samedi 8 octobre 2016

"Pour vous détendre un petit Quizz sur des anecdotes dans la musique classique". "To relax a little quiz about anecdotes in classical music".

Pour fêter nos 5 ans de collaboration dans le blog de René Pierre et pour nos fidèles lecteurs, je vous ai préparé pour vous détendre un petit Quizz sur des anecdotes dans la musique classique. 
 Par José-Daniel Touroude.

1°) Question : pour nos voisins britanniques anti-européens qui ont voté le « Brexit».
Un italien talentueux émigré au XVIIème siècle à la Cour de France composa pour le rétablissement du roi soleil une cantate intitulée «Dieu sauve le roi» dont un certain motet. Celui ci fut entendu à cette occasion par un grand compositeur saxon, émigré à Londres mais qui passait par Paris. Il repris et arrangea un peu cet air pour le Roi d’Angleterre Georges 1er. (les droits d’auteurs n’existaient pas à cette époque). Quel est le nom de cette musique que le monde entier connaît ?
Indice :  les 2 musiciens sont Lulli et Haendel.
On peut reprendre à cette occasion la célèbre phrase de Lulli quand il a entendu son air profane d’opéra joué dans une messe « Seigneur, je vous demande pardon, je ne l’avais pas fait pour vous ». Lulli mourut de gangrène après s’être donné un coup de bâton sur le pied en battant la mesure. Depuis les chefs d’orchestres prudents ont pris un bâton plus petit : il s’agit de la baguette de chef.

Haendel avait l’habitude de ses «emprunts» à d’autres musiciens mais cela n’enlève rien à son génie musical.

Réponse : l’hymne national de Grande Bretagne : God save the King (Queen).  

Illustration musicale :  Pour beaucoup d’anglais, il existe un autre hymne national, officieux celui là, qui a été composé par un vrai anglais. Il faut entendre le public londonien le chanter avec Colin Davis … Un grand moment !

Les anglais ont de l’humour et me pardonneront je l’espère (sinon nous risquons de perdre nos lecteurs d’outre-manche !) Voici Une anecdote italienne : Affiche pour un concert donné au « Théâtre » de Mantoue en 1734 . Les spectateurs du premier rang devront écouter en se couchant par terre, les seconds rang devront être à genoux, le troisième rang assis et le quatrième rang se tenir debout… ainsi tout le monde pourra voir !

2°) Question : A quel musicien autrichien du XVIIIème siècle a t-on tranché et volé la tête sur son lit de mort pour étudier son génie ?
Indice : comme Haendel, il a fait un hymne. Il était franc-maçon et « frère .’. » d’un autre génie de la musique autrichien (enterré lui comme un chien dans la fosse commune). Ce compositeur avait beaucoup d’humour : il créa le morceau «la surprise» où un fortissimo réveille brutalement les auditeurs. il y a  aussi  «les adieux» où les musiciens quittent les uns après les autres la scène mais l’anecdote que je préfère est sa composition pour le mariage de la fille d’un boucher nommé «le menuet du bœuf» car il reçu en paiement…. un bœuf !  et on dit que la musique ne nourrit pas son homme !

Réponse : des phrénologues viennois ont décapité Joseph Haydn pour étudier les bosses musicales de son crane (c’était à la mode lancé par le Dr F.J. Gall : bosse des maths etc….)

Hymne national allemand tiré d’un quatuor de J. Haydn.
Un peu d’humour d’outre-rhin : j’ai les moyens de vous faire applaudir ! H. Von Bülow dirigeait la 1ère symphonie de Brahms à Berlin et le public resta froid. Alors il prit la parole : « Moi aussi à la première audition cela ne m’a pas beaucoup plu et c’est pour cela que je vais vous la rejouer »… et il recommença toute la symphonie !  Il y eut cette fois des applaudissements nourris (peut être pour éviter une 3ème fois ?)

3°) Question : Quel est ce grand chanteur (dans tous les sens du terme) du XVIIIème siècle obligé de chanter chaque soir toujours les mêmes airs pour redonner le moral et calmer le roi d’Espagne Philippe V insomniaque et fortement dépressif ?
Indice :  le film de Gérard Corbiau a obtenu l’oscar du meilleur film étranger en 1994  avec l’histoire de ce castrat célèbre.

Réponse :  Farinelli. 


Deux blagues pour nos amis chanteurs  : Rien à voir avec notre quizz mais je ne résiste pas à la coquille digne du canard enchaîné : « X ce regretté chanteur qui a braillé  toute sa vie… » (un a en trop peut être !). Pourquoi les professeurs de chant ouvrent souvent une fenêtre et restent à regarder dehors ? Pour montrer à tous qu’ils ne battent pas leurs élèves et qu’ils ne sont pas responsables des hurlements entendus dans le quartier.
Un autre chanteur polyvalent à la fois artiste et dilettante, Inventeur génial de toutes sortes de machines, peintre parmi les meilleurs , inventeur d’une lyre,  Léonard de Vinci chantait et jouait du violon et était pensionné par le duc de Milan pour cette activité musicale ! Le dilettante cultive l’art pour son plaisir, l’artiste pour le plaisir des autres (Anton Rubinstein).


4°) Question : Quel grand compositeur français du XIXème siècle jouant BACH au piano a dû inventer une mélodie par dessus une pièce du Cantor afin de prouver son talent et séduire son futur beau père !

