mercredi 8 octobre 2014

Vivre vieux et mieux grâce à la musique.

Réflexion croisée entre les expériences et le ressenti d’une chorale d’anciens et quelques explications des neurosciences.

Par José Daniel Touroude


Le foyer logement de Saint Georges de Didonne (17) près de Royan est réputé pour son cadre, au bord de l’Atlantique, par sa qualité de gestion et de services à la personne , mais aussi par sa chorale véritable centre de gravité des résidents. Donnons la parole dans un tour de table aux participants avec la question simple : Pourquoi chantez-vous et quelle importance a cette chorale pour vous ?  Cette réunion est un exercice collectif pour trouver les mots clefs, les idées essentielles pour analyser leurs ressentis et voir leurs correspondances avec les neurosciences.


1°) « La musique a une action sur ma santé qu'il est fondamental de préserver » nous indique une quasi centenaire.
« Je ne pense plus à mes douleurs, à l’ennui, à la solitude car en chantant je m’extériorise, je pense à autre chose, à ma partition, au prochain concert, j’évacue mes problèmes quotidiens et j’améliore mon bien être » dit un autre choriste.
« Pourquoi je chante en chorale, alors que je n’ai fait que fredonner seule toute ma vie ? pour une simple raison : la musique me devient aussi essentielle que de respirer et ma santé s’améliore " indique une autre participante. « Pour moi il faut de la musique avant toute chose comme le disait le poète Verlaine. Depuis que je chante je vieillis moins vite, du moins j’ai cette impression, et le stress de vieillir baisse assurément"
« De la musique jusqu’à la fin pour vivre mieux et plus vieux, j’en suis convaincue car je l’expérimente depuis longtemps ! Notre chorale nous permet de lutter contre l’échéance finale. Beaucoup de nos membres disparaissent, la moyenne d’âge de ce foyer logement est de 87 ans, mais quand on chante, je peux vous dire que nous n’avons plus le même âge, des plaisanteries, même grivoises, fusent et on a bien sûr un homme qui nous fait rire ! Quand je chante le stress de vieillir diminue. »
La musique a une fonction thérapeutique et aide à combattre la maladie et à ralentir la perte de motricité. Le pouvoir de la musique est neuroprotecteur et possède des vertus médicinales.



Les neurosciences ont prouvé que le cerveau mélomane permet de retarder les maladies dégénératives (notamment Alzheimer, sclérose, maladies cardiaques..)
L’hormone cortisol responsable du stress diminue. Chanter permet de bien respirer et de soulager le stress de vieillir. Chanter sur scène oblige à se dépasser et à puiser dans les réserves assoupies. Pourquoi le professeur de musique fait faire des respirations ventrales avant de commencer à chanter ? car respirer c’est mobiliser son ventre qui est un deuxième cerveau (vu le nombre important de neurones dans cette région : 200 millions) et cela fournit aussi l’oxygène.

Différentes zones du cerveau concernées par le type de musique.


« La musique a une action dynamique pour moi et en plus je renforce mon estime de moi car je suis fière de faire une activité intelligente et nouvelle à mon âge. »
« Moi je chante pour le plaisir, pour me faire plaisir et faire plaisir. 
 
Quand je chante ma tête est légère et je suis bien, je prends du plaisir. »
« Pour moi, c’est dur souvent de démarrer mais j’ai plus de tonus surtout après les répétitions et les concerts.  Regardez le film « Buena vista social club»  avec ces vieux cubains passionnés qui ont traversé tous les aléas et souffrances de la vie mais qui n’ont jamais abandonné la musique, ou le film « I feel good » avec une chorale de personnes âgées proche de ce qu’on fait ici et qui montre que la musique accompagne toutes nos vies et devient source de régénération"
« Nous devenons plus réactives et plus toniques : j’en oublie ma canne quand je chante, car c’est la musique qui me porte » indique une autre.
 Je respire mieux et je me décontracte aussi car j’ai vraiment envie de chanter, c’est comme un massage dynamisant. »
 




Quand on joue de la musique, les échanges entre synapses s’accélèrent et plusieurs neurotransmetteurs interagissent. Les neurotransmetteurs sont libérés par les neurones qui agissent sur d’autres neurones qui sont connectés réalisant ainsi une véritable réaction en chaine qui innerve le cerveau. Selon la nature du neurotransmetteur, il va inhiber ou exciter les neurones, le cerveau et tout le corps.
Ainsi l’imagerie médicale du cerveau a indiqué que la dopamine irrigue le cerveau et notamment la zone de plaisir.

