samedi 3 août 2013

Clarinette Mi bémol de Zalud à Térézin : un instrument chargé d'histoire.

Clarinette Zalud à Térézin Mi bémol, 15 clés. (Collection José Daniel Touroude)
 Caractéristiques Spécifiques.
Cette clarinette est  assez banale et typique de la facture allemande après Müller, elle a15 clés, mais c’est surtout son histoire qui présente un intérêt. Collectionner des clarinettes ouvre parfois des portes très différentes….
Historique.
 
Elle est signée sur tous les corps" Zalud à Térézin (Tchéquie)/Thora/Es (Mi bémol)"
 
 
Il s'agit d'un instrument de Franz Wenzel ZALUD dernier membre de la famille disparu vers 1940.
L'atelier de la famille ZALUD a été crée par Wenzel ZALUD (1803-1881) à Neustraschitz en Tchéquie, prés de Prague, au début du 19 iéme siècle. Formé par Franz CZERMARK (1765-1841), il avait trois fils Josef ZALUD qui succéda à son père, mais qui décéda très rapidement, Franz ZALUD (1840-1904) qui créa l'atelier de Theresienstadt (Térézin), et Edouard ZALUD (1848-1911) qui s'installa à Prague. Franz ZALUD, créateur de l'atelier de Térézin avait été formé par Karl STECHER (1820-1904) de Vienne en Autriche, il était spécialiste du cor de basset et faisait également des percussions.

Clarinette Zalud du Musée de Bruxelles. (MIM)
 En 1904 son fils Paul ZALUD (1864-1931) lui succède et modernisa l'entreprise, qui fabriqua et commercialisa tous les instruments de musique. En 1931 c'est Franz Wenzel ZALUD qui prend la suite jusqu'en 1940.....
 
Entrée du camp d'extermination de Térézin
Or quand les nazis occupèrent Terezin, la gestapo de Heydrich transforma le fort de cette ville en un camp de concentration et d’extermination réservé aux artistes et aux juifs mais avec l’objectif aussi de servir la propagande de Goebbels. Ainsi le camp se présentait comme un décor de cinéma, montrant un village accueillant avec des maisons, des magasins et des fêtes et concerts utilisant les artistes enfermés. Les instruments de musique provenaient entre autres du magasin de Zalud. Ces concerts étaient filmés par le service de propagande nazi pour montrer les bonnes conditions de vie des prisonniers.
 
 
La croix rouge internationale, enfin admise une fois , fut mystifiée ! Derrière le décor, et une fois les concerts et films terminés, il y avait les chambres à gaz et les convois pour Auschwitz… 144 000 personnes furent enfermées dont certains français, 19 000 survécurent. La famille Zalud, disparut évidemment pendant cette période.
 
Cette clarinette a été retrouvée enterrée dans une couverture ou capote militaire dans une cave de particulier à Terezin. Qui l’a enterrée et cachée ?  Elle était en mauvais état mais a pu être restaurée, pas pour sa valeur, ni sa spécificité rare mais comme témoignage d’une renaissance possible même pour des objets malmenés par les hommes.


Description et caractéristiques de l'instrument.
 
Fabriqué dans les années 1930, l'instrument est en ébène et composé de 5 parties : bec, barillet, corps supérieur, corps inférieur, pavillon. Il comporte 22 trous dont 15 bouchés par 15 clés en maillechort. Ses dimensions sont :
Longueur avec le bec 45 cm, ce qui est court pour une clarinette Mi bémol.
Diamètre intérieur de la perce 12 mm
Diamètre intérieur du pavillon 42 mm
Poids de l'instrument avec le bec 400 g.
Les clés sont en maillechort, rondes et plates en «chapeau chinois» et sont articulées par des axes (et non des vis à la française) en maillechort à travers des charnières tenues par des boules vissées dans le bois de la clarinette. Les ressorts sont en acier et rivetés sur les clés mais il y a aussi des ressorts à aiguille (inventés par le français Buffet et vite adoptés en Allemagne). Les anneaux sont situés sur le corps du bas (Müller-Sax) et sur le corps du haut. 




Trou sous la clé de G1

Il y a aussi un petit trou sous la clé de G1 (clé de la pour une clarinette sib) bouché par une clé ronde qui prolonge les anneaux pour améliorer la justesse et la résonance (procédé que nous retrouverons souvent dans les clarinettes allemandes notamment chez Oehler).

Rouleaux en bakélite.

Les 4 roulettes en bakélite noir sont imbriquées dans les clés du corps du bas et du haut afin de pouvoir glisser rapidement d'une clé à une autre. Les rouleaux ont été inventés par le clarinettiste français Janssens en 1823 mais ont été utilisés dans la facture allemande, les français avec la clarinette Boehm n'ayant plus besoin de glisser. Les tampons en cuir sont d'origine pour certains , d'autres ont été changés. Le pavillon est cerclé d'une bague en maillechort et renforcent les tenons. Le bec en ébène est d'origine et signé Zalud Terezin avec des stries pour fixer la ficelle à l'allemande. Il est court et les anches doivent être taillées, celles du commerce, standard sont trop longues. 
Corps du bas.

 État et conservation.

L'état est redevenu  correct. Les clés cassées ont été ressoudées. Certains tampons, lièges, ressorts ont été changés. Aucune fente malgré son enterrement (la perce et les cheminées étaient remplies de feutrine verdâtre et de terre calcaire sèche. Elle était sale et oxydée mais rien n’a été abîmé). La clarinette est jouable actuellement  (pour jouer du Klezmer ?  ironie de l’histoire !) mais a encore des problèmes de bouchage car il faudrait remplacer les tampons d’époque par des neufs.
Origine. 

