vendredi 19 avril 2019

La famille DIETZ, trois générations d'inventeurs et de fabricants de pianos, créateur de la clavi-harpe. The DIETZ family, three generations of inventors and makers of pianos, creator of the clavi-harp.

La prochaine vente de Vichy du mois de mai 2019 propose une magnifique clavi-harpe de Dietz. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce facteur et sur cet étrange instrument.








Jean Chrétien Dietz, premier de cette génération est né à Darmstadt dans le canton de Hesse en Allemagne en 1778. Né dans une famille d'origine viennoise, il était mécanicien et  s'installa sur les bords du Rhin à Emmerich. C'est là que naissent ses enfants et une de ses premières inventions musicales : le mélodion (1805), petit piano carré proche du phys- harmonica. Ses sons proches de ceux de l'harmonica étaient produit par le frottement de tiges métalliques. Ses voyages en Hollande lui donnent l'occasion de présenter son invention dont il vendra quelques exemplaires, lui permettant de créer une société de fabrication d'instruments de musique et d'objets de mécaniques.
Mélodion de Jean Chrétien Dietz vers 1805
(Grassi Museum N°357)



















Dans la même période il met au point une harpe éolienne dont les deux cotés sont montés avec des cordes à boyau.
Harpe d’Éole. Vers 1805
(Collection MIM N°1512)
Il réalisa également la calipsonance, formée d'abord de diapasons puis ensuite de tiges métalliques placés verticalement sur des règles en sapin, sur lesquelles ont été collé des bandes de verre, frottées par les doigts.
Suivra le Trochléon, une sorte de piano à archet circulaire, type Geigenwerk.
En 1813 il est appelé à Paris par le Comte de Montalivet, ministre de Napoléon pour mettre au point des moyens mécaniques destinés à creuser des canaux. Installé à Paris en 1813 , il obtient un brevet de 10 ans le 18 février 1814 pour l'invention de sa Clavi-Harpe ou Harpe à clavier.
En 1816, il obtient un brevet pour : "Un moteur à vapeur applicable aux mécaniques" qu'il vend à Théophile Cauchoix en mai 1817.
En 1819 il participe à l'exposition de Paris où il présente sa clavi harpe. Il n'obtiendra aucune récompense. (Dietz et Cie 6 rue Notre Dame de Nazareth)
Cette même année J.C Dietz quitte Paris pour créer une usine de machines hydrauliques à Bruxelles. Son fils Christian (Chrétien) Dietz (1804-1888) suivant l'exemple de son père apportera dès l'âge de 15 ans des améliorations à la clavi harpe.
Signature du brevet de la clavi-harpe. (Source INPI)
Texte du Brevet de la Clavi-Harpe. (Source Inpi)

Cette harpe à clavier possède des touches qui font mouvoir de petits crochets, garnis de peau et qui pincent les cordes de métal filées de soie. Deux ou quatre pédales permettent de modifier le son. Cette invention sera exploitée par les 3 générations de la famille Dietz jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Mécanisme d'une clavi-Harpe.
D'abord installé rue Notre Dame de Nazareth puis au 36 rue des petits Champs, ses ateliers seront ensuite transférés au 26 rue Bondé, puis 13 rue Neuve des Capucins pour arriver au 53 rue Fontaine Saint Georges. Christian Dietz participe à l'exposition de Paris de 1827 et obtient une médaille d'argent pour la présentation de sept instruments à clavier dont une clavi-harpe et un grand piano à queue à quatre cordes.


Il fabriquait des pianos de toutes formes : ovale (1822), trapézoïdale (1824), ogivale (1826). En 1824 il invente un aérophone dont les lames métalliques sont mises en vibration par le vent.
Aérophone de Charles Dietz (1824)
Musée de la musique de Paris

Photo de Charles (Christian) Dietz (1804-1888)


Voiture à vapeur de Charles Dietz. (Source INPI)

Non seulement Charles (Christian) Dietz était inventif au niveau des instruments de musique, mais il l'était également au niveau des machines à vapeur. Il obtint notamment un brevet en 1841 pour "une voiture à vapeur dite remorqueur voyageant  sur des routes ordinaires."