Il existe plusieurs familles de neurotransmetteurs : les catécholamines : (dopamine, noradrénaline, adrénaline) mais aussi la sérotonine, l’acide glutamique, l’histamine, les endorphines proche des opiacés connus par les sportifs etc…

Plusieurs aires cérébrales sont réorganisées par la musique intensive que ce soit par l’écoute et/ou la pratique musicale.
L’émotion nait souvent de la répétition, la joie étant liée aussi au tempo. Si on fait passer une IRM à un musicien, l’imagerie cérébrale montre que les zones cérébrales sont activées comme lors des stimulations biologiques fortes positives.
 En écoutant et/ou en pratiquant de la musique, on se dynamise et on est heureux de vivre pleinement et pas au ralenti. (la sérotonine est liée à la bonne humeur). La maitrise respiratoire en captant plus d’oxygène est aussi (comme le sport) un bon exercice de longévité. La musique est neurostimulatrice, elle engendre un dynamisme et en travaillant la musique, les neurones se reconnectent comme quand on est en pleine activité professionnelle. La pratique régulière de la musique modifie la structure même du cerveau, sa plasticité, et en activant régulièrement certaines zones, elle développe certaines parties. Le cerveau s’adapte à l’instrument que l’on joue (expérience de Schneider en Allemagne) et en jouant avec les autres, en les écoutant (orchestre, chorale), on s’adapte sans cesse. Ainsi chez le musicien les deux hémisphères du cerveau sont mieux connectés et communiquent mieux que chez le non musicien. Et l’estime de soi et la fierté constituent une véritable source d’activation pour le cerveau qui redonne la forme.




3°) « Chanter c’est encore vivre, respirer, avoir des émotions, chanter des airs qui rappellent des souvenirs heureux mais c’est aussi dépasser ses inhibitions et sa timidité qui nous recroquevillent quand on vieillit car peu à peu on perd confiance en soi, en ses aptitudes passées. En chantant en chorale on prouve à soi même et aux autres que nous pouvons faire encore des activités ».
« La passion est source de jouvence, dira une autre choriste, et la musique, quand les autres passions se sont éteintes progressivement, demeure. Nous écoutons tous plus de musique qu’avant, j’ai même écouté un opéra en entier à la TV (la flute enchantée) ce qui ne m’était jamais arrivé! voilà comment on passe de la chansonnette à Mozart. Je n’ai pas eu la chance d’avoir une éducation musicale, étant de conditions modeste et ayant travaillé jeune, mais je me rattrape. Notre prof et amie nous fait chanter des variétés de notre jeunesse mais introduit de plus en plus de la musique classique (j’adore chanter Gounod !) et je regrette de ne pas avoir travaillé ma voix mais il n’est pas trop tard pour chanter et prendre du plaisir. »

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Il faut un environnement musical intense et précoce. Les neurosciences pensent que c’est essentiel pour formater le cerveau. Mais on peut faire la même analyse avec les sportifs et autres comédiens ! (influence de la famille, école…) mais on a prouvé que l’on peut apprendre à tout âge, la création de neurones étant continue.
Le son crée une pression dans l’oreille qui est un réceptacle qui va activer le cerveau (lobe temporal derrière l’oreille) en transformant le son en signal électrique puis chimique, puis une autre zone sera activée situé dans le lobe frontal, lieu des souvenirs et de la mémorisation, puis une autre zone est activée la zone de plaisir et de récompense, enfin toute la superficie du cerveau est activée et adhère à la musique. C’est pourquoi chanter ou faire de la musique ou même en écouter a tant d’implications sur le cerveau et sur la personne toute entière. Le traitement de la musique par le cerveau est désormais connu : Quand on écoute un thème, la musique agit sur le cortex temporal et l’aire de Broca (identique à la parole, production des sons) et l’aire de Wernicke( perception des sons), et fait sentir une émotion car l’amygdale et le cortex orbito-frontal sont activés. Avoir des émotions façonne le cerveau.