Achetée en 2011 à très bas prix, à un particulier allemand qui l’a trouvée dans la cave chez son grand père et qui voulait s’en débarrasser (histoire trop chargée ?)  et paraissait satisfait que je la restaure (devoir de mémoire ?) …
' 
"Objets inanimés avez-vous donc une âme ?" Comme l'écrivait Lamartine.




lundi 8 juillet 2013

Psychologie des collectionneurs d'instruments de musique à vent. Deuxième épisode.

Cet article est publié en 4 épisodes.

Si voulez lire la première partie cliquez sur ce lien :

Deuxième partie.

Par Touroude José–Daniel, Docteur en sciences sociales.



Question N°4 :  Pourquoi collectionne-t-on ?  quelles sont les motivations du collectionneur ?

Notre enquête montre une infinité de causes et il est illusoire de chercher une explication causale unique sur le désir de collectionner des objets, encore moins de porter un jugement sur leurs motivations.
La collection est une satisfaction de besoins
Quelles sont les forces qui incitent un individu à devenir collectionneur ? Dans toutes les sociétés et à toutes les époques, le phénomène de collectionner est présent car il permet une identification à quelque chose de positif, de plus grand que soi, d’intemporel. Derrière l’objet, on voit transparaître la fascination pour quelque chose. Pour nous collectionneurs d’instruments de musique anciens, c’est souvent la musique et la musicologie, l’histoire, les techniques…  
La collection satisfait des besoins en se polarisant sur la consommation d’une catégorie d’objets qui comblent momentanément le désir. Freud, grand collectionneur de statuettes de l’antiquité, a montré que l'homme ne cesse de désirer consciemment ou inconsciemment. La collection comble momentanément le désir comme boire étanche la soif mais pour seulement un moment. Il en est de même pour tous les besoins. Le désir est précis et on ne peut le remplacer par un autre : manger au lieu de boire, acheter un objet à la place d’un autre convoité, fumer au lieu d’aimer… ne satisfait pas, au contraire. Les besoins du collectionneur ne dérogent pas à cette règle générale, car ils sont ciblés sur un objet précis particulier. Discuter avec un collectionneur renvoie rapidement à des explications sur ses motivations personnelles.
Le collectionneur fait souvent un transfert sur des objets
Pour certains, le choix de collectionner des jouets est étroitement lié aux souvenirs d’enfance, parfois parce qu’on n’a pas pu s’acheter les jouets tant désirés, ou au contraire pour essayer à travers des objets précis de se rappeler sa jeunesse heureuse et enfuie et garder une part de son âme d’enfant, les plaisirs passés. Dans notre enquête, nous avons bien sûr des musiciens professionnels ou de bon niveau mais aussi beaucoup de personnes qui auraient aimer devenir musiciens mais qui à défaut aiment s’entourer d’instruments de musique car ils sont beaux. Par le transfert sur leur collection, Ils connaissent mieux un instrument sous tous ses aspects que le professionnel qui en joue et qui ne maîtrise souvent que la composante technique apprise au conservatoire. Les motivations sont plurielles. Pour d’autres s’entourer d’objets, de substituts symboliques permet de survivre dans un monde considéré comme inamical, dangereux et décevant.
Le collectionneur est en fait un consommateur particulier beaucoup moins réactif que le consommateur basique car il n’achète pas sans réflexions et il profite de son dernier objet acquis plus longtemps que la plupart des consommateurs, avant de se précipiter pour en acheter un autre. En effet une fois l’objet acheté, briqué, classé, rangé et le désir comblé, il met cet objet désiré en perspective dans sa collection, lui trouvant sa place et en lui trouvant ce qui le lie aux autres objets, souvent après des recherches minutieuses voire une restauration. Dès que la sensation affective initiale, la joie, la fierté, la nouveauté se sont émoussées, d’autres désirs reviennent et deviennent essentiels et poussent le collectionneur à chercher, à acheter avec détermination voire impatience jusqu’au moment où il découvre le nouvel objet convoité. Ceci est un mécanisme banal de notre société de consommation que la publicité stimule en poussant à acheter rapidement une fois le désir et le plaisir d’acheter à peine réalisé. La motivation se renforce par cette insatisfaction et enclenche une activité et un dynamisme qui surprend l’entourage.
Le grand dilemme entre la passion et la raison est toujours présent pour le collectionneur.
Le désir et l’excitation intérieurs doivent-ils l’emporter ou bien faut-il renoncer à un objet au nom du bon sens ?
Tous indiquent qu’ils sont en fait assez raisonnables, ne dépassant rarement le prix maximum du marché, mais tous indiquent quand même que ponctuellement, ils se sont laissés embarquer dans une enchère enflammée car Il faut savoir parfois faire l’effort nécessaire pour avoir quelques pièces qui en valent la peine.    
La collection n’est pas inerte, elle vit, se transforme, évolue, est toujours en mouvement. 
Certains objets disparaissent, d’autres apparaissent, certains sont privilégiés et mis en valeur temporairement, d’autres ne sont plus admirés et sont relégués, voire échangés ou vendus car les goûts et les motivations peuvent se déplacer, les intérêts et les buts se modifier en cours de collection et ce qui nous enthousiasmait devient moins attirant.
Car les motivations changent avec le temps : collection d’un type d’instrument, d’une région précise, d’un fabricant particulier, la restauration des instruments meurtris… Au fil du temps, on a envie de se spécialiser dans un sous - ensemble de sa collection ou au contraire l’élargir. Parfois on a même envie de changer de thème de collection. Tous reconnaissent avoir «évolué» avec la progression de leur collection car les critères changent.
Au départ, la quantité possède une importance pour tout collectionneur pour définir le sérieux de sa motivation. La quantité a souvent une fonction défensive, comme toute accumulation, pour se sécuriser et se positionner. Certains définissent leur collection sur la quantité d’instruments : « j’ai x objets ».
Puis on privilégie la rareté  ou la qualité espérant dire un jour : j’ai l’exemplaire unique existant de cet objet et je le prête à telle exposition ou pour tel enregistrement sur instrument d’époque. La rareté, l’importance de l’objet se rattachent davantage à une représentation narcissique, la rareté des pièces augmentant la valeur des objets aux yeux de tous. La rareté tend à augmenter la valeur d’un objet, on s’attend alors à ce que les collectionneurs recherchent des pièces difficiles à trouver. Et pourtant, c’est souvent le contraire qui se produit car si l’offre est trop rare ou à des prix exorbitants, le collectionneur se désintéresse de sa collection, il ne peut plus jouer son jeu, sa quête et sa collection est bloquée.
Pour que le collectionneur ressente du plaisir, il faut un sujet de collection assez vaste pour qu’il puisse faire des achats réguliers d’objets accessibles à des prix abordables mais assez difficiles à trouver pour que la recherche du trésor soit ardue et jouissive afin de pouvoir compléter et enrichir sa collection.
Certains cherchent  l’ancienneté et la provenance comme facteurs prédominants de l’intérêt d’un objet. Pour ces raisons, il fait des choix, revend ou échange les instruments devenus moins intéressants pour lui, se spécialise et  la qualité, la rareté, la provenance, l’ancienneté, l’originalité deviennent des paramètres essentiels guidant le collectionneur. Mais ces paramètres sont souvent variables selon les collectionneurs et évoluent dans le temps.
Mais que recherche le collectionneur en fait ?  


