lundi 27 novembre 2017

La flûte de Pan : Rencontre avec le grand flûtiste Georges Schmitt. Pan flute: Meeting with the great flutist Georges Schmitt.



Par José-Daniel Touroude.
 
Georges Schmitt et Hugues Aufray.

JDT : GS n’est pas un musicien comme un autre, son parcours, son instrument, son répertoire … tout est différent et atypique. Déjà il a commencé par fabriquer son instrument avant d’en jouer ce qui est peu banal ! Donc nous allons commencer par ce point. GS est un facteur innovant de flûtes de Pan et certainement un des rares en France qui fabrique encore entièrement à la main avec la passion et la précision d’un artisan d’art.

Donc Georges, tu as commencé par fabriquer une flûte de Pan dans ta chambre de bonne d’après photos en écoutant un disque des Calchakis dans les années 70 pour décorer ta chambre ! Ensuite comme tu jouais de la flûte, de la trompette en amateur tu as fait sonner ta flûte pour voir… et ce fut le déclic, la passion ! Mais avant cela as-tu une formation spécifique dans les métiers du bois ?

GS : Je ne travaillais pas le bois car je suis ajusteur, prothésiste au départ dans la mécanique de précision donc un ouvrier spécialisé passionné de musique. La musique était omniprésente à mon époque, les harmonies et fanfares municipales, les orchestres de bals, les orchestres amateurs divers où faire de la musique était important et un loisir essentiel. D’ailleurs je suis né dans un environnement musical, moi même quasi autodidacte amateur (quelques années quand même en école de musique locale, plus de la musique militaire pendant mon service militaire) donc une situation courante. Puis ce fut la découverte et la passion pour la flûte de Pan qui va m’entrainer vers une carrière musicale intermittente profitant de la mode et des opportunités puis le succès venant, devenir professionnel de cet instrument et en vivre, voyager et surtout en jouer depuis 45 ans et toujours avec la même passion.

JDT : Nous sommes dans ton atelier et peux tu nous analyser les différentes étapes d’une élaboration d’une flûte de Pan ?
 









 
Les roseaux de Rigotti à Cogolin (Var).


G.S : D’abord je commence par aller chercher des roseaux marbrés dans le Var à Cogolin précisément. C’est l’endroit où poussent les roseaux pour les anches (tous les producteurs importants sont là bas). Pourquoi marbré ? C’est Rigotti le grand fabricant d’anches qui me l’a appris, car comme pour les anches, les roseaux marbrés sonnent mieux, plus clairement. Puis je coupe les roseaux à la base de chaque nœud à des tailles différentes et je les laisse sécher 1 à 2 ans.


Donc le roseau a un bout fermé par le nœud naturel du roseau et l’autre bout ouvert à un certain diamètre selon sa taille. Ceci est fondamental comme nous le verrons.


Que fais-tu ensuite ? Ensuite je les ponce à l’extérieur pour enlever le vernis naturel du roseau. Pourquoi ?  Parce qu’il faudra coller les roseaux entre eux et les vernir ; or si on laisse la pellicule naturelle, ils ne se colleront pas bien.




 











  

Et la perce (c’est à dire l’intérieur du roseau)? Je n’y touche pas beaucoup elle reste naturelle. Toutefois je passe une mèche (ou foret) pour rendre la perce propre mais sans la travailler (contrairement à ce qui se passe quand on tourne du bois pour faire une flûte, hautbois, clarinette….). Je choisis donc des diamètres de roseaux différents qui vont de 20mm (le plus grave) à 8mm (le plus aigu).

Et il y a combien de roseaux ? Cela varie, plus il y a de roseaux plus il y a de notes, puisque chaque roseau donne une note. Je joue le plus souvent avec une flute à 25 tuyaux ce qui me permet de faire 25 notes diatoniques plus les chromatiques. Tes flutes sont courbes, Comment leur donner cette allure ? J’ai un gabarit courbé où je place mes roseaux par taille (à gauche les plus graves et à droite les plus aigus mais j’ai fabriqué pour mon ami Hugues Aufray une flute inversée, il préfère !) puis je les colle avec de la colle à bois.
Puis je les ponce au papier de verre pour égaliser les trous. Ensuite je créée des angles en abattant des arêtes des bords en limant (on chanfreine) afin de pouvoir souffler sans m’abimer les lèvres et surtout pour faire les notes chromatiques qui se font uniquement en bougeant la tête et la position des lèvres ou pour le vibrato (où la main fait bouger l’instrument sur les lèvres).