Le violon selon C. Dietz. (Musée MIM de Bruxelles)
Il obtient un brevet le 15 mars 1856 pour un piano à queue verticale. En 1860 il met au point un violon qu'il lègue au MIM de Bruxelles. Il décède à Paris en 1888.
Son fils Christian Dietz sera lui aussi ingénieur, fabricant de pianos et de harpes à Bruxelles. Il obtiendra pour ses clavi-harpes une médaille d'argent à l'exposition universelle de Paris en 1889 et une d'or à celle de 1897.

Clavi-Harpe de Christian II Dietz.
Scenkonst Museet Stockholm 

lundi 8 avril 2019

Jean François SALOMON (1781-1831) inventeur de l' Harpolyre, à Besançon. Jean François SALOMON (1781-1831) inventor of the Harpolyre, in Besançon.

Le XIX° siècle, avec l'avènement de la musique romantique voit se développer l'intérêt pour la guitare. De nouveaux virtuoses de l'instrument, comme Fernando SOR se produisent dans toute l'Europe. Certains inventeurs cherchent à développer la guitare classique, c'est le cas de J.F. SALOMON et de l' Harpolyre qui malheureusement ne rencontra pas le succès qu'il escomptait.
Harpolyre de J.F. SALOMON. (Collection J.M. Renard)

Jean François SALOMON est né le 22 mars 1781 à Besançon. Son père Louis SALOMON était maître boulanger et sa mère était Louise GRESSET. Il devint orphelin assez rapidement, puisqu'il perdit son père, veuf de son épouse en 1786.
Signature de J.F. SALOMON.
On ne sait pas comment il se forma à la musique, mais il était déjà professeur de musique à son mariage avec Jeanne Bégnine CHALON, la fille d'un serrurier de Besançon le 12 avril 1809.
Marque de l' Harpolyre de la collection J.M. Renard.
Ils eurent plusieurs enfants : Françoise Catherine SALOMON (1810), Claude Etienne SALOMON (1811), Charles Henry SALOMON (1812), Sophie Antoinette SALOMON (1817), Christine Marie SALOMON (1822), Augustine Sophie SALOMON (1825).
Marque au fer d'une Harpolyre du Musée de La Villette.
En 1825, il est professeur de musique, Maître de chapelle à l'église métropolitaine de Besançon, Professeur de guitare et de chant à l'école polytechnique. Le 22 août il demande un brevet d'invention pour une guitare à 3 manches et 21 cordes qu'il dénomme Harpolyre (Arpolyre).

Fixation des 21 cordes sur l'Harpolyre de la collection J.M. Renard.
Cette guitare comportait 6 cordes sur le manche du milieu, qui étaient accordées comme une guitare ordinaire. Le manche de gauche était destiné aux basses et comportait 7 cordes accordées par demi-tons depuis le mi du bas jusqu'au la grave de la contrebasse. Le manche de droite était le manche diatonique et comportait 8 cordes (ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut).
Harpolyre d'André Augustin CHEVRIER.
 (Métropolitain Muséum de New York)
Mais visiblement sa description de l'instrument et ses explications ne suffirent pas au jury, qui demanda des dessins et explications supplémentaires. Puis des erreurs d'envois de courriers retardèrent la décision, ce qui désolait le pauvre SALOMON qui avait engagé ses économies dans la fabrication d'instruments.
Lettre du 10 février 1829.
" Jean François Salomon, Maître de Chapelle de l'église métropolitaine de Besançon, inventeur d'un instrument nommé Harpolyre, sollicite de votre excellence un brevet d'invention depuis le 22 août 1828. Il a rempli toutes les formalités qu'exige cette demande. Il a eu déjà eu deux fois l'honneur de vous supplier de vouloir bien lui faire expédier ce dit brevet et pourtant il gémit toujours dans l'attente ; il est privé après avoir épuisé toutes ses ressources pécuniaires à faire fabriquer de ces instruments, d'en continuer la fabrication et il a tout à craindre que les ouvriers qu'il a employé ne deviennent contrefacteurs si ce brevet qu'il attend depuis prés de six mois ne vient pas lui donner le droit de les poursuivre". (Dossier de l'INPI)
Dessin complémentaire fournit lors de sa demande de brevet, 
montrant les différentes utilisations des trois manches 
et le branchement avec le piédestal résonateur. (INPI)
Finalement il obtiendra son brevet le 19 mars 1829. Ses instruments étaient réalisés par un luthier né à Mirecourt : André Augustin CHEVRIER qui s'installa ensuite à Bruxelles.
Pour faire connaître et développer son invention, il s'installa à Paris chez le "Sieur DUCOUDRAY rue Saint Thomas d'Aquin à Paris". Il commercialisa une méthode pour Harpolyre et demanda à Fernando SOR (1778-1839), le guitariste, né à Barcelone, le plus célèbre du moment d'écrire de la musique pour Harpolyre.
Fernando SOR.