Ce qui importe c’est la quête, la recherche d’un trésor spécifique !
Le collectionneur est un chineur, un chercheur compétent, toujours en quête qui va hanter les ventes aux enchères, en pensant toujours aux objets qui lui manquent pour compléter sa collection. Apparemment le collectionneur est un accumulateur d’objets, mais en réalité ce qui prime c’est la recherche d’un trésor. C’est un chasseur d’objets.
La quête du trésor enfoui afin de trouver un objet intéressant qui va compléter sa collection, et que les autres n’ont pas vu grâce à son expertise et sa ténacité, est fondamental. Il est obsédé par la découverte et l’acquisition d’objets nouveaux, et ce besoin ne peut être assouvi qu’en partie, car par nature une collection est incomplète. Sigmund Freud écrit qu’une "collection à laquelle plus rien ne s'ajoute est à proprement parler morte ». Le fait d’acquérir un objet spécifique soutient et renforce la passion du collectionneur dans sa collection, donne un sens à la quête trouvant toujours quelque chose à collectionner.
Le collectionneur de plus en plus connaît à l’avance ce qui va sortir sur le marché car il sait repérer les objets convoités, rechercher les informations en agitant son réseau de collectionneurs et de revendeurs. Les enchères spécialisées fournissent des photos magnifiques à l’avance sur leurs sites et leurs catalogues et en conséquence le collectionneur se fabrique une image mentale, à partir des photos, de ce qu’il va voir et peut-être acheter. La plupart se délectent à anticiper ce qu’ils vont acquérir. Le plaisir ne commence-t-il pas aussi avant l’acte ?
Le collectionneur est donc en alerte permanente pour collecter des informations sur les études spécialisées, les mises aux enchères, les antiquaires, les sites internet de plusieurs pays, les ventes d’autres collectionneurs du réseau, les revues et livres afin de ne pas louper LA bonne affaire, surtout s’il en a les moyens matériels afin de ne pas être frustré.
Tous les collectionneurs sont excités mais ont peur d’avoir des concurrents aussi passionnés avec des ressources plus importantes. Ainsi ferré, le collectionneur est obligé de suivre, de participer à la vente, d’autant plus que tous les autres amis-concurrents sont là aux aguets !



