mercredi 4 juin 2014

Un saxophone de légende : Le GRAFTON, rendu célébre grace à Charlie PARKER.

La légende part d'un concert à Toronto au Canada, au Massey Hall, le 15 mai 1953 avec le célèbre quintet bebop, qui outre Charlie PARKER était composé de Dizzy GILLESPIE (trompette), Bud POWELL (piano), Charlie MINGUS (basse), et Max ROACH (drums). C'est au cours de ce concert que l'on peut entendre le "Bird" jouer sur un alto de la maison Grafton, qu'il ne pouvait jouer qu'en dehors des USA, puisqu'il avait un contrat d'exclusivité avec KING dans son pays.

Couverture de l'enregistrement du concert.
Pour l'anecdote Charly, pour faire face à des contrats d'exclusivité
porte le nom de "Charlie CHAN" (le nom de son épouse).
Couverture du Vinyle original.
Ce saxophone alto Grafton n° 10265 lui aurait été donné par un anglais en 1950. Et ensuite il existe des versions variables de l'histoire : "il n'aurait été joué par Parker qu'au cours de ce concert", ce qui semble douteux puisqu'il existe de nombreuses photos avant et après cette date où on voit Charlie jouer ce saxe ; il aurait "gagé son saxophone pour se payer sa dose d'héroïne, avant le concert, et une personne de Grafton présente lui aurait donné ce saxe en plastic"?   Qu'importe les versions, on peut écouter cet enregistrement de ce quintet superbe....et essayez de me dire que le son de Parker est différent lorsqu'il joue ses autres saxophones, ou ce saxe en plastic.  
Ce concert a été le dernier qui rassemblait Parker et Gillespie.
Charlie Parker jouant son Grafton en 1950 à New-York
Ce saxophone a été créé par Hector SOMMARUGA (1904-1986), italien d'origine qui était passé par la France, l'Angleterre, le Portugal où il avait développé sa passion du saxophone, en créant dans ces pays des ateliers de réparation et avait apprit à jouer de cet instrument. Passionné également par les nouvelles techniques utilisant le plastic il avait créé à Londres une petite entreprise , Grafton Way à Tottenham Court Road. A la fin de la seconde guerre mondiale il projeta de construire un saxophone en matière plastique à un prix faible. Le brevet fut déposé en septembre 1945 et le premier prototype fut réalisé en 1946. La matière plastique spécifique à ce projet a été réalisé par Plastique Impérial Chemical industries. Hector avait besoin d'être aidé au niveau financier pour passer à la réalisation industrielle, il obtint dans un premier temps l'aide de Geoffrey Hawkes (de la firme Boosey &Hawkes, puis de John E. Dallas, deux acteurs majeurs de l'industrie des instruments de musique.
 
 
Une partie du brevet final obtenu en 1949
Ce saxophone alto fut mis en vente en 1950 au prix de 55 £ soit la moitié du prix d'un saxophone classique moyen de l'époque. Il est composé d'un corps en plastique, d'un bocal métallique, de clés métalliques directement fixées au corps en plastique, d'où une grande fragilité, munies de ressorts "enroulés" ou " Coiled Springs" nécessitant un matériel spécifique pour être installés, et de gardes en plastic.
Le corps en plastic.
Le corps et les attaches métalliques.
Le pavillon.
Gardes en plastic .
Clétage à ressorts enroulés
Ressort enroulés.
La numérotation commença en 1950 au N° 10000 et s'arrêta en 1968 au numéro : vers 14000.
Le projet d'un ténor exista, même peut être un prototype, mais s'arrêta bien vite devant la difficulté de réalisation et la faible réussite de l'alto. Il fallait pour atteindre le point critique de rentabilité obtenir le marché américain et surtout les universités....mais les US n'ont pas bien accueilli ce  saxophone "en plastic", "bas de gamme", "très fragile", "difficile à régler et très régulièrement".
Hector Sommaruga quitta la Dallas Company en 1953 pour rejoindre la Riviera française où il tint un môtel jusqu'à sa mort en 1986. La commercialisation dura une dizaine d'années, et quelques fabrications anecdotiques existaient jusqu'en 1968.
Publicité Grafton vers 1950.
Il y a quelques années en septembre 1994 le numéro 10 265, saxophone de Charly Parker a été vendu 100000£ chez Christie's......mais attention le dernier vendu à Vichy, n'ayant été joué par personne  de célèbre n'a fait que 1300 Euros (Mais ne le dites pas, je l'ai essayé ; peut être que sa côte va augmenter ?).
Un autre personnage du jazz moderne a joué sur Grafton, il s'agit d'Ornette Coleman qui en 1954 joua ce saxophone parce qu'il était le moins cher du marché. C'est sur ce saxe qu'il enregistra sa célèbre composition : Lonely Woman.

