs. Les tendinites sont fréquentes car sur le plan ergonomique certains instruments demandent des positions bizarres! De nombreux musiciens se sont tellement abîmés avec des exercices voire des appareils de torture qu’ils ont arrêté leur carrière. Rappelons nous l’exemple fameux de Schumann. 
Dactylion de H. Hertz.

L’embouchure, qui est fondamentale dans les instruments à vent, sollicite énormément les muscles, tendons, ligaments et l’articulation de la mâchoire et souvent après des heures de pratique journalière elle peut être douloureuse avec des bruits de craquements (mâcher du chewing-gum, grincer des dents ou recevoir des chocs sont déconseillés et deviennent vite, en plus de la prise de bec journalière avec l’instrument, un facteur déclenchant la douleur).

Il y a une corrélation entre le temps passé à jouer et les troubles et douleurs de la mâchoire pour les instrumentistes à vent et les chanteurs qui sont particulièrement exposés : serrer les lèvres autour du bec, ouvrir la cavité buccale, lâcher les lèvres, répéter, détacher avec vitesse et précision, staccato puissant,  etc…La posture et le maintien d’un instrument à cordes tels le violon et l’alto provoquent aussi des troubles de la mâchoire en calant l’instrument. Il faut souvent faire des pauses. Et puis le « bobo » qui semble initialement anodin mais qui devient vite alarmant pour le musicien (piqûre d’insectes, coupures légère d’un doigt qui vous fait souffrir à chaque pression, épine de rosier sous un ongle, malheureuse ampoule, brûlure etc…). Chaque musicien a sa liste de petits accidents perturbants (c’est pour cela que jardinage et bricolage sont peu recommandés pour un musicien). Pour les musiciens à vent, puisque ce blog leur est destiné en priorité, le moindre problème sur les lèvres ou la langue (bouton, coupure…) et surtout les dents (combien de concerts ont été annulés pour le plaisir de la roulette !) sont redoutables. Les rhumes, angines, trachéite, etc… même sans complications deviennent épouvantables et nuisent aux cordes vocales des chanteurs ou à la gorge des instrumentistes à vent. En effet un rhume banal change complètement les respirations prévues d’une partition travaillée des centaines de fois, le volume de la colonne d’air, voire la sonorité.
 

Beethoven et surdité
“Au cours des trois dernières années, mon audition est devenue plus faible…je peux vous donner une idée de cette surdité particulière en vous disant que je dois me tenir très proche de l’orchestre pour comprendre les musiciens, et qu’a cette distance je n’entends pas les notes hautes des instruments ni des chants… Parfois également, je n’entends pas les personnes qui parlent doucement. J’entends bien un son, mais pas les mots. Et si quelqu’un crie, je ne le tolère pas”. (Lettre à son médecin)
Les oreilles douloureuses rendent difficilement supportables certains sons surtout si les cuivres derrière vous y vont gaiement ! ou quand on doit jouer avec des acouphènes ! Les yeux fatiguent vite avec ces notes écrites, (les fameuses « chiures de mouche»   et je ne parle pas des partitions manuscrites contemporaines ! ) sous des éclairages divers et parfois éblouissants, sans parler des affections oculaires (Certains musiciens me racontent la poussière malencontreuse qui sur scène pénètre dans votre œil juste avant un passage difficile évidemment !) La colonne d’air et les problèmes pulmonaires, la toux bénigne voire même l’envie de tousser lors d’une prestation est une horreur, car nous sommes alors focalisés sur la maîtrise de l’évitement de la toux plus que sur la musique. La coupe de champagne et ses bulles traîtresses sont à proscrire avant de jouer. Après le concert c’est une autre histoire … Les problèmes intestinaux et les douleurs au ventre ne sont pas rares, avec bruits inconvenants (du gargouillis aux flatulences). Certains mangent pour éviter la fringale et le coup de fatigue au milieu du concert, d’autres ne peuvent rien avaler des heures avant ; j’ai connu un excellent musicien qui avec le stress avait l’envie permanente et pressante d’uriner. C’était nerveux … il a arrêté et est devenu prof.