Question N°5 :  parmi les collectionneurs d’instruments de musique à vent que vous avez interrogé pouvez vous dégager des profils de collectionneurs d'instruments de musique ?
Nous avons essayé en questionnant des collectionneurs qui se sont prêtés au jeu de l’introspection, de cerner des éléments qui permettent de mieux caractériser la passion du collectionneur mais nous avons vu aussi en fait une grande variété de profils.Tous les collectionneurs n’ont pas la même histoire et donc le même degré dans la passion et celle ci est mouvante avec le temps. Tous les collectionneurs n’ont pas le même engouement, les mêmes symptômes. Cette diversité est essentielle. On voit bien que nous partageons peu ou prou des caractéristiques communes exposées dans notre synthèse mais entre nous lorsqu’on parle de ce sujet  le discours est bien différent avec les alibis exposés aux autres. C’est trop personnel. L’intérêt de cet article est de montrer les différentes idées exprimées dans la confiance entre amis qui au fur et à mesure s’étoffent, se diversifient, s’approfondissent sur des non dits que l’on croit très personnels et pourtant souvent partagés par d’autres en sachant qu’il y a des zones d’ombre non indiquées. S’il est difficile de catégoriser finement les différents collectionneurs, on peut toutefois cerner deux grands types de collectionneurs d'instruments à vent :
1°) Le collectionneur musicien professionnel ou amateur. Il accumule des instruments avec lesquels il a un lien particulier. Il s'y intéresse depuis longtemps, il joue de cet instrument, devient même un expert de la pratique et des connaissances liées à cet instrument. Il ne collectionne que son instrument. Plusieurs instruments de sa collection sont en état de marche et il les fait sonner régulièrement pour le plaisir voire pour des prestations. Il est toujours aussi fasciné par l'aspect esthétique des différentes formes que prend son instrument, par des caractéristiques d'une évolution technique de son instrument, ou par différents modèles historiques des principaux facteurs, voire par des instruments insolites, prototypes de son instrument. Il collectionne aussi parfois ce qui est périphérique, tout ce qui se rattache à son instrument (objets divers, bibelots, affiches, livres, catalogues....). Sa collection s'agrandit régulièrement, et il cherche des instruments précis pour compléter sa collection. Le collectionneur est forcément attiré par la restauration de ses instruments car les instruments sont souvent en mauvais état et les restaurateurs professionnels chers et rares. Il commence un parcours complexe de la restauration en amateur puis se professionnalisme rapidement. Certains en viennent même à ne rechercher que des instruments à sauver et à restaurer pour les exposer en bon état.
Sa motivation et son plaisir est de redonner vie à un instrument délabré, de le restaurer comme s’il avait comme mission de défendre le patrimoine instrumental de son instrument. Il démonte, entretient, astique ses instruments qui sont impeccables et qui sont mis en valeur dans une vitrine ou en exposition permanente chez lui. Il a du mal à s'en séparer, de faire des échanges, sauf si ses objectifs de sa collection changent (spécialisation sur telle époque, tel facteur, tel pays...). Il a un profil de spécialiste et s'intéresse assez peu aux instruments éloignés du sien. Lancé sur son sujet, vous avez le droit à une conférence passionnée et une visite guidée parmi ses trésors ! 
2°) Le collectionneur antiquaire qui achète beaucoup d'instruments divers, mais qui a pour objectif aussi de revendre avec bénéfice. C’est un expert, qui hante les enchères et les brocantes car ce qui aime avant tout c'est chiner, dégotter l'instrument oublié et pas cher, l'instrument atypique ou esthétique d'un facteur connu qu'il va pouvoir restaurer et mettre en vente. En conséquence il s’attache moins aux objets mais c’est aussi un passionné. Il connaît ses clients potentiels collectionneurs et sait à qui et à quel prix il pourra revendre. Il maîtrise parfaitement le marché et toutes les sources où se procurer les objets intéressants. Parfois il suit et sait même où se trouve de nombreux objets dans les collections privées. Sa motivation est de redonner vie aussi à un instrument délabré, de le restaurer comme le collectionneur musicien mais l’objectif est différent car le but de la restauration est de le revendre avec profit car souvent c’est son métier mais c’est aussi un collectionneur qui garde des trésors pour lui. Certains collectionneurs accumulent des vieux instruments et certaines collections ressemblent à des magasins d'antiquaires ! Si vous montrez votre intérêt, vous avez droit aussi à une visite guidée parmi ses trésors éclectiques ! Mais sa collection tourne, se renouvelle en permanence et presque tous les objets sont potentiellement vendables, si le prix est intéressant. Chaque vente permet en fait à acheter d’autres instruments. Il a un profil de généraliste, connaissant l’essentiel de chaque instrument.
Cette bipolarisation est évidemment schématique, la plupart des collectionneurs mixent avec des proportions diverses les deux profils énoncés et changent parfois d'optique avec le temps et leur budget.

Question N° 6:  Passionné et s’investissant énormément, le collectionneur devient –il en fait un spécialiste, un expert parfois plus compétent que beaucoup de professionnels ?

Si certains collectionneurs sont généralistes et accumulent toutes sortes d’objets apparemment hétéroclites (mais qui ont un lien entre eux parfois pas évident à découvrir), le plus souvent le collectionneur est ou aspire à devenir un spécialiste, un expert du thème d’analyse de sa collection.
Le collectionneur devient souvent un expert. Une fois sa cible thématique identifiée, qui peut d’ailleurs changer avec le temps, il se lance dans une démarche de professionnel de recherche et de connaissance en profondeur de son thème. On retrouve ici la recherche de spécialité dans un créneau bien spécifique, si courante dans la vie professionnelle, où on est connu et reconnu pour le sérieux que l’on possède pour aborder un sujet, pour sa compétence et son expertise. C’est pour cela que de nombreux retraités prolongent cette mentalité dans une collection avec le même souci d’expertise.
La collection est en fait un support fabuleux pour cette quête et oblige à découvrir des livres, des lieux, des personnes, des techniques inconnues, de surfer sur internet pour y faire des découvertes...
En devenant savant sur un sujet spécifique, le collectionneur se valorise à ses yeux d’abord puis aux yeux des autres surtout s’il est reconnu comme un expert dans son domaine.
Il veut souvent faire partager son savoir et sa passion, commence à écrire des articles spécialisés ou faire des conférences en faisant visiter sa collection et se faire reconnaître comme un collectionneur – expert. Si vous posez une question sur sa collection vous avez droit aussitôt à un exposé, tellement que le collectionneur est investi par son sujet et vit sa passion.
Le collectionneur ne se contente pas de former et d‘éblouir les autres, il cherche aussi sans cesse d’autres experts, collectionneurs ou non, pour approfondir sa recherche ce qui l’entraine à aborder les multiples facettes induites par sa collection et cela dans une vision transdisciplinaire.
Il peut même arriver à s’intéresser à la psychologie du collectionneur !        
Certains collectionneurs se cantonnent à un seul domaine très spécialisé mais avec des collections secondaires liées au sujet principal.