Ce saxophone de légende à donné des idées à quelques autres inventeurs.......C'est le cas du vibrato commercialisé actuellement.
Le premier "saxophone en polycarbonate"

Et le son ?
Et juste pour finir une pensée pour le Bird......
 
La tombe de Charlie Parker.
 
 
 
 

jeudi 1 mai 2014

Cannes Musicales-Walking Stick Musical Instruments-Spazier Stock Musikinstrumente.

Nous avons enregistré l'arrivée sur notre blog d'un nouvel abonné Daniel TRAUBE, expert et spécialiste de cannes de collection. Donc bienvenue à Daniel ; si vous voulez visiter son site voici le lien, vous n'avez qu'à cliquer :
 
Au XVIIe siècle la canne est portée par les puissants. " On dit que c’est Catherine de Médicis, vieillissante qui en lance la mode. Elle utilise en effet une haute canne d’ébène incrustée de nacre, qu’elle a fait venir de Florence, sa patrie d’origine. François 1er possède une canne, comme plus tard Louis XIII, puis Louis XIV, ainsi que leurs courtisans qui en firent l’une des règles de l’étiquette et même leurs comédiens l’utilisent comme symbole de grandeur dans leurs pièces. On se souvient également de la très riche canne de Richelieu. Les nobles suivent l’exemple royal et adoptent la canne. La mode est lancée". C’est entre 1830 et 1914 que la canne connaît son apogée. On ne sortait guère de chez soi, au siècle dernier, sans avoir une canne.
A chaque époque les fabricants de cannes se sont investis dans la fabrication de luxueux pommeaux de cannes. Les cannes de cette époque sont d’ailleurs, aujourd’hui, les fleurons de riches collections.
Pour les cannes musicales tout commence par les maîtres de danse.
"Un maître de danse, trouvant incommode d’avoir à porter d’une main une canne, de l’autre un violon, imagina de mettre le violon dans la canne. On dut en rire ; ce n’était qu’une bizarrerie. Ce professeur de grâce et d’élégance n’avait inventé là rien de bien agréable aux yeux. Il n’eut sans doute point d’imitateurs : les maîtres de danse continuèrent à porter sous le bras ou dans leurs grandes poches leur petit violon, qu’on appelait communément « pochette ». Voila la naissance de la canne pochette....
Canne violon- Walking Stick Violin - Stockgeige.

Canne Violon et canne flûte allemandes XIX.
Canne dont la poignée se dévisse et contient dans sa partie supérieure, une pochette ; la deuxième partie de la canne renferme l’archet.
Canne refermée.

Jasha Heifetz (1901-1987) jouant de sa canne violon.
Canne flûte.
C'est l'instrument le plus souvent réalisé en canne ; en effet les techniques de tournage ne sont pas très différentes pour réaliser une flûte, une canne...On en trouve de nombreux modèles, du plus simple, populaire, au plus précieux.......C'est notamment le cas pour cette canne flûte et hautbois, tournée dans une seule défense de narval, vendue chez Sotheby's en 2005 aujourd'hui au Métropolitan Museum de New York et décrite dans le site de Daniel Traube. Elle a été réalisé vers 1750 par Georg Heinrich Scherer (1703-1778), pour Frédéric le Grand de Prusse qui l'offrit à son ministre des finances.    
Canne flûte-hautbois de Scherer. (Met de New York)
Détails de la canne de Scherer.
Le modèle le plus fréquemment rencontré au XIXe est une canne flûte,  à une clé (soit caché ou apparente), imitant le bambou .
Canne flûte à une clé et a corps de rechange de COSELSCHI à Sienne.
Canne flûte à une clé (cachée) anonyme.
Détail de la clé.
Il existe de très nombreux modèles à une et plusieurs clés.
Canne flûte de Ziegler à Vienne.
Canne Csakan.
Cette flûte romantique du XIXe siècle jouée "dans la nature" existe souvent en canne.
Si vous voulez mieux connaître cet instrument cliquez sur ce lien : Csakan
Canne Csakan de Johann Baptiste MERKLEIN à Vienne (1761-1847). (DCM Collection)
Canne Flageolet.