Le 19 septembre 1829 il demande un nouveau brevet pour un "Instrument propice à accorder les instruments à cordes" qu'il nomme accordeur. Il s'agit d'un système à lames métalliques sonores, accordées sur l'échelle chromatique, associé à un mouvement d'horlogerie à ressort qui permet de faire vibrer la note choisie aussi longtemps que souhaitez. Mais là également il rencontre des difficultés et il n'obtiendra son brevet que le 18 mai 1830.
Dessin de l'accordeur. (INPI)
L'Harpolyre n'a pas eu de succès, car aucun artiste ne voulait se livrer à l'étude des difficultés liées à l'utilisation des trois manches. "Après avoir fait inutilement un long séjour à Paris pour y faire adopter ses inventions J.F. Salomon retourna à Besançon, où la fatigue de ses efforts et le chagrin d'avoir dissipé en essais le fruit de ses travaux et de ses économies, le conduisirent au tombeau à l'âge de 45 ans (49 ans)"
François Joseph FETIS
Harpolyre de J.F. Salomon (Musée de la Musique Paris)
Jean François SALOMON est décédé à Besançon à 49 ans le 19 février 1831.
Cette Marche funèbre pour Harpolyre écrite par Fernando SOR était prémonitoire.






samedi 30 mars 2019

Nicolas SULOT (1780-1858) inventeur de violons "ondulés" à Dijon. Nicolas SULOT (1780-1858) inventor of "wavy" violins in Dijon.

Signature de Nicolas Sulot en 1818.

Nicolas SULOT est né le 19 juillet 1780 à Châtillon sur Seine (21). Il était le fils de Pierre SULOT employé. Violoniste et professeur de musique à Dijon il épousa Jeanne NAUDET  (1791-1868), le 9 juillet 1818 à Dijon et reconnaissent quatre enfants : Jean Hubert (1813), Louis Robert (1815), Bernarde (1816), François (1817). Ils auront 14 enfants dont la plupart seront musiciens à Dijon et à Paris. Il s’intéressa à la lutherie dès 1828 et obtient  le 17 décembre 1829 un brevet d’invention de 15 ans pour « une table d’harmonie à ondulations qui peut être adaptée à tous instruments à cordes de quelque nature qu’ils soient ».

Dessin du Brevet de Sulot. (Source INPI)


































Pourquoi des tables ondulées ? « ….mon moyen nouveau permet d’augmenter le volume d’air renfermé dans l’instrument et par conséquent d’en augmenter les proportions ». Mais ses recherches ne se bornaient pas aux « tables ondulées », il étudiait également toutes les solutions pour améliorer la sonorité : « Éclisses droites, table plane avec éclisses droites, table convexe à ondulations horizontales sur éclisses courbes, table à courbures progressives convexes et à ondulations…… » Il essayait de trouver la meilleure combinaison.
Violon Sulot à table ondulée. (Vente de Vichy 2008)
Tous les instruments de Nicolas SULOT étaient en fait fabriqués par Claude Raymond HENRY (1799-1850) de Dijon, luthier de Mirecourt qu’il avait convaincu de s’installer à Dijon en 1829. C’est d’ailleurs chez lui que son treizième enfant, Bernarde Mélanie SULOT née le vendredi 13 novembre 1829, décède onze jours plus tard. Bien souvent on attribue ces violons à Henry LAPOSTOLET ou Claude Henry LAPOSTOLET, erreur résultant du dictionnaire de René Vannes qui confond le père et le fils. En effet Joseph HENRY-LAPOSTOLET (1828-1894) professeur de contrebasse et marchand de musique, qui avait repris la boutique de son père Claude Raymond HENRY à sa mort le 10 septembre 1850, avait épousé le 12 mai 1851 à Sombernon (21) Philiberte Marie LAPOSTOLET et pour se différencier de son père avait associé son nom à celui de son épouse : HENRY-LAPOSTOLET  d’où ces nombreuses confusions entre nom et prénom.
Étiquette de Joseph HENRY-LAPOSTOLET de 1851 postérieur à l'activité de SULOT à Dijon
Dans son dossier de brevet de 1829, il ne décrit que les violons : « ….Mais je n’ai mis sur mon plan que le violon parce que je ne m’occupe maintenant que de de cet instrument. J’aurai donc soin selon que je perfectionnerai les autres instruments d’en envoyer le plan et la description des courbes des éclisses….. ».
Il existe une table de contrebasse avec ondulations au Musée de la lutherie de Mirecourt signée de Claude Raymond HENRY  daté de 1830. (Information Anne Sophie Benoit)
Table de Contrebasse modèle Sulot réalisée par Claude Raymond Henry.
(Musée de la lutherie de Mirecourt)