Notre enquête étudiait les collectionneurs d’instruments de musique, or la plupart avaient aussi plus ou moins des photos, des partitions, des méthodes, des disques, des figurines, des affiches, des cartes, des médailles liées à leurs collections et ils considéraient cela tout simplement comme de la documentation périphérique, peut être secondaire, mais composante quand même de leurs collections.

La collection demande beaucoup de compétences et de qualités :

Le niveau intellectuel des collectionneurs est assez élevé, d’une part vu l’argent engagé souvent important montrant qu’ils sont d’un certain niveau social mais aussi d’autre part par la démarche intellectuelle de professionnel. Souvent les collectionneurs sont des gens soigneux, curieux, chercheurs, leur intelligence toujours en éveil. Ils ont le sens du détail, de l’organisation et du classement et peuvent créer des stratégies parfois élaborées pour compléter leurs collections. Ils terminent ce qu'ils entreprennent, sont tenaces et patients.
Le collectionneur doit forcément avoir une excellente mémoire à court et long terme pour se souvenir des caractéristiques de chacun de ses objets, de ses contacts … Il paraît se souvenir de faits marquants, d’objets, de noms, de détails, de prix exacts.
La collection n’est alors qu’une porte d’entrée sur un monde apparemment circonscrit mais en fait transdisciplinaire qui prend beaucoup de temps mais qui est formateur.
Beaucoup de collectionneurs possède un catalogue où tout est référencé et qui demande un temps important. Cela peut être le support d’une conférence, un dictionnaire de facteurs, un catalogue où chaque instrument possède une fiche détaillée avec photos ou un livre en préparation. Mais ce qui importe c’est dès la découverte d’un élément nouveau, il est retranscris aussitôt dans les fiches qui ainsi se complètent régulièrement. Le collectionneur commence vraiment à connaître son sujet et devenir compétent sur les objets de sa collection et cherche à découvrir ses alter ego (autres collectionneurs, professionnels).
La compétence d’un collectionneur s’acquiert avec le temps. D’abord  le collectionneur n’est jamais pressé car une collection en devenir se déguste lentement acquisition-plaisir après acquisition, d’autre part il n’y a pas beaucoup d’ouvrages spécialisés et les rechercher et les consulter est un vrai travail d’historien et demande du temps et de la patience et enfin il n’existe pas  de formations qui vous forment rapidement à devenir collectionneur. Pratiquement tous indiquent l’intérêt de cette longue marche, où la compétence s’acquiert par petites touches en lisant, en voyant beaucoup de collections publiques et privées, en mémorisant et en créant des banques de données, en rencontrant des personnes et en étant aux bons endroits aux bons moments, en faisant aussi des erreurs d’analyse ou d’achat puis en synthétisant leurs connaissances dans des exposés lors d’expositions consacrées à leurs collections.

A Suivre......

mercredi 19 juin 2013

Pierre François CAMUS facteur d'instruments de musique à vent vers 1800.

On ne connaît que peut de chose sur le facteur, luthier d'instruments de musique à vent établit vers 1799 au 27 quai Pelletier à Paris Pierre François CAMUS.
Dans l'ouvrage de LANGWILL, l'hypothèse d'un lien avec Paul Hippolyte CAMUS (1796-1869) célèbre flûtiste est avancé.

Marque d'une flûte à une clé. (Collection W. PETIT)
En fait Pierre François CAMUS exerçait largement avant 1793 à Paris car dans l'inventaire de Bruni :

"Il s’agit d’un inventaire relevé aux Archives Nationales, contenant la liste des instruments de musique saisis chez les Émigrés et Condamnés, et mis en réserve pour la Nation par la Commission temporaire des Arts, depuis son établissement par Bruni1. (BRUNI (Antonio-Bartolomeo), élève de Pugnani, violoniste à la Comédie italienne et au théâtre de Monsieur (1789))"

On trouve trois instruments de ce facteur " Une Flûte à bec et deux piccolo".

Très actif pendant la révolution français, il est «  retenu comme disciple de Gracchus Babeuf (Précurseur du communisme) et selon l’interrogatoire de Joigneaux en nivôse an IX (décembre 1800) il fréquentait avec d’autres disciples une tabagie rue de la Joaillerie ».



Flûte de Pierre François CAMUS. (Collection William Petit)

D’ailleurs un hautbois est signalé par Denis Watel portant la marque « (bonnet phrygien)/Camus/A Paris »
Hautbois de P.F. CAMUS. (Collection Met Museum de New York)

Adresses :
1799 à 1800 : Luthier au 27 quai Pelletier à Paris.
1808 à 1810 : Camus facteur d’instrument à vent, 6 rue du rempart.
1811 : Camus, luthier 9 rue Marceau.
1812 1817 : Camus, Luthier fabricant de clarinettes, flûtes, bassons, hautbois et autres instruments à vent  9 rue Marivaux.
1817 : Camus, luthier 9 rue Montmartre.
Tête de flûte à Bec du Musée de La Villette à Paris. 

J’ai trouvé le décès d’un Pierre François Camus dans le 3 ° arrondissement le 27 février 1826.

Quant au lien avec le flûtiste Paul Hippolyte CAMUS (1796-1869), il me semble bien peu probable.
D'ailleurs il existait un autre facteur (de harpes) qui avait pour nom Camus et qui habitait 240 rue du Faubourg Saint Antoine à Paris.