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Pour écouter la Chorale chanter Santiano..

4°) « Mon corps vibre et bouge, je bats la mesure, souvent j’ai envie de danser comme avant, surtout sur certains rythmes, moi qui était assez coincée car il fallait garder certaines convenances, je peux désormais oser ! »
« Pour moi rester débout pendant une heure à chanter est physiquement de plus en plus difficile mais cela me démange de bouger». « Pour moi, entendre un son c’est bien, le produire c’est encore mieux et créer à partir de sons une mélodie connue et en rythme, cela rejoint les battements de mon cœur, c’est magique et cela mobilise mon énergie et le mouvement. Je n’aimerais pas devenir sourde. »
« Quand je vais chanter, je me réveille mieux et j’ai envie toujours de chocolat"  (rires) indique une autre choriste.

Les neurosciences montrent que le cervelet est activé et synchronise musique et mouvement. Le musicien mobilise son corps en fonction de son instrument et a une excellente coordination motrice qui fait agir les doigts des mains de façon coordonnée et pourtant autonome.  Le mélomane lui va battre la mesure avec les pieds, bouger, respirer différemment… et parfois avoir une envie de danser. L’histamine est le neurotransmetteur situé dans l’hypothalamus et génère l’éveil (absent quand on dort). Le fait d’aller chanter mobilise l’histamine, principal centre de l’éveil, et quant au chocolat il est prouvé qu’il est une source d’histamine comme le thon, les sardines, le roquefort… N’oublions pas aussi les omega 3, les noix , avocats… donc avant un concert, un menu stimulant est indiqué !


5°) « La chorale pour moi c’est rester dans la convivialité, partager et être ensemble. Quand je chante, je suis en phase avec les autres, je suis dans un groupe et on partage des expériences ensemble et après on noue plus facilement des relations amicales, comme quand je faisais du sport en équipe. En chantant je suis en empathie avec les autres, je crée un lien social même avec le public et mon comportement amical envers les autres s’améliore car l’adage le dit bien : la musique adoucit les mœurs ! »
« Moi, ce qui m’amuse c’est l’ambiance, énonce une autre résidente, nous avons des fous rires et chanter reste une joie et c’est contagieux à tel point que certaines personnes extérieures viennent renforcer la chorale (exemple de la CCAS de la mairie) et nous avons enfin des hommes basses et barytons ce qui améliore l’ensemble et une petite nouvelle centenaire qui vient d’arriver de l’extérieur ! Quelques personnes des maisons de retraite des alentours viennent parfois chanter aussi. Nous mettons la barre de plus en plus haut ! et nous avons même remporté une joute inter-chorales et nous en sommes fières. Cette ouverture avec l’extérieur est essentielle pour nous surtout que nous sommes souvent valorisées grâce à nos prestations chantantes. »
« Ce qui est amusant, c’est que les membres de la chorale constituent un groupe soudé par une activité et respecté par les autres résidents y compris par tout le personnel".

La pratique de la musique crée des chemins neuronaux qui sont ensuite reconnus (comme se frayer un chemin à travers un champ), et ces chemins sont de plus en plus visibles à force de répéter le passage. (c’est pourquoi il faut travailler !) Et quand cela passe bien, tous se sentent heureux d’avoir participé à une œuvre collective de qualité.
En effet la pratique et l’écoute de la musique améliorent la santé et cela permet de briser la solitude donc d’avoir plus d’empathie pour autrui et donc un comportement plus positif.