Violon expérimental de N. SULOT. (Musée de Bruxelles).
Mais Nicolas SULOT ne préconisait pas seulement l'ondulation pour les instruments du quatuor, mais également pour les instruments à vent. Il obtient une addition à son brevet pour les instruments à vent le 27 mai 1830.
Schéma pour l'addition du 27 mai 1830 des instruments
 à vent au brevet de N. Sulot. (source INPI)

Nicolas Sulot continua de demander des additions à son brevet dans lesquelles il précisait « son invention »  comme en 1830.
Détails de descriptions des tables d'harmonies à ondulations. (Brevet 1830 Inpi)
Mais il semble avoir été  obnubilé par le fait que l’on puisse lui « prendre » son invention.  C’est ainsi qu’il agrémente ses demandes de souhaits originaux : « Lorsque j’ai demandé le brevet d’invention, je ne connaissais pas les lois et ne pouvais pas penser qu’il existât un article pareil à celui qui concerne les déchéances : Section VII. 7° cas : déchéance de tout brevet qui prendrait hors de France un titre analogue au sien et pour le même objet »
Donc en conséquence il demande que l’on change la loi …  « Car dans le cas contraire je prendrais mes brevets à l’étranger et on m’accorderait ensuite l’importation que nos lois permettent sans scrupule… »
« PS : Les observations que j’ai l’honneur de vous faire d’autre part sont tellement vraies qu’un individu vient d’arriver tout exprès de Mirecourt pour tâcher de séduire mes ouvriers afin d’obtenir des renseignements sur mon système et les porter hors de France ».
Il obtiendra le 31 mars 1841 un brevet de 10 ans « Pour un système général double, triple pour tous les instruments à cordes et à table d’harmonie »….préconisant de doubler les tables pour augmenter le son.
Même chose le 8 décembre 1847, pour : « Perfectionnements apportés aux pianos grâce à un système à double voix ou double jeu de cordes ». Système consistant par un double sillet et deux chevalets, l’un inférieur et l’autre supérieur, fixés sur deux tables d’harmonies supérieure et inférieure. Nicolas Sulot était depuis 1840 installé à Paris avec sa famille et était premier violon au théâtre de la Porte Saint Martin à Paris. Trois de ses fils étaient restés à Dijon et étaient musiciens, les autres l’avait suivi à Paris, c’est le cas de Jean Alexandre Sulot né en 1824 à Dijon qui sera violoniste et se déclarera facteur de pianos au 14 rue des Saints Pères à Paris à la mort de sa mère Jeanne Naudet (1791-1868).
N. Sulot est décédé à 77 ans le 21 mars 1858 à Paris.
Ajouté le 20 février 2013 : Anne Sophie Benoit du Musée de la lutherie de Mirecourt nous signale qu'un violon de type Sulot existe au Palais Lascaris de Nice, daté de 1834 il a été réalisé par Charles Victor HEUREAUX (1807-1848) luthier à Mirecourt. Ce qui montrerait que Claude Raymond HENRY n'a pas été le seul luthier à réaliser des instruments pour Nicolas Sulot.
Violon de C.V Heureaux selon le modèle de N. Sulot.
(Palais Lascaris de Nice)


mercredi 6 mars 2019

Reconstruction d’une flûte d’époque Louis XIV de Rippert, par Philippe Allain-Dupré. Reconstruction of a Louis XIV flute from Rippert, by Philippe Allain-Dupré.


