samedi 22 août 2015

Gérard Joseph DELEPLANQUE (1723 -1784 ) : Maître sculpteur et luthier à Lille.

Lorsque nous avons rédigé l'article sur la nature morte aux instruments de Watteau de Lille, nous avons traité la clarinette de Keller dans ce tableau, mais pas la guitare attribuée par Florence GETREAU, à Gérard DELEPLANQUE.
Cliquez sur ce lien pour lire l'article sur la nature morte aux instruments de musique de Watteau de Lille. (Musée de Lille)

Gérard Joseph DELEPLANQUE est un luthier très intéressant, d'une grande compétence et qui exerçait en province à Lille. Il a réalisé (? ou vendu) des instruments très variés (guitares, cistres, instruments du quatuor...) nombreux et conservés dans de nombreux musées.

Il est né le 17 novembre 1723 à Lille (Paroisse Saint Etienne), son père François DELEPLANQUE était "Marchand Grossier" c'est à dire marchand en gros et également musicien. La famille DELEPLANQUE était originaire de Roubaix.
Pour mieux connaître la généalogie de ce luthier : Cliquez.

Signature de Gérard Joseph Deleplanque.
Il épouse le 27 avril 1745 à Lille (Paroisse de Saint Etienne), Marie Caroline Joseph LAMBELIN native de Hem dans le nord. Il est à son mariage Maître Sculpteur.Ils auront six enfants tous nés à Lille (Paroisse Saint Etienne), dont Amable François Joseph DELEPLANQUE (1756-1797) qui sera professeur de Harpe à Paris et compositeur.

Lors des 6 naissances de ses enfants à Lille, de 1746 à 1756 Gérard DELEPLANQUE se déclare Marchand Grossier. On ne sait pas avec qui il se forma à la lutherie, mais en 1759, il se dit faiseur d'instruments et exerce au Marché aux Entes. Le musée de Bruxelles conserve une guitare portant l'étiquette : "Gérard Joseph DELEPLANQUE Luthier au Marché aux poulets à Lille. 1761".
Guitare de G.J. DELEPLANQUE portant une marque de 1761.
(N°2915 Musée de Bruxelles)
G.J. DELEPLANQUE a fabriqué des instruments très variés, en particulier des Cistres, instruments très populaire à la Renaissance. Le cistre est un instrument à cordes pincées, avec une caisse en "goutte d'eau" et un fond plat. Les cordes sont métalliques ou en laiton, l'instrument ce joue avec un plectre, ancêtre du médiator, en plume. La pratique du Cistre est proche de celle du luth, mais la musique plus simple et plus populaire. L'instrument est tombé dans l'oubli vers le milieu du
XVII ème  pour réapparaître vers 1760, période où il connut un engouement du public comme d'autres instruments de ce type (Luth, pandore...), pour retomber de nouveau dans l'oubli au début du XIX ème. En Grande Bretagne, en particulier en Irlande et en Ecosse il était et reste encore très apprécié dans la musique traditionnelle d'ou son nom de Guitare anglaise.
Les cistres du XVIII ème comportent dix cordes, 4 doubles et deux simples. Il semblerait que les premiers cistres fabriqués par DELEPLANQUE, s' ils avaient un fond plat, n'avaient pas encore de caisses en goutte d'eau comme on peut le voir sur ces deux exemplaires du musée de Bruxelles fabriqués en 1764.
Cistre de G.J DELEPLANQUE de 1764.
(Musée de Bruxelles N° 1525)

Cistre de G.J. DELEPLANQUE de 1764.
(Musée de Bruxelles N°2919)
Il fabriquait également des instruments redevenus populaires comme ce luth pandore, très voisin des luth, à caisse bateau et à cordes métalliques.....
Luth Pandore de 1766 de G.J. DELEPLANQUE;
(Musée de Bruxelles N° 535)
.....ou ce quinton (sorte de violon à 5 cordes) réalisé également en 1766.


