mercredi 25 mars 2020

Clarinettes LEFEVRE : Les trois LEFEVRE acteurs essentiels en France dans l'évolution de la clarinette en 1820.

Travaillant actuellement sur les fabricants de clés d'instruments de musique parisiens du début XIXème siècle, je rencontre assez régulièrement des difficultés pour identifier certains facteurs. C'est le cas par exemple de : " Lefèvre " à Paris facteur de clarinettes, bien connu.......... mais dont l'identité varie de source en source, tantôt François Lefèvre ....Lefebvre, Simon Lefêvre etc....
Alors en m’appuyant sur le travail de Jean Jacques Bona publié dans son : Blog Luthier Vents je vais essayer  de résumer ce que j'ai compris et de faire une synthèse sur les différents Lefévre spécialisés dans la clarinette en ce début du XIX.

Précisons tout d'abord que les trois Lefèvre que nous abordons dans cet article n'ont, à notre connaissance aucun lien de parenté

Portrait de Xavier Lefèvre (1763-1829) Source BNF

Le plus célèbre : Jean Xavier Lefèvre
, clarinettiste et compositeur français né le 6 mars 1763 à Crésier près de Lausanne en Suisse. Son père était originaire de Strasbourg sans doute musicien .militaire. Il étudie la clarinette avec Michel Yost (1754-1786).

En 1789 il est chef de musique dans la garde nationale et clarinette solo à l'opéra de Paris (1791-1817). Professeur de clarinette au conservatoire de musique de Paris à partir du 3 août 1795, il exercera jusqu'en 1824.

Il adopte la sixième clé de Sol dièse,  assez rapidement  qu'il décrit dans sa célèbre méthode publiée en 1802.
Extrait de la méthode de clarinette de X. Lefèvre.

Jeu de clarinette Sib/La à 5 clés et clé de Sol dièse rajoutée (flèches) de Roché à Paris.
Typique de la période de Xavier Lefèvre.
(Collection Shackleton)
Clarinette solo à la Chapelle impériale puis royale de 1807 à 1829, il sera fait chevalier de la légion d'honneur en 1814. Il est décédé le 9 novembre 1829 (66 ans) à Neuilly sur Seine.



Evoquons le second : Simon Lefèvre (1789-1855)  notre célèbre facteur de clarinettes parisien.













Tout part comme d'habitude d'une affirmation fausse.....mais qui est écrite dans un document de référence, en l'occurrence celui de Constant PIERRE édité vers 1893 et jamais remis en question sur ce point, répété  et répété sans se poser de question , d'ouvrages en articles.
Constant PIERRE page 306 de "les facteurs d'instruments de musique"
Notre propos n'est surtout pas de critiquer cet ouvrage  qui est, effectivement une référence et que nous utilisons comme tout le monde mais simplement de montrer que chaque référence  doit  d'être contrôlée et  remise en cause régulièrement, surtout à notre époque où nous disposons d'outils de plus en plus efficaces pour faire des recherches. 
Mais revenons à notre facteur, oui Jean Jacques Bona vous avez raison de terminer votre article par cette conclusion : " "Voici une recherche sur  Mrs. Lefèvre père et fils et leurs successeurs, Pierre Constant écrivait que François Lefèvre père "mourut en 1856". Dans les notes qui suivent, nous avons des références parlant vraisemblablement d'un seul homme, des origines du fond à sa cession, Simon Lefèvre père et rien qui mentionne François hormis entre autres, la marque de fabrique".

Pour notre part nous avions la même impression que Jean Jacques, sans trouver de trace d'un quelconque François Lefévre, mais quand il y avait un prénom,  nous trouvions systématiquement "Simon" comme par exemple dans le brevet  qu'il obtient en 1834 pour sa flûte :
Brevet de 1834 (source Inpi)
Alors sans doute un fils "Simon" ? Mais là aussi dans le deuxième brevet de 1846 qu'il obtient pour une clarinette à anneaux : "Simon devient père "
Brevet de 1846 (source Inpi)



Il est vrai que faire de la généalogie sur Paris avec un nom comme Lefèvre ce n'est "pas de la tarte" car comme vous le savez, la commune de Paris de 1870 a incendié l'hôtel de ville détruisant la totalité des archives avant cette année et qu'il y plus d'archives de l'état civil ni de fonds paroissiaux, pour toute la ville de Paris : " Vive la révolution ".  Donc des personnes de bonne volonté depuis plus d'une centaine d'années reconstituent patiemment ces archives en relevant sur des fiches papier et maintenant dans des bases comme Généanet où Filae notre histoire parisienne à partir d'autres sources comme les archives notariales, les archives militaires etc.... pour que nous "sachions qui est Simon Lefèvre". 
Cela peut paraître superficiel et sans intérêt....mais j'aimerai remercier toutes ces personnes qui nous " reconstruisent" notre histoire et plus particulièrement une personne qui oeuvre toutes les nuits dans la base "Généanet" et qui a pris le pseudo "insomniaque" (sic) et qui patiemment  relève plus de 2000 noms par nuit.....
Grâce à ce travail j'ai trouvé une piste : 
Fiche reconstituée de l'état civil de Paris. 



