Harpe de Camus.
Musée de Paris.
"Paul Hippolyte CAMUS était première flûte du théâtre Italien de Paris, né dans cette ville le 6 pluviôse An IV de la république (26 janvier 1796), fut admis au conservatoire de musique, comme élève de Wunderlich au mois de juillet 1806 et se distingue dans ses études. Après les avoir terminées, il entre au théâtre de la porte Saint Martin en qualité de première flûte en 1819, puis il passa au gymnase Dramatique. En 1824 lorsque le théâtre de l'Odéon fut destiné à la représentation des opéras italiens et allemands, Mr. Camus a été appelé à faire partie de son orchestre que dirigeait Mr. Crémont enfin après avoir voyagé, il est entré à l'opéra Italien, où il est encore". (Biographie universelle des musiciens de la musique par F.J. Fétis.
Mais il est surtout connut pour avoir adopté la flûte système Boehm dés 1837 et également en ayant  écrit une méthode pour cette flûte. 
Clarinette en Ut de Pierre François CAMUS. (Collection W. Rousselet)

 


samedi 1 juin 2013

Psychologie des collectionneurs d’instruments de musique à vent

Cet article sera publié en plusieurs épisodes.

Première Partie.

Par José-Daniel Touroude, Docteur en sciences sociales
Ce document est la synthèse d’une enquête et se veut être une réflexion effectuée et vécue par des collectionneurs avec pour objectif de comprendre leur passion par des introspections honnêtes.
Nous avons structuré notre synthèse autour de 12 questions.
Les réponses ne sont que la transcription des introspections ressenties des collectionneurs interrogés et non une analyse qui se veut scientifique et exhaustive.



Question N°1 : Depuis longtemps, je suis en relation avec des collectionneurs et ce qui me surprend toujours c’est leur passion intacte pour leur collection.

Le collectionneur est avant tout un passionné actif, toujours en mouvement, et comme toute passion, elle n’est pas facile à vivre avec des sentiments divers qui se succèdent.
Mais ce n’est pas une personne qui est l’objet de la passion comme dans le sentiment amoureux, mais c’est une catégorie d’objets. Pourtant les sentiments sont proches : désir, coup de foudre, attachement, déception, lassitude… Bien que la collection le stimule vers de nouvelles activités car une collection bien menée ouvre énormément de portes très différentes et mobilise des formes d’intelligences variées, la collection constitue aussi pour beaucoup un havre de paix, une bulle, un refuge personnel. Rechercher avec avidité des objets anciens peut être une façon de se réfugier dans le passé pour s’isoler et oublier un peu le temps présent, ce qui procure un grand délassement.
Le collectionneur dans son refuge, a l’air comme toute personne passionnée et polarisée, de se désintéresser du monde. Mais en fait la quête lui permet de s’impliquer dans le monde des objets et dans un réseau de personnes initiées. Le collectionneur solitaire est un cliché véhiculé sur les collectionneurs.
Certains collectionneurs cherchent du réconfort dans les objets, dans l’art, notamment la musique, et moins dans les personnes qui sont trop stressantes car ils ont eu des relations avec le monde extérieur pas toujours positives.
Le collectionneur se crée un loisir intelligent car mis à part ceux qui en font leur profession (antiquaires, facteurs, commissaires-priseurs, experts...), le collectionneur est un amateur, dans le sens étymologique «qui aime», qui se crée un dérivatif soit pour se calmer d’une vie professionnelle trop stressante, soit pour s’occuper en situation d’inactivité professionnelle.
Parfois le collectionneur subit aussi l’influence extérieure et dépend de l’entourage dans lequel le collectionneur évolue, influencé par les modes ou l’opinion de leur environnement même de façon inconsciente. (Collections d’autres personnes admirées, collection familiale que l’on continue, mode des objets qu’on échange, pur hasard au gré des brocantes, beauté esthétiques de certains objets…).
Pour nous, notre champ est la collection d’instruments de musique à vent.
Mais le plus souvent le collectionneur choisit librement le champ où va s’exercer sa passion, la collection étant un choix intime et personnel ! Certains sont attirés parfois de façon irrépressible par leur inconscient, par la recherche et l’accumulation de certains objets bien précis parce que ce champ a un intérêt, un sens particulier et profond pour eux.
Le collectionneur se polarise alors sur la consommation d’une catégorie d’objets. Ce qui est visible et simple, c’est que le collectionneur est souvent très motivé par sa collection mais les raisons de sa passion sont par contre multiples et complexes, peu explicités car très personnels.
L’homme est un éternel insatisfait et c’est ce manque d’autre chose qu’il n’a pas, qui le pousse à désirer, à créer un besoin à satisfaire qui le pousse à agir. Le collectionneur s’inscrit dans cette démarche.
Collectionner, c'est réunir des objets sur un même thème. Souvent c’est le hasard qui intervient et c’est en chinant que l’opportunité, l’occasion d’une bonne affaire (dès fois il en est le seul convaincu !) active ce grand chasseur d’objet qu’est le collectionneur.
L’objet acquiert alors une valeur subjective qui dépasse de loin sa qualité ordinaire de simple objet.
Le collectionneur achète en recherchant certains types d’objets intéressants de manière subjective avec ses critères : objets rares, curieux, beaux, de telle origine, de telle époque… Le collectionneur recherche surtout l'accumulation d'une catégorie d'objets qu’il a choisie avec des critères précis et tous les collectionneurs n’ont pas les mêmes heureusement !
L’objet est alors sublimé car il n’est plus isolé mais se positionne dans un ensemble cohérent et homogène à savoir une collection qui possède un fil rouge rationnel et explicite.
Ces objets précieux et disparates voire hétéroclites n’ont du sens que pour le collectionneur (les anciens cabinets de curiosités) et possèdent un lien entre eux, pas toujours visible, qui relie des objets en une série, une collection organisée.
Le collectionneur a pour but de regrouper des objets qui étaient dispersés et pour cela effectue un ensemble d’actions qu’il fait avec passion (recherche, achat, accumulation, échange, classement, restauration, exposition, vente …). Il cherche à constituer une série complète, un ensemble homogène, remettre tous les objets en cohérence autour de lui.
La plupart des collectionneurs réfléchissent sur le lien entre les objets de leur trésor. La collection est circonscrite à un sujet et les objets sont classés en séries, en familles, en sous-ensembles. La collection lie une personne à des objets pour des raisons très variées. Les pièces de collection sont des témoignages car l’objet n’a d’intérêt que s’il s’intègre dans une vie, une histoire. Au collectionneur de faire l’enquête pour reconstituer l’histoire de l’instrument, notamment de son fabricant. Certains vont privilégier tel facteur, tel système, telle provenance, telle époque… et l’objet convoité n’est alors qu’un objet manquant pour compléter la série.
Certains objets collectionnés avaient une valeur utilitaire et souvent le visiteur demande si on les utilise encore. On joue rarement avec des pièces de collection mais par exemple la plupart des collectionneurs d’instruments de musique analysés aiment avoir des instruments jouables et même ponctuellement les faire sonner voire exceptionnellement les prêter pour un enregistrement ou un concert. Une collection est faite avant tout pour parler de la vie passée des objets présentés, pour être exposée dans le présent, mais rarement pour leur redonner une vie utilitaire dans le futur. La collection n’est pas faite pour être utile, même si elle est constituée d’objets fonctionnels. Le détournement de la valeur fonctionnelle de l'objet est banal dans les collections.
Le collectionneur est un chasseur ou un pécheur d’objets car il sait être patient et sait qu’il peut revenir bredouille mais s’il se trouve en présence d’un objet intéressant pour lui, alors il se laisse emporter. Souvent les chineurs parlent de chasse au trésor et retrouve le plaisir des rêves d’enfant.