Jean-Jacques Rippert est connu dès 1696 comme « faiseur de flûtes »
En 1701 Sauveur dresse un tableau des instruments à vent « selon la pratique du sieur Ripert et du sieur Jean Hautetaire le jeune, les plus habiles facteurs de Paris ». Jean Hotteterre le jeune (1648-1732) était sans doute celui listé en 1692 par Du Pradel comme « Maitre pour le jeu et pour la fabrique des instruments à vents». C’était un cousin de Martin, le père du célèbre Jacques Le Romain.
Voici un extrait de : Sauveur, Mémoire de l’Académie des Sciences, (1701) p. 37.
En 1715, le voyageur Uffenbach écrit : « j’allai chez Rippert, le facteur de flûtes renommé; c’était un très vieil homme qui habitait rue Colombière, vis-à-vis de l’Hôtel de Hollande. Ce monsieur Rippert n’avait rien de prêt et, en raison de son grand âge, travaillait très lentement, mais bien. Aussi valait-il la peine d’être un peu patient ». Il lui achète deux flûtes pour son jeune frère et pour son cousin qu’il leur expédie à Strasbourg et à Francfort. Uffenbach, Journal (1715), manuscrit, Bibliothèque universitaire de Göttingen.

Quatre flûtes traversières de Rippert sont conservées, deux à Paris (Collection Dorgeuille), une à Glasgow et la magnifique flûte avec ivoire guilloché du Musée Engadin à St Moritz (Suisse).












L’art du guillochage est maîtrisé par Jean-Claude Charpignon, un artisan passionné des techniques anciennes de tournage. J’ai eu la chance de le rencontrer en mai 2018 grâce à mon collègue Rod Cameron. Nous avons décidé de fabriquer ensemble une copie de cet objet unique en son genre.


Les matériaux sont le buis et l’ivoire. Celui-ci est devenu introuvable, les défenses d’éléphants étant maintenant brûlées dans des autodafés scandaleux voir : 
Heureusement mon frère Yves avait acheté 30 Francs aux puces dans les années 80  une imposante défense de phacochère que nous avons débitée : 






Après quelques mises au point et la fabrication de tous les outils de coupe, Jean-Claude a pu réaliser les 4 viroles en ivoire de phacochère.


Il ne restait plus qu’à réaliser l’instrument de musique, tâche que je connais sur le bout des doigts pour avoir tourné toutes mes flûtes copies 15ème, 16ème, 17ème et 18ème depuis 1982.

Je n’ai pas copié exactement la flûte de Rippert, qui sonne au diapason 400Hz, le ton de chambre français en 1700. Il a fallu rétrécir un peu l’embouchure et éloigner les trous d’environ 10mm pour faire sonner cette flûte au diapason 392Hz, le standard actuel, un ton au-dessous de 440Hz, qui nous est imposé par les claviers transpositeurs au demi-ton et au ton.

L’instrument sera joué en 2019 lors de plusieurs concerts de musique française baroque avec « Les Musiciens de mademoiselle de Guise », vous pouvez en suivre l’actualité sur mon site : Site de Philippe ALLAIN - DUPRE ou Facebook : Les-Musiciens-de-Mademoiselle-de-Guise.
ou m’inviter pour un autre concert.


©Philippe Allain-Dupré                allain-dupre@club.fr





lundi 7 janvier 2019

BONNEVILLE Flute ? Vous avez dit flûte Bonneville. En argent ou en plaqué? Et quel numéro ? Qui était Auguste BONNEVILLE? BONNEVILLE? You say Bonneville flute? Silver or silver plate? Which number? Who was Auguste BONNEVILLE?

Pour les flûtistes, les collectionneurs......BONNEVILLE  est un nom famillié et synonyme de flûtes prestigieuses.....Mais le saviez-vous c'est aussi une marque de Motos  chère (dans tous les sens du terme) à James DEAN.
James DEAN sur sa moto Triumph Bonneville.
Mais aussi un modèle de guitare électrique : DUESENBERG BONNEVILLE.