Quinton de G.J. DELEPLANQUE de 1766.
(Musée de Bruxelles N° 1399)
                       
Cistre fait en 1768 par G.J DELEPLANQUE;
(Musée de la Musique de La Villette E 172)

Ce qui est intéressant dans cette succession d'instruments c'est de voir l'évolution du travail ce cet artisan où l'on voit le travail du luthier qui évolue et surtout l'art du Maître sculpteur qui commence à prendre le dessus pour satisfaire, sans doute une clientèle plus esthète que musicien. C'est à partir de 1766 qu'il s'installe à la "Grande Chaussée, au coin de celle des Dominicains  à Lille"

Guitare de G.J. DELEPLANQUE de 1768.
(Musée de la musique de la Villette E. 2350)
Détail du dos de la guitare précédente.
                 
Guitare de1771 faite par G.J DELEPLANQUE;
(Musée LASCARIS de Nice)
                         
Cistre ou guitare anglaise de G.J. D. fait en 1771.
(Musée de Bruxelles N° 1523)
                   
Cistre de 1774 fait par G.J. D.;
(Musée de Bruxelles N° 2509)
                   
Guitare anglaise ou Pandore avec caisse plate en forme de Mandoline de 1774.
(Musée de Bruxelles N° 257)
                     
Femme jouant du cistre par Pieter Van Slingeland vers 1677.
Etiquette utilisée depuis 1766.
Et notre tableau aux attributs de musique de Watteau de Lille, est ce une guitare de G.J. DELEPLANQUE qui est représentée ? Florence Gétreau a-t-elle raison ?
Détail du tableau de Watteau de Lille.
Par exemple si on la compare à la guitare du Palais Lascaris ? Qu'en pensez vous ? C'est proche....
Un des chefs d'oeuvre de Gérard Joseph DELEPLANQUE a été réalisé en 1775. C'est une guitare particulièrement travaillée.
 


         
Guitare exceptionnelle réalisée par G.J. DELEPLANQUE en 1775.
(Musée de la Villette E 1212)
La même année il rélisaient des cistres très précieux.
Cistre réalisé par G.J. DELEPLANQUE en 1775.
(Musée de Bruxelles N° 537)
             
Cistre fait en 1775 par G.J. DELEPLANQUE et dans lequel on peut apprécier
son travail de Maître sculpteur.
(Musée de la Musique de La Villette DAD 32034)
                         
Cistre réalisé par G.J. DELEPLANQUE en 1777.
(Musée de Bruxelles N° 2921)
                             
Cistre de G.J DELEPLANQUE  réalisé en 1777.
(Musée de la musique de La Villette E 2080)
Comme on le voit dans cette suite d'instruments, G.J. DELEPLANQUE ne s'attaqu'a pas à la réalisation d'instruments du quatuor au début de sa carrière.
           
Viole d'amour de 1781 réalisée par G.J DELEPLANQUE.
(Musée de Bruxelles N°2889)
                 
Alto de 1783 de G.J DELEPLANQUE.
(Musée de la Musique de La Villette E. 975)
Guitare de 1783 réalisée par G.J. DELEPLANQUE.
(Musée de Bruxelles N° 2914)
Gérard Joseph DELEPLANQUE est décédé le 4 août 1784 à l'âge de 61 ans.
Acte de décés de G.J. DELEPLANQUE. (Source Bernard Deleplanque)
Sa veuve continua, sans doute, avec l'aide de son gendre Pierre Joseph PEERENS (Maître horloger) son activité de Marchand luthier, d'abord à la même adresse : "Peerens Deleplanque, marchand luthier au coin de la Grande Chaussée à Lille".
Etiquette que l'on trouve dans ce cistre de 1790.
Cistre de 1790 : Peerens Deleplanque.
(Musée de la musique de La Villette E.980)


Travail stoppé pour cause de ......Vacances.


lundi 10 août 2015

Une marque inconnue KLAPMANN frères. Deux nouveaux cornets trouvés portant cette marque.