Il s'agit d'une fiche du mariage de Simon Lefévre, fabricant d'instruments de musique au 221 rue Saint Honoré et fils de Simon Lefèvre et de Félicité Rosalie Rethaller......du 13 mai 1837. (Bingo)
En "tirant le fil" sur Paris....pas plus d'infos..... mais j'utilise depuis un mois un nouvel outil : Filae, mis à disposition des généalogistes, assez extraordinaire et que je vous recommande même si les généalogistes n'apprécient pas trop.....parce que un peu border line au niveau principe et qu'il est payant, mais moins cher que NETFLIX et vous voyez qu'au niveau suspense il est assez efficace. Et boum Filae nous conduit à Rouen où les révolutionnaires n'ont pas, encore détruit les archives.
Simon Lefèvre père et fils.
Simon Lefèvre père est né le 12 octobre 1789 à Montreuil en Eure et Loir, à 13 kms d'Anet. Son père, Jean Lefèvre (1748-1830) était bûcheron dans cette commune de Montreuil dans laquelle il était né également. Pour l'instant nous n'avons pas trouvé de relation familiale avec Louis Jacques Lefèvre (1795-1866) :  facteur à Nantes né à Anet.
Simon a dû être formé au métier de tourneur et de facteur d'instruments de musique dans un atelier proche de la Couture. En 1811,  installé à Rouen comme facteur d'instruments de musique, au n°83 rue Grandpont. Il épousa le 25 février de la même année à Rouen  Félicitée Rosalie Rethaller (1791- ?) la fille de Mathias Rethaller (1750-1826) ancien musicien des gardes du corps de Louis XVI et musicien au théâtre français de Rouen. Lui et son frère Joseph Rethaller (1757- ?) clarinettiste, originaires de Bavière avaient eu quelques problèmes pendant la révolution :

Tribunal révolutionnaire : "  A essayé de fuir à l'étranger avec sa femme et ses deux enfants :  Clarinettiste de grand niveau et ancien musicien aux gardes du corps de Louis XVI, obligé comme tant d'autres de fuir Paris. Marié et père de famille, il avait été très heureux de se faire attacher au Théâtre de Rouen afin de subvenir aux besoins des siens. Il ne pourra passer à travers des jours funestes sans encombre et fut pour un temps emprisonné avec sa femme et ses deux enfants, un garçon âgé de 7 ans qui devint plus tard directeur du théâtre Français de Rouen et une fille de six ans, son frère Mathias et son épouse.
Leurs détention fut de courte durée".
Gallica - BNF - Internet - (Autre).
Signature S. Lefèvre 1811
Signature S. Lefévre 1834

Signature S. Lefèvre 1846

Je ne suis pas graphologue, mais cela donne une information concernant une seule et même personne. A son mariage à Rouen, le couple était entouré de musiciens : Le père Mathias (Mathieu) Rethaller , l'oncle Joseph Rethaller clarinettiste imminent .....mais aussi Nicolas Girout, 40 ans, artiste demeurant 75 rue Grandpont, Jean Baptiste Christophe 53 ans, artiste lui aussi demeurant au 41 rue Grandpont. Alors Simon Lefèvre était-il musicien ? Gagistes  pour l'armée....nous n'en savons rien pour l'instant.


Une clarinette existe au " Royal Conservatoire of Scotland " portant la marque " Lefèvre FRS / A Rouen " (voir ci-dessus) .... Si l'instrument peut correspondre à ces années 1810 la marque "FRS" interroge de nouveau sur le prénom ? Malheureusement comme nous n'avons pas d'image de cette marque....il est difficile d'apporter une réponse. (à suivre)

Son fils Simon Lefèvre naît à Rouen le 4 janvier 1812 (à vérifier)....et là nous ne trouvons plus rien sur la famille à Rouen (il reste à faire quelques recherches à Rouen après le confinement). 
C. Pierre nous dit " François Lefèvre qui fit partie de la musique du roi, ouvrit son atelier en 1812 ..." Comme nous l'avons vu dans l'article de Jean Jacques Bona que nous avons vérifié sur toutes les sources....Jamais le prénom de François n'est cité. Concernant son activité de musicien du roi. là aussi nous émettons des doutes sur cette affirmation même si Simon Lefèvre aurait pu être musicien à Rouen ? Comme son beau-père et son oncle  par alliance, Mathias et Joseph Rethaller qui eux ont bien été musiciens "des gardes du corps du roi Louis XVI" avant leur arrivée à Rouen. Simon Lefèvre né en 1789....était trop jeune pour être dans cette garde du roi avant la révolution.....alors après l'empire, mais le règne de Louis XVIII commence en 1815 ? De plus dès son apparition dans le Bottin de Paris en 1819 (peut être plus tôt mais le Bottin de Paris de 1814 à 1816 et 1818 n'est pas disponible sur internet) son annonce mentionne " Lefèvre, facteur de la musique particulière du Roi pour flûtes et clarinettes. 83 Palais Royal. Maison Very restaurateur". 


"N° 83 : Le Café Véry Installé au Palais-Royal en 1808 dans la Galerie Beaujolais n°84 à 85, le Véry est le premier restaurant parisien à prix fixe. Il a la réputation d’être le meilleur restaurant de Paris. Lucien de Rubempré y fait son premier déjeuner".
Il est étonnant d'ailleurs de constater qu'à peine arrivé à Paris, il peut ouvrir une boutique au Palais-Royal, à coté des Claude Laurent, Jean Daniel Holtzapffel etc.....et affirmer dans ses publicités " facteur de la musique particulière du Roi. Son beau-père et son oncle, sans doutes royalistes devaient avoir encore un réseau influent dans la capitale. A-t-il volontairement joué sur son nom "Lefèvre" pour entretenir une confusion avec le professeur  de clarinette du conservatoire  : Rappelons que Xavier Lefèvre était un des grands clarinettiste de l'époque et que l'une des clarinettes à 13 clés, conservée au Musée de la musique de ¨Paris, datant de 1824 provient d'une succession de ce grand clarinettiste. Donc ils se connaissaient et devaient collaborer (sans être de la même famille).

Clarinette Simon Lefèvre ayant
appartenue à Xavier Lefèvre.
Musée de la Musique.

