lundi 25 septembre 2017

"Frédéric Eléanor Godfroy, fils de Clair II Godfroy, facteur de flûtes et inventeur d'un nouveau ressort en 1834". "Frederic Eléanor Godfroy, son of Clair II Godfroy, woodwind maker and inventor of a new spring system in 1834".

En visitant la collection de François Camboulive, j'ai découvert une flûte (parmi tant d'autres) qui "m'a interpellé"et comme François m'a autorisé à en faire un article j'en profite. Merci à lui pour sa générosité.
Cette flûte est une "Godfroy"....comme on dit classiquement, avec un système de ressort particulier. Cela tombe bien, cette famille de facteurs a été particulièrement bien étudié par Tula Giannini dans un ouvrage très documenté : "Great Flute Makers of France. The Lot and Godfroy Families, 1650-1900".
Et comme en plus je suis en train d'essayer de répertorier les flûtes des facteurs de cette famille, pour essayer de comprendre "qui a fait quoi?" et "cette flûte, elle a été faites par le père ? Le grand père ? Ah le fils....mais lequel ? en quelle année ? Et oui, il y a des numéros.....Bref malgré Tula Giannini, ce n'est pas simple.
Alors, comme d'habitude si vous avez des flûtes portant la marque Godfroy, merci pour les photos. Je ferai un article sur ce sujet vers la fin d'année.
Description de la flûte.
Au premier coup d'oeil, il s'agit d'une classique cinq clés en palissandre, baguée en ivoire, sans barillet.
Flûte B69 collection Thicam.
La clé de sol # n'a pas une forme classique.
Mais surtout quatre clés sur cinq sont munies d'un système particulier de ressorts.



  C'est une vidéo.

Nous n'avons jamais rencontré ce système de ressorts.
Ressort circulaire et picot.
Lorsque l'on démonte la clé, le système ce compose d'un ressort circulaire (comme dans les matelas), un picot, tout cela installé dans une partie ronde creusée dans le bois de la flûte.
Emplacement du ressort circulaire.
Le ressort est mis en place.
Ressort et picot en place.
A remarquer la forme du picot.
Seules quatre clés sur cinq sont munies de ce système, la clé de Si b comporte un ressort classique sans doute parce que le nouveau système était moins efficace (sur une clé longue) qu'un ressort plat ? D'ailleurs on peut deviner les inconvénients de ce nouveau systéme lorsque l'on constate que la clé de sol # a dû être orienté dans la longueur de la flûte et non comme habituellement avec une clé de sol # s'enroulant autour de la flûte.
Clé de sol # dans l'axe de la flûte.
Sans doute parce que, avec ce système, le basculement de la clé est plus compliqué sur une partie bombée que sur une partie plane. D'ailleurs la clé de fa est très courte et retravaillée au niveau de la spatule pour favoriser un bon basculement.
Clé de fa.
Même si l'idée était astucieuse, on imagine tout de suite les difficultés d'application de ce nouveau système. D'oû un échec prévisible.
L'inventeur : Frédéric Eléanor Godfroy.
Dans la famille Godfroy il y a au moins 8 facteurs connus et en plus la marque que porte cette flûte n'est pas courante.
Marque de la flûte.

Arrêtons ce suspense "torride" : Il s'agit de Frédéric Eléanor Godfroy né le 6 janvier 1805 à Paris, fils aîné de Clair II Godfroy (1774-1841) qu'il avait eu avec sa première femme Madeleine Letellier (1781-1808).
Pour mieux comprendre voici la généalogie de la famille Godfroy (ou Godefroy).

Désolé je n'arrive pas à faire en sorte que cette feuille s'affiche en plus grand. Si vous voulez la lire envoyez moi un mail à mon adresse : René PIERRE et je me vous l'enverrai.