6°) « Participer à cette chorale, c’est avoir encore des projets et  penser au futur proche, en fait rester en activité à défaut de rester jeune. Et puis j’aime le risque, jouer sur scène, me remettre en question et en danger (très relatif), je fais monter mon adrénaline non ? ». « Moi, à part les bienfaits personnels déjà indiqués, ce qui me motive c’est aussi de reprendre des chants parfois oubliés et transmettre le patrimoine musical qui a entouré notre jeunesse. Certaines chansons passées sont vraiment de la belle musique. »
En jouant on puise une énergie physique et psychique qui reste quelques heures voire quelques jours après, énergie qui n’aurait pas été sollicitée sinon. En se concentrant et en jouant en public, l’adrénaline intervient aussi (stress positif).
Lire la musique, anticiper musique et paroles, se concentrer, être en accord avec les autres, suivre le tempo et l’accompagnement du piano… tout ceci fait travailler le cerveau et l’améliore. La pianiste modifie parfois ses accords (en enrichissant sciemment certains accords pour habituer les oreilles aux 7èmes et 9èmes) ou module et la réactivité de tous les choristes est impressionnante grâce à la plasticité du cerveau. Le cerveau en pleine possession de ses moyens réagit ainsi en temps réel comme à l’apparition d’un danger.

Madame TOUROUDE dirige la Chorale.
7°) « Je ne pensais pas que la musique demandait tant de travail, d’efforts, de concentration et de discipline pour faire quelque chose de propre. Je ne raterais pour rien au monde nos répétitions et pourtant je ne suis plus très en forme. »
« Ce qui me plait c’est que nous travaillons sérieusement sans cesse de nouveaux morceaux pour avoir un répertoire conséquent (plus de 70 thèmes), et on les adapte à nos possibilités qui sont limitées et on répète toutes les semaines, on joue pour toutes les occasions et en quelques années nous progressons. »
« Moi aussi, j’aime le travail bien fait. J’ai travaillé très tôt et j’ai pris ma retraite très tard et j’aime bien travailler désormais la musique ! Ancienne sportive, d’ailleurs je vais aussi à la séance de gym, je me bats avec mes limites qui avec l’âge se réduisent mais si la lenteur est la marque de l’âge, on chante parfois des thèmes enlevés. »

La musique est l’art des sons et le système auditif dans un premier temps entend tous les sons qui sont des ondes sonores qui suivent le trajet : oreille, tympan, osselets, cochlée avec ses cellules ciliées, nerf auditif (transmise en impulsion électrique) puis cortex cérébral.
Le musicien stimule son système auditif qui entend, contrôle ce qui permet de modifier en temps réel la production de sons. L’intensité du son (quand on joue fort !) et sa fréquence (hauteur du son) suivent ce parcours et donnent une connotation émotionnelle positive (musique aimée souvent consonante et culturellement écoutée : j’adore ce thème) ou négative (dissonances désagréables, musiques trop différentes de sa culture). Le rythme est aussi essentiel pour le tonus.
Si la musique est familière et les sons vont vers les régions de la mémoire, c’est à dire dans le cortex frontal et l’hippocampe (lieux où sont stockés les souvenirs) cela stimule. C’est fou comme de nombreuses musiques quand on les rechante sont imprimées et datées voire articulées à des évènements et des souvenirs précis, voire à un plat. Tout ce processus est réactivé en permanence grâce à une régularité des répétitions ce qui renforce le dynamisme collectif.
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La Chorale chante les enfants du Pirée.

8°) « Nous avons des animations, complète une autre choriste mais la chorale rythme notre vie et le mercredi jour de la répétition, malade ou non, nous faisons un effort sur nous mêmes pour dépasser nos maladies et usures du temps et les jours de concerts, nous nous  pouponnons toutes coiffées (le coiffeur fait des affaires !) et habillées pareilles (cela me rappelle ma pension de jeunes filles !)  Nous donnons le maximum et nous rajeunissons momentanément de 20 ou 30 ans et c’est bien agréable ! et puis je suis de bonne humeur après avoir chanté. » Comme le disent Spinoza mais aussi Alain « on ne chante pas parce qu’on est heureux mais on est heureux parce qu’on chante »

Le musicien peut ralentir la maladie et le vieillissement avec son art. C’est le secret du maintien de la jeunesse, un élixir désormais reconnu qui  permet de garder plus longtemps ses facultés d’énergie vitale, de capacités motrices, de mémorisation, et donc de lutter contre le vieillissement cognitif. Le fait d’organiser son emploi du temps est excellent pour le cerveau.
La sérotonine est liée à la bonne humeur et entraine un mieux être.