Ses clarinettes sont toujours de grande qualité. Une des premières répertoriées appartient à la collection de Denis Watel. Elle porte une marque à la fleur de lys. C'est la seule connue avec cette marque et doit correspondre aux premières années d'installation de Simon Lefèvre, vers 1817 (Merci à lui de nous avoir transmis des photos).


Marque d'une clarinette de Simon Lefèvre 
à 5 clés plus 2. Vers1815.
Collection D. Watel

Cette période correspond à l'arrivée à Paris d'Iwan Müller (1786-1854) virtuose de la clarinette et inventeur d'un nouvel instrument à 13 clés, qu'il propose en 1812, à une commission du conservatoire dont fait partie Xavier Lefèvre. Cette clarinette outre son nombre de clés, était omnitonique et comportait de nombreuses améliorations, nouveau système de clétage, nouveaux ressorts, clés en pelle à sel pour pouvoir accueillir de nouveaux tampons etc....Malgré toutes ses innovations ce nouvel instrument ne fut pas accepté par la commission et rejeté par Xavier Lefèvre. Mais petit à petit de nouveaux  partisans l' adoptèrent surtout après le départ en retraite du célèbre professeur du conservatoire. Iwan Müller avait confié la fabrication de ses clarinettes à un jeune ouvrier tourneur Claude  Gentellet ( ? - 1848) 
Extrait du rapport de Mr Francoeur au comité des arts mécaniques.
1822




















Claude François Gentellet (? - 1848) fut donc le premier à construire en France, des clarinettes à 13 clés système Müller......mais selon le modèle décrit dans la Méthode Müller parue chez Gambaro éditée vers 1821, c'est à dire dans le style Allemand.

Méthode Müller
vers 1821
Clarinette Gentellet
datée 1825.
Col. D. Watel
Photo D. Watel




















Selon certains auteurs, Iwan Müller aurait fait faillite  et serait reparti en Russie, puis en Allemagne où il retrouva du travail à Berlin en 1825. Néanmoins sa clarinette continuait à s'implanter à Paris et en France, grace à Gentellet.......

Annonce de 1820.

.....Mais également à César Antoine Janssen  (1781-1860), clarinettiste à l'opéra comique, inventeur en 1814 des rouleaux sur les clés d'instruments et qui décida vers 1822 de les adapter à la nouvelle clarinette en confiant le travail à Simon Lefèvre et Claude Guignot, clétier spécialiste de clés de clarinettes.
Paraîtra dans le prochain numéro 65 du Larigot un article sur l'atelier de Claude Guignot (,-1826), qui abordera la clarinette à 13 clés. Le nouvel atelier de Simon Lefèvre produira (avec l'aide de Claude Guignot) dès 1822 la clarinette standard à 13 clés, puis à 14 clés reprise également par d'autres facteurs. 
13 clés Lefèvre
Coll. Orphée
14 clés Lefèvre
Coll. RP


























A noter que dans toutes les marques Léfèvre utilisées par l'atelier de Simon Lefèvre père, le nom Lefêvre sera toujours écrit avec un accent circonflexe, alors que dans le Bottin et dans les documents d'état-civil, il comportera toujours un accent grave. (voir ci-dessus)
Il reçoit une mention pour ses clarinettes "parfaitement exécutées" en 1827 et le jury de l'exposition de 1834 confirme cette récompense, constatant  que ses instruments étaient très estimés des artistes.
Vers 1827 il déménage : " Lefèvre, facteur de la musique particulière du Roi pour flûtes et clarinettes, M.H. 1823, rue Saint Honoré, 221".
Il obtient le 30 mars 1835 un brevet de 5 ans pour "Des perfectionnements apportés à la flûte, qu'il nomme flûte Lefèvre".

Flûte Lefèvre. Brevet 1835. Source INPI.

















Cette même année, Simon Lefèvre père se remarie le 17 octobre avec Louise Justine Godard (1790-1875). Deux ans plus tard, le 13 mars 1837 à Paris, c'est au tour du Fils : Simon Lefèvre fils d'épouser Marie Pauline Gueudet la fille d'un bijoutier parisien. Jusqu'à son mariage Simon Lefèvre fils devait travailler avec son père qui a du le former au métier de fabricant d'instruments de musique, car son adresse en 1837 est l'adresse paternel : 221 rue Saint Honoré. Mais visiblement le père (50 ans) n'avait pas envi de céder son affaire à son fils immédiatement ; aussi le fils décida de prendre son indépendance et de s'installer vers 1839 au 213 rue Saint Honoré puis à partir de 1842 au 211 : "Lefèvre Fils 211 rue Saint Honoré, produisant comme son père clarinettes et flûtes.


Flûte 5 clés de Lefèvre Fils. (Coll. Thicam)
Marque d'une clarinette Lefèvre Fils.

On remarquera l'accent grave sur le nom de Lefèvre et surtout les initiales "LF" cursives. J'ai personnellement tout de suite vue dans ces deux lettres " Lefèvre Fils "....mais chose bizarre, il y a dans certaines marques "Lefêvre" en plus des deux étoiles à 5 branches et parfois du " Breveté", les mêmes initiales : L.F. et pourtant ces marques sont celles du père et non du fils.....ce qui faisait dire qu'il s'agissait du fameux "François...l'introuvable semeur de doute". En fait je pense que l'explication est assez simple  : LeFêvre.
Marque du père à la période d'exercice
du fils (1839-1842)

Nous avons vu précédemment que Simon Lefèvre fils avait épousé en 1837 la fille d'un bijoutier : ce bijoutier Louis François Joseph Gueudet (1782-1863) exerçait 221 rue Saint Honoré, c'est à dire à la même adresse que les Lefèvre. Lefèvre fils avait donc épousé sa voisine.