Il a sans doute appris la facture d'instruments à vent avec son père avant de s'installer à son compte, vers 1827 au 133 rue Montmartre. Spécialiste de la flûte, il fabriquait aussi d'autres instruments (clarinettes, flageolets, fifres...) ; sa marque "F.E en écriture cursive/ Godfroy aîné dans un ovale de pointillés (ou sans ovale) /étoile à 5 branches coupées ou non".
Première marque de Frédéric Eléanor Godfroy de 1827 à 1831.
Marque identique mais sans cercle de pointillés et avec
une étoile à 5 branches avec pointes non coupées.
En observant les nombreux instruments de ce facteur, conservés au musée de La Couture-Boussey, il semble que la marque, sans pointillés et avec l'étoile à cinq branches non coupées, beaucoup plus rare soit en fait la première marque vers 1827. La seconde beaucoup plus fréquente correspond sans doute à une période beaucoup plus active et plus longue. 
On peut se poser la question sur l'origine des instruments de ce facteur. Il n'est pas question de remettre en cause sa qualité de fabricant, en revanche les nombreux instruments que possède le musée de la Couture-Boussey provenant de la Couture, notamment  des fifres, des clarinettes, des flûtes simples en buis nous font dire que F.E. Godfroy se fournissait en instruments courant dans les ateliers couturiotes. D'ailleurs nous pouvons confirmer cette hypothèse grace à deux flûtes de la collection Thicam dont les clés en argent portent des poinçons classiques des ateliers de la Couture.
Flûte à 5 clés en argent avec poinçon
papillon V et poinion de J.C. Carpentier.
(Collection Thicam GO1)
Les poinçons d'argent ne constituent pas une preuve absolue (on m'opposera classiquement qu'il pouvait se fournir en clés à La Couture), mais l'ensemble de ces points (caractéristiques, provenances des instruments du musée, poinçons d'argent) renforcent cette hypothèse. D'ailleurs ce phénomène est courant même pour des facteurs plus importants et même d'autres membres de la famille Godfroy dont les clés d'instruments portent alternativement des poinçons parisiens ou des poinçons de La Couture. Mais nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet dans notre "dictionnaire des poinçons d'argent trouvés sur les instruments de musique". (A paraître)

A partir de 1831 il remplace "Ainé" par "Fils" avec l'étoile à 5 pointes coupées.
Troisiéme marque à partir de 1831 à 1834-35.
Il participe en 1834 à l'exposition de Paris, pour la seule et unique fois ; le jury ne fera aucun commentaire sur les instruments présentés. Cette même année il déposera le 30 avril une demande de brevet de cinq ans, qu'il obtiendra le 22 août pour son système de ressort circulaire.
Texte du Brevet de 1834. (Source INPI)
Signature de F. E. Godfroy en 1834.

Une autre flûte munie de ce système est signalée dans l'ouvrage de T. Giannini : instruments à 9 clés en argent (j'aimerais voir les poinçons) en palissandre, bagues larges en argent portant le numéro 199 dans une boîte datée du 1er août 1835. Si vous en êtes l'heureux propriétaire manifestez-vous.
Flûte 9 clès.
Col. Privée
Il est difficile de voir sur ce scan les clés munies de ressorts circulaires. Donc à partir de 1834, il change sa marque pour y ajouter breveté et remplace ses initiales par un caducée.
Patte de la flûte collection
Thicam.
Son activité se ralentira progressivement jusqu'à son mariage le 26 septembre 1844, avec la soeur de son beau-frère, Elisabeth Joséphine Jeanne Mojana née à Amsterdam en 1781.
Tula Giannini dans son livre consacré aux familles Godfroy et Lot, se pose la question : "Pourquoi s'arrêta-t-il à 39 ans, pour devenir rentier en épousant une femme née la même année que sa mère ?"Je vous laisse répondre à cette question.
Votre avis : SVP ?
Le musée de la musique de la Couture-Boussey attribue cette marque à Frédéric Eléanor Godfroy. Qu'en pensez-vous?

Marque d'une clarinette du musée de La Couture-Boussey.

mercredi 13 septembre 2017

"La famille Kretzschmann de Strasbourg facteurs d'instruments de musique, à vent en cuivre". "The Kretzschmann family from Strasbourg, brass wind music instruments makers".