 














Pour améliorer l’esthétique et la solidité, je mets des embouts en peuplier et du mastic pour bois entre les roseaux pour solidifier ensemble (les flûtes latino- américaines elles, ont des attelles visibles au milieu des roseaux.). Enfin j’étale du vernis marin pour la résistance à l’humidité et pour l’aspect esthétique.




Je fabrique deux sortes de flûtes : Les flûtes latino-américaines : par exemple ce modèle à 22 tubes, avec 3 octaves accordé au diapason  440.
 









Et les modèles de concert fabriqués sur commandes.












Ou ce modèle fabriqué en ébène :


JSD : D’accord, la flûte est montée mais comment es tu sûr qu’elle joue juste et au bon diapason? 


G.S. :Là nous arrivons au point délicat. Pendant des siècles on a accordé les flûtes à l’oreille avec de la cire d’abeille en bouchant les fonds des roseaux (fermés par un nœud) jusqu’à temps que le son produit est celui que l’on veut. (Désormais avec l’accordeur électronique c’est plus facile)
 












Mais toi qui joue dans des églises avec des orgues à différents diapasons comment fais tu ?

Pour accorder ma flute, j’avais mon tube de cire et mon bout de bois pour bourrer la cire, je mettais parfois 3 heures pour m’accorder à 435 Hz et c’était une galère car le lendemain, c’était l’inverse je jouais avec d’autres instruments et je devais jouer à 440 Hz et je devais enlever de la cire de mes roseaux et m’accorder …  ou alors avoir plusieurs flutes selon les diapasons !
 
Accorder la flûte à la cire d'abeille.
Alors pour résoudre ce problème c’est là où tu vas inventer un système novateur ? Pourquoi n’as tu pas fait le concours Lépine ? cela correspondrait bien à ta créativité permanente (j’ai lu des articles sur ta nouvelle création un puzzle musical !)
J’aime bien innover et je suis toujours en vigie pour que mon environnement me donne des idées nouvelles. Pour la flûte de Pan, j’ai même déposé un brevet à l’INPI. En fait j’ai mis des bouchons en liège où j’ai creusé au milieu et mis un écrou fileté (taraudage) créant un bouchon mobile donc une sorte de piston. Ainsi avec une tige filetée je peux faire bouger un piston dans chaque tuyau et bien le positionner pour faire le son que je veux et m’accorder rapidement selon le même principe que par le bouchage à la cire d’abeille.

En ce qui concerne le concours Lépine il y a trop de frais d’inscription et pas assez de demande de fabrication de flûtes de Pan pour que cela soit rentable. En effet une flûte de Pan me demande une dizaine d’heures de travail et je la vends quelques centaines d’Euro! et je n’en fait qu’une centaine par an pour des flûtistes du monde entier qui sont souvent des amis, collègues ou de jeunes passionnés. Je n’en fais pas une affaire d’argent. (pour les lecteurs de ce blog, je fais un prix d’ami… normal !)


 










 

Je vois sur le mur de ton atelier tes disques d’or accrochés (et non dans ton salon ce qui est assez révélateur). je vois également dans tes programmes et tes nombreux disques (17 dont 9 disques d’or), que tu ne cherches pas à éblouir de ta technique mais tu joues des mélodies qui te plaisent, qui conviennent à ton instrument et qui vont être appréciées par le plus grand nombre.  
Pour moi, la musique est vitale et surtout la mélodie quelque soit son origine et je joue pour mon plaisir bien sûr mais surtout pour donner du plaisir aux autres et faire connaître ma passion : la flûte de Pan. Je ne suis pas passé par les grandes écoles élitistes du CNSM ou de l’Ecole Normale de Musique pour en faire mon métier mais comme beaucoup pour jouer de la musique populaire et faire apprécier les musiques pour le plus grand nombre.