Théo DELLOUE nous signale un cornet qu'il possède portant la marque KLAPMANN frères à Paris.
Marque Klapmann. 
Il possède 3 pistons Stoetzel à touches d'ivoire. Il porte la marque du revendeur BONNEL à Rennes.
Détails du piston.
Le Langwill signale un ophicléide à 9 clès à Washington, seul instrument connu de ces marchands jusqu'à ce jour.
Pour notre part nous n'avons rien trouvé sur Klapmann...Si vous pouvez nous aider ? Merci.

Si vous souhaiter consulter le site de Théo Délloué cliquez sur ce lienBrassophone

Un autre cornet identique a été proposé sur Ebay en avril 2014.
Cornet Klapmann Frères proposé sur Ebay en avril 2014.

A vous à compléter cet article.





vendredi 19 juin 2015

Le graal des collectionneurs : 3 clarinettes Stengel dans leur boite d’origine.

Par José-Daniel Touroude

Je voudrais vous faire partager ma nouvelle acquisition et montrer aussi l’esprit de chercheur qu’ont la plupart des collectionneurs.

Les clarinettes, avec leurs corps de rechange et leurs boites avec plusieurs clarinettes de tonalités différentes constituaient l’outil du clarinettiste professionnel au XVIII et au début du XIXème siècles. Un ensemble complet est assez rare et recherché.
Trois clarinettes Stengel dans leur coffret.
Il s’agit de l'étui exceptionnel d’un clarinettiste professionnel allemand vers 1800-1830 comprenant, à première vue, une clarinette Stengel ( en Ut à 10 clés, une clarinette en Sib Stengel à 11 clés avec ses corps de rechange en La également à 11 clés, et ceci dans sa boite moulée d’origine ; l’intérieur en peau et l’extérieur en toile imperméabilisée noire).
Rappelons le contexte historique : Au début du XIXème siècle, la Bavière est occupée par la France napoléonienne et les troupes du général Moreau (le rival républicain de Bonaparte) ont une importante musique militaire. Parades et concerts sont courants. Les clarinettes à 5 voire 6 clés forment l’ossature des musiques militaires à cette époque. Maximilien prince électeur, qui est aussi officier dans l’armée française, protégé de Napoléon 1er et francophile (il a grandi à Strasbourg) devient le 1er roi de Bavière en 1805 sous le nom de Maximilien 1er (traité de Presbourg). Baireuth (ancienne orthographe) est alors une ville moyenne de Bavière dotée d’un magnifique théâtre baroque du XVIIIème siècle qui est au centre de la vie culturelle de cette ville.
Théâtre de "Baireuth".
Baireuth a également une bonne harmonie municipale (où jouent les Stengel d’ailleurs), une petite cour, une garnison militaire et la clarinette se généralise dans la musique populaire bavaroise qui en fait un instrument incontournable. Ainsi ce n’est pas hasard si d’une part Stengel quitte Hof avec sa femme et son bébé pour s’établir en 1805 à Baireuth et si d’autre part l’estampille habituelle de Stengel est dès l’origine la couronne de Bavière. D’ailleurs Albrecht Schmidt, autre facteur talentueux d’instrument à vent s’établit aussi en 1807 dans cette ville qui a des besoins d’instruments à vent militaires et civils. 