Indice : mélodie incontournable qui est devenue un air connu surtout dans les églises ! 
Vierge (mosaïque de JDT : atelier de Nour Asfar à Croissy)
 
(je ne casse pas seulement les oreilles de mes voisins avec mes arpèges
 brisés, je casse aussi à l’occasion des cailloux !) Cette vierge doit vous aider à trouver…. 
Réponse : Charles Gounod jouant la 1ère pièce du clavecin bien tempéré avec sa succession d’arpèges et d’harmonies à dû broder dessus une mélodie simple et géniale : son célèbre Ave Maria… Il a réussi à charmer le pater familias et épouser sa fille !   
Ce ne fut pas le cas pour Bellini, pourtant compositeur de la fameuse mélodie « casta diva » de la Norma,  qui lui ne réussit pas à amadouer l’irascible père de sa chérie et n’a jamais pu ainsi l’épouser ! Gluck lui aussi dans les mêmes conditions ne réussit pas à plaire avec sa musique au père de son aimée… Mais le beau père mourut  peu après l’audition ! Avoir un gendre artiste ne plaisait pas beaucoup à l’époque …


Aphorisme : En entendant Frost qui fait en plus la respiration circulaire et qui joue sans partitions, je pense à la phrase célèbre de Hans Von Bülow : « un bon chef d’orchestre (valable pour tout musicien ) a sa partition dans la tête, un mauvais a la tête dans sa partition". 

5°) Question : Quel est le grand pianiste et compositeur romantique allemand du XIXème siècle qui a force de se torturer les doigts pour mieux jouer du piano (et égaler Paganini au violon, qui lui avait une maladie génétique lui permettant de plier ses doigts élastiques dans tous les sens) s’est mutilé abrégeant ainsi sa carrière de virtuose mais permettant ainsi d’avoir le temps de composer.
Indice : il est mort fou, victime d’hallucinations et il avait une femme pianiste belle, célèbre et talentueuse (pas de relations entre ces deux affirmations !)
instrument de torture musicale (René grand tortionnaire de notes 
de musique devant l’Eternel a consacré un article 
sur les instruments de tortures musicales : 


Réponse : Robert Schumann
Une ruse pour remplir les salles d’un autre pianiste contemporain qui avait compris la notion économique d’investissement : Liszt fut un des plus grands virtuoses du piano et pourtant il donna un concert à Stockholm où il y avait très peu de monde. Après le concert il invita ses auditeurs au restaurant … cela lui coûta cher mais le lendemain la salle était comble … mais il n’y eut qu’un régal pour les oreilles !

6°) Question : Quel est le grand compositeur français du XXème siècle qui à la fin de sa vie ne connaissait plus les notes de musique ! (mais pouvait néanmoins accorder son piano ! mystère des lésions du cerveau…)
Indice : Ma mère professeur de piano avait coutume de répéter cette phrase de Debussy : «Jouez mais surtout que j’oublie, en vous écoutant, que le piano a des marteaux»  mais c’est un autre compositeur délicat de la même époque qu’il s’agit de trouver. Il a crée le morceau de musique classique le plus joué dans le monde. Il ne jouait qu’avec ses souliers vernis noirs fétiches sinon il refusait de jouer…



Réponse : Maurice Ravel 


Une anecdote démontrant qu’il est vital d’avoir des amis dévoués…. (livre de van de velde). Sarrette fut un des créateurs du conservatoire de musique de Paris en 1793, puis fut mis en prison. Robespierre voulait le guillotiner (je ne sais pas pourquoi !) et lui donna une chance. Il devait créer et organiser un hymne pour la fête de l’Etre suprême en 1794 pour sauver sa tête (motivation révolutionnaire). Gossec fit la musique et Sarrette devait apprendre en quelques jours ce chant patriotique au peuple ! mince défi ! Paris s’improvisa alors école de chant et aux carrefours, les professeurs et élèves du conservatoire chantaient ou jouaient le thème sur leurs instruments, et même les grands comme Cherubini (futur directeur du conservatoire), Mehul, Gretry, Capet…  apprirent en quelques jours ce chant au peuple dans tous les quartiers. Peu après, la fête eut lieu au champ de Mars et la foule chanta cet hymne accompagné de 100 tambours, avec les instrumentistes du conservatoire et la fin agrémenté de tirs d’artillerie !  Sarrette sauva sa tête grâce à ce succès puis plus tard en faisant une fête chez lui, son ami Mehul composa le fameux chant patriotique « le chant du départ » que nous avons tous appris à l’école. Le président Giscard d’Estaing n’avait-il pas voulu remplacer la «Marseillaise»  par ce chant républicain moins violent ? 


7°) Question : Quel est le début d’une symphonie connue que le Général De Gaulle en exil à Londres mettait en indicatif avant ses discours  « les français parlent aux français ». La musique était d’un compositeur allemand (ironie du Général ?) mais était en fait un message crypté car en morse cela annonçait la victoire prochaine !  un exemple de détournement de la musique... 

Indice : en morse : - - - --- (3 coups brefs, un coup long) voulant dire  V comme victoire.
Réponse : pom pom pom pooom : le début de la 5ème symphonie de Beethoven.