9°) « Moi ce que je sais, c’est que depuis que je chante en chorale depuis 3 ans, je mémorise mieux. Quand je chante, ma mémoire est stimulée et je me rappelle des souvenirs enfouis que je croyais oubliés". « J’ai eu du mal au début à mémoriser musiques et paroles mais j’ai réveillé ma mémoire qui s’endormait et je réussis mieux mes mots fléchés et questions pour un champion, je suis plus stimulée. »
La musique donne une compétence cognitive, qui développe des activités cérébrales, des connexions entre les synapses des neurones qui améliorent la mémorisation et en fait maintient la plasticité du cerveau, ce qui a été maintes fois démontré. L’évolution de l’homme est due à son cerveau qui s’est développé (3 fois plus gros que notre ancêtre préhistorique). Ce sont les interactions, les connexions qui renforcent les neurones et qui étant de plus en plus gros et rapides font « du haut débit » !
Si les neurones ne servent pas, il sont abandonnés, et à partir de 65 ans leur nombre décline. C’est pourquoi, il faut avoir des émotions raisonnables, et s’en servir par différentes activités intellectuelles, de mémorisation, de concentration, d’anticipation, d’apprentissages différents…Mais il faut que le travail et le plaisir aillent de concert (sans jeux de mots) et que le circuit de récompense soit mobilisé.
Le musicien a une mémoire exceptionnelle notamment procédurale où les doigts reprennent ce qui été travaillé par un exercice quotidien. Ainsi par exemple, la pianiste et responsable de cette chorale, a la DMLA ne peut plus lire la musique mais joue par coeur et entend toujours par contre les fausses notes ! Malgré son grand âge, elle connaît plus d’une centaine de morceaux par cœur ….L’hippocampe siège de la mémoire est vraiment beaucoup sollicité. L’acide glutamique présent dans beaucoup d’aliments notamment les tomates, crustacés, fromages permet d’améliorer la mémorisation et la capacité d’apprendre et est un excitant important des neurones.
Est-ce que le menu donné à la chorale est une clé du dynamisme de cette chorale ?


10°) « Je suis fière de cette chorale qui génère un enthousiasme communicatif dans un foyer de personnes âgées où il n’est pas évident de créer une activité stimulante.
La chorale est devenue un moment fort de nos activités et de notre image »  dira la directrice.  « Lors d’un concert, les enfants découvrent que leurs mères chantent ! des variétés comme du classique et en restent pantois … c’est assez amusant et dynamisant. Souvent notre pianiste joue le matin sur son piano dans le salon du Debussy, Schubert … et tous accourent pour écouter et cela finit en « bœuf » sur des chansons anciennes en véritables apéritifs concerts ! »
« Ce qui me plait, lui répond une résidente, c’est que notre chorale n’est pas une animation de l’extérieur subie mais une activité interne choisie. Nous avons la chance d’avoir parmi nous une professeure de musique, pianiste, qui nous fait des petits concerts et qui a dirigé des chorales d’enfants et d’adultes toute sa vie… donc une professionnelle rigoureuse mais pédagogue qui tire de nous des choses insoupçonnées et nous fait progresser. En plus sa sœur, ancienne prof de musique aussi, vient nous aider. »
Le fait d’auto-organiser ses activités rend actifs au lieu de consommer des activités imposées de façon passive, et le cerveau est beaucoup plus sollicité en amont : dynamisme, créativité, organisation, communication… bien avant de chanter.