Question N°2 Pour beaucoup de collectionneurs,  leurs collections n’arrivent pas à aboutir ? et pourtant ils se démènent…..
On n’arrête jamais de chercher tant que la collection n’est pas finie mais une collection en fait n‘est jamais finie. Souvent les collectionneurs prennent inconsciemment des champs spécialisés suffisamment larges où il est impossible de terminer une collection. La quête est alors infinie et si on arrête, on sait que d’autres collectionneurs ou musées reprendront le flambeau et continueront la collection… Le collectionneur devient alors un passeur de témoin à travers le temps, ce qui est important pour beaucoup d’entre eux.
Décréter sa collection terminée relève souvent plus de la lassitude que d'un but atteint (sauf si le sujet choisi est très étroit) car les musées et autres collectionneurs empêchent cette réalisation. S’ils ne peuvent plus acquérir les pièces manquantes (plus d’objets sur le marché, ou manque de moyens pour les acquérir), alors ils estiment que leur collection sera toujours inachevée, incomplète et que leur trésor si souvent contemplé ne leur donne plus de plaisir car il devient statique. Déçus, ils s’en débarrassent pour entamer souvent une nouvelle collection d’autres objets !
C’est toujours l’objet que l’on n’a pas qui est le plus désiré !  Ainsi, le collectionneur se situe toujours à la croisée entre ce qu’il a déjà acquis, ce qui le rend fier de ses trésors et ce qui lui reste à acquérir, ce qui constitue sa quête afin de compléter sa collection.
Apparemment pour les autres, la collection mise en valeur, rangée et contemplée parait le moteur de l'activité du collectionneur et le rend heureux, mais en fait il est toujours motivé et ce qui le pousse à agir c’est ce qu'il rêve de posséder, un objet bien précis qu’il n’a pas encore ! Apparemment pour les autres, le collectionneur paraît déraisonnable et pourtant il est souvent plus raisonnable que beaucoup d’acheteurs compulsifs et conditionnés qui suivent les injonctions publicitaires et les modes.
Alors que le consommateur de notre société moderne zappe d'un achat à l'autre, espérant sans trop y croire que ses acquisitions calmeront ses frustrations, le collectionneur lui sait ce qui lui manque ! Certains ont même des listes toujours renouvelées d'objets à rechercher, liste informelle qui est évidemment secrète ! Son désir est toujours ciblé contrairement à la frénésie d’achat du consommateur qui accumule sans réfléchir à ses besoins réels.
Ce désir permanent se renouvelle et maintient une tension constante. Une nouvelle acquisition va calmer la tension pendant un certain temps puis la recherche d'un nouvel objet relancera la dynamique. Tout collectionneur à en tête la pièce dont il rêve. 
Ce qui importe c’est la quête, la recherche d’un trésor spécifique tant que la collection n’est pas finie et si on arrive vers l’objectif, on étend alors le champ par des objets secondaires mais liés à la collection. Ainsi d’un instrument à vent précis d’une époque, d’une région ce qui est assez limitatif, la collection évolue alors vers d’autres instruments ou vers d’autres régions… et on étend son champ et ses possibilités de trouver des objets.




Question N°3 : le collectionneur accumule des objets mais a parfois une relation bizarre avec eux, non ? 
Le collectionneur accumule des objets qui ont du sens pour lui et ne choisit pas des objets par hasard.