La famille de facteurs Stengel :
Il existe plusieurs clarinettes Stengel dans les musées et les collections puisque 3 générations se sont succédés à Bayreuth pendant un siècle !
Le père : Johann Samuel Stengel né en 1771 à Hof est tourneur et hautboïste. A Hof il y avait un facteur réputé Johann Wolgang Hoe (1762-1772) qui faisait notamment des clarinettes (musée en Allemagne) et des flûtes (il y en a une à la librairie du congrès aux USA ).  
Stengel a fait son apprentissage chez un facteur peu connu Wolgang Thomae selon Frank Bâr, (livre 4 du musée de Nuremberg) ? Mais cette information semble inexacte car W. Thomae est décédé en 1771, c'est à dire l'année de naissance de J.S. Stengel. C'est sans doute I. A. Menzel successeur de Thomae ( et qui avait épousé sa veuve) qui forma J.S. Stengel.
Markplatz à Bayreuth
Puis Stengel va sans doute voyager pour se former comme il est normal à l’époque pour devenir compagnon et faire aussi son service militaire dans un contexte de guerre entre les royautés européennes et la jeune république française.   Plus tard, il s’installe quelques années à Hof comme tourneur spécialisé dans l’os (corne, ivoire présents alors sur tous les instruments à vent) et fait sans doute des instruments à vent.
Puis à 34 ans, il quitte Hof et s’établit à Baireuth en 1805 comme facteur d’instruments à vent. (il devait donc avoir sa maitrise pour l’énoncer officiellement).
D’où une interrogation : où a t-il appris son métier de facteur ? Tourner de l’os voire du bois est une chose, faire une clarinette à 5 clés de qualité ou des bassons en est une autre. L’estampille d’une clarinette Stengel qui est dans cet étui va susciter des hypothèses sur cette question. En effet en analysant la clarinette en Ut, je me suis aperçu que :
1° Cette clarinette était originellement une clarinette à 5 clés dont la fabrication date des débuts de l'année 1800. L’évolution rapide de la clarinette entre 1800 et 1830 transforme cet instrument (la clarinette passe de 5 clés à 13 clés). En conséquence, il est assez courant à l’époque que le clarinettiste professionnel rajoute des clés et modernise son instrument, supprimant certains doigtés et notes peu justes afin de pouvoir jouer la musique romantique qui nécessitait plus de virtuosité. Le clarinettiste propriétaire de ce coffret a dû posséder cette clarinette en Ut d’abord quelques années puis jouant à l’orchestre, il a été obligé de moderniser sa clarinette vu la vélocité qu’on demandait à cette époque. Ainsi il a fait adjoindre 5 autres clés vers 1820-1830 sans doute chez Stengel quand il a acheté la boite avec les deux autres Sib et La à 10 clés (d’ailleurs il adjoindra un peu plus tard une 11ème clé).
Clarinette en Ut à 10 clès.
Cet ensemble de luxe et bien entretenu comme celui ci n’est possible que pour un concertiste classique jouant au théâtre, opéra…  Ainsi il pouvait changer de tonalité facilement en changeant d’instrument. Ceci perdura jusqu’à la clarinette Muller à 13 clés après 1830. Le fils Stengel d’ailleurs aura une réputation mondiale dès 1830 pour ses 13 clés qu’il exportera en Europe du nord, Russie, Amériques du nord et du sud….  
Clarinettes Stengel (Collection JDT).
2° Que la Stengel en Ut avait une estampille différente de la couronne royale habituelle.
 
Marque des clarinettes Sib et La.
Marque clarinette en Ut.
Marque Keller d'une clarinette Sib.
(Collection RP)
En effet la clarinette en Ut à 5 clés semble faite autour de 1805 par Stengel (puisque la ville de Baireuth est mentionnée) mais avec une estampille différente. Il s’agit ici d’un angelot musicien jouant de la trompette et tenant dans l’autre main une autre trompette, estampille bien connue notamment de Keller à Strasbourg et de la plupart des facteurs de cette ville après lui. Nous avons analysé donc les différents anges musiciens strasbourgeois de la collection de René Pierre et notre conclusion commune est que c’est un ange plutôt de type Keller à Strasbourg que de Bühner ou Dobner .
Ange Keller clar Bb
Ange Frères Keller.


Ange Keller clar Ut.
Ange Dobner et Felklin.





























Ange Bühner et Keller.
Première marque.








Ange Bühner et Keller
Deuxième marque.