Tu es créatif et talentueux (comme certains que nous pouvons écouter lors de la fête de la musique) et tu as aussi beaucoup travaillé de façon empirique certes mais tu as réussi à jouer au niveau des grands professionnels et tu as été reconnu par eux… et ce parcours atypique est extraordinaire. Je suppose que commencer comme autodidacte et se faire admettre par les musiciens professionnels de radio France et autres… tous sortis du CNSM n’a pas dû être facile ?
Je travaillais à l’époque à L’ORTF à la bibliothèque de Radio France et à la logistique de l’orchestre, mon épouse aussi et je « cachetonnais » avec ma flûte de Pan en semi pro. Certains musiciens au départ s’en amusaient et me toisaient de haut avec mes roseaux puis peu à peu j’ai été accepté comme musicien, j’ai fait beaucoup de Télévision, musique de films, studios pour des publicités, concerts variés surtout avec la mode orgue et instrument à vent dans les églises … j’étais sur tous les coups enfin comme beaucoup d’intermittents et puis j’ai joué aussi avec eux car beaucoup de grands professionnels de la musique de l’Opéra et orchestres symphoniques cachetonnaient aussi en studios comme Barclay.
A la dissolution de l’ORTF en 1974, j’ai perdu mon emploi et mon activité musicale de semi-pro est devenu mon métier à plein temps. Et j’ai joué partout : de l’endroit minable à la salle prestigieuse, faisant les croisières Paquet, la TV, les pubs à l’église paumée… des autographes à l’anonymat, des contrats substantiels à des prestations gratuites (pour votre promotion bien sûr qu’ils disaient!)… la vie en yoyo du musicien professionnel (à l’époque nous n’avions pas le statut sécurisant d’être intermittent du spectacle) j’ai tout fait ! et cet apprentissage parfois difficile m’a permis de m’adapter à toutes les musiques et à tous les publics. Mais il faut le reconnaître, il y avait beaucoup de demandes variées. Maintenant c’est plus dur, trop de musiques enregistrées, de boites à rythme, il vaut mieux devenir ingénieur du son (d’ailleurs notre fils fait ce métier !) que d’être musicien (sauf faire le conservatoire).
9 disques d'or.
Oh oui et les plus grands comme Portal, Bourdin etc … l’ont fait ! nous avons fait deux articles sur ce blog qui montrent cette vie à facettes de musicien professionnel avec le jazzman Badini : (Article sur Gérard Badini.) et la vie d’un musicien de studio Bernard Duplaix (Article sur Bernard Duplaix.)
Les musiciens professionnels en France sont c’est vrai assez élitistes mais c’est la formation initiale de concours et de sélection qui formate et qui donne une approche déductive. D’autres musiciens professionnels ont fait le chemin inverse, plus ou moins autodidactes, ils ont appris sur le tas, en jouant n’importe où et parfois n’importe quoi et ils ont une approche inductive ! c’est une grande discussion que j’ai avec René Pierre !mais après plusieurs années on arrive à la même chose : ces musiciens apprennent le solfège et l’harmonie voire la composition et l’improvisation, la maîtrise technique de leurs instruments en formation professionnelle continue (et non en formation initiale)
Et puis il y a les musiques que tu joues. Ce n’est pas le grand répertoire classique… on a fait les mêmes reproches de facilité au pianiste Clayderman, au clarinettiste Jean Christian Michel etc… en étant jaloux de leurs succès, vu leur niveau instrumental !
Ma force est d’aimer toutes sortes de musique et de varier : je peux faire l’amuseur comme un artiste de music hall voire de cirque (j’imite les sons d’oiseaux…) puis je peux jouer de la musique classique, des belles chansons de variétés, des musiques folkloriques variées du monde, de la musique de film et des chants de Noël, mes compositions… je ne m’interdis rien à condition que cela passe bien avec mon instrument, que cela me plaise et que le public aime. La qualité de l’écoute du public pour moi est essentielle. Je ne joue pas telle œuvre car je l’ai travaillé et je la présente au public pour me faire applaudir mais je fais l’inverse. Telle musique de film plait au public comme le Parrain, Titanic etc…. alors je la joue. D’ailleurs j’ai joué avec de très grands musiciens de musique de films : Piazzola, Morricone, Cosma etc…  et j’ai dû apprendre plusieurs techniques : l’attaque brutale et franche des latinos, l’école roumaine, les sons filés de la musique classique et des mélodies (sirupeuses diront mes détracteurs) ou jouer les chants de Noël qui ont toujours beaucoup de succès. C’est pourquoi je joue encore à la retraite car pour moi jouer en Corée devant 4000 personnes ou dans une cathédrale pleine à craquer ou bien jouer dans une petite église ou une école avec des gamins admiratifs, je prends le même plaisir ! Ma chance est d’être éclectique et mon plaisir est de faire plaisir aux publics qui viennent m’écouter : bientôt ce sera Noël et là je vais jouer tous les tubes de cette fête et pas du Boulez ! dans les églises ce sera les ave maria de Piazzola, Schubert, Gounod etc… , avec un public âgé ce sera les airs de films, les tubes de leur époque comme Syracuse ou une histoire d’amour de Francis Lai etc….