Pour se donner du tonus, certains prennent de l’alcool, des médicaments voire de la drogue (et il n’y a pas que les jazzmen ou les rockers !), d’autres pratiquent la médecine douce (alimentation stricte, discipline de son corps et de son esprit,…). Les musiciens ont des psychologies très différentes : certains ne peuvent pas passer des concours malgré leur niveau élevé et ne peuvent jouer qu’en studio ou en grand orchestre. (Glen Gould a fait peu de concert mais combien de disques admirables. En studio on a le droit à l’erreur et l’ingénieur du son gomme beaucoup d’imperfections. C’est la même chose avec le cinéma comparé au théâtre). Le chambriste est sur scène en vedette, mais au sein d’une équipe et cela dépeint une autre mentalité. Quand à la psychologie du soliste « star », elle n’a rien à voir avec celle des deux précédents : il n’a pas droit à la baisse de forme et toute erreur est impardonnable. La psychologie de l’artiste et la maîtrise de son corps sont aussi importantes pour faire carrière que la maîtrise technique de l’instrument et de la musicalité. Nous avons le même phénomène avec les politiciens et acteurs…Mais les troubles liés au stress sont les plus redoutables : mains moites, gorge sèche, anxiété, insomnie, difficulté de concentration en pleine lecture de la partition, coup de fatigue….Pour y remédier, certains prennent des bêtabloquants, « le dopage des musiciens». D’autres pratiquent la relaxation et il n’est pas rare dans les coulisses de voir des musiciens faire du Yoga ou du Qi Gong, de la méditation ; d’autres enfin s’entrainent à faire des arpèges brisés à toute vitesse ou faire de la gym tonique ou boxer le vide avant d’entrer dans l’arène, le ring !


Et puis nombreux sont les musiciens qui ne peuvent à cause de migraines, de céphalées, jouer certains instruments bruyants et qui se sont mis à la guitare classique ! (mais un guitariste me dit lui qu’il ne peut plus jouer à cause de ses doigts !). Thomas Friedli le grand clarinettiste me disait : « le musicien doit avant tout gérer son stress, car bien jouer seul chez soi, des milliers peuvent le faire. ». La poursuite de l’excellence, le perfectionnement technique permanent aussi bien en classique qu’en jazz, la compétition mondiale de plus en plus rude et le peu d’élus choisis sélectionnent sans pitié. De plus tout est désormais filmé, enregistré, envoyé sur internet en temps réel et la moindre défaillance d’un artiste (ou d’un homme politique, ou «stars» diverses) sont commentés des milliers de fois… la pression est intenable. Le musicien ne peut être au top tous les jours et cette exigence de perfection entraîne le recours de plus en plus à la médicalisation pour pallier les diverses faiblesses. L’hormone du stress, le cortisol, doit être sous contrôle !

Auparavant quand les grands solistes faisaient des fausses notes, le public acceptait et n’enregistrait pas tout en disséquant. Maintenant c’est impossible. Il faut dépasser ses limites et celles des autres en permanence. Le musicien prend des médicaments pour apaiser ses douleurs, mais souvent il se dope (euphorisants, excitants, …). Les beta bloquants sont couramment absorbés pour gérer le stress, le trac car il coupe les manifestations physiques de l’angoisse. Beaucoup n’en prennent qu’épisodiquement ou plus régulièrement sans d’effets indésirables notables. Dans l’idéologie actuelle de l’ «homme augmenté», il devient banal et admis d’utiliser ces produits qui ne sont plus considérés comme une drogue, une tromperie illicite. D’ailleurs nombre de médecins préconisent ces «bêtas» et dans certains concours ou concerts les solistes sont bien «chargés» (ce sont les mêmes pays qui dopent leurs sportifs !) Mais attention tout est question de dosage et de durée d’utilisation, car si vous en prenez trop votre performance s’effondre  et/ou devenez addict !). Les «bêtas» ralentissent le rythme cardiaque, évitent les tremblements et les mains moites (qui transforment des pièces techniques en patinage pas toujours artistique sur clés chromées !) Ils vous apportent sérénité, confiance en votre valeur, vous aident à vous concentrer sur la musique et non sur la gestion des troubles physiques ressentis, qui vous obsèdent rapidement même en plein concert.