La pince à linge de Pierre Dac et Francis Blanche … autre détournement !
Une  blague d’orchestre à variantes basée sur une histoire véridique : (en souvenir de Pierre Dac, résistant à Londres…). L’orchestre du bagne de Nouméa en Nouvelle Calédonie avait son orchestre : Un assassin, ancien de l’opéra de Paris, était devenu chef d’orchestre et exécutait des pièces entières proprement ! Un boucher musicien amateur créait beaucoup de morceaux ! Un ancien évadé avait un prix de fugue du conservatoire !  
La clarinette avait été condamné pour avoir canarder un flic ! Le basson était un spécialiste du faux en écriture mais jouait juste ! Le cor anglais était joué par un ancien pédicure récalcitrant ! La grosse caisse était tenu par un voleur ex-comptable ! Le directeur du bagne demandait souvent une pause dans les répétitions avec force soupirs….
Un professeur de musique dit à son élève : vous ne progressez pas, à votre âge, je jouais cela sans fautes. Réponse de l’élève : alors vous aviez un meilleur professeur que moi !

8°) Question : Quel est ce compositeur français très connu du XXème siècle, analysant les chants d’oiseaux et qui s’en est inspiré dans certaines œuvres.  
Indice : il a été professeur au conservatoire de Paris. Il a composé abime des oiseaux (pour clarinette seule.) tiré du quatuor pour la fin du temps quand il était prisonnier en Allemagne en 1940.
Le Loriot  ( il a été marié à a pianiste Yvette Loriot !)
Réponse : Olivier Messiaen.  

Un illustre prédécesseur passionné d’oiseaux : Clément Janequin « le chant des oiseaux ».
Une histoire pour mes collègues de l’ACIMV collectionneurs  d’instruments de musique et lecteurs assidus de notre blog dont certains sont de drôles d’oiseaux ! 
Un antiquaire parisien vendit très cher à l’impératrice d’Allemagne un piano fait à Paris ayant appartenu soi disant à Marie Antoinette. Evidemment c’était une copie. Un expert jaloux, connaissant la vérité, indiqua à l’impératrice la supercherie. L’antiquaire parisien convoqué à Berlin proposa à l’impératrice de racheter de suite le piano en augmentant le prix de rachat car en Amérique on lui en proposait beaucoup plus ! Convaincue par son aplomb, l’impératrice remercia l’antiquaire parisien filou et garda son trésor ! Beaucoup de collectionneurs (et de musées nationaux) ont des copies, des instruments «arlequins» mais ne veulent pas se l’avouer (cf lien : la psychologie des collectionneurs) 

9°) Question : Quel est ce musicien italien du XXème siècle connu pour ses musiques de films qui va s’inspirer du cri du coyote pour le thème d’un film ?
Indice : c’est un western « spaghetti » de Sergio Leone.

Réponse :  Ennio Morricone compositeur de la musique du film : le bon, la brute et le truand.
En entendant l’écho du coyote dans le grand canyon du Colorado, je pensais à cette histoire véridique : Au cours d’un diner, la discussion s’orienta sur l’utilisation de l’écho en musique et sur le phénomène de l’écho. Pour prouver que chez lui, il y avait un écho extraordinaire, il fit venir ses amis et chanta quelques notes … et l’écho répondit. Tout le monde était bluffé ! Puis continuant sur sa lancée il cria : écho, comment te portes tu ? et l’écho (le domestique caché au fond du jardin ) répondit : je me porte bien !

10°) Question : Quel est ce jazzman français du XXème siècle connu ? De santé chancelante (mort jeune), passionné par les maths (ingénieur de l’école centrale), fou de jazz (influencé par la trompette et le cornet de Bix Beiderbecke), il jouait dans les boites de St Germain des près et  participé à l’introduction du jazz moderne en France dans les années 50, (revue de jazz, radio). Mais  est passé à la postérité pour son talent d’écrivain.
Indice :  enfant, son père ruiné avait loué une partie de sa propriété aux Menuhin et il jouait avec Yehudi (quand il ne travaillait pas son violon). Il fut aussi célèbre par ses transgressions (livre à  scandale, (mais d’autres livres sont au programmes des lycées), chanson interdite par la censure (mais devenue célèbre)….Qui suis-je ?
Le groupe existentialiste devant St-Germain-des-Prés1944, Georges Patrix (Emile Binet).
Réponse :  Boris Vian : Sur l'illustration : Aux côtés de Paul Boubal, patron du Flore, on distingue Boris Vian dont la trompette dépasse ainsi que Jacques Prévert devant le clocher. Raymond Duncan est en toge. Jean Genet porte une calotte de bagnard. Juliette Gréco et Sartre sont en pastiche de Marie Laurencin.
Une histoire connue de nos amis trompettistes : Un élève trompettiste joue Aida puis attend le jugement du jury du conservatoire et n’obtient rien ! Qu’attendez vous lui demande le directeur. L’élève répondit : Le jugement dernier !    

A vous de nous envoyer vos anecdotes musicales préférées sur le même modèle 

vendredi 30 septembre 2016

"Jean-Michel RENARD, expert et antiquaire en instruments de musique anciens, à l'honneur dans la gazette Drouot". "Jean-Michel RENARD, expert and antique dealer in antique musical instruments, in the honor in the Drouot newspaper ".