Tu es trop modeste, tu es le meilleur instrumentiste de flute de Pan en France et je sais que tu ne rechignes pas pour faire des concerts bénévolement pour des œuvres caritatives ou transmettre ta passion quel que soit le lieu. Et tu n’es pas le dernier pour expliquer l’histoire mythologique de ton instrument.
Oui en effet tu as raison, j’aime bien raconter l’histoire du dieu Pan, enchainer sur de la musique de film, des «tubes» ultra connus classiques ou de variétés car ce qui importe c’est de capter l’attention, de faire connaître cet instrument particulier et de partager des émotions… certains critiquent cette musique d’ambiance mais j’ai vendu plus d’un million d’albums !

Faisons une incursion historique si tu veux bien. Pourquoi accoler le nom d’un dieu de la mythologie grecque à cette flûte ?

Depuis la préhistoire, l’homme a émis d’abord des sons avec sa voix. Puis il a soufflé dans un os, un roseau, une paille et en a sorti un autre son c’est le sifflet (qui fait un son unique). Puis il a tapé sur quelque chose pour faire un rythme. Viendra rapidement le son vibré par une corde. La musique était née dans une grotte ! ancêtre des caves de Jazz de Saint Germain des près ! Puis l’homme a creusé des trous dans son sifflet et en a fait une flûte émettant plusieurs sons en les bouchant avec ses doigts. Plus tard, une autre façon plus originale a été de regrouper différents sifflets de tailles différentes faisant ainsi plusieurs notes créant le principe de la flute de Pan. Tout le monde connaît cet instrument de musique composé de plusieurs tuyaux ou sifflets de longueur inégale attachés ensemble, souvent en bambou, qui est fermé à une extrémité. C’est le principe aussi de l’orgue.



La flute de Pan est donc constitué de plusieurs tuyaux bouchés contrairement aux autres instruments à vent mais n’a pas d’anches et de biseau comme la flute à bec, ni de trous, ni de clefs. C’est vraiment un instrument archaïque et original qui ne doit pas être évident à maitriser ? Lorsqu’on souffle dans cette ouverture, le biseau est en fait constitué par les lèvres sur le bord, le filet d’air vibre ainsi et produit un son. Selon la longueur des tuyaux et la largeur de la perce (diamètre du tuyau) cela permet de produire différentes notes. Plus le roseau est long, plus le son est grave. La flûte de Pan est un terme générique de cette sorte de flûte que l’on trouve dans pratiquement toutes les civilisations du monde avec des matériaux divers (on a découvert une flûte de Pan en os de 4 000 ans). Pour notre civilisation occidentale, cet instrument est lié à la civilisation grecque et à la mythologie du Dieu Pan. Dans la mythologie Hermés, le père de Pan a créée cette flûte et son fils en a fait son principal attribut pour conquérir les femmes. Ovide fera plus tard de PAN le créateur et le joueur de cet instrument qui sera l’instrument populaire rural et pastoral facile à réaliser des bergers.

Parfois on l’appelle syrinx. (exemple : Debussy l’auteur de l’après midi d’un faune créera une oeuvre pour flûte appelée Syrinx). En fait Syrinx désigne en grec une flûte en roseau, pas forcément de Pan d’ailleurs, et reprend le nom d’une nymphe qu’a voulu «conquérir» Pan et qui se transforme en roseau pour échapper à cet harceleur sexuel. Mon ami Cabu (assassiné à Charlie Hebdo) m’a fait un dessin où il m’a représenté en dieu Pan, courant après l’animatrice TV Dorothée (avec qui j’ai fait plusieurs émissions en tout bien tout honneur je dois le préciser !)
Pas de pan , pas de nique ...pas de panique)

Comme la Cithare ou d’autres instruments qui ont connu des effets de mode, il y a eu la mode de la flûte de Pan et tu en as profité, mais désormais cela à l’air de passer? C’est vrai !La flûte de Pan a connu des périodes d’oubli et de mode. Lors de la 2ème moitié du XXème siècle elle a connu un succès fulgurant avec la musique de Cosma joué par le flutiste roumain Georges Zamfir (que j’ai bien connu à mes débuts) pour le film «le grand blond avec une chaussure noire», musique qui relança la mode de cet instrument, confiné en Moldavie et Roumanie (pour l’Europe)
Une autre source va populariser les flûtes de Pan, c’est la musique populaire d’Amérique Latine. Les flûtes andines avec le thème «El condor pasa» et «la Misa Criolla» qui firent le tour du monde et des concerts d’orchestres qui ont fait salle comble en France comme Los Calchalkis, los Incas, ainsi qu’Una Ramos ami de Piazzola…. Comme c’était la mode, les publicistes ont utilisé et m’ont utilisé pour jouer leurs airs à la flûte de Pan… notamment une publicité célèbre sur le café andin connue de tous mais aussi des disques de musique relaxante pour méditer ! J’ai aussi adoré faire la musique pour les émissions du commandant Cousteau et de bien d’autres.