La maîtrise du son pour un chanteur ou un instrumentiste à vent passe avant tout par la maîtrise de son corps et certains privilégient d’autres techniques que la prise de médicaments, comme la sophrologie, la PNL, l’hypnose, la psycho phonie, les techniques de méditation et de respiration, la digitopression sur les points d’acupuncture et plus généralement toute discipline améliorant la connaissance de soi. Un médecin soignant des musiciens me disait : «quand je les vois en concert ils sont formidables mais moi qui les vois en coulisses avant et après, ce n’est pas la même chose» (un conseiller technique peut dire la même chose de son Ministre!). L’important est de bien jouer, d’être reconnu comme un artiste et d’être applaudi ! Le travail et le talent ne suffisent pas, la fin justifie les autres moyens.

L’insomnie liée au stress est fréquente chez les musiciens : le concert on le rêve plusieurs fois avant (parfois en cauchemar, parfois c’est magnifique) et souvent nous avons la musique en boucle dans la tête ; cela devient même insupportable. Après le concert, on le refait, comme les sportifs refont le match, évaluant chaque moment, parfois sans concession ! enfin si on écoute l’enregistrement ou les commentaires des autres musiciens ou professeurs, cela peut devenir traumatisant. (souvenirs de master-class). Les musiques sont fort différentes et créer une atmosphère planante, triste, énergique, joyeuse....sous entend de réguler ses propres émotions et de les transmettre à un public sans être soi même émotif ! 
Et puis il y a le trou de mémoire toujours terrible ! L’anecdote d’Alfred Cortot qui, après un trou de mémoire s’arrête en plein concert, et indique au public « excusez moi, je pensais à ma mère ! » puis après applaudissements reprend son concert n’est plus possible aujourd’hui. Un des problèmes du musicien est donc le manque de concentration ; il décroche de sa partition, l'attention vagabonde dans des pensées des rêves et l'esprit quitte la musique dans ce que l'on appelle l'errance mentale. Heureusement le travail intensif imprimé à votre cerveau et vos doigts permet de jouer la musique sans y penser ! Ce phénomène naturel est fréquent dans les passages mélancoliques; techniquement faciles et répétés. En effet la musique triste au tempo lent favorise l'introspection, le surgissement de pensées, d'émotions et des souvenirs passés d'images pas forcément mélancoliques, des pensées de sa vie....et l'évasion. La musique rapide, joyeuse, quand à elle, mobilise l'énergie et l'attention technique réduisant l'errance mentale et obligeant à une concentration sur la rapidité d’exécution pour le musicien et l'écoute pour l'auditeur. Quand un musicien joue du jazz ou de la musique latino, la stimulation du cervelet de l'auditeur l'incite à battre la mesure avec la tête, les pieds, et provoque une envie de danser irrépressible. La musique est interaction entre le musicien qui joue, interprète et transmet des émotions et l’auditeur qui selon son état d’esprit et de santé va recevoir la musique de façon très variée et parfois très inattendue. Pour l’auditeur aussi, le moindre problème (physique, psychologique, contrariétés etc…) peut nuire à sa qualité d’écoute. 

La musique a des effets reconnus sur la santé des auditeurs et on l'utilise depuis l'antiquité pour apaiser certaines maladies mentales et divers symptômes ou situations traumatisantes (relaxation, musicothérapie). Ma dentiste met toujours de l'Opéra, peut être pour couvrir les cris de ses patients? La musique peut réduire la violence, «adoucir les mœurs», procurer des émotions diverses, et calmer même les insomnies et dépressions ;
Cliquez sur ce Quizz pour tester vos connaissances. 