La gazette Drouot du vendredi 16 septembre 2016 consacre un article à Jean Michel RENARD, antiquaire et expert en instruments de musique bien connu des collectionneurs.
Nous reproduisons cet article et si vous vous voulez consulter son site voilà l'adresse : Le site de Jean Michel Renard.

Pour lire l'article cliquez sur les photos.





dimanche 3 juillet 2016

"Qui a eu l’idée géniale d’inventer des clés et de les fixer sur un instrument à vent ?". "Who had the brilliant idea to invent keys and to fix them to a wind instrument?"

Par José-Daniel Touroude.

Au cours d’une visite de ma collection, les questions des enfants sont simples mais terribles et demandent une analyse parfois approfondie : " Pourquoi il y a des clés sur vos flûtes et clarinettes, alors que sur ma flûte à bec,  j’en n’ai pas ? Qui a inventé les clés ? et Où ? Qui a copié sur qui ?".

Essayons d’approfondir et de répondre à ces questions ! Au départ une évidence concernant les instruments à vent : Nous n’avons que 10 doigts et le pouce droit doit tenir l’instrument (flûtes, hautbois, chalumeaux ) il faut avant tout boucher un tuyau percé de 7 trous faisant les 7 notes de la gamme diatonique et le trou bouché par le pouce gauche dessous qui permet l’octave. Cela a suffi pendant des siècles.


Mais pourquoi faire des trous supplémentaires ? On peut réduire ou agrandir la colonne d’air en creusant ou en bouchant un trou, on réalise ainsi des notes différentes. Les notes altérées vont se faire avec des doigtés en fourche pas trop justes, ni faciles à réaliser. Nous utilisons encore ce système avec la flûte à bec.
                                                                               Hotteterre " Rondeau plaintif"

Pourquoi il y a t-il des clés maintenant ?

En voulant étendre le registre des notes, on va creuser des trous en amont des autres (exemple : clé de La au chalumeau reprise à la clarinette) ou en aval (le plus bas possible). Pour faciliter le jeu en améliorant l’ergonomie ou en voulant rendre les notes plus justes, on va creuser et modifier la place des trous et comme les doigts ne peuvent pas toujours les boucher facilement (trous trop éloignés, trop grands, mal placés, peu accessibles…), on fera des clés pour prolonger les doigts (sortes de prothèses). (Exemple : la note de clarinette Do# / Sol#  nécessitait un trou sur le coté et juste en dessous de la note de Do / Sol ; il est très mal placé d’où une clé courbe).
Corps "main gauche"  de clarinette, sans clé de Do#/Sol #.

Corps "main gauche"  de clarinette, avec clé de Do#/Sol #.
Et puis faire des trous bouchés par des clés permettent qu’un seul doigt peut actionner plusieurs clés (exemple l’importance des auriculaires pour jouer de la clarinette) donc avoir plusieurs possibilités pour faire une note. Ainsi on peut améliorer la vitesse technique sur l’instrument.  
Clarinette Tosca de Buffet Crampon. (L'auriculaire droit  fait cinq notes)
Mais comment on fixe la clé ?
Une fois l’idée de creuser un trou pour faire une note et de le boucher par une clé, le facteur a dû réfléchir à la forme de cette clé et comment la fixer. Il était logique pour un tourneur, habitué à faire des anneaux, bosses et collerettes décoratives sur des chalumeaux ou des hautbois par exemple, qu’il pense à fixer une clé dans un des anneaux qui devient non plus décoratif mais fonctionnel. Pour guider la clé et bien boucher le trou, le facteur va creuser une encoche dans l’anneau.. Cette idée parait simple pour tout tourneur voire évidente a posteriori mais fallait –il encore y penser !

La 1ère innovation déterminante reste : Qui a eu l’idée géniale de mettre des clés et de les fixer par anneaux-guide sur un instrument à vent et quand ?

Détail de la "Danse des nymphes" (Tapisserie XVII ème des Gobelins.
Il est vraisemblable que vers 1660, FM Hotteterre  hautboïste et flûtiste dans l’orchestre de Lully sous Louis XIV mais aussi facteur d’instrument à vent, inventa l’idée des clés et sans doute de leurs fixations, ce qui eut des répercussions sur tous les instruments à vent jusqu’à nos jours. Avec son fils, Ils transformèrent d’abord les variantes de hautbois existants populaires en France (cromorne, chalémie, hautbois pastoral ou musette, hautbois du Poitou, cornet à bouquins, chalumeau )… en divisant le hautbois en plusieurs parties (plus tard ils feront de même avec les flûtes et bassons… cette innovation est toujours d’actualité et a permis plus tard les corps de rechange), mais aussi en recreusant perce et trous et en créant une, puis deux clés du hautbois baroque. Le hautbois était à cette époque à la mode et un instrument incontournable avec un beau répertoire.
Nous avons pu grâce à Thierry Maniguet conservateur du musée de la musique de Paris, sortir de sa vitrine et démonter ce hautbois anonyme, à 1 clé de la moitié du XVII ème siècle. Pour moi c’est le plus ancien que je connaisse possédant une clé (jusqu’à preuve du contraire).
Hautbois Anonyme français. (Musée de la musique de Paris)
Nous pouvons voir que sous le cache de la 1ère clé se trouve un des premiers voire le premier anneau tourné de fixation et l’encoche guide de clé. Dans le traité de la musette de Borjon, paru en 1672, Borjon signale que JM Hotteterre père a modifié la musette ou hautbois pastoral lui adjoignant un deuxième chalumeau et 6 clefs pour faire les # et les bémols. Pour la 1ère fois il y eut des clefs énonce-t-il. Il dessine une planche où les clefs et les fixations et guides sont bien représentées ce qui prouve qu’en 1672 il existait déjà les clés et que c’était une invention de JM Hotteterre.