Ange Dobner et Consort.








Ange Roth succ de Dobner.













1ère hypothèse : comment se fait –il que le fer de l’ange musicien de Keller se retrouve chez Stengel ? A t-il appris le métier chez Keller ? Trois arguments :
1- Les Keller sont des facteurs reconnus en France mais aussi dans les états germaniques.
Ils forment des apprentis et embauchent des compagnons français (comme Simiot) mais aussi d’outre Rhin (comme Bûhner qui deviendra  gendre et associé). Comme il est d’usage, d’aller se former chez d’autres facteurs réputés avant de pouvoir être qualifié de facteur officiellement (tour de France, tour d’Europe etc.), il est plausible que Stengel après son apprentissage à Hof ait travaillé chez un maitre réputé comme Keller et ramené des instruments estampillés avec l’ange musicien de Strasbourg.
2- Vu la relation étroite du prince (puis roi) entre son état de Bavière et Strasbourg (où il a vécu) et vu qu’à cette époque Napoléon régnait sur les deux régions, Alsace et Bavière étaient liées politiquement et militairement et la circulation entre ces deux régions étaient possibles, le problème de la langue n’étant pas un obstacle.

3- l’estampille des strasbourgeois sur cette clarinette Stengel permet de proposer cette hypothèse, (jusqu’à preuve du contraire), car l’analyse des nombreuses clarinettes de strasbourgeois avec la Stengel montre beaucoup de similitudes mais rien de déterminant. 
2ème hypothèse : Est- ce que cet ange musicien est l' estampille d’autres facteurs vers 1800 ? question récurrente exposée parfois par certains mais sans preuves qui empêche René de dormir (car il se pose beaucoup de question sur le sexe des anges). Elle  n'est pas l'unique estampille des strasbourgeois mais aussi une estampille franc maçonne donc transnationale qui pouvait être un mode de reconnaissance.  Ce qui est presque sûr c’est qu’elle a été utilisée notamment par Stengel avant la monarchie de Bavière en 1805, année de son installation à Baireuth..
Allez les frangins, on recherche si cette hypothèse est plausible…..
3ème hypothèse : René Pierre,  spécialiste des strasbourgeois m’indique que Dobner, était aussi à cette époque un vendeur d’instruments de musique de Strasbourg et sillonnait l’Allemagne. (vendant notamment des Keller et des Bûhner et Keller avant de créer son propre atelier).
Cette hypothèse est aussi possible. Dobner pouvait vendre des instruments fabriqués à Strasbourg avec l’estampille de l’ange musicien puis le revendeur –facteur local mettait son nom comme cela se faisait souvent pour fidéliser et honorer la demande de sa clientèle. C’est plausible en 1805 quand  Stengel démarrait son atelier à Baireuth et avait besoin d’un stock conséquent à vendre, vu la demande civile et militaire. 
D’autre part une autre question m’interpelle dans mon moi profond ! est-ce que cette estampille de l’ange musicien chez Stengel est un cas unique, accidentel ou utilisé plusieurs fois ?
Après bien des recherches, nous avons trouvé la preuve dans le livre de Young « 4900 historical woodwind instruments» , deux Stengel à savoir une flûte et un piccolo qui sont à Nuremberg et à Bamberg….) avec le même ange musicien ! Ceci tend à prouver que c’est bien la 1ère estampille de Stengel père, quand il était à Hof ou juste installé à Baireuth en 1805, avant que la couronne royale de Bavière devienne le symbole de tous et de lui en particulier.