Karl Gottlob KRETZSCHMANN est né en Allemagne, à Markneukirchen (Saxe) le 19 avril 1777. Il était le fils du facteur Johann Gottfried KRETZSCHMANN de Markneukirchen et d’Eva Rosina GOETZ et appartenait à la célèbre famille du « Vogtland » qui a donné de nombreux facteurs d’instruments de musique. Il est arrivé vers 1809 à Strasbourg, sans doute accompagné d’un neveu, Charles Gottlob KRETZSCHMANN, facteur d’instruments, né à Neukirchen, décédé à 25 ans le14 juin 1813 à Strasbourg. Le père de ce neveu, Adam KRETZSCHMANN, était aussi facteur en Saxe.
Marque de Charles Kretzschmann.
Karl (Charles) Gottlob, qui avait francisé son prénom, épousa vers 1810 Suzanne ANNECKER (1790-1855), fille d’un boucher installé à Wasselonne en Alsace. Ils eurent quatre enfants dont les deux premiers  décédèrent en bas âge : Charles Gottlob (1812-1814) et Caroline (1813-1817).
Signature de Charles Kretzschmann père.
Le second  fils, Charles Auguste KRETZSCHMANN, né à Strasbourg le 16 octobre 1818 prendra la succession de la Maison en 1842 à la mort de son père. Quant à Frédérique Wilhelmine (Guillemette) KRETZSCHMANN, née le 23 décembre 1821 à Strasbourg, célibataire,  elle décédera le 12 septembre 1860 à Scharrachbergheim dans le Bas Rhin. Dès son arrivée à Strasbourg en 1809, Charles Kretzschmann père se déclara fabricant d’instruments à vent et s’établira au N° 5 de la rue Saint Hélène, adresse des Kretzschmann père et fils pendant toute leur activité. La fabrication de l’atelier comportait tous les instruments à vent en cuivre : cornets, trompettes, cors, trombones, ophicléides et utilisait exclusivement le système allemand de barillets rotatifs.
Pavillon d'un cor naturel de Charles KRETZSCHMANN père.
(Collection R. Charbit)
Même si la production de Charles Kretzschmann fût très influencée par la facture allemande, elle restera par sa diversité et sa créativité d’esprit français : les trompettes à clés, circulaires, demi-lune, les buccins, ophicléides  montrent que ce facteur de province était au niveau des meilleurs facteurs parisiens. A l’exception peut-être d’un ou deux facteurs lyonnais, aucun facteur de cuivres de province, ne produisait une telle variété d’instruments en ce début du XIXe siècle.
Petit cor de poste (Vente de Vichy juin 2006) 
 Grand bugle à 7 clés en Fa en forme de demi lune de Charles KRETZSCHMANN
à Strasbourg. (Collection Richard Charbit)
 

Trompette demi-lune (collection B. Kampmann)
Jean FINCK (1807-1858), autre facteur de cuivre installé à Strasbourg, a sans doute été formé dans l’atelier Kretzschmann, puisque il ne quitta pas Strasbourg et se déclarera tourneur de 1807 à 1817, puis seulement à partir de cette date, fabricant d’instruments à vent. Seul Kretzschmann avait la compétence à Strasbourg pour former un élève. La collaboration entre les différents facteurs strasbourgeois ne s’arrêtera pas là, comme le montrent ces deux cors naturels marqués « Bühner et Keller » et « Dobner », visiblement fabriqués par Kretzschmann.
Cor naturel de Bühner et Keller fait par Charles Kretzschmann (collection RP)

Cor naturel marqué Dobner à Strasbourg sans doute fabriqué
 par Kretzschmann (Collection Richard PICK)
A la mort de Charles Gottlob KRETZSCHMANN, le 18 février 1842 à Strasbourg, son fils unique Charles Auguste KRETZSCHMANN, âgé de 23 ans prit logiquement la suite de son père. Il devait avoir été formé très tôt dans l’affaire, puisque que dès 1844 il participa à l’Exposition de Paris, où il présenta des bugles à Cylindres, un bugle basse et un bombardon.
Signature de Charles Auguste Kretzschmann (1818-1888)