Dictionnaire des Poinçons d'argent parisiens.
Les 5 clés de la flûte Lefèvre fils, de la collection Thicam que nous présentons ci-dessus, portent des poinçons d'argent : Poinçon sanglier et poinçon de fabricant que nous n'avions pas encore répertorié " SL triple croche pointée" attribué à Simon Lefèvre  ? insculpé le 1 septembre 1843.


















Il n'y a pas de doute, il s'agit bien de notre Simon Lefèvre fils, qui n'apparaît plus dans le Bottin à la rubrique "instruments a vent en bois" à partir de 1844 mais qui a repris l'activité de son beau-père, c'est à dire bijoutier, installé au 15 rue Pierre Lescot dans une boutique cédée par Louis Rochat horloger. Pour l'anecdote le petit fils de Joseph Gueudet (bijoutier) était Ernest Schaeffer (1854- ?) de "Evette et Schaeffer".
Quant à Simon Lefèvre père, il insculpe son poinçon la semaine suivante. Actuellement nous n'avons pas trouvé d'instruments portant ce poinçon.
A partir de 1843 apparaît dans le Bottin, une annonce étrange que nous n'avons pas réussi à interpréter : "Lefèvre père et Godefroy, facteurs d'instruments de l'Académie royale, font la fourniture de musique militaire et la commission. R 1827-34, Saint Honoré, 221". Cette annonce apparaîtra en 1844, 45, 46 puis en alternance une année sur deux jusqu'en 1854.
Est-ce un accord passé avec la société Clair Godfroy Ainé de Vincent Hypolite Godfroy et Louis Esprit Lot ? par exemple Lefèvre fournissant des clarinettes à cette célèbre maison spécialisée dans la flûte ? ou au contraire un accord passé avec les Godfroy de la Couture : contre-facteurs de la maison Godfroy de Paris ? Nous n'en savons rien actuellement. 
En tout cas à cette époque la concurrence était rude au niveau de la vente de clarinettes, avec les sociétés : Buffet Jeune, Buffet Crampon, Gentellet, Guerre....pour un Simon Lefèvre père vieillissant. 
Article sur la numérotation et datation des flûtes Godfroy.

Article Essai de datation des flûtes Godfroy.
Brevet 1845 (Source INPI)

Le 12 juin 1846, il obtient un brevet pour : une "Clarinette à système d'anneaux qui supprime les notes factices". 
Paul Alphonse Bié (1824-1893) était ouvrier chez Simon Lefèvre père au moins depuis 1844. C'est lui qui reprendra en 1855, avec Rustique Guillaume Noblet (1819-1858) ouvrier également chez Lefèvre, l'entreprise à la mort de Simon Lefèvre père.
Il épouse le 17 mai 1851 à Paris la nièce de Simon Lefévre, Justine Antoinette Godard (1824-1872), ceci explique en partie la reprise de la maison Lefèvre par Paul Bié le 16 mars 1855, associé à Rustique Noblet. Simon Lefèvre ne survivra pas longtemps à cette vente puisqu'il décède le 20 mars 1855. Mais est-ce lui qui a vendu la société ; son fils Simon Lefèvre est présent lors du décès au 27 rue Saint Honoré.

Si vous souhaitez consulter la généalogie de Simon Lefèvre
Source Généanet. Décès de Simon Lefèvre père.











Paul Bié ne restera pas associé très longtemps puisque Rustique Noblet décède à son tour le 22 février 1858 à Paris. Il utilisera pendant toute son activité la marque de Simon Lefèvre : "(E5b)/LEFEVRE A PARIS/(E5b) Breveté/LF en monogramme" et dans le Bottin son annonce était toujours associée à Lefèvre : "Bié et Lefèvre père" toujours suivi d'une seconde annonce : "Lefèvre père et Bié". 
Cela ne va pas faciliter la datation des instruments portant une marque " Lefèvre ". Par exemple cette magnifique flûte cylindrique de l'ancienne collection de Michael Lynn qui la situe vers 1870 et qui pourrait, à notre avis sortir d'un atelier prestigieux comme Godfroy aîné ? 
(photos copyright M. Lynn)
Ou cette autre flûte toujours de l'ancienne collection de Michael Lynn, dont les clés sont poinçonnées du Crabe de la Couture et d'un poinçon"H V" qui pourrait être celui de Hilaire Vacquelin

Poinçon de Hilaire Vacquelin à la Couture ?
Si vous avez des commentaires, sur ces deux flûtes, ils sont les bienvenus. Toujours pour l'anecdote , Paul Bié avait fait biffé le poinçon de Simon Lefèvre en 1866 (11 ans après sa mort) pour insculpé le sien qui était identique au précédent à l'exception des initiales, poinçon biffé en 1890 par André Thibouville, repreneur de Bié Lefèvre qui bien sûr le remplace par le sien. Nous n'avons trouvé aucun instrument portant ces poinçons .....mais l'espoir fait vivre.
Poinçon de Paul Bie
Insc. 1866 et Biffé 1890
Poinçon d'A. Thibouville
Insc. 1890














En 1862 il obtint avec Antonio Romero, originaire de Madrid, un brevet de 15 ans pour : "un système applicable aux clarinettes à 13 clés et aux clarinettes Boehm". A l'exposition de Paris de 1867, il reçut une médaille de bronze pour ses clarinettes et ses flûtes. Installé depuis 1857 au 23 rue de Rambuteau à Paris, il déménagea en 1873 au 3 bis Pourtour du Théâtre  Grenelle, Paris. Cette installation avait dû lui poser quelques problèmes puisque dans le Bottin il indiquait le numéro des trois omnibus parisiens qui  permettaient de joindre son commerce. En 1886, il céda son affaire à André THIBOUVILLE (1831- ?) qui continuera à exploiter la marque Lefèvre.
Clarinette Systéme Romero.
Si vous souhaitez consulter la généalogie de Paul Bié
André Thibouville passa très vite les rênes à ses deux fils Henry Thibouville et Désiré Thibouville (1861-1942), qui resta seul à partir de 1902. La raison sociale de l'entreprise devenant Thibouville Creutzer, du nom de son épouse et continua d'exploiter la marque Lefèvre.