 En Chine et en Corée, ils ont une flûte de Pan autochtone qui constitue la gamme pentatonique et reste encore très prisée. Mais je fais encore beaucoup de concerts à plus de 70 ans avec mon ensemble et puis je compose de plus en plus et comme dit Aznavour «je ne suis pas vieux mais âgé et ce n’est pas la même chose" !  
Quand je te vois souffler avec énergie, je pense que tu vas jouer encore longtemps ! Mais ce qui me surprend aussi c’est la gymnastique permanente des mouvements de la tête et des lèvres. Pourquoi ? 
 L’originalité de la flûte de Pan est de ne pas avoir de trous que l’on bouche pour faire différentes notes comme tous les instruments à vent. Ce sont des tuyaux différents classés par ordre croissant qui constituent chaque note de la gamme diatonique et le déplacement est latéral comme l’harmonica. Faire la gamme chromatique n’est pas naturelle et demande alors une technique de l’instrumentiste pour obturer un peu plus le tuyau par les lèvres formant ainsi un biseau naturel variable (donc en obturant un peu plus on fait baisser le son et on ne fait alors que des bémols, pour les # on procédera par enharmonie.).


La flûte de Pan Sud américaine fait aussi des chromatismes, ce qui fait son succès, mais avec une autre technique à savoir qu’elles possèdent deux rangées de roseaux comme les notes blanches et noires du piano et les lèvres passent d’une rangée à l’autre. En ce qui me concerne, tout est question de technique, je change l’orientation des lèvres par un mouvement de tête, une inclinaison du maxillaire inférieur, de la position des lèvres et je peux faire les bémols et ainsi la gamme chromatique et plus de 3 octaves. Ce qui m’a surpris c’est la force de projection du son de cet instrument aussi sonore qu’une clarinette voire d’une trompette ! tu ne dois pas avoir besoin de micro. Jamais de micro et quand je joue dans une église il faut même faire attention à la force du son mais cela vient d’un autre point fort car je suis un sportif et je n’ai pas de problème de souffle ce qui est permet d’envoyer du son…Je joue souvent avec un ensemble composé d’une harpe, d’un violoncelle, guitare et là il ne faut pas trop faire sonner les bambous ! 

Je te remercie et pour ceux qui veulent connaître mieux GS et connaitre la programmation de ses concerts voir son Site : Le site de Georges Schmitt








lundi 13 novembre 2017

Ténora et Tible : deux instruments catalans à vent méconnus. Tenora and Tible: two Catalan unknown wind instruments.

par José- Daniel Touroude.

Notre blog est principalement axé sur les instruments à vent et comme la Catalogne est sous les feux de l’actualité, nous avons eu envie d’analyser deux instruments régionaux typiques que vous avez sans doute entendu mais qui sont assez méconnus.
J’ai eu la chance de rencontrer récemment lors du séminaire résidentiel de l’ACIMV (Synthése des trois jours ACIMV) la compositrice catalane Nuria Bonet spécialiste de ces instruments, ce qui m’a donné l’idée de faire un petit article sur notre blog. Ces instruments sont la TÉNORA et le TIBLE.


































A gauche la Ténora, à droite le Tible. 



Description : La TÉNORA et le  TIBLE catalans sont le plus souvent en bois de jujubier (utilisé en ébénisterie appelé «acajou d’Afrique» produisant des fruits savoureux jujubes ou «dattes chinoises» qui poussent dans les pays tropicaux mais aussi en Catalogne). La TÉNORA et le TIBLE français sont fabriqués eux, en buis puis en ébène (comme les clarinettes). La TÉNORA est en si bémol a une longueur d’environ 86 cm et un pavillon métallique qui réduit un peu son poids et comme le hautbois, il se joue avec une anche double. Le TIBLE est en Fa et fait environ 55 cm avec un pavillon en bois qui comporte souvent quatre trous de résonance et reste un des rares hautbois traditionnels chromatiques. Il produit un son plus aigu que la ténora.
Origine :
Ces instruments régionaux de la Catalogne des deux côtés des Pyrénées proviennent d’un vieil instrument qui a fait les beaux jours du moyen âge et qui a perduré dans de nombreux pays en évoluant : il s’agit de la famille des chalémies.