Cornet à pistons en ut/mi b (N° 625 de la collection Bruno KAMPMANN)
Il obtiendra le 1 mai 1850 un brevet de 15 ans N° 9850  « Améliorations et changements apportés au mécanisme des cylindres rodiques qui sont applicables à tous les instruments de musique tels que cornets, clairons etc…. » En fait C.A Kretzschmann était un partisan « du système à cylindres rodiques » auquel il trouvait de multiples avantages, dont celui de laisser passer l’air d’une façon plus naturelle et sans obstruction ; en revanche il voulait améliorer son inconvénient majeur, la fragilité et avait conçu un « couvercle manivelle»  qui fonctionnait sans friction. Selon Bruno KAMPMANN « ….l’idée est très proche de la walzenmaschine brevetée par CERVENY postérieurement en 1873. La particularité unique est que les ressorts de rappel sont inclus dans les barillets, et non situés dans un rotor extérieur ». Si vous voulez en savoir plus (et si vous parlez allemand) ce système est détaillé à la page  35 de l’ouvrage de Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».
Trompette en sol à trois barillets et ton de sol, 
appliquant ce brevet, en particulier le couvercle manivelle
(N° 528 de la collection Bruno KAMPMANN)
Il récidivera en 1856 et obtiendra le 23 juin un brevet de 15 ans (N° 28038) pour la fabrication d’un « système de pistons à mouvement horizontal avec pression verticale, applicable à tous les instruments de musique en cuivre ».


















« Clairon chromatique baryton en si utilisant ce nouveau brevet » (Musée de la Musique à Paris) et schéma expliquant ce nouveau système  à pression verticale et mouvement horizontal. Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».

A cette date, il faisait partie de la coalition des facteurs d’instruments qui luttera contre l’hégémonie du grand Adolphe SAX. Nous n’allons pas « répéter » ces procès fastidieux entre la coalition et le « pauvre Adolphe Sax martyr de tous ces cupides facteurs d’instruments », discours convenus et entretenus par des écrivains bien connus, comme Oscar Comettant et le Comte Ad de Pontécoulant, discours repris en cœur dans tous les documents publiés sur Sax, même actuellement ; ouvrages dans lesquels KRETSCHMANN est cité très rarement, sinon pour souligner « sa cupidité » et son « incompétence ».  Pourtant il existe un nombre impressionnant d’ouvrages reprenant l’ensemble des procès opposant Kretzschmann à Sax, disponibles à la Bibliothèque Nationale de France, montrant que le combat fût long, âpre et que l’issue ne fût pas si favorable pour Sax, puisque en appel, Kretzschmann fut condamné non pas pour contrefaçon, mais pour…recel de 4 instruments produits par Kretzschmann comme preuve d’antériorité au brevet Sax de 1845 et pour les avoir introduit en France. 
Le Grand Adolphe Sax.
Les procès entre A. Sax et C.A. Kretzschmann : procès longs et pas particulièrement flatteurs pour le "Grand Sax".