Planches du chalumeau de musette de Hotteterre dans le livre de Borjon.
Apparemment c’est le hautbois qui reçut le premier des clés mais le facteur a dû répondre à un problème de fixation et à un triple défi :
1- trouver un moyen de fixer les clés avec un axe en laiton qui traverse une bosse en bois et la clé grâce à un petit trou. Au départ les facteurs étaient avant tout des tourneurs sur bois et ont percés sans problèmes des anneaux pour fixer les clés. 
2- guider les clés pour éviter qu’elles aient du jeu en créant une encoche précise dans le bois et qu’elles puissent boucher convenablement les trous.
3- faire basculer les clés pour les ouvrir ou les fermer grâce à un ressort (lame de laiton sous la clé) afin de pouvoir boucher rapidement les trous. Les facteurs faisaient souvent une encoche dans le bois sous la clé pour accentuer le basculement du ressort en laiton. 
Système 18 ème ressort fixé dans le bois non riveté.
 (Clarinette Keller à Strasbourg coll RP)
Ressort riveté à la clé. (Clarinette Bühner et Keller coll RP)
Comment se diffusent les innovations ? ou pour reprendre la question d’un jeune qui copie sur qui ?
1°) Les facteurs d’instruments à vent tournaient et fabriquaient la plupart des instruments existants et pouvaient passer facilement de l’un à l’autre (familles des hautbois, flûtes, bassons, chalumeaux, flageolets …) C’est ainsi que les techniques et innovations faites sur un instrument pouvaient être adaptées et reproduites sur un autre instrument très rapidement. Cette diffusion des innovations est transversale dans un atelier. De plus jusqu’à la première moitié du XVIIème siècle, il y avait beaucoup d’instruments à vent qui sont désormais tombés en désuétude (notamment régionaux et populaires) mais aussi à cette époque aucun instrument à vent n’avait de clés. C’est essentiel pour notre sujet.
2°) D’autre part les facteurs d’instruments à vent étaient aussi de bons musiciens et/ou collaboraient avec des solistes qui voyageaient beaucoup en Europe. En conséquence, les idées, les innovations techniques et la musique se propageaient et se diffusaient rapidement dans l’espace. Les instruments lors des guerres incessantes en Europe, les émigrations (exemple des facteurs et des métiers du bois venant d’Allemagne) et les voyages permanents étaient copiés, chaque tourneur s’inspirant, innovant, adaptant…
3°) Enfin dans les catalogues anciens, on peut voir nombre de modèles vendus qui étaient déjà  démodés. La diffusion des innovations dans le temps existait mais une invention importante met du temps à être appliquée par les facteurs. En effet  l’apprentissage de la technique change pour le facteur voire la maîtrise de nouveaux matériaux et outils. En ce qui concerne le musicien lui aussi doit modifier la technique avant d’adopter les modifications. Ainsi la clarinette 6 clés sera utilisée pendant plus d’un siècle et contemporaine de la 13 clés plus tardive et  même de la clarinette moderne système Boehm, les prix faisant la différence. Celle-ci d’ailleurs mettra plusieurs décennies à s’imposer . (pour la flûte le système Tulou sera concurrent aussi du système Boehm avant que celui ci s’impose…cf article de René Pierre). Comme il n’y avait guère de brevets au départ, la plupart des innovations se répandaient dans le temps et dans l’espace et sont parfois difficiles à attribuer. Peu à peu survivront les modèles les plus performants et répondant aux besoins nouveaux. Nous assistons ainsi dans l’espace et dans la durée à une sorte de darwinisme musical avec des chevauchements d’instruments de générations et d’évolutions différentes avant que s’impose peu à peu le plus performant. Mais avec un bémol :  l’évolution des instruments est moins linéaire qu’on le pense.
Mais comment ces innovations furent transférées aux autres instruments notamment à la clarinette ? Là on retrouve J.C. DennerLà il faut aller en Allemagne ! et passer par le relais d’un autre instrument.
La 2ème innovation fut l’application des clés du hautbois baroque au chalumeau puis à la clarinette nouvellement créée.