Désormais nous avons tous nos oreillettes et grâce au MP3, nous nous branchons sur nos musiques préférées génératrices d’émotions. Ainsi par le choix des musiques adéquates, on arrive à se mettre dans une certaine ambiance émotionnelle choisie pour réaliser toutes les activités quotidiennes en travaillant, en se déplaçant, en mangeant (il paraît que le vin n‘a pas le même goût selon la musique écoutée…). Les musiques régulières sans modification de tempo, JS Bach et Mozart ou les valses gracieuses de Strauss, ont  des effets bénéfiques sur le système cardio-vasculaires, provoquent une baisse du cortisol, génère le calme chez les femmes enceintes… De nombreuses études ont démontré que la musique agit sur les neurotransmetteurs cérébraux. 
La musique romantique, avec ses changements sonores et de tempi comme chez Beethoven, ont l’effet inverse. «Quand je dois avoir la pêche, j’écoute les ouvertures d’Egmont ou de Coriolan»  «moi c’est du jazz, Benny Goodman ou Count Basie»  «moi qui joue du baroque ce sont des variétés hard et contemporaines » etc… La musique peut ainsi donner de l’énergie si elle est rythmée (la plupart des sportifs s’entrainent avec de la musique, même en courant le Marathon)
Certaines personnes souffrent d’amusie c’est à dire sont incapables d’apprécier voire de reconnaître le moindre plaisir musical quelque soit la musique. Malheureusement la médecine ne peut pas leur venir en aide. C’est un handicap important, la musique étant un axe cardinal de nos vies de musiciens et de mélomanes.

Comme on peut le voir, le musicien doit être vigilant en ce qui concerne sa santé et développer une hygiène de vie car même de petits incidents bénins peuvent avoir des conséquences néfastes. «il faut toujours être au top et c’est épuisant !» dira l’un, «la vie de musicien est une vie de chien mais je ne changerai ma place pour rien au monde» dira un autre, «quand votre public s’est déplacé, payé une entrée et applaudit à tout rompre, là tous les efforts et douleurs sont évanouis», et tous indiquent «la médecine dure ou douce et les médicaments sont vraiment les alliés du musicien»….

Pour finir je ne peux résister à la blague classique : « le musicien court toujours après un cachet » ….  ajouterais-je pour gagner sa vie et pour l’aider à gagner sa vie.

samedi 8 septembre 2018

Edmé COLLINET le père et Hubert Collinet le fils, virtuoses du flageolet au XIXème siècle. COLLINET father and son, virtuoso flageolet in the nineteenth century.


La découverte d'un beau flageolet en ébène et ivoire, sans clé d'un certain COLLINET nous a incité à faire des recherches sur ce facteur ou marchand ?




































C'est un très grand flageolet puisqu'il mesure : longueur totale 506 mm et longueur du sifflet à l'extrémité inférieure 312 mm La note obtenue tout ouvert est Si (440) et Si (octave inférieur) tous les trous bouchés. En fait, le père Edme COLLINET et le fils Hubert COLLINET étaient très connus dans la première moitié du XIXe siècle comme virtuoses du flageolet. Edme COLLINET est né à Semur en Auxois en Côte d'or le 10 novembre 1765. Son père Edme COLLINET (1741-1798) était perruquier à Semur. On ne sait pas si le jeune Edme jouait de la flûte à Semur, mais lors de son mariage le 22 avril 1793 avec Reyne JUBIN (1767-?) il se déclare perruquier. 
Signatures de Edmé Collinet et de son épouse à leur mariage


Son fils Hubert COLLINET est né lui aussi à Semur en 1797. En 1798 après la mort du père d'Edmé COLLINET toute la famille est "montée à la capitale" puisque l'on trouve dans les archives de Paris la naissance de Charles COLLINET le 26 novembre 1808, baptisé à l'église Saint Eustache.
François Joseph FETIS nous explique dans sa biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique : "....Edmé COLLINET fut d'abord admis comme flûtiste au théâtre des Variétés, puis se livra à l'étude du flageolet, perfectionna cet instrument en y ajoutant des clefs et parvint à en jouer avec une habileté inconnue avant lui. Julien CLARCHIES, directeur pour orchestres de contredanses, engagea COLLINET à appliquer son instrument à ce genre de musique. Le succès et bientôt la vogue dont il jouit fut elle qu'on ne voulait plus danser à Paris qu'au son du flageolet de COLLINET".