11°) « Peu de choristes connaissent la musique dans cette chorale « indique la fondatrice et responsable de cet ensemble. « Timides, n’ayant pas eu d’éducation musicale, il a fallu peu à peu chanter des choses simples et connues. La musique est subjective et produit de notre culture et de notre écoute permanente. C’est pourquoi nous ne travaillons que des chansons qui ont du sens pour eux : variétés de leur jeunesse ou airs connus classiques. La musique est un langage universel mais surtout culturel quand on se rencontre avec des classes d’enfants dans des rencontres intergénérationnelles, nos vieilles chansons et les tubes classiques célèbres leur sont inconnus". « C’est vrai, indique un choriste, nous avons toujours baigné dans différentes musiques qu’on nous a assénées, qu’on a aussi choisies et comme nous sommes un groupe homogène d’âges comparables avec les mêmes repères, appartenant à la même culture, au même pays, à la même époque, nous avons dans la tête et dans nos cœurs les mêmes mélodies et celles-ci ont du sens pour nous quand on les chante. »
La musique langage universel et culturel.
Tous les peuples de tous temps ont fait de la musique : c’est un langage essentiel pour l’homme et universel. Bien sûr il y a des invariants musicaux de base (des sons qui font des notes différentes qui montent ou qui baissent créant une gamme, un style de mélodies, des fréquences graves et aigues, des rythmes lents et rapides, des rythmes simples ou complexes répétés et connus, la mesure qui donne une pulsation et qui génère le mouvement voire la danse, des sonorités d’instruments, vents, percussions, cordes, chant….) tout ceci est commun à tous les hommes sur terre. Mais une fois cette généralité énoncée, les musiques sont plurielles : tons, demi-tons, quarts de tons, modulations, gammes, harmonie, contrepoint, instruments, traitement du son et les déclinaisons de la musique des hommes sont très différentes et culturelles.
L’acculturation musicale est fondamentale.
Nous avons tous vécu dans un environnement musical culturel spécifique, nous naissons en tant qu’être humain musical car notre première expérience est d’entendre le rythme d’abord (la voix de nos mères). A un mois de grossesse les neurones apparaissent et le bébé nait avec un capital de 100 milliards de neurones ! Puis viennent les mélodies simples quand on est enfant et qui sont mémorisées donc un premier formatage culturel sur une gamme de sons et de rythme.Toutes les musiques du monde se sont construites différemment, et entrainent un plaisir pour une population donnée . Ainsi un mélisme arabe avec des quarts de tons, une gamme tonale pentatonique asiatique, une harmonie occidentale ou des rythmes africains complexes seront perçus différemment (admirés voire repoussés). Un amateur de jazz moderne admirera un solo basé sur des accords altérés alors qu’un autre musicien trouvera cela inaudible et désagréable.


Ce qui est sûr c’est qu’écouter et voir cette chorale puis entendre les témoignages des choristes donne une leçon de vie bien stimulante. Pour plus de connaissances sur les neurosciences et la musique voir les écrits des professeurs Lemarquis, Bigand etc
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Reportage de notre envoyé
Don José.
  










    

jeudi 11 septembre 2014

H.F. KAYSER, facteur de clarinettes à Hambourg. Un ensemble de trois clarinettes (Ré, Ut, Si b) à 12 clés dans un coffret. Collection José Daniel Touroude.


Les 3 clarinettes 12 clés Kayser avec leurs boites d’anches, leur boites de becs et leur écouvillon (coll. JDT).
Que pouvons dire sur cet ensemble ?

1°) D’abord pourquoi une boite avec 3 clarinettes ?

Au début du XIXème siècle, les clarinettistes qui se répandaient dans tous les orchestres civils et militaires devaient pouvoir jouer des traits difficiles et cela dans tous les tons. Or ce n’était pas aisé et le clarinettiste alors devait avoir plusieurs clarinettes et parfois en changer en cours de morceaux.  C’est ainsi qu’il pouvait avoir cette boite avec 3 clarinettes dans des tonalités différentes pour passer de Ré à Mib, ou de Ut, Sib à La ou avoir des clarinettes qui avaient des corps de rechange avant que se généralise la clarinette 13 clés omnitonique d’ Iwan Muller.


2°) Un coffret rare de 3 clarinettes Kayser ?

Qui était Heinrich Friedrich KAYSER ? On ne sait pas grand chose.
Alors toutes informations sont les bienvenues.

Il est né à Hambourg le 4 septembre 1809 et décédé dans cette même ville d'Allemagne le 12 novembre 1890. Il exerça à Hambourg le métier de facteur de clarinettes (on ne connaît pas d'instruments autres que des clarinettes de ce fabriquant, peut-être une flûte?) de 1833 à 1883.
Hambourg était la patrie de son contemporain Johannes BRAHMS (1833-1897). Ses instruments ont été utilisés particulièrement en Scandinavie et en Allemagne du nord.