Ces instruments à anche double vont aussi bien donner notamment la Ghaïta nord africaine (que l’on trouve encore dans la Fantasia vu sa sonorité puissante), que le hautbois en Europe.
Utilisation :
La TÉNORA et le TIBLE sont des instruments incontournables dans un type d’orchestre particulier : la Cobla.  Celle ci se compose de 11 musiciens dont les instruments sont en Sib, Fa, et Ut. Le Flaviol (flûte à bec en Fa, très aigu proche du Galoubet provençal qui se joue de la main gauche alors que la droite tape sur le tambourin). Le tambourin donne le rythme et avec le flaviol, ils débutent très souvent la sardane. Les Tibles I et II et les Ténoras I et II. Les Trompettes I et II, (cornets au départ remplacés par la trompette à pistons en Sib plus sonores car la cobla joue en plein air). Le Trombone (à pistons en Ut). Les Fiscorn I et II (bugles à 3 pistons rotatifs en Ut  font les mélodies et les basses du rythme). La Contrebasse (à 3 cordes accordées en quarte font les pizzicati en basses) . 

Sardane de Ricard Viladesau (appelé le prince de la ténora ! 
à qui appartenait la ténora de Paul Carré. 

La Cobla accompagne et  joue pratiquement que pour les danseurs de sardanes. La sardane fait partie des danses anciennes en cercle fermé (affectionnée par  des Ibères selon les grecs anciens) qui se danse alternant souvent hommes et femmes et qui a  été popularisée et normalisée par Pep Ventura . Elle est composée d’une alternance d’une partie de pas courts et une autre de pas longs. On danse la sardane à chaque occasion et fêtes et a été interdite sous Franco ! cette danse est devenue alors une manifestation de la résistance identitaire catalane républicaine. Elle reste très vivante et il y a une multitude de compositions de sardanes et on en compose toujours actuellement.   On en trouve parfois dans la musique classique comme par exemple dans un opéra (héliogabale) de Déodat de Séverac ou l’oratorio « la crèche » de Pablo Casals.  
Histoire :
Au 19ème siècle tous les instruments à vent (flûte, clarinette, hautbois, basson) évoluent avec un nombre de trous et de clés supplémentaires afin de jouer la musique romantique nécessitant plus de chromatismes et de virtuosité. Actuellement les ténoras ont souvent 13 clés. En Catalogne les chalémies vont donc suivre le mouvement et se doter de clés également donnant la TÉNORA et le TIBLE modernes. La TÉNORA et le TIBLE sont récents et sont dotées de clés vers la moitié du 19ème siècle.
Originaires de Perpignan vers la moitié du 19ème siècle, ces instruments ont été perfectionnés par Andreu TORON (1815-1886) qui conçoit La TÉNORA comme un instrument militaire au son puissant qu’il appelle hautbois ténor. Il n’aura pas beaucoup de succès. Par contre le clarinettiste catalan Pep Ventura (1817-1875) s’empare de l’instrument de TORON et en devient un virtuose dans son orchestre à Figueres, de l’autre côté des Pyrénées. Par imitation, il fera de nombreux adeptes dans les coblas catalanes pour jouer des sardanes. Il aura une grande influence sur cette musique et sur cette danse qui deviendront emblématiques de la Catalogne. Actuellement il existe plus de 150 coblas en Catalogne et une dizaine en France (Roussillon). Avec l’influence de Ventura et de ses émules, La TÉNORA au son chaud et puissant, plus lyrique devint souvent l’instrument soliste de la cobla au détriment du TIBLE.
Pep Ventura.
Qui a fabriqué les TÉNORAS et TIBLES ?
C’est là que les recherches universitaires de Nuria de répertorier et d’analyser tous les tenoras et tibles des musées et des collections privées sont essentielles. Logiquement les facteurs de ces instruments sont catalans (catalogne espagnole et catalogne française notamment du Roussillon) avec des constructions similaires mais dans les  25 ténoras recensées dans un article du Galpin society journal, on note que ¼ de ces instruments typiquement catalans étaient produits à la Couture-Boussey ! (Normandie) haut lieu de la facture d’instruments à vent. Ainsi les TÉNORAS françaises sont des instruments construits par les facteurs Jérome Thibouville-Lamy, Thibouville Aîné et Bercioux . On les retrouve au Musée des Instruments (Céret), au Palais Lascaris (Nice), au Musée Casa Pairal (Perpignan), au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Marseille) et au Musée des Instruments à vent (La Couture-Boussey) mais aussi dans des collections privées ( F. Camboulive, B. Kampman…) indique Nuria. Dans la littérature à ce sujet, seul le ténoriste Albert Manyach en parle (Notice sur les instruments catalans) «Les instruments français ont un clétage supérieur mais un son inférieur à cause de leur bois. En effet, ces instruments sont en ébène au lieu du jujube utilisé en Catalogne. Ils ont souvent moins de clés, par exemple souvent sans clé d’octave qui cause des problèmes d’intonation.» En analysant les collections privées de notre association (ACIMV), Nuria a pu découvrir des nouvelles Ténoras mais surtout des Tibles français inconnus et particuliers qui vont dynamiser ses recherches…. 

