Canne flageolet anonyme (DCM Collection)

Canne flageolet anonyme. (DCM Collection)
Canne flûte à bec.
Canne flûte à bec anonyme. (Collection Musée de la Villette)
Canne clarinette.
La réalisation d'une canne clarinette est plus complexe qu'une canne flûte, déjà par le nombre de clés, au minimum 5 ; pourtant elles sont fréquentes particulièrement au XIXe.
Clarinette à 13 clés anonyme. (Collection Vermillion)
Détails
 
Clarinette de Hammig à Vienne. (Vente Carelman novembre 2013 Drouot)
Clarinette Hammig.
Clarinette de Charles Felchlin à Berne (Musée de la musique de Bruxelles)
Pour en sa voir plus sur Charles Felchlin ou Felklin cliquez sur ce lien : FELCHIN
Détails d'une canne clarinette anonyme du Musée de la Villette.
Canne hautbois.
Très rare, vous pouvez voir également au dessus celui réalisé par Scherer pour Frédéric le Grand.
Canne hautbois XIXe anonyme. (Musée de Bruxelles)
Canne harmonica.
Bien représenté au musée de Vermillion (USA) South Dakota.

Canne Harmonica vers 1800. (Collection Vermillion)
Canne Harmonica en bambou de Swaine et Adeney à Londres (1860-1915). (Collection Vermillion)
Canne Harmonica française vers 1890. (Collection Vermillion)
Canne trompette, Canne Cor.
Voici en quels termes le comte de Pontécoulant décrivait les cannes trompettes dans son livre « Douze jours à Londres. Voyage d’un mélomane à travers l’Exposition universelle » (1862), au chapitre des instruments de musique (p. 279) : « Nous ne parlerons pas, bien entendu, de ces cannes trompettes, dans lesquelles on ajoute un jeu de deux pistons près de la pomme de la canne : les Hongrois avaient déjà fait des flûtes avec leurs cannes, c’était au moins compréhensible, mais nous n’avions point encore vu qu’on pût les utiliser pour des trompettes. Le jeu de deux pistons, muni d’une embouchure, s’adapte donc d’un côté de la canne, un petit pavillon de l’autre, et le promeneur peut ainsi se distraire des ennuis de la marche en jouant des airs sur sa trompette. » (Source Laurent Bastard).
Nous n'avons pas trouvé de canne trompette à pistons, mais quelques cannes trompettes naturelles.
Canne trompette anonyme.
Canne trompette sans pavillon. (Musée de Leipzig)
Canne Cor de Dupont. (Musée de la Villette)

Canne pupitre.

Canne Pupitre.
Canne Pupitre. (Musée de la Villette)
Canne étui.
Canne étui de baguette de chef d'orchestre.
Canne guitare-dulcimer.

Canne guitare et flûte.
Canne dulcimer.
Au XIXe siècle, période du romantisme, il fallait "communier" avec la nature, d'où la nécessité d'avoir des instruments de musique permettant de jouer pendant les longues promenades effectuées.
Musiciens jouant de l'orphica dans la nature.
Voilà encore une découverte, non pas de la canne piano.....mais de l'orphica, ce piano transportable, inventé par Carl Léopold RÖLLIG à Vienne vers 1795.
Orphica de Carl RÖLLIG à Vienne. (Musée de Munich)
Une élégante jouant de l'Orphica.
Mais collectionner les cannes musicales présente quelques "Dangers" ....tout d'abord comme l'explique très bien Daniel TRAUBE dans son blog, les FAUX sont fréquents ; en effet quoi de plus facile de transformer une flûte banale valant une centaine d'euros en canne flûte à 1500 euros comme le montre ce magnifique faux présenté dans une prochaine vente à Enghien.
Canne flûte (fantaisie)....présentée dans une vente à Enghien le 18 mai 2014.

Où plus simplement .....confondre une canne cornet (à pistons) et une canne cornet .....pour mieux entendre la musique.
Canne cornet.