Lefèvre de Nantes : Louis Jacques Lefèvre (1795-1866)

Dernier Lefèvre de notre saga, ce luthier est né à Anet le 4 août 1795. Était-il parent avec Simon Lefèvre père, né en 1789  à Montreuil (13 kms d'Anet), nous ne pouvons le dire aujourd'hui mais il y a de forte chance qu'ils ce soient cotoyés.  
Il avait épousé le 31 janvier 1816 à Saussay (2.5 kms d'Anet) Félicité Bonnin (1795-1833) et devait travailler comme Simon Lefèvre dans un atelier voisin d'Anet où il se forma. Vers 1818 il arriva à Paris où il travailla chez Clair II Godfroy Aîné (à cette date il n'y avait que lui comme Godfroy installé à Paris) où il devait faire des clarinettes. Deux clarinettes de la collection N. Shackleton pourraient correspondre à cette période d'activité chez Godfroy (c.1818 à 1827). 
Clarinette à 13 clés vers 1820
(Coll. Shackleton)
Cette clarinette à 13 clés est très intéressante car elle correspond à une période bien précise c.1818 à 1824, montrant que cette clarinette d'Iwan Müller n'était pas le monopole de Gentellet et Simon Lefèvre.
Clarinette 13 clés de Clair II Godfroy Aîné
N°1644  et datable 1827-1828
(Coll. N. Shackleton)
Cette deuxième clarinette est aussi très intéressante, tout d'abord parce qu'elle est numérotée, montrant que Clair II Godfroy numérotait ses clarinettes dans la même numérotation que ses flûtes, ce qui permet de la dater de 1827-1828 (Voir notre blog sur ce sujet avec le lien au début de cet article). C'est une 13 clés dans le modèle de Simon Lefèvre qui montre que ce facteur avait imposé sa façon de fabriquer la clarinette Müller.

Louis Jacques Lefèvre avait quitté la capital en 1828, pour s'installer à Nantes, rue Clisson :
Journal de Nantes. Breton (Le) 31/07/1828 et 05/08/1828: (Source Jean Jacques Bona)
Avis et demande- Musique instrumentale- LEFEVRE arrivant de Paris, élève de Godefroy, facteur d'instruments à vent, fait généralement tout ce qui concerne son état: flûtes clarinettes, bassons, hautbois, cor anglais ou voix humaines et flageolet. Il se charge des réparations de tous les vieux instruments ci-dessus détaillés et même de les rajuster. Il a l'honneur de prévenir MM. les artistes et amateurs de musique, qui voudront bien l'honorer de leur confiance, qu'il vient de former son établissement, rue Clisson, n° 1.er à Nantes.
Il prévient aussi MM. les négociants et commissionnaires, qui auraient des demandes à fournir dans les marchandises relatives à sa partie, qu'ils peuvent s'adresser chez lui, il leur fournira tout ce dont ils ont besoin en le prévenant d'avance, le tout à un prix très- modéré.
Les personnes qui désireraient mettre son savoir à l'épreuve, lui feront grand plaisir en lui remettant un instrument injouable, par rapport à la dissonance des sons, il le rendra aussi parfait qu'un des meilleurs instruments sortis de l'atelier du meilleur facteur de la capitale: il excepte dans la garantie du rajustement, le basson  seulement comme étant l'instrument auquel il est le moins rattaché pour cette épreuve.
Il donne aussi des leçons de hautbois et cor anglais d'après la méthode de M. Brod.
Clarinette à 13 clés de Louis Lefèvre à Nantes vers 1830.
Coll. Thicam.
Sa femme décède le 18 août 1833 en mettant au monde leur fils Pierre. A l'exposition de 1839 il reçoit la mention honorable pour un bec adaptable à quatre clarinettes de tonalités différentes (Mib, Ut, La, Sib).
Il se remarie à Nantes le 14 novembre 1848 avec Céleste Bouhier (1812-1877). Le 20 septembre 1853 il obtient un brevet de 15 ans pour : un "Système d'arrangement de clefs pour clarinettes et instruments à vent en bois". 
Brevet Lefèvre 1853. (Source Inpi)
Il se retire vers 1856 et décéde à Angers le 11 6 1866.

 

dimanche 1 mars 2020

Regards croisés de Marie-Pierre Bovy et de José-Daniel Touroude sur les relations entre la pratique d’Instrument à vent ou de chant et la méditation.


JDT : «Jouer d’un instrument à vent ou chanter quotidiennement équivaut à méditer tous les jours», j’ai fait mien cet adage, car pour moi il y a une proximité évidente pour ceux qui pratiquent régulièrement.

MPB : Absolument mais arrêtons-nous un peu sur cet aphorisme d’abord : qu’est-ce que méditer tous les jours, jour après jour...? Selon Christophe André «Méditer, c’est s’arrêter de faire, de remuer, de s’agiter, se mettre un peu en retrait, se tenir à l’écart du monde, c’est calmer l’agitation, rester immobile et silencieux assez longtemps pour qu’une sorte de calme vienne envelopper le bavardage de notre esprit, suffisamment pour commencer à y voir plus clair…»

Dans notre monde agité de zapping permanent, il devient de plus en plus impérieux d’avoir des instants pour décompresser, de se calmer pour mieux vivre. D’ailleurs cela fait des années que certains utilisent la musicothérapie pour améliorer l’état des malades psychiques et nerveux voire même réduire le stress des animaux. 
