Tible (gauche) et Ténora (droite) français (Collection Thicam)



A suivre et pour vos vacances dans le sud, apprenez à danser la sardane !

De Nuria Bonet : « j’ai écrit il y a quelques mois une pièce pour percussion qui reprend le thème de sardana le plus fameux (à mon avis) «  La Santa Espina ». La pièce est un ‘remix’ de thème, le titre est donc un anagramme de la Santa Espina, Satan Nasal Pie.






jeudi 9 novembre 2017

Un nouveau Quizz musical : Quizz N°3.

Par José Daniel Touroude.


Vous êtes nombreux à avoir lu les précédents et à redemander un petit quizz n°3 supplémentaire pour vous détendre ! Alors tant pis pour vous ….

Le quizz sur les instruments : Quizz 0 Cliquez sur ces liens pour voir les quizz précédents.
Le quizz sur les instruments : Quizz  N°1 
Le quizz et anecdotes musicales n°2 : Quizz N°2

1°) Question : 
Je suis une danse née à la Renaissance autour de la Méditerranée (surtout en Italie). Certains l’ont attribuée au démon, d’autres à une piqûre d’araignée.
Qui suis-je ?

Indice : Les autorités religieuses fustigeaient le public pris par l’envie irrépressible de danser en entendant cette danse effrénée et «se libérer de la possession du diable» en s’agitant jusqu’à l’épuisement, d’autant plus que cette danse était contagieuse, déchaînée, compulsive et entraînait des gestes obscènes, des crises d’hystéries et des évanouissements…Les scientifiques rationnels, contrant la religion, indiquaient que les effets de cette danse étaient une libération des inhibitions et du subconscient comme une drogue allant jusqu’à la catharsis finale. En fait ce n’était pas vraiment une maladie (quoique suer abondamment enlevait les miasmes) mais simplement une piqûre d’araignée appelée la tarentule.


En fait le rythme de cette danse n’est ni démoniaque, ni névrotique et entraîne l’envie de «s’éclater» comme beaucoup de danses. Le fait de vouloir bouger voire battre les pieds en entendant la musique est dû à la stimulation du cervelet diront les neuroscientifiques.





Réponse :   la Tarentelle
Anecdote musicale :
Sir Thomas Beecham s’adressant à un violoncelliste de son orchestre: “Vous avez entre les jambes un instrument qui peut donner du plaisir à des milliers de gens, et tout ce que vous savez faire c’est le gratter !“.
Pour une autre histoire de ce chef talentueux un tantinet grivois que j’adore : cf. quizz n°2 


2°) Question : 
 Je suis un compositeur d’opéra célèbre du 19ème siècle et pour plaisanter et rire des airs d’opéras et de moi même mais aussi surtout des divas aux cris perçants, j’ai composé une œuvre où deux chanteuses chantant mes airs d’un opéra seulement en miaulements .

Indice : c’est vrai que j’aime les chats ! La bonne cuisine et mon lit (je composais au lit)

Le duo pour deux voix féminines et orchestre est tiré des extraits de mon opéra Othello et les seules paroles sont des miaous déchirants !

Nous vous présentons l'avant dernier de la famille :
Tigrou Touroude.


(Si vous avez un chat, et si vous voulez réveiller votre belle mère, mettez ce duo vous aurez vite un trio !)

Réponse : ROSSINI


Anecdotes musicales :
Une  jeune chanteuse rentre à la maison et son père lui dit que si elle travaille bien, il lui donnera 10 euros. Alors elle répond : Le voisin m’a déjà donné 20 euros pour que je ne chante pas aujourd’hui... 
Lao Tseu a dit "La plus belle musique c’est le Silence".....
Un professeur de chorale à Nuremberg demande à un de ses élèves s’il est riche.Non, pourquoi répond –t-il ? Pour savoir si je peux vous faire chanter...