Reine JUBIN première épouse d'Edmé COLLINET décède vers 1810 ; ce dernier se remarie le 17 juillet 1817 à Paris avec Marie Madeleine DUBOIS. Cette même année il figure dans l'annuaire Bottin : "Collinet : Marchand de musique 90 rue Saint Honoré".

Flageolet à deux clés du musée de la Couture Boussey.
De 1820 à 1825 il figure régulièrement dans le Bottin de Paris. " Collinet, flageolets d'orchestre, 90 rue Saint Honoré" et "Collinet, marchand de musique, directeur des orchestres des bals du Duc de Berry, professeur de flageolet et musique, tient des contre-danses connues sous le nom de soirée de famille, pour piano, violon, guitare, flûte, flageolet etc..., 90 rue Saint Honoré".
L'art de danser édité par Collinet
Le XIXe siècle est très festif. En 1790 il y avait environ quatre cents bals à Paris. L'aristocratie et la bourgeoisie organisaient de nombreux bals dans leurs hôtels particuliers. On y pratiquait la contre danse c'est à dire la "country danse" d'origine anglaise introduite en France au XVIIIe siècle, dans laquelle les danseurs se positionnaient en cercle ou sur deux lignes en vis-à-vis et exécutaient des figures définies très élaborées. Il fallait selon certains auteurs deux ans de pratique avant de pouvoir s'y intégrer. Au début du XIXe né le quadrille, forme simplifiée de cette contredanse qui fera fureur pendant ce siècle. On peut citer le quadrille français composé du Pantalon, l’Été, la Poule, la Pastourelle, le Galop, le fameux quadrille des lanciers, le quadrille des variétés parisiennes.
Une des forme du quadrille : l'été. 


En 1830 Edmé COLLINET, père continue son activité : "Collinet, flageolet 4 place de l'oratoire du Louvre au coin de la rue du Coq" et "Collinet direction des orchestres des bals de la cour et de la ville, et instruments, contredanses nouvelles, musiques de flageolet", apparaît le fils comme marchand de musique : "Collinet fils N°37 rue Saint Augustin", mais aussi comme artiste jouant du flageolet dans les orchestres célèbres de l'époque. Voilà ce qu'en dit Fétis : " Hubert Collinet a surpassé son père dans l'art de jouer du flageolet. Il y a dans son jeu plus de goût, plus d'élégance, sinon plus d'habileté dans l'exécution des traits difficiles. Il joue les solos de flageolet dans le bel orchestre de danse organisé par Mr Musard, et dans les bals de la cour. Il est aussi marchand de musique et d'instruments".
Hubert Collinet vers 1844 par Thomas Wingate.
(Source Sydney Living Museums)
Portrait de Philippe Musard.

Philippe MUSARD (1792-1859) est un des plus illustres représentants de la musique festive de danses de Paris au XIXe. La première partie de sa carrière a pour cadre Londres où il dirige des concerts promenades et dirige les orchestres des bals de la reine Victoria. Il poursuit sa carrière en France où il est surnommé "le roi du quadrille", "le Napoléon du quadrille". Il remporte un grand succès durant le carnaval de Paris, aux bals de l'opéra. Ses orchestres comptent jusqu'à cent musiciens et des solistes réputés comme DUFRESNE au cornet, COLLINET au flageolet
Musique composée par Musard.