JDT : Oui mon chat adore Mozart dans le grave et pianissimo quand je joue de la clarinette. Il ronronne à 40 Hz !  Mais en effet pour jouer certaines musiques, avoir cet état est fondamental (par exemple le 2ème mouvement du concerto pour piano n°21 de Mozart), mais pour moi il faut aussi débuter par un préalable. Pour bien jouer d’un instrument à vent ou pour chanter et en particulier pour pouvoir se produire en public, il faut d’abord relaxer son corps et acquérir de la souplesse. On ne peut pas méditer, jouer ou chanter correctement si on est tendu. Il faut savoir se relaxer et détendre toutes les parties de son corps. Plusieurs master Class de haut niveau pour les chanteurs et instrumentistes à vent commencent par une séance de gymnastique ou de relaxation pour détendre toutes les parties du corps notamment celles qui sont fortement sollicitées : cavité buccale, mâchoires, mains et doigts, bassin et jambes pour ne pas être statique sur scène (mais attention à ne pas trop bouger et disperser le son) ou a contrario pour se préparer souplement à être statique pendant longtemps (méditation, position assise pour la musique de chambre ou orchestre symphonique).  Les techniques abondent pour contrer la nervosité, voire le stress (yoga, chi gong, tai chi, do in ou encore gym douce…) et c’est un préalable à tous ceux qui vont se préparer à la méditation ou à une séance de travail de son instrument ou de sa voix en vue d’une entrée sur scène.

MPB : Absolument, chaque matin dans mes stages je propose d’ouvrir les «portes de la voix» avec le Qi Qong et le Do In qui sont des mouvements doux, énergétiques qui assouplissent le corps et la voix sans forcer. Pour déployer sa voix, il faut se mettre dans un état de laisser faire, de lâcher prise, de laisser venir de l’intérieur... et comme pour la méditation, cela prend du temps de savoir être là présent (e) au présent sans forcer, sans vouloir… sinon cela rajoute des tensions parasites. Méditer c’est exister en pleine conscience ; ce n’est donc pas faire le vide, ni produire de la pensée. C’est s’arrêter pour prendre contact avec l’expérience, toujours en mouvement, que nous sommes en train de vivre et pour observer alors la nature de notre rapport à cette expérience, la nature de notre présence à cet instant. C’est la même chose dans le chant, comme pour toute autre pratique liée à l’intériorité. Et la pleine conscience c’est créer par moments, un tout petit espace pour «se voir faire» et cela va s’avérer très utile pour affiner son art, comme pour bien des moments de la vie.



 
 " Nous faisons la chorégraphie, en mesure, automatiquement en nous détendant".
JDT : Une fois cette première étape de réveil et de relaxation du corps franchie, ce qui importe c’est de réussir la concentration. Il faut se dégager des pensées parasites qui encombrent l’esprit pour être attentif, selon-moi  d'abord à la sonorité, puis à une idée, à sa partition, à la musique, à la beauté du chant, à l’histoire que l’on va exprimer ou interpréter.
Au départ le musicien a  travaillé avec volonté et exigence, mais jouer est un autre challenge, c'est une récompense du travail fourni ; car si même le morceau  est difficile techniquement, il doit paraître facile, souple, fluide. Pour moi le meilleur compliment qu'un musicien puisse entendre, est : «cela paraît tellement facile quand vous jouez ! »
Un chant religieux, une méditation, une musique ou même une prière requièrent pour certains la même expérience d’exister en pleine conscience par la concentration. Pour d’autres, rentrer dans l’esprit de Debussy ou dans le monde de Coltrane, permet de se concentrer sur le sujet de ce que nous allons jouer ou réfléchir. La concentration est essentielle sur des notes, une grille harmonique, une mélodie, une sonorité, une émotion à faire passer et rien ne doit perturber cette focalisation. «C’est décider d’habiter l’instant présent» (Christophe André).
Si on pense à d’autres choses, on ne médite plus vraiment, on joue les notes mais on ne vit plus la musique et donc on peut difficilement la transmettre à d’autres.
Mais la concentration sur soi, en pleine conscience dans la méditation et la concentration sur la musique, la partition, ou sur une grille d’accords doivent aussi s’effectuer en fonction de la réaction de son instrument par rapport à plusieurs variables environnementales (éclairage, chaleur etc..). Certains ferment les yeux pour s’isoler mais dans le même temps, et c’est ce qui est difficile, il faut rester concentré  avec l’environnement, les autres musiciens, la scène, le public…

MPB  Oui «c’est l’exercice de la double attention» que m’a enseigné Lanza del Vasto (in Approches de la vie intérieure). On ne peut pas se laisser distraire par l’environnement, et ceci est valable tant pour les musiciens ou chanteurs que pour les spectateurs. «Alors l’esprit ne regarde ni en avant, ni en arrière. Le présent seul est notre bonheur» (Goethe, Faust, Acte II).  
Un exemple de concentration du nouveau jeune virtuose français de la clarinette qui collectionne les récompenses internationales. Cette pièce est vraiment difficile à cette vitesse et les modulations permanentes demandent une concentration maximale surtout par cœur !   
JDT : Abordons maintenant un nouveau point essentiel. Pour obtenir la précision,  la justesse d’émission et la distance avec l’environnement, tout en restant détendu et concentré, il faut savoir maîtriser sa respiration. Tous les musiciens et surtout les chanteurs et instrumentistes à vent, mais aussi les sportifs ou les acteurs comme tous ceux qui méditent le savent : il faut savoir respirer non seulement pour s’oxygéner mais aussi pour maîtriser son souffle, sa colonne d’air en vue d’émettre avec son instrument ou par sa voix  les plus beaux sons, afin d'entrer dans le calme, le bonheur d’être présent au présent. Mais Marie Pierre, c’est ce que tu enseignes : la maîtrise du souffle.