Reprenons les éléments essentiels de ces procès. Ch. A. KRETZSCHMANN fut d’abord cité comme témoin dans le procès qui opposa GAUTROT à SAX, mais son témoignage ne fût pas retenu. Aussi, lorsqu’il fut cité comme témoin dans le procès  qui opposa BESSON à SAX, il produisit trois instruments, fabriqués par son père (3 ophicléides altos à 3 pistons parallèles vendus en 1839 et 1841 dont les propriétaires étaient suisses, et vosgiens) et un quatrième, vendu par Kretzschmann fils en 1843 (ophicléide alto à trois pistons), fabriqué avant le brevet Sax du 13 octobre 1845, qui revendiquait l’invention :
« Des instruments ayant le pavillon en l’air et les pistons parallèles au tube de l’instrument ». 
Sax fait saisir ces quatre instruments, ainsi que les documents prouvant la vente à la date indiquée, pour contrefaçons. Comme il était difficile de contredire les dates, en particulier celles qui concernaient les instruments de Kretzschmann père décédé en 1842, le tribunal décida que les instruments auraient été modifiés après 1845 mais par qui ? Le tribunal n’osa accuser ni Besson, ni Kretzschmann, puisque les instruments étaient arrivés au tribunal dans des conditions particulières. Nous voudrions décrire avec quels soins les propriétaires avaient fait parvenir au tribunal les instruments, propriétaires qui c’étaient même déplacés durant les procès pour témoigner en faveur de Kretzschmann.
Prenons le cas de «  l’ophicléide alto à trois pistons parallèles, fabriqué par feu Mr KRETZSCHMANN père et vendu par lui le 19 octobre 1841 à Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz à Lausanne, canton de Vaud (Suisse). Cet instrument a été produit en justice par son propriétaire actuel, Mr François Blanc, huissier à Lausanne, à l’appui de sa déposition du 30 juillet 1858. Pour établir l’origine et la date exacte de cet instrument, Mr KRETZSCHMANN fils avait produit :
·         Les livres de commerce de feu son père.
·         Les lettres relatives à cet instrument de Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz.
·         Une déclaration notariée du 26 mai 1858 de MM Louis Hoffmann-Vulliemoz, François Blanc propriétaire de l’instrument, David Thuillard, Philippe Pflüger, Frédéric Allamand, Jacques Lauffen, Jacques Hoffman, Henri Blanc.
Les signataires de cet acte ont déclaré « qu’étant tous membres du corps de musique militaire de Lausanne, dirigé par le lieutenant Hoffman, ils ont vu cet instrument dans leur musique dès l’année 1841. Cet instrument alors nouveau pour eux, fut de leur part l’objet d’un examen particulier et leur a laissé un souvenir parfaitement distinct, notamment par la position des pistons placés tous trois ensemble dans la même direction parallèle au tube du pavillon ». Ledit instrument reconnu cacheté par un notaire ». (5)
Le même traitement étant fait pour les trois autres instruments, il faut croire que Mrs Kretzschmann et Besson bénéficiaient d’un solide réseau de « complices », puisque le 19 juin 1862 ils étaient accusés « non pas d’avoir contrefait les quatre instruments, mais de les avoir introduits en France et recélés, sachant qu’ils étaient contrefaits ». (5)
On comprend mieux, pourquoi Constant PIERRE fut aussi sévère avec A. SAX  dans son ouvrage « Les facteurs d’instruments de musique ».
« A. SAX déposa de nouveau son bilan en 1873, après une période particulièrement brillante, pendant laquelle il avait certainement vendu beaucoup d’instruments, reçu plus de 500 000 frs d’indemnité du procès Gautrot, encaissé nombre de primes des facteurs qui avaient sa licence pour faire des instruments imposés sous son nom dans l’armée. Comment donc s’il n’y eut des dépenses excessives, des remises exagérées, des frais de publicité énormes, des panégyristes largement rémunérés, s’expliquer un tel désastre. Avec le nouveau régime, Ad. SAX ne retrouva pas l’appui que lui avaient prêté les fonctionnaires de l’Empire, la lutte redevint égale et toute pression officielle cessant, les facteurs purent écouler les instruments de leurs systèmes, sans être contraints comme auparavant, de se borner à la confection des types réglementaires imposés et dénommés à l’instigation d’Ad. SAX ». (7)
Quant à Ch. A. KRETZSCHMANN, il se retira des affaires vers 1860 : « Mr KRETZSCHMANN s’est retiré des affaires ; mis en possession par son père d’une fortune relativement considérable, augmentée encore par sa propre industrie et suffisante aux besoins de son existence ». (5)

On remarque également que son brevet de 1856 : « nouveau système à pression verticale et mouvement horizontal » avait pour but de répondre au brevet SAX de 1845, même s’il ne rencontra pas un franc succès.
Il se retira à Scharrachbergheim, petite commune du Bas Rhin de 1000 habitants, située à 21 kms de Strasbourg. C’est là qu’il décédera le 12 octobre 1888 à l’âge de 70 ans, sans descendance. (*)
C’est Achille (François Pascal) GALLICE qui prendra la succession de la Maison KRETZSCHMANN dans les années 1860. Achille GALLICE était né à Briançon le 5 décembre 1832, il était le fils de Pascal GALLICE ébéniste à Lyon. Avant son installation rue des Frères, il devait travailler pour Jean Chrétien ROTH (Successeur de Dobner et de la Maison Bühner et Keller), puisque lors de son mariage le 19 juillet 1856 à Strasbourg avec Pauline SCHATZ, fille d’un brossier de Strasbourg, « J.C. ROTH, 40 ans facteur d’instruments et Jacques ROTH, 33 ans amis de la famille » en furent les témoins.