Vous allez dire que je "ratisse" large.......en ce moment pour faire de l'audience? C'est vrai, vous avez raison car un des principal reproche ( en plus des fautes d'orthographes et de grammaire) fait à ce blog est le fait d'être trop spécialisé ....un de nos abonnés m'a demandé de le rayer de la liste, car il n'y avait pas d'article sur le Cor de chasse ....
Mais revenons à BONNEVILLE, comme en ce moment je commence a rédiger mon bouquin sur les poinçons j'avais à écrire, une demi-page sur ce facteur de flûte.....donc quelques recherches dans les ouvrages fondamentaux..résultats : Bof. Heureusement il a le blog de Jean Jacques BONA pour l'histoire (Luthiers Vents) et celui de Gary LEWIS pour les flûtes (Gary Lewis) où l'on trouve de vraies informations, points de départs de recherches plus approfondies. Car dans le milieu des flûtistes et des collectionneurs ont parle de "flûte Bonneville", "Lot", "Rive"....On joue sur Lebret, Barbier, Tulou....Le facteur devient objet ....marque, mais on ne connaît pratiquement rien d'eux, rendez-vous compte il n'existe actuellement aucune photo, aucun portrait.
Pour BONNEVILLE, par exemple cette marque concerne trois générations et au moins quatre personnes. Auguste Adrien BONNEVILLE est né le 13 septembre 1819 à Bessancourt, petite ville du Val d'Oise (95).
N°29 vers 1876 sans AB cursives.
N°3928 vers 1914













Il épouse Sophie Joséphine POIRON (1814-1877)  à Paris le 12 octobre 1844. Leur premier fils, Henri Léon est né le 26 mai 1847 à Paris, suivi le 8 juin 1854 d'Alphonse Edmond et d'Eugène Lucien le 15 octobre 1866. En 1858 il crée le fonds de commerce BONNEVILLE. En 1869 il est cité dans l'inventaire après décès de V.H. GODFROY  comme " Bijoutier : 9 rue Corbeau" travaillant pour ce facteur, tout comme Claude RIVE et Jules BELORGEY Fils. Sans doute fournissait-il les clés d'instruments. 
Marque d'une flûte cylindrique de V.H. GODFROY de la période
de collaboration avec A. BONNEVILLE. On peut constater que
A. BONNEVILLE s'est inspiré de la marque de Godfroy pour
 réaliser la sienne. Il serait intéressant de comparer les instruments
de ces fabricants de flûtes notamment au niveau des clés.
En 1876, toujours 9 rue Corbeau, il commence sa propre fabrication de flûtes en compagnie de ses fils, Alphonse Edmond "mécanicien" à la même adresse et Henri Léon, "fabricant d'instruments de musique" 21 rue Bichat.
Marque des flûtes en bois
notamment des piccolos.
N°2138 piccolo du Musée
de la musique de Paris
vers 1897.
Une gravure légèrement
différente pour cette
flûte 4457 vers 1918.















Entre 1885 et 1888 l'atelier devient "BONNEVILLE et Fils" toujours rue Corbeau et obtient en 1888 un brevet pour "une flûte à anneaux sans tampon. Le passage à la raison sociale BONNEVILLE et Fils vers 1885 correspond sans doute au départ en retraite d'Auguste BONNEVILLE  qui avait 66 ans à cette date. Il était temps de laisser la place à son ou ses fils (Il reste à déterminer lesquels des trois fils travaillaient dans l'atelier). Néanmoins  c'est le fils Cadet : Alphonse Edmond BONNEVILLE (1854-1925) qui prend réellement la succession de son père . Si la raison sociale change, la marque des instrument reste la même et la marque "BONNEVILLE Fils" rencontrée sur certains instruments n'a rien à voir avec cette période.
Le nombre de flûtes et piccolos fabriqués par Auguste BONNEVILLE " le père" (ou sous sa direction) est assez faible comparé aux 6000 instruments (Estimation) au total. Nous estimons  à 1000 (A confirmer) le nombre d'instruments fait sous l’ère d'Auguste Bonneville père (1876- c1885).