MPB : Oui, jour après jour, apprendre à maîtriser différents types de respiration dont la respiration abdominale : debout ou assis, les pieds bien campés sur le sol, aspirer l’air par les narines dilatées, la langue relâchée dans une mâchoire bien détendue, les pommettes relevées, laisser monter le souffle comme venant du sol en le conduisant dans l’abdomen vers le centre Hara : le ventre par la pression du diaphragme qui descend repoussé par les poumons, se gonfle, puis l’air par la dilatation des poumons ouvre toute la cage thoracique comme un parapluie jusqu’au haut de la poitrine, et vient emplir la gorge et le palais qui lui-même se lève en voûte jusqu’à la sensation d’emplir la tête et au-delà dans ce qu’on appelle la Couronne ... Mais pour ce faire, il faut avoir le dos et la nuque bien redressés et si on est assis, le bassin en appui sur les ischions et puis seulement alors, tout doucement conduire consciemment par la pression des pieds sur le sol, le souffle comme descendant du haut de la tête le long de la colonne vertébrale à l’arrière, soit vers l’embouche de l’instrument, soit vers l’émission de sons les plus harmonieux possible mais sortant d’une bouche très ouverte et détendue et tout en gardant la pression dans la cage thoracique sur les basses côtes et le carré des lombes, et en laissant s’allonger la colonne lombaire par une légère bascule du bassin sans serrer le périnée...
Alors seulement à la fin de l’émission de l’air, le ventre rentre dans sa cavité avant d’accueillir une nouvelle inspiration…C’est ainsi que s’accomplit la respiration. A l’inspiration on accueille le souffle comme montant de la terre vers le ciel en partant des pieds et passant par tout l’abdomen à l’avant jusqu’au haut de la tête par ce qu’on appelle un respire cérébral….puis à l’expire, le laisser repartir doucement comme descendant du ciel vers la terre le long de la colonne vertébrale du haut de la tête jusqu’aux pieds.



















JDT : Ouah ! Je n’avais pas pensé à tout cela, mon professeur de musique de chambre arrêtait le morceau si un de nous relevait les pieds ! L’appui ferme des pieds au sol qu’on appelle l’ancrage et la présence à soi-même en inspirant et expirant sont le plus sûr moyen d’émettre par son instrument ou sa voix les plus beaux sons, indiquait-il, et pour l’auditoire de recevoir l’essence de la musique pour qu’il n’y ait plus d’interférence entre soi et la musique. Et mon professeur de clarinette lui commençait toujours pas une séance de sons filés du plus grave au suraigu … ce qui nous « gonflait !», impétueux que nous étions ! à vouloir faire bouger nos doigts à toute vitesse …  (mais il avait raison)
En fait méditer tous les jours ou jouer de son instrument demeure un travail sur soi, une hygiène de vie pour aller vers une progression de sa vie par le moyen d’une réflexion ou par la pratique d’une musique ou par le dépassement de soi par l’effort sportif…. (un ami marathonien médite en courant me dit-il et il est « ailleurs », un autre musicien sportif court avec une foulée régulière servant de métronome et prépare son concert dans sa tête avec concentration et respiration (Glen Gould travaillait bien son interprétation de Bach en promenant son chien !)

Les neurosciences démontrent (cf Lemarquis sur le cerveau du musicien ou le moine bouddhiste Matthieu Ricard sur la méditation) l’impact de ces techniques sur la plasticité du cerveau et sur la diffusion des neurotransmetteurs qui permettent l’orientation de la méditation et de la musique vers des régions spécifiques du circuit de la récompense pour atteindre la plénitude, la sérénité, la paix de l’esprit.

JDT : Enfin il faut savoir maîtriser son énergie et ses émotions pour tenir la distance entre soi et l’environnement. En effet cette présence à soi-même, à sa respiration est une présence à son corps, une manière de canaliser son énergie vers le corps car on risque de s’essouffler rapidement : La Callas par exemple, hyper-concentrée sur sa voix et son implication dans ses rôles, brûlait son énergie vitale et s’épuisait dans l’expression de toute une palette d’émotions, ce qui n’empêchait pas son immense talent, au contraire, mais cela la mettait dans le « rouge» en permanence ! (contrairement à sa rivale Rénata Tébaldi !)  Certains artistes qui en font trop, régulent mal leur énergie et pourtant, paradoxalement, c’est aussi ce qui crée souvent leur talent ! Chacun doit bien se connaître et savoir jusqu’où il/elle peut aller sans s’épuiser au risque de tout perdre. Certains textes et musiques sont exténuantes à jouer et pas seulement pour les jazzmen ou les rockers ! Il faut alors savoir vite revenir au calme méditatif (rôle des mouvements lents) pour contraster avec l’explosion d’énergie. Et certains pour être en forme en permanence utilisent des substances plus ou moins licites nous l’avons vu. Là aussi ce n’est pas sans risques.

MPB : En conséquence, il faut apprendre à «vivre l’instant présent, respirer, habiter son corps, fermer les yeux et écouter, observer ses pensées, donner un espace à ses émotions, déployer son attention pour accroître sa conscience, pour enfin n’être qu’une présence» (Ch. André)
Cela demande beaucoup de discipline, de répétition, d’entraînement quotidien,  toutes choses qui sont à la base de la progression de toute activité mentale, artistique ou simplement humaine. Prendre conscience de tout cela est une attitude mentale. Un choix de vie aussi. Il y faut aussi beaucoup d’humilité, de patience et le choix de positiver sans cesse car on ne monte pas sur scène pour une prestation avec un mental négatif ou une fatigue nerveuse !
JDT : J’ai fait mienne cette idée de nombreux musiciens : Tous les matins je joue. C’est ma prière, ma méditation, l’expression de ma salutation au soleil à ce jour nouveau qui s’annonce et cela me donne la force de continuer à vivre malgré les problèmes à gérer

MPB : Et pour ma part pour conclure je citerai volontiers cette phrase, fruit d’une longue expérience de Christophe André : «On peut se pacifier par le souffle, pas en le contrôlant, mais en se connectant humblement à lui et en l’accompagnant doucement »   
Une illustration musicale qui pour moi a du sens par rapport à notre discussion est ce morceau de chant grégorien « Alléluia de St Joseph »  

Alléluia du 19 mars dit de St Joseph, chanté par Chanterelle Lanza del Vasto

JDT : Pour moi, tu t’en rappelles puisque nous avons commencé la musique ensemble il y a plus de 60 ans, le morceau qui m’a fait découvrir enfant la clarinette est Mozart et depuis mon amie la clarinette est devenue incontournable dans ma vie.