Pour rester sur cette clarinette, 5 autres clés ont été rajoutées (ce sont les premiers patins rectangulaires que l’on trouve dès l’origine sur la 6ème clé de Lefevre/ Baumann) et avec des guides en laiton qui ont été mis bien après (1820-1830) pour s'harmoniser avec la sib et La à 11 clés du coffret.
Corps du haut avec les différentes clès de la clarinette en Ut.
Dans notre collection et celle de René Pierre nous avons souvent des clés rapportées dans des flûtes et des clarinettes. Voir ci-dessous une clarinette de Bühner et Keller à 9 clés (dont 4 ont été rajoutées) vers 1825.
Clarinette en Ut de Bühner et Keller à 5 clés plus 4 rajoutées vers 1825.
(Collection RP)
On trouve aussi exactement ces clés et les guides laiton chez Kayser de Hambourg vers 1850. Kayser a t-il eu des relations avec l’atelier de Stengel ? Ou a t-il copié ces clés pour en faire son style caractéristique ? 
Clarinette de Kayser.
Enfin le clarinettiste originel jouait paraît-il au sud de l’Allemagne (Munich, Baireuth, Ulm) selon l’antiquaire collectionneur habitant Ulm qui m’a vendu ce coffret.
Continuons la saga des Stengel : Johann Samuel Stengel forme aussi son fils Johann Simon Stengel qui est aussi flûtiste et clarinettiste et qui après son apprentissage, aura le titre de compagnon en 1821. Il va à l’armée puis libéré en 1824, il reprend l’atelier aidé par son père. Il remplace son père peu à peu car celui ci (selon le livre de Rita Fischer), jusqu’à sa mort en 1826 s’occupait aussi d’autres affaires (café ou magasins et entreprise de transport). En 1828 Johann Simon est consacré maître tourneur fabricant d’instrument à vent. La Bavière est alors sous le règne de Louis 1er, (fils de Maximilien 1er).  Stengel fils est un grand facteur qui remporte de nombreux prix aux expositions ; il est considéré comme un des meilleurs facteurs de Bavière. En 1832, il exportera ses instruments à vent à travers le monde. Plusieurs apprentis et compagnons de talent se formeront et travailleront chez les Stengel notamment Georges Berthold qui s’établira ensuite à Speyer
Clar. de Berthold
à Speyer.
(Col. JDT)

Plus tard Johann Simon Stengel deviendra encore plus célèbre car outre son talent, Baireuth va connaître un véritable séisme. En effet, sous le règne de Louis II de Bavière (fils de Louis 1er), l’arrivée de Richard Wagner va bouleverser la vie culturelle de la ville paisible de Bayreuth (autre orthographe plus moderne). Il est évident que pour Stengel fils déjà reconnu comme excellent facteur d’instruments à vent, l’arrivée de Wagner va stimuler son atelier, aussi bien pour la réparation que pour la fabrication d’instruments divers. Bayreuth va devenir célèbre dans le monde entier dès 1876 car Wagner révolutionne tout ! Wagner invente une dramaturgie et une musique novatrice et veut avec son protecteur et financeur (le roi Louis II de Bavière) créer un théâtre adapté à ses œuvres. Wagner veut aussi des orchestres importants et des instruments adaptés à sa musique. (cf communication dans un colloque de Rita Fischer sur les Stengel et Wagner). C’est ainsi que Johann Simon Stengel travaillera avec Richard Wagner à Bayreuth, élaborant même des instruments spécifiques pour lui (notamment un hautbois alto en 1875) pour la première représentation des Nibelungen. Wagner veut que le spectateur soit uniquement fixé sur la scène et la musique et non venir se montrer dans les loges, discuter comme dans le théâtre à l’italienne. En conséquence, il supprime les décorations qui peuvent distraire le spectateur (même à l’extérieur le théâtre est dépouillé, austère en briques). Wagner fait le premier éteindre les lumières pendant le concert pour que l’intensité dramatique soit plus grande, fait asseoir les spectateurs sur des gradins dans un amphithéâtre nivelant ainsi les classes sociales (on écoute de la musique à égalité et non pour montrer son rang ou ses toilettes), cache les instrumentistes dans la fosse pour ne pas distraire les spectateurs…Ainsi le spectacle se déroule sur scène et non dans la salle ! En 1876 l’anneau des Nibelungen fut un choc artistique et un échec financier mais le festival de Bayreuth à la mort de Wagner sera continué par sa femme Cosima (la fille de Franz Liszt) et par leur fils Siegried. 
Le petit fils : Johann Christoph Stengel, fils de Johann Simon qui a travaillé avec son père reprendra l’estampille habituelle et mettra une étoile à 5 branches (symbole international du compagnon maîtrisant son métier) et va en 1885 à la mort de ce dernier, poursuivre l’atelier familial et l’aventure de l’opéra de Bayreuth mais célibataire et sans descendance, l’atelier Stengel s’arrêtera après lui en 1902.
Après les deux guerres mondiales et mmalgré la proximité d’Hitler avec la famille et la musique de Wagner, les petits fils du Maître après la guerre feront revivre et renouvelleront le festival mondialement connu. (8 ans d’attente pour les billets ! ) 
Théâtre de Wagner à Bayreuth.
Estampille : Les Stengel , fidèle au royaume de Bavière et qui vivront à peu près la même durée que celui ci (les 3 Stengel seront contemporains des 3 rois de Bavière entre 1805-1918) utiliseront pratiquement toujours la même estampille (sauf l’exception de l’ange qui doit précéder le royaume comme nous l’avons vu)
 