Denner né en 1655 était encore adolescent en apprentissage quand Hotteterre créait ses clés. Quand il inventa la clarinette vers 1690, Jean Christophe Denner, facteur d’instruments à vent à Nuremberg, fabriquait déjà des instruments à vent sans clefs (hautbois, flûtes, chalumeaux…) puis des hautbois à 2 clés et des bassons à 2 clés mais aussi des chalumeaux à 2 clés et connaissait et appliquait donc la fixation des clés par anneaux-guides. (ce qui prouve la rapidité de la diffusion des innovations en Europe). Au départ le chalumeau, qui était aussi assez populaire, n’avait pas de clés et la plupart en Allemagne pensent que c’est J.C. Denner qui les créa. Si JC Denner n’inventa pas les clefs, il reprit de suite l’idée de la clef mais en les adaptant au chalumeau. C’est en travaillant sur son chalumeau amélioré en perçant un trou supplémentaire pour étendre le registre (ce qui sera la clé de La médium de la clarinette) et en déplaçant le trou d’octave qui devint un trou de douzième qu’il déboucha sur un nouvel instrument : la clarinette. Celle ci profita dès lors des techniques de tournage des autres instruments et des clés du chalumeau.
Une merveille : clarinette Scherer en ivoire à 2 clés en argent.
 (musée de la musique Paris)
On peut remarquer  les anneaux-guides pour bien positionner
 les clés pour le bouchage. (photos RP)
José Daniel Touroude
 avec les 2 plus vieilles clarinettes historiques du musée de Paris
 Clar Scherer à 2 clés en ivoire et Geist à 4 clés en buis. 
(photo René Pierre exclusivité)
Mais avec cette clarinette archaïque à 2 clés on ne peut pas jouer le concerto de Mozart ! Non bien sûr ! la clarinette avait 5 clés au temps de Mozart mais Stamitz oui ! et bien d’autres compositeurs célèbres qui ont été impressionnés par cette clarinette en élaboration .  La clarinette apparaît ainsi ponctuellement et les plus grands compositeurs vont s’intéresser à cet instrument malgré ses imperfections. La 1ère publication connue pour ce nouvel instrument est d ’E. ROGER d'Amsterdam qui publie vers 1716 des airs à deux clarinettes ou deux chalumeaux. VIVALDI en 1716 utilise la clarinette à deux clés pour la première fois en orchestre dans son oratorio «le triomphe de Judith» puis écrit des concerti pour 2 clarinettes et 2 hautbois). TELEMANN l'utilise dans une symphonie, RAMEAU  l'utilise aussi dans "Zoroastre" en 1749 et dans sa pastorale "Acante et Céphise" en 1753. Mais la clarinette a 2 clés a été surtout introduite en 1754 dans le fameux orchestre de la Chapelle de Mannheim. La cour de Mannheim est fondamentale dans l'histoire de la clarinette car elle va intégrer la clarinette comme instrument à vent à part entière et lui donner ses premières lettres de noblesse et non plus remplacer ou concurrencer le chalumeau. 
En 1751 Jean Chrétien Bach introduit la clarinette en Angleterre et va écrire des parties de clarinette. (cf article sur les clarinettes anglaises)Cliquez sur ce lien pour accéder à l'article.
Son frère Carl Philippe Emmanuel BACH l'utilisera plus tard aussi dans une sonate pour six instruments. J. Haydn utilise la clarinette en 1751 dans sa première messe et en 1776 il  utilise régulièrement la clarinette dans son orchestre chez le prince Esterhazy. Haendel crée une ouverture pour 2 clarinettes et cor. J.Stamitz toujours lui écrira enfin le premier un concerto pour clarinette en 1757 que tout clarinettiste étudie encore…Son fils Karl Stamitz et Hozbauer ont employé les premiers, le registre grave de la clarinette et ont fait de nombreuses œuvres pour clarinette, tandis que Molter privilégiera l’aigu et fera ses 4 célèbres concerti pour petite clarinette en ré à 2 clés (cf article sur petites clarinettes dans ce blog). Cliquez sur ce lien pour voir l'article.
La clarinette était un instrument nouveau certes, pas très juste mais qui avait une sonorité particulière et dès cette époque tous cherchent à améliorer la technique et la justesse de l' instrument. Ainsi le nouvel instrument prend son essor, attire de plus en plus d'artistes et c'est ainsi qu'il deviendra au fil du temps un des piliers de l'orchestre. L'orchestre symphonique de Mannheim ayant donné l'exemple, les différentes orchestres introduisent rapidement à leur tour la clarinette remplaçant les chalumeaux. En France, après Rameau, et le Chevalier d'Herbain, Francoeur, Rousseau et surtout Gluck qui utilisait régulièrement le chalumeau dans ses opéras de 1760 à 1767 (Orféo et Euridice, Alceste) la clarinette va remplacer le chalumeau. La clarinette fait son entrée à l'orchestre de l'Opéra de Paris en 1770 et le concerto de Stamitz est joué pour la première fois au "Concert Spirituel" de Paris en 1772 par le clarinettiste virtuose Joseph BEER. La clarinette archaïque se répand aussi dans les orchestres populaires. Ainsi le suèdois Crusell jouait jeune sur une clarinette en bouleau à 2 clés, avant qu’il devienne le virtuose international de la moitié du XIXème siècle (avec sa Grenser à 11 clés) Actuellement avec le renouveau des concerts avec instruments anciens, et la classe de clarinette ancienne au CNSM, certains rejouent comme les virtuoses du passé avec des instruments d’époque.
Clar à 2 clés de Denner
 