3°) Question :
Je suis un grand compositeur baroque et j’ai eu à subir des copies sauvages à travers l’Europe pour deux concertos pour violon que j’avais écrit. Aussi je n’arrivais plus à les vendre alors j’ai eu l’idée de faire des variantes. Je changeais le début et un peu mes concertos et de 2 j’en ai fait 10 de plus et ainsi j’ai pu vendre mes 12 concertos différents et tellement proches !  Qui suis-je ?

Indice : les revenus des musiciens provenaient soit d’un mécène, et/ou le fait d’avoir un poste contractuel, et/ou gagner des cachets d’interprète virtuose avec des concerts payants, mais aussi être payé par les éditeurs de leurs œuvres. Très tôt les copies pirates des œuvres permettaient de ne pas payer les partitions et se répandaient … … Beaucoup vont se plaindre de cet état de fait notamment Haydn, Beethoven et bien d’autres et ceci jusqu’à maintenant ….




(Je suis aussi prêtre à Venise entouré de jeunes filles que je fais chanter)
Réponse : Vivaldi

Anecdote musicale :

Le pianiste Robert Casadesus joua un jour pour un gala de charité une sonate de Beethoven pour violon et piano avec Albert Einstein au violon. A la fin du concert, quand un journaliste demanda à Robert Casadesus “Alors, Maître, comment joue le professeur Einstein, le père de la relativité ?“, celui-ci répondit un seul mot : “Relativement“ !

4°) Questions :
Je suis l’architecte d’un monument musical célèbre qui a été inauguré le 5 janvier 1875 en présence du roi d’Espagne, du président Mac Mahon, et de moi même. On a joué l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini.
Facile !  Garnier  l’architecte de l’Opéra de Paris

Mais plus difficile, je suis un sculpteur et lors de la décoration extérieure  de l’Opéra, j’ai subi un scandale retentissant. Qui suis-je ?

Indice : mes statues étaient dénudées et représentaient une danse mais depuis Praxitèle et la Grèce antique pas quoi de fouetter un chat !


Réponse : «La danse» de Carpeaux.


Ce bas relief de l’Opéra Garnier montrant des femmes dansantes excitées et dévêtues autour du génie de la danse nu. Qualifié d’indécent et scandaleux par la presse conservatrice qualifiée «d’enseigne de mauvais lieu». Le terme enseigne est péjoratif car c’était une source courante de revenus pour les artistes (Toulouse Lautrec fera la célèbre affiche du Moulin Rouge) mais aussi les enseignes des artisans et commerçants pas toujours valorisantes mais source de revenus.
Même Prosper Mérimée critiquera cette œuvre et devant le scandale (la sculpture sera vandalisée et abîmée par une tache d’encre, Napoléon III va l’enlever et demander à Carpeaux d’en refaire une autre plus convenable. Carpeaux refuse, la guerre de 1870 arrive et le scandale s’éteint. Actuellement au musée d’Orsay, elle ne fait plus scandale du tout !

Anecdote musicale :
Le grand pianiste Vladimir Horowitz est invité dans les années 30, par son agent dans une maison close à Berlin pour un peu le dérider de ses arpèges et de son stress mais Horowitz qui a concert le soir, l’accompagne, l’attend mais ne consomme pas. Quand son agent a fini, il retrouve son prodige entouré de toutes ces dames autour du piano, admiratives. Le soir même, Horowitz entre en scène et se plie devant la salle qui applaudie et en relevant la tête que voit-il au premier rang ? Toutes ces dames devenues groupies étaient là !.... Ce diable d’Horowitz avait encore frappé !

Ajout "intempestif" de René Pierre pour les jazzeux fanatics.

Hé ! Hé ! M'sieux nia pas que le classicos...Ya le JAZZ !

Question subsidiaire pour ceux qui ne se sont pas arrêté au Be Bop.....et qui aiment le jazz.


Citez au moins trois des membres de la section de saxes qui jouaient dans le grand orchestre de Mel Lewis dans cette version de Dolphin Dance ?

Indice : Ils ont tous fait une brillante carrière en soliste...et deux sont très connus des amateurs de jazz.


Et oui ! quelle section ouf : Joe Lovano (Ténor) qui a l'air lui aussi d'apprécier le chorus de Kenny Garrett (second alto), quel solo....Dick Oatts (premier alto) un super altiste moins connu du grand public mais un de mes préférés, au deuxième ténor Gary Pribeck dont j'essaie régulièrement de relever les solos et au baryton, là aussi un grand et fidèle de Mel Lewis et des grands big band, Gary Smulyan.

Le tromboniste avec le petit doigt en avant : John Mosca et on reconnaît à la trompette Tom Harrell.