Johannes BRAHMS.

Pourquoi  12 clés ? En Allemagne, la clarinette 12 clés  était plus populaire alors qu’en France on utilisait la clarinette de Müller à 13 clés. Ces clarinettes sont datées entre 1830-1850.
Différentes marques des instruments.
3°) l’originalité de Kayser ?
 Afin de bien saisir l’intérêt des clarinettes de ce facteur, il faut admirer son travail soigné et la finesse de ses clarinettes notamment ses clés et guides en laiton et c’est pourquoi ces clarinettes étaient et restent réputées.
Détails de clés et des guides.

Il faut replacer les évolutions pour les non spécialistes. Les guides sont de plusieurs sortes : au départ le facteur-tourneur faisait des excroissances (anneaux sur le corps du haut, bulbe sur le corps du bas) avec un tour à bois dans la masse du buis. Ceci permettait de percer ensuite ces guides et mettre des tiges en laiton qui servaient d’axes permettant aux clés d’être tenues fermement et de pivoter sur ces axes. Ces blocs en bois étaient disgracieux et alourdissaient la clarinette.  Aussi les  facteurs vont ils au cours du temps essayer de les réduire.
Clarinette à 9 clés allemande
de la même époque mais
moins élaborée.
Kayser lui va inventer (?) des guides en laiton fixant les clés, guides qui seront fixés eux mêmes sur le corps de l’instrument par des patins (plaques de laiton) puis des boules. Ce qui surprend c’est l’extrème précision de l’ajustement des guides pour faire glisser les clés : vraiment un grand clétier.
Détails des longues clés avec rouleaux et guides.
On peut aussi observer des fausses bagues  dit monoxyle c’est à dire tournées dans le buis supprimant le corps central tout en lui donnant l’aspect de la clarinette ancienne.
Fausse bague monoxyle.

On peut aussi voir le renforcement systématique avec des clous en acier sur le buis afin qu’il n’éclate pas et disposés toujours de la même façon et très nombreux.
Renforcement métallique systématique et identique sur les trois clarinettes.

Une caractéristique aussi peu commune et la fente dans les clés de trilles donnant un confort pour glisser d’une clé à l’autre.
Forme spécifique des spatules des clés pour permettre un meilleur
glissement.

Les roulettes créées par le clarinettiste français César Janssen vers 1840  mais qui ont été très utilisées par la facture allemande.
Rouleaux des grandes clés.

Il existe quelques clarinettes H. Kayser dans des musées notamment à Stockholm, à Edimbourg (collection N.Shackelton), en Allemagne et quelques unes dans des collections privées, soit entre 15 et 20 clarinettes dans le monde. 
Clarinette alto de Kayser du musée de Stockholm.

Le facteur grand facteur actuel Seggelke  à Bamberg a reproduit, pour le clarinettiste anglais Keith Puddy, des Kayser afin de jouer la star de Hambourg : Brahms of course !

Différents modéles de clarinettes reproduites
par Seggelke pour jouer Brahms et Schumann.









mercredi 4 juin 2014

Un saxophone de légende : Le GRAFTON, rendu célébre grace à Charlie PARKER.

La légende part d'un concert à Toronto au Canada, au Massey Hall, le 15 mai 1953 avec le célèbre quintet bebop, qui outre Charlie PARKER était composé de Dizzy GILLESPIE (trompette), Bud POWELL (piano), Charlie MINGUS (basse), et Max ROACH (drums). C'est au cours de ce concert que l'on peut entendre le "Bird" jouer sur un alto de la maison Grafton, qu'il ne pouvait jouer qu'en dehors des USA, puisqu'il avait un contrat d'exclusivité avec KING dans son pays.