Achille GALLICE exerça son métier de « facteur d’instruments en bois et en cuivre » de 1867 à 1886 à la même adresse, 14 rue des Frères qui deviendra en 1880 la « Brüderhofgasse ».

Bibliographie :

(1) : Comte Ad de Pontécoulant : Organographie. Essai sur la facture instrumentale. Art, Industrie et commerce. Paris 1861.
(2) : Oscar Comettant : Histoire d’un inventeur au XIX° siècle. Adolphe Sax, ses ouvrages et ses luttes. Paris 1860.
(3) : Malou Haine : Adolphe Sax (1814-1894) Bruxelles.
(4) : Jean Pierre Rorive : Adolphe Sax (1814-1894), Inventeur de génie. Edition Racine.
(5) : Cour de Cassation. Mémoire ampliatif pour Mr Ch. A. Kretzschmann contre M. A. Sax. 1863 chez
Silbermann.
(6) : Cour de Cassation, chambre criminelle : Besson, Kretzschmann contre Sax : BNF 4 FM 16527.
(7) : Constant Pierre. Les facteurs d’instruments de musique. Paris 1893.
·         Larigot : Catalogues de la collection de Bruno Kampmann.
·         Site de Richard Charbit : http://www.orpheemusic.com.
·         Anthony Baines: Brass Instruments. Their History and Development.
·         Waterhouse William: “The New Langwill Index. A dictionary of Musical Wind Instrument Makers and Inventors”.
·         Archives départementales du Bas Rhin à Strasbourg. Etat civil, recensements, annuaires, almanachs.
·         Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».
·         Enrico WELLER « Der Blasintrumentenbau in Vogtland von den Anfängen bis zum Beginn des 20
Jahrhunderts ».
·         Site de Richard Pick : http://www.pick-et-boch.com/

·         Brevets : Archives de l’INPI : 26 bis rue de Saint Petersbourg, Paris 75008.

jeudi 31 août 2017

"Clarinettiste à Waterloo, Facteur de clarinettes à Brest puis à Metz : Jean François LEROY (1782-1853), ou les aventures d'un "clariboleux" aventurier". "Clarinetist in Waterloo, maker of clarinets in Brest then in Metz: Jean François LEROY (1782-1853), or the adventures of a "clariboleux" adventurer".

Oui je suis d'accord, avec vous, le titre de cet article est franchement "racoleur" et sans doute exagéré.....mais les vacances sont passées par là et pour cette rentrée difficile, je voulais insuffler dans le blog, à l'exemple de notre président jupitérien un souffle de lyrisme et de dynamisme......
Les habitués du blog savent que ce facteur messin avait déjà fait l'objet d'un article, mais j'ai trouvé de nouvelles informations qui méritent d'être publiées.
Jean François Leroy est né à Metz le 23 mars 1782, son père devait être militaire dans l'armée révolutionnaire car il est décédé à Metz le 26 avril 1793 (né à Metz) à l'hôpital militaire étant infirmier. On retrouve J.F Leroy à Brest le 3 août 1811 pour son mariage avec Julienne Lambault (1760-1817) de 22 ans son aîné. Il était musicien au 3iéme régiment d'infanterie de ligne, elle était née à Vannes le 2 novembre 1760 et divorcée de François Bernard le 25 avril 1801 à Brest. 
La musique d'un régiment d'infanterie de ligne vers 1810.
Les témoins du marié à ce mariage étaient le lieutenant du 3ième régiment d'infanterie de ligne Pierre Félix de Saint-Omer et Jean-Baptiste Taricot chef de musique du 3iéme également.
Tambour major du 3iéme régiment d'infanterie de ligne
en 1810

Le 3iéme régiment d'infanterie de ligne : Créé sous la révolution ce régiment participera aux campagnes de l'empire  pour commencer dans l'armée du Rhin. Son drapeau reçoit les inscriptions "Austerlitz 1805" et "Wagram 1809". Il se bat aussi en Espagne et sera presque détruit à Waterloo. On peut donc imaginer que notre personnage ayant 29 ans en 1811 a dû participer à quelques campagnes de l'empire....mais comme musicien.