Flûte N°29 en métal argenté (Silver plate).
Piccolo N°879
Vers 1883
Il serait très intéressant d'analyser les différences de facture et de qualités musicales des instruments de ces différentes périodes, pour notre part nous n'avons pas les compétences suffisantes pour faire ce travail. Peut-être que certains spécialistes (Suivez mon "regard appuyé et insistant") pourront se lancer ?
Il est a noté qu'aucune flûte en argent de cette période, ne porte de poinçon. Le poinçon "A Lyre B" bien connu de Bonneville a été enregistré le 22 décembre 1899, donc largement après la première période et après le décès d'Auguste BONNEVILLE.
Poinçon Bonneville enregistré  le 22 décembre 1899.
C'est également au (x) Fils que l'on doit le brevet de quinze ans obtenu le 5 mars 1888 pour "L'application d'anneaux mobiles sans tampon aux flûtes à perce cylindrique en métal".
Brevet 189126 de Bonneville  et Fils. (Source Inpi)














Le principe de ce brevet :












Flûte N°1956 (Vers 1894) appliquant ce brevet sur deux plateaux.
(Cheminées très hautes) 












Ce brevet n'a sans doute pas rencontré un grand succès. Au début les 5 plateaux ouverts des flûtes BONNEVILLE comportaient ce système, puis ensuite seulement deux comme dans l'exemple ci-dessus de notre collection, puis après il a été abandonné. Au départ en 1888 Alphonse BONNEVILLE avait prévu une numérotation différente et une marque sur laquelle avait été rajoutée "Breveté", comme cela avait été fait chez Godfroy.
Flûte à 5 plateaux système breveté
N°6 avec une marque sur laquelle
a été rajoutée "Breveté"
Vers 1888. Coll. Gary Lewis.

























Le 4 décembre 1895, Auguste Adrien BONNEVILLE décède à 76 ans, rue Corbeau. Alphonse Edmond  BONNEVILLE, fils cadet prend la suite et déménage vers 1895 au 44 rue Saint Sébastien avant de s'installer définitivement au 140 Bd Richard Lenoir. A l'exposition universelle de Paris, de 1900, Alphonse Edmond Bonneville obtient une médaille d'or

Auguste Lucien BONNEVILLE (1880-1944) fils de Alphonse Edmond, avait son propre atelier sous le nom de BONNEVILLE Fils, de 1908 à 1912 au 84 faubourg du Temple (Paris 10).  Il est déclaré en faillite le  31 janvier 1913. Quelle était la qualité de ses instruments et étaient-ils différents de ceux de son père et de son grand père, nous ne pouvons le dire. Sa marque comportait la mention fils et sa numérotation d'instruments allait de 1000 à 1500 (à confirmer).

Flûte Bonneville Fils
en argent avec plaque 
d'embouchure en or.
Vente Enghein
Marque Bonneville Fils
Flûte Bonneville Fils
en argent avec plaque
d'embouchure en or

























A la suite de sa faillite en 1913 Auguste Lucien est-il revenu travailler avec son père, nous ne pouvons le dire, mais cela est fort probable.  Mais c'est dans cette période que l'atelier a été le plus productif. Alphonse Edmond Bonneville est décédé le  16 novembre 1925. Le fonds de commerce Bonneville a été vendu le 28 octobre 1835 à Mr Dubois, fabricant d'instruments de musique.



A partir d'informations transmises par nos amis et nos lecteurs nous avons essayé de réaliser un 
Essai de datation des instruments Bonneville en fonction de leur numérotation.
Les dates sont données avec une approximation de 2 à 3 ans. Cette numérotation ne concerne pas les instruments portant la marque Bonneville Fils et certain portant la marque classique plus breveté et à numéro de 1 ou 2 chiffres.

Notre échantillon  comporte actuellement : 170 instruments
Nous avons comme dates certaines : N° 2400 (première flûte portant le poinçon "A Lyre B" vers 1900 - N°3996  pour juillet 1915 - N°5059 datée 18 avril 1923. Dernier N° 5611 vers 1935.
1895 : Auguste Bonneville décède à 76 ans. Alphonse Edmond Bonneville lui succède.
1899 : le 22 décembre : insculpation du poinçon "A Lyre B". (Actuellement la première flûte de notre échantillon comportant les poinçons d'argent "A lyre B" porte le numéro 2400) 
1925 : le 16 novembre : décès d'Alphonse Edmond Bonneville à 71 ans.
1935 : le  28 octobre vente du fond Bonneville à Mr Dubois.

De 1876 à 1900 : nous avons une moyenne de 100 instruments par an. De 1900 à 1915 : 102 instruments de moyenne par an. 1916 à 1923 : 136 instruments par an (Sans doute incluant la fabrication d'autres instruments comme la clarinette ?). A partir de 1924 une adaptation décroissance des 468 instruments restant.

Voici le résultat : A vous de nous dire ce que vous en penser et à nous aider à affiner cet essai.