Estampille clarinette Stengel.
L’estampille est : D’abord la couronne royale de Bavière, puis le nom Stengel (sans les prénoms) valable pour les 3 générations. Puis la ville de Baireuth (non ancien) ou Bayreuth . Les 2 orthographes existent pendant tout le 19ème siècle et les Stengel utilisent l’une ou l’autre. (cf les clarinettes du musée d’Edimbourg)
puis une fleur à 4 pétales ou plus tard une étoile à 5 branches, (symbole du compagnon), enfin la tonalité. 
Qui a fait ces clarinettes ? vu l’analyse précédente la clarinette en Ut avec l’estampille de l’ange est sans aucun doute de Stengel père et je la date en 1805. Pour les deux autres Sib/La, il est plus difficile d’affirmer qui a fait ces clarinettes. En effet si ces clarinettes Sib et La ont été faites entre 1820-1826, ces clarinettes ont pu être fabriquées par le père et/ou le fils car ils travaillaient ensemble. Si la clarinette est faite entre 1826 et 1830, c’est uniquement le fils. Pareillement pour les clés supplémentaires de la clarinette en Ut.  
Toutefois la forme des clés rondes et des guides laiton avec leur vis de facture beaucoup plus fine et l’analyse des clarinettes Stengel (dans les collections et les musées) et qui sont attribuées au fils, nous orientent vers le fils Stengel.

Cet article avec ses interrogations sera lu par le monde des collectionneurs-experts, notamment allemands qui vont confirmer ou infirmer faits énoncés et raisonnement.
J’attends vos réactions ….

Les fous de clarinettes : de g. à dr, Manfred Courquin, René Pierre, Denis Watel,
José Daniel Touroude.
PS : Denis Watel a  trouvé un facteur français (non strasbourgeois) utilisant comme marque l'angelot aux deux trompettes.
Pour voir cet article cliquer sur ce lien : Labadie à Montauban.
Vous avez donc dans cet article tous les angelots trompettistes connus actuellement....Si vous en connaissez d'autres.....à vos mails.
Clarinette Labadie à Montauban. 
Le 21 août 2015 : " Les fous de clarinettes " ont tous répondus présent et ont tous trouvés une marque qui ne soit pas de Strasbourg avec un angelot trompettiste ; c'est au tour de Mandfred d'avoir déniché un Dubois, pas celui dont on fait des flûtes, mais un de Chartres avec un angelot bien "grassouillet"  avec des petites ailes.....Ce Dubois était connu de Denis pour avoir été déja rencontré sur un hautbois pastoral.
Clarinette 5 clés
DUBOIS à Chartres.
(Collection M. Courquin)