(musée de Bavière)

Mais d’autres instruments à vent comme la flûte puis le basson profiteront aussi rapidement des clés nouvellement crées ? Bien sûr et rapidement. Comme je l’ai mentionné, les facteurs réalisaient la plupart des instruments à vent, innovaient, se copiaient et en quelques années les clés du hautbois et du chalumeau furent adaptées pour la flûte à bec, à la flûte traversière, et au basson améliorant tous ces instruments. Ainsi dès le début du XVIII ème siècle Jacob Denner (fils de JC) fera aussi des flûtes baroques à 1 clé comme Hotteterre. (la 2ème clé a été crée par un autre hautboïste et flûtiste virtuose : Quantz)
Flûte de Jacob Denner. (Musée de la musique de Nürnberg)
En France, les Hotteterre, véritable dynastie de musiciens et de facteurs, continueront la même idée et feront de même avec le basson et la flûte en transformant la flûte allemande traversière (dite traverso) en lui adaptant la 1ère clé de la flûte dite baroque sur la patte au début du XVIIIème siècle. En dotant les instruments à vent de clés, des facteurs contemporains talentueux des Hotteterre comme Bressan, Rippert, Naust…. feront de même.  
Flûte de Pierre Naust. (Musée de la musique de Paris)
Il était aussi logique que les flûtes à bec qui était aussi très utilisées à l’époque baroque reçoivent rapidement cette innovation importante pour jouer le répertoire des grands compositeurs (Vivaldi, JS Bach…)
Flûte à bec basse de Jean Jacques Rippert.
Clé proche de celle du hautbois en W qui est astucieuse permettant de jouer
 avec auriculaire droit ET gauche) fixée sur virole ou bague en ivoire
avec une encoche dans une collerette pour guider la clé et affiner et améliorer le bouchage du trou.
Jacques Martin Hotteterre, pédagogue, figure incontournable de la musique française jouant  Couperin, Rameau, Leclair, Lully, Marin Marais mais aussi de la musique italienne Scarlati, Corelli …. a magnifié l’usage de la flûte. La flûte (Louis XV en jouait) était à la mode avec le clavecin dans les salons. (comme le célèbre salon de la Poplinière…) puis son fils Nicolas Hotteterre et Louis furent aussi  musiciens et  facteurs accomplis ,
Il ne faut pas oublier un autre instrument, la musette fort prisée dans les premières années du XVIIIème siècle à qui FM Hotteterre  inventa aussi des clés et une méthode fort connue.
Gaspard de Gueidan  (Merci Denis Béilières)
Quant au basson baroque né au début du XVIIème siècle, connu grâce à Vivaldi qui lui consacre de nombreux concertos, il n’a pas encore de clefs mais s’en dotera rapidement comme les autres instruments à vent, clefs lui permettant ainsi d’évoluer vers le basson moderne.


Ainsi l’adjonction de clés, qui on le voit est une révolution fondamentale, va améliorer la technique des musiciens et permettre aux compositeurs de créer de la musique différente, notamment la musique romantique et la propension à la virtuosité instrumentale . Les instruments à vent du pupitre des bois pourront désormais rivaliser avec les instruments à cordes et s’intégrer à part entière dans l’orchestre.

















samedi 18 juin 2016

"Comparaison de deux clarinettes autrichiennes en Fa". "Comparison of two Austrian clarinets in F ".

Interview de José Daniel Touroude par R.P.

Q : Lors de ton article sur les petites clarinettes dans ce blog, tu avais peu parlé de tes  clarinettes en Fa. Denis Watel avait amené chez toi sa superbe clarinette en Fa de Baumann, (qu’il te vendra bien un jour !). Elles sont peu courantes et ont vite disparues. Pourquoi ? (Articles sur les petites clarinettes.)

JDT : Pour la première fois l’existence de la clarinette en Fa apparaît dans le royal bavarian infantery guards en 1830. Berlioz parle aussi de la clarinette en Fa dans son traité  pour la musique militaire. La petite clarinette en Fa dite piccolo (selon Lavignac) est spécialisée pour les traits aigus, elle est plus courte que la clarinette Mib et a eu son heure de gloire dans les musiques militaires quand les clarinettes sopranos étaient en Ut au 19ème siècle. De grands compositeurs l’utilisèrent pour son aigu ou pour sa tonalité pratique dans certains cas notamment Beethoven, Mendelssohn, Strauss…La petite clarinette en Fa était associée également à d’autres instruments graves en Fa (cors en Fa surtout, cors de basset alto en Fa, musette en Fa, tuba en Fa). Quand la tonalité ou les traits de la partition étaient difficiles, le clarinettiste au lieu d’utiliser la petite clarinette en Mib prenait ponctuellement d’autres petites clarinettes en Ré, ou en Fa. Quand la clarinette soprano passa de Ut à Sib, la petite clarinette passa de Fa à Mib pour maintenir la quarte. C’est pourquoi la petite clarinette en Fa fut remplacée par celle en Mib au milieu du XIXème siècle et vite abandonnée, devenant rare et donc recherchée par les collectionneurs.
Clarinette en Fa de Baumann.
(Collection D. Watel)
Q : Dans ta collection, nous avons deux clarinettes autrichiennes en Fa de la même région, de la même époque et pourtant elles sont différentes :