  
Notre clarinettiste a dû participer à la campagne d'Espagne puisqu’il ne figure pas dans les recensements de Brest en 1813 où son épouse habite seule avec une domestique. En 1814 il est signalé comme musicien, c'est la période de la première restauration avant les 100 jours et la défaite de Waterloo. C'est sans doute à cette période qu'il quitte l'armée active puisqu'en 1815 il est musicien de la garde nationale et habite avec son épouse au 40 rue de Siam à Brest.
Quelques anecdotes sur "Les Musiques d'infanterie sous l'empire (1804-1815)" tirées d'un article de 1997 du N°123 de Tradition Magazine : 
Les petits soldats de Strasbourg.
"C'est surtout à partir de 1792 que la musique militaire a pris en France un grand développement. Le décret du 21 février 1793, énonçait que chaque demi-brigade aurait un tambour-major, un caporal-tambour et huit musiciens dont un chef ". "Dans plusieurs corps d'infanterie, il se trouve un plus grand nombre de musiciens que les règlements n'en accordent. Ces musiciens, admis en qualité de gagistes, et pour un temps limité seulement, touchent la solde et les fournitures comme s'ils étaient enrôlés en qualité de soldats ; encouragés à devenir soldats s'ils ne l'acceptent pas, c'est aux officiers de régler leurs coûts". 

Selon le maréchal Ney, pendant la bataille : " La musique du régiment durant le combat sera réunie en arrière sera réunie en arrière et jouera des airs guerriers...Les trompettes sonneront les fanfares. Les tambours et fifres seront envoyés  à la droite et en arrière de leurs bataillons effectifs, afin d'exécuter les batteries que le colonel jugerait convenable".


"Dans ses mémoires, le musicien Girault écrit  : "Nous autres musiciens, nous nous retirons dans une ferme qui était près de là, pour soigner les blessés qu'on y transportait et aussi pour nous mettre à l'abri....". "Nous fûmes acceuillis par une vive fusillade. Ce n'était pas l'affaire des musiciens, aussi nous voilà bien vite à prendre notre poste derrière le régiment. Le combat devenant général, nous nous retirons sur une hauteur d'où nous pouvions tout voir sans danger". On comprend mieux l'épithète de loin des balles qui leur est attribuée par les soldats".
La reconversion de Jean François Leroy : En 1817 il est installé comme luthier au N°40 rue de Siam à Brest, un immeuble que possédait son épouse rentière avec un magasin et six appartements. Malheureusement son épouse décède le 18 septembre 1817 à 56 ans. A-t-il fabriqué des clarinettes ou d'autres instruments sous sa propre marque à Brest ? Nous n'en savons rien car aucun instrument, connu actuellement ne porte cette marque. L'année suivante il s'installe à Metz comme Luthier, en Fournirue au 37, c'est là qu'il rencontre sa seconde épouse, Marie Louise Gallez (29 ans) la fille d'un bijoutier installé lui aussi en Fournirue, au 39. Le mariage a lieu le 19 août 1818. 
Signature de Jean François Leroy en 1818.
Clarinette en ut de
J.F Leroy à 5 clés
carrées. (coll. particulière)
Ils s'installent  en Fournirue, tout d'abord au N°37 où ils habitaient avec la ,famille de la soeur de l'épouse : Anne Gallez. C'est là que naît leur première fille Marie Adélaïde le 14 juin 1819.  Il devait déjà fabriquer des clarinettes puisque nous connaissons une clarinette en ut à 5 clés carrées (Collection J.L. Matte). Le 25 juillet 1822 né son fils Pierre Charles, au N°39 en Fournirue.
Il participe en 1824 à l'exposition nationale de Metz et expose : Une clarinette en si bémol à 13 clefs et en ébène ; une clef brisée sert à donner le la bémol et le la dièse. Mais il présente aussi deux flûtes, "l'une en ivoire, à six clefs et garnie en argent, l'autre en grenadille à 6 clés également, une petite flûte à 6 clés ou octave en ébène, un flageolet d'orchestre en ébène, un basson à 12 clés, dont trois ont été ajoutées par M. Leroy qui a aussi apporté quelques changement aux autres. Cet instrument, dont le doigté tout particulier exige une habitude que tout le monde ne peut avoir, n'a pu être essayé comme on l'aurait désiré". La conclusion : médaille de bronze de première classe.
Exposition de Metz de 1824.