Couverture de l'enregistrement du concert.
Pour l'anecdote Charly, pour faire face à des contrats d'exclusivité
porte le nom de "Charlie CHAN" (le nom de son épouse).
Couverture du Vinyle original.
Ce saxophone alto Grafton n° 10265 lui aurait été donné par un anglais en 1950. Et ensuite il existe des versions variables de l'histoire : "il n'aurait été joué par Parker qu'au cours de ce concert", ce qui semble douteux puisqu'il existe de nombreuses photos avant et après cette date où on voit Charlie jouer ce saxe ; il aurait "gagé son saxophone pour se payer sa dose d'héroïne, avant le concert, et une personne de Grafton présente lui aurait donné ce saxe en plastic"?   Qu'importe les versions, on peut écouter cet enregistrement de ce quintet superbe....et essayez de me dire que le son de Parker est différent lorsqu'il joue ses autres saxophones, ou ce saxe en plastic.  
Ce concert a été le dernier qui rassemblait Parker et Gillespie.
Charlie Parker jouant son Grafton en 1950 à New-York
Ce saxophone a été créé par Hector SOMMARUGA (1904-1986), italien d'origine qui était passé par la France, l'Angleterre, le Portugal où il avait développé sa passion du saxophone, en créant dans ces pays des ateliers de réparation et avait apprit à jouer de cet instrument. Passionné également par les nouvelles techniques utilisant le plastic il avait créé à Londres une petite entreprise , Grafton Way à Tottenham Court Road. A la fin de la seconde guerre mondiale il projeta de construire un saxophone en matière plastique à un prix faible. Le brevet fut déposé en septembre 1945 et le premier prototype fut réalisé en 1946. La matière plastique spécifique à ce projet a été réalisé par Plastique Impérial Chemical industries. Hector avait besoin d'être aidé au niveau financier pour passer à la réalisation industrielle, il obtint dans un premier temps l'aide de Geoffrey Hawkes (de la firme Boosey &Hawkes, puis de John E. Dallas, deux acteurs majeurs de l'industrie des instruments de musique.
 
 
Une partie du brevet final obtenu en 1949
Ce saxophone alto fut mis en vente en 1950 au prix de 55 £ soit la moitié du prix d'un saxophone classique moyen de l'époque. Il est composé d'un corps en plastique, d'un bocal métallique, de clés métalliques directement fixées au corps en plastique, d'où une grande fragilité, munies de ressorts "enroulés" ou " Coiled Springs" nécessitant un matériel spécifique pour être installés, et de gardes en plastic.
Le corps en plastic.
Le corps et les attaches métalliques.
Le pavillon.
Gardes en plastic .
Clétage à ressorts enroulés
Ressort enroulés.
La numérotation commença en 1950 au N° 10000 et s'arrêta en 1968 au numéro : vers 14000.
Le projet d'un ténor exista, même peut être un prototype, mais s'arrêta bien vite devant la difficulté de réalisation et la faible réussite de l'alto. Il fallait pour atteindre le point critique de rentabilité obtenir le marché américain et surtout les universités....mais les US n'ont pas bien accueilli ce  saxophone "en plastic", "bas de gamme", "très fragile", "difficile à régler et très régulièrement".
Hector Sommaruga quitta la Dallas Company en 1953 pour rejoindre la Riviera française où il tint un môtel jusqu'à sa mort en 1986. La commercialisation dura une dizaine d'années, et quelques fabrications anecdotiques existaient jusqu'en 1968.
Publicité Grafton vers 1950.
Il y a quelques années en septembre 1994 le numéro 10 265, saxophone de Charly Parker a été vendu 100000£ chez Christie's......mais attention le dernier vendu à Vichy, n'ayant été joué par personne  de célèbre n'a fait que 1300 Euros (Mais ne le dites pas, je l'ai essayé ; peut être que sa côte va augmenter ?).
Un autre personnage du jazz moderne a joué sur Grafton, il s'agit d'Ornette Coleman qui en 1954 joua ce saxophone parce qu'il était le moins cher du marché. C'est sur ce saxe qu'il enregistra sa célèbre composition : Lonely Woman.

Ce saxophone de légende à donné des idées à quelques autres inventeurs.......C'est le cas du vibrato commercialisé actuellement.
Le premier "saxophone en polycarbonate"

Et le son ?
Et juste pour finir une pensée pour le Bird......
 
La tombe de Charlie Parker.