A cette époque des concerts MUSARD, Hubert COLLINET est une "vedette" et Jean Pierre DANTAN (1800-1860), sculpteur surtout connu pour ses portraits-charges de personnages connus de l'époque (Paganini, Tulou, Musard etc...), en avait fait un portrait peu flatteur.  


















Cette caricature était atténuée par quelques "billets" plus réalistes.

Article de presse.
Pendant ce temps, son père Edmé COLLINET se consacrait à son travail d'édition de musique pour flageolets et contredanses. " Collinet, flageolets, quadrilles par abonnement au journal de la contredanse pour piano, duo, septuor, et orchestre, musiques nouvelles pour flageolet et piston, méthode genre moderne pour violon, flûte, flageolet, clarinette, piston, guitare etc...rue du Coq Saint Honoré 4 au premier".
Méthode de clarinette. (Source Gallica)


Il existe peu d'instruments portant la marque Collinet ; outre les deux flageolets déjà décrits nous connaissons une clarinette du musée de La Couture et une flûte de la collection Dayton Miller.

Flûte à 1 clé portant la marque de Collinet. (D.C.M.)
Clarinette à six clés du musée de La Couture.
Mais Edmé COLLINET était simplement revendeur car dans l'inventaire après décès que nous avons trouvé aux Archives Nationales de Paris (Maître BOUCLIER MC/RE/LXVI/28), il devait 150 frs 50 à BUFFET CRAMPON, 113 frs 60 à VUILLAUME, 437 frs 65 à MARTIN frères, 30 frs à GUICHARD. D'ailleurs dans l'inventaire de son appartement 11 rue Vavin et de son magasin 4 rue du Coq, il n'est signalé qu'un flageolet dans son appartement. Sa boutique n'était consacrée qu'à l'édition musicale. Au niveau de l'anecdote, le commissaire priseur chargé de cet inventaire était assisté de Jean Jules JANET, marchand de musique N°47 rue Vivienne (Janet frères éditeurs de musique), et Jean Etienne MASSET marchand de musique N°40 rue Vivienne.
Edmé COLLINET est décédé le 18 décembre 1841 dans son appartement du 11 rue Vavin;

Son fils Hubert pour toute la succession se fera représenter par son épouse Thomassine Antoinette BYRNE avant de renoncé finalement à son héritage au profit de sa belle-mère. A cette époque il habitait à Londres N°32 Exenton Street, Hay Marked, car depuis 1841, il avait rejoint l'orchestre de Louis Antoine JULLIEN (1812-1860), compositeur et chef d'orchestre, rival de MUSARD, et qui avait dû quitter Paris à la suite de problèmes financiers.

(11/09/2018) : Notre ami Marc Wouters nous signale qu'il est en possession d'un flageolet tout à fait intéressant à 5 clés dont une manquante portant la marque " Visage rayonnant/Collinet Fils./Guerre/ A Paris/ Etoile 5 branches".
Effectivement " Collinet flageolets, 4 r. du Coq Saint-Honoré" figure dans le Bottin de 1842 à 1844, c'est à dire après le décès du père en 1841 et le départ du fils pour Londres. Sans doute l'activité du magasin a dû continuer  tenu par l'épouse d'Hubert Collinet. A noter que ce flageolet réalisé par le facteur Georges Guerre porte une marque "tarabiscotée" dans laquelle l'espace manque pour le mot fils. Donc on peut dater cette instrument : autour de 1842.

En 1853 l'orchestre de JULLIEN part pour une tournée aux États Unis, et triomphe à New York. COLLINET fait partie de l'orchestre qu'il ne quitte qu'à la fin en 1859 lorsque JULLIEN rentrant à Paris se fera arrêter pour faillite et sera mis en prison.

Hubert COLLINET est décédé à 70 ans à l'hôpital Fernand Widal, le 22 juin 1867. Il habitait à cette époque au N°20 rue Lacépéde, son épouse quant à elle vivait au 66 rue Truffaut.

Pour conclure en musique cet article écoutez l'orchestre les pantalons de notre ami Géry Dumoulin au piston.