En 1828 à l'exposition de Metz
, "il expose une clarinette à 18 clefs, garnie d'un nouveau mécanisme qui favorise le doigté dans l'exécution des morceaux en ut mineur, en ré et la majeur ; une flûte en ivoire à six clefs, une flûte en ébène à six clefs ; une petite clarinette ordinaire à 9 clefs; enfin un basson à 12 clefs".

Marque de J.F Leroy d'une clarinette en La à 13 clés
de notre collection.

A l'exposition de Caen en 1828, il présente un bec de clarinette. Il participe à l'exposition de Metz de 1834 et expose "une clarinette et une flûte excellente qualité". Il est Chef de musique de la garde nationale à Metz de 1832 à 1841.

Insigne d'honneur de la garde nationale de Metz
(vers 1800)
A cette période il habite avec sa famille, et celle de son beau-frère, Joseph Roupert, bijoutier au N°39 en Fournirue. "1836 : Leroy, 39 en Fournirue à Metz. Fabricant d'instruments à vent, dépôt de la librairie musicale, directeur de la musique de la garde nationale, fabrique particulièrement la nouvelle clarinette à treize et quinze clefs, tient généralement tous les instruments en cuivre et en bois. Magasin bien assorti de musique ancienne et moderne, cordes de Naples, fournit la musique militaire". (Extrait de l'almanach de Moselle de 1836).




Clarinette Sib à 14 clés de J.F. Leroy.


(Collection René PIERRE)



























Le commerce d'instruments de musique ne devait pas "nourrir son homme" puisque le couple Leroy de 1830 à 1853 avait étendu son domaine: "Leroy, 39 en Fournirue, flûtes, clarinettes, jouets d'enfants, articles de pêche. Médaillé en 1826 et 1828". En 1843 à l'exposition de Metz, il obtient une Médaille de première classe, car le Jury lui reconnaît, " un mérite d'invention dans les perfectionnements qu'il vient d'introduire dans la clarinette...."

Exposition de Metz pour 1843.
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Clarinette en Ut de J.F. Leroy

à 13 clés, avec un bec original.

(Collection J.M. Renard)










En 1835, son beau-père, Gaspard Gallez, ancien bijoutier (83 ans) décède ; toute la famille habitait 2 chambres d'habitation pour un loyer de 200 frs avec deux chambres pour le commerce pour un loyer de 550 frs. Leur fille Catherine Adélaïde accouche en 1842 d'un petit Adolphe Jules et Charles, leur fils s'installe, en 188 comme tailleur d'habits au 37 place de la Chambre.  Jean François Leroy décède le 14 février 1853, il avait 70 ans.






Clarinette en Sib de JF Leroy

à 13 clés.

Collection RP

RECTIFICATION : J'ai précédemment publié une photo inversée de cette clarinette qui a pu faire penser à une clarinette pour gaucher. Merci à Albert Rice de m'avoir signalé cette erreur. Je n'ai toujours pas compris comment cette photo a pu s'inverser lors de mes manipulations.
Désolé d'avoir provoqué de faux espoirs.

RECTIFICATION: I previously published a reversed photo of this clarinet which could make think of a clarinet for left-handed. Thanks to Albert Rice for reporting this error. I still do not understand how this photo could be reversed during my manipulations.
Sorry to have caused false hope.





Si vous avez des instruments de J.F. Leroy n'hésitez pas à nous contacter.

La veuve Leroy continua le commerce de musique jusque vers 1861.