Sérénade pour  instruments à vent n°10 « gran partita » K 361 3ème mouvement de W.A. Mozart







lundi 13 janvier 2020

François Jude GAULARD (1787-1852) archetier à Mirecourt. François Jude GAULARD (1787-1852) bow maker at Mirecourt.

François Jude GAULARD est né à Mirecourt le 28 octobre 1787. Il était le fils de Louis GAULARD (1753-1828) lui aussi archetier et fils du luthier Joseph GAULARD, tous nés à Mirecourt. . "Il est fort probable qu'il débute son apprentissage dans l'atelier paternel mais le style de François Jude GAULARD est fortement inspiré de Louis Simon PAGEOT (dit PAJEOT) avec qui il a probablement collaboré". (Source atelier Sandrine RAFFIN)
Signature de Louis GAULARD en 1787.

Archet de Louis Simon PAGEOT (Musée de la musique de La Villette)
F.J. GAULARD  épouse le 6 juin 1810 à Mirecourt Ursule FETIQUE (1785-1855), la sœur du luthier Joseph FETIQUE (1786-1854), fondateur d'une famille de luthiers et d'archetiers. Un autre beau-frère de F.J. GAULARD, Charles VALANCE (1794-1841) était lui aussi luthier à Mirecourt.
Signature de François Jude GAULARD.
" La majorité des baguettes d'archet de F.J. GAULARD est réalisé en bois de fer mais il utilisera aussi d'autres bois comme le bois d'amourette et le pernambouc. Parfois signé de la marque "GAULARD. M"., la signature "GAULARD" reste la plus distinctive de la production de cet archetier. La hausse souvent en ébène ou en ivoire, reste dépourvue de passant et reçoit une parure à motifs étoilés". (Source Atelier Sandrine RAFFIN)  
Archet de F.J. GAULARD en pernambouc
et hausse en ivoire avec motif étoilé.
Archet de violon en pernambouc vers 1820.
F.J. GAULARD avait un frère luthier Louis GAULARD (1784-1824) dont on ne sait rien. Notre archetier a eu trois enfants : Louis Auguste GAULARD (1812-1888) dont on reparlera, Anne Marie Joséphine GAULARD (1813-1831) décédée à 17 ans, Nicolas Alexandre GAULARD (1818-1850) qui sera également luthier et qui décédera à 32 ans à Alger
Archet de Violon de François Jude GAULARD;
(Atelier Sandrine RAFFIN)
A la suite du décès de son épouse Ursule Fétique le 18 janvier 1855 à Mirecourt F.J. GAULARD quitte sa ville pour venir habiter chez son fils à Troyes. C'est là qu'il décède le 24 février 1857 à 69 ans.
Archet de violon de François Jude GAULARD vers 1835.
Louis Auguste GAULARD s'installe à Troyes en 1835 comme luthier et marchand de musique. Il épouse le 16 mars 1839 à Troyes Marguerite Augustine BEZANCON native de cette ville.
Signature de Louis Auguste GAULARD en 1839.
Ils ont eu cinq enfants : Louis Auguste GAULARD (1839-1848), Marie Mélanie GAULARD (1842-1865), René Eudox Jules GAULARD (1844-1878) qui fut professeur de musique à Troyes et décéda à 34 ans ; ses amis de l'Orphéon de Troyes lui offre ce monument funéraire avec une superbe lyre.
Monument funéraire de René GAULARD à Troyes
Le quatrième enfant Jules Alexis GAULARD (1845-1861) est aussi décédé très jeune à 16 ans. Lorsqu'il fallut reprendre l'atelier et le magasin, vers 1880 c'est donc le gendre de Louis Auguste GAULARD qui s'en chargea. Charles Aimé VOIRIOT (1843- ) avait épousé la dernière fille Angéle Augustine GAULARD (1847- ) le 15 septembre 1868 à Troyes. A cette époque il était pianiste à Paris et habitait 47 boulevard Poissonnière. Son père Jean Joseph VOIRIOT (1803-1854) était facteur d'orgues à Mirecourt. Ils ont eu quatre enfants dont , Henri Eugéne Auguste VOIRIOT (1869- ) et Marcel VOIRIOT (1888- ). Charles Aimé VOIRIOT est pianiste à Chatillon sur Seine en Côte d'or en 1879 et est installé comme marchand de musique en 1881 au 2 rue Champeaux.
Signature de Charles Aimé VOIRIOT en 1869.
Louis Auguste GAULARD était installé de 1837 à 1855, rue Moyenne, puis 2 rue Champeaux à Troyes, c'est là qu'il décède le 19 mars 1888 à 76 ans. Le magasin passe au 2 rue de la Monnaie et devient Voiriot Gaulard. En 1896 Charles Aimée VOIRIOT travaille au 22 rue des Quinze Vingt avec son fils Henry VOIRIOT qui se déclare tour à tour, facteur de pianos et luthier. C'est lui qui prendra la succession jusqu'en 1947 au 2 rue de la Monnaie.
Interview de Sandrine Raffin