En effet l’une est en ébène à 13 clés, l’autre en buis signée Eberl en buis à 14 clés. Elles sont toutes les deux basées sur le système Mûller simple qui permet de faire enfin toutes les notes de la gamme chromatique et des traits difficiles sans doigtés approximatifs et compliqués. Leur utilisation était différente : celle en ébène utilisée dans une harmonie en plein air (kiosque, défilés…) de type militaire est robuste, le bois ébène épais, assez lourde (plus du double 385 g contre 180 g pour l’Eberl) , les clés sont épaisses et solides, le repose pouce important, longueur et perce un peu plus importante, état prouvant qu’elle a vécue….l’autre est absolument l’inverse en buis, fragile, aux clés très fines, peu utilisée vient d’un orchestre symphonique ou opéra (pour quelques traits). Il faut dire que dans l’empire autrichien à cette époque la musique est présente partout (Schemmel facteurs de clarinettes à Vienne.
A gauche clarinette en Fa et 14 clés en buis d'Eberl et
à droite clarinette en ébéne en Fa 13 clés.
(Collection J.D Touroude)
Q : Apparemment elles viennent de Carlsbad ou de sa région ? c’est une petite ville ?
Carlsbad a gardé même aujourd’hui son charme désuet, et se nomme actuellement Karlovy Vary en Tchèquie. Elle était à cette époque une ville d’eau chaude célèbre dans l’empire autrichien et comme toutes les villes de cures, où il n’y a pas grand chose à faire, la musique était omniprésente. D’ailleurs à cette époque de nombreuses personnalités notamment des musiciens prestigieux comme Brahms, Chopin, Dvorak, Grieg, Liszt, Wagner… contemporains de cette clarinette ont fait des séjours dans cette ville. L’une a été fabriquée à Carlsbad, l’autre y a joué peut être et provient de la même région de Bohème (sans doute de Graslitz en Tchéquie actuellement)
Vues de Carlsbad au XIX ième siècle.
Q : Et qui dit musique dit musiciens et donc facteurs et réparateurs…
Tu as raison, vu le nombre de concerts quotidiens, il fallait des facteurs et réparateurs à Carsbad et quelques artisans réputés comme Strobach et Jäger sont connus des collectionneurs. Eberl actif à Carlsbad est lié forcément à ces facteurs précédents mais je ne connais pas les liens d’Eberl avec eux (apprentissage, compagnonnage, concurrence, sous traitance…).

Cor de Basset de Strobach à Carlsbad. (Musée d'Edimbourg)
Q : Eberl me dit quelque chose ? 
Oui au début j’ai eu la même impression en l’achetant mais c’est un homonyme célèbre ou peut être un membre de la même famille ? (si certains ont la réponse ….) Anton Eberl était un pianiste et compositeur autrichien de Vienne très connu, ami de Mozart et de Haydn, rival de Beethoven et qui a composé plusieurs œuvres de musique de chambre avec clarinette ! et qui a été à Carlsbad ! lui aussi. C’est celui qui est connu en histoire de la musique. Mais qui est W. Eberl ? pratiquement pas référencé dans les musées et livres spécialisés et pourtant son travail est magnifique ! encore un génie méconnu….Sa rareté est donc réelle car il existe sans doute très peu de clarinettes de W. Eberl de Carlsbad dans les collections publiques ou privées et sans doute la seule en Fa. L’estampille est un aigle à 2 têtes des Habsbourg, surmonté d’une couronne , W.Eberl Carlsbad, F (fa) et une fleur à 6 pétales. 
Marque d'Eberl  à Carlsbad.
Q : C’est vrai qu’elle est magnifique et éclipse beaucoup de petites clarinettes qui sont à côté ! Mais l’autre en ébène, est aussi typiquement autrichienne de la moitié du XIXème siècle non ? on reconnaît les grands facteurs de Vienne du milieu du XIXème siècle : Uhlmann, Schemmel, Koch, Stehle …Quelles sont les caractéristiques de la facture autrichienne au milieu XIXème siècle ?

Oui . La facture autrichienne est reconnaissable de suite :

·     ° Aux pavillons évasés. 
 3 pavillons de clarinettes autrichiennes comparés à un pavillon de clarinette
française. (de gauche à droite : Schemmel (A), Baumann (F), Eberl (A), Schemmel (A)
°   Forme des clés très travaillées avec pont et cercle. 
 
Détails des clés de clarinettes en Fa (Eberl, anonyme)
°     Des gorges en  métal pour les clés.
Longues clés de deux clarinettes viennoises.
°     Des blocs en bois dans la masse demandant une adresse certaine des tourneurs. (Comme pour les hautbois ; on retrouve en Allemagne et en Angleterre ces blocs taillés)
Clés montées sur des blocs; 
·         ° Clés tordues, vrillées assez typiques. 
Comparaison des grandes clés d'une clarinette viennoise (G) et une
clarinette française (D).
° Des repose pouce taillés dans la masse.
Repose pouce taillés dans la masse.
° Trous surélevés petit doigt droit.

Trous surélevés petit doigt droit.
Evidemment on retrouve des caractéristiques classiques germaniques : Les clés sont en laiton rondes en pelles à sel et sont articulées par des tiges en laiton  perçant des blocs en bois. (à l’époque la facture française était très différente et utilisait les patin, avec boules et charnières et des vis en acier) mais toutes les clés à l’est du Rhin sont comme cela. Les ressorts sont en laiton rivetés sur les clés, les tampons en feutre et cuir mais là ce n’est pas spécifique à la facture autrichienne. Le diapason : très différent selon les villes et les orchestres (cf article diapason Cliquer sur ce lien pour voir l'article.). Ce qui  est sûr c’est qu’elles sonnent encore très bien  ….