Le collectionneur n'est pas fétichiste, il ne recherche pas l'objet comme une finalité car il ne vénère pas l'objet pour lui-même. L'objet est simplement un élément qui prend tout son sens seulement à côté des autres constituant une série, une pièce supplémentaire d’un ensemble homogène appelé collection.


Beaucoup de collectionneurs d’instruments de musique ne sont pas musiciens, des collectionneurs de pipes ne fument pas, des collectionneurs de montres n’utilisent jamais leurs montres de collection…   Les objets collectionnés sont plus que des objets !  L’objet collectionné est sublimé et en conséquence, il est admiré, aimé et renvoie sans altération à l’intérêt qu’on leur donne, une sorte de miroir positif. L’objet collectionné est toujours beaucoup plus que l’objet décrit et montré, il est chargé affectivement (une peluche déchirée est pour un enfant son doudou, un carré dentelé vieux et affreux est la merveille rare de la collection d’un philatéliste, une vieille clarinette 5 clés renvoie à Mozart, à l’histoire du facteur, à l’histoire de la clarinette mais aussi à l’histoire vécue de son acquisition par le collectionneur… l’objet devient un symbole.
«Objet inanimé avez-vous une âme ? » écrivait Lamartine, ils ont au moins une histoire avant vous puis avec vous et sans doute après vous. Il y a eu des films où la vie de certains objets est racontée passant de mains en mains, vivant des histoires différentes, dans des pays différents. Le collectionneur le pense aussi car l’objet collectionné est souvent chargé affectivement et devient alors plus qu’un objet banal. Le collectionneur vit en partie aussi à travers eux. Toutefois, certains se demandent si cette quête perpétuelle d’acquisition n’est pas une tentative de restaurer l’image de soi en la complétant sans cesse d’éléments nouveaux.    
Nous avons tous accumulé des objets (on le voit lors de déménagements) qui n'ont d'autres fonctions que d'être des supports de notre mémoire, de notre existence, sorte de prolongement de nous mêmes.
Ainsi qui ne garde pas un vieux livre qui rappelle un plaisir nostalgique, un coquillage donné par un être aimé, un objet relique porte-bonheur qui réactive la mémoire dans notre histoire personnelle et qui ne seront jamais jetés. Ces objets sont alors très personnels et chargés affectivement. 
L’objet possède la force que vous lui donnez : objet utilitaire, objet jetable, objet attaché à un sentiment amoureux, nostalgique, précieux, objet porte bonheur, médaille religieuse pour conjurer le mauvais sort et pour vous soutenir lors des stress. Combien d’artistes portent des objets contre le trac sur scène ? L’objet a toujours accompagné et soutenu l’homme et est souvent un prolongement de soi. En regardant sa beauté, en l’utilisant comme objet pratique ou en le contemplant comme miroir, le collectionneur puise une force nouvelle car ces objets admirés sont dotés d’un plus, et parfois même d’une «âme». L’attachement est alors fort et l’objet devient aimé et on cherche à le choyer, l’accumuler, le ranger, le cacher ou l’exposer selon sa personnalité.
L’objet sublimé, admiré déclenche des recherches, des histoires, des analyses et stimule le collectionneur à approfondir et chercher des informations. En cela la collection toujours en progression est vivante et rend le collectionneur plus dynamique, plus compétent, plus vivant, plus heureux. Quel que soit le type de collection, chaque objet a un sens particulier pour son possesseur.
C’est pourquoi la ferveur qu’il attache aux objets n’a pas forcément de rapport avec leur rareté ou leur valeur marchande. Le collectionneur à travers sa collection qu’il admire, s’admire aussi car il faut beaucoup de qualités pour réussir une belle collection !
La collection vous rend différent, atypique, original et extraordinaire au sens étymologique du mot, vous démarque des autres, peut être avec un certain élitisme.
Avec votre musée personnel, vous acquérez une connaissance pointue du sujet qui vous permet d’enrichir et d’impressionner le visiteur par votre savoir, parfois même faire avancer la connaissance sur vos objets par des articles spécialisés valorisants.
(cf. les différents blogs et articles des adhérents de l’ACIMV)
La collection grandit et s’améliore par un investissement personnel constant. Ce qui est sûr, c’est que le collectionneur investit et s’investit énormément dans les objets collectionnés (aussi bien en argent, affectivement ou par le temps consacré). Il recherche, achète, nettoie, range, classe, touche ses objets toujours avec intérêt. On se déplace, même en vacances, pour voir des collègues, des musées à la recherche d’informations, pour le plaisir des yeux et on passe du temps à écrire un catalogue - véritable livre de sa collection. Ainsi on approfondit sans cesse et on ouvre quantités de portes sur des sujets connexes passionnants.
Le collectionneur passionné, vit une alternance de sentiments mais qui est source de plaisir.
En fait, il faut comparer la passion du collectionneur avec d’autres passions. N’importe quelle passion paraît toujours un peu ridicule pour les autres, qui eux-mêmes peuvent être moqués pour leurs loisirs ou leurs comportements.
La collection d’objets est quelque part un substitut à des choses qui vous manquent (même s’il ne faut pas exagérer), et le fait de constituer sa collection, de la voir, la toucher, la posséder, la compléter,  d’avoir créé une œuvre qui donne du plaisir voire un soutien affectif.
Tous les adultes, à des degrés différents, cherchent à être reconnus. Ils ont différentes stratégies par exemples en se consacrant à ceux qui ont besoin de soins et de protection, en s’enrichissant ou en cherchant des postes de pouvoir, en s’investissant dans une cause ou un objectif à défendre qui demande du militantisme, en pratiquant quotidiennement un sport ou en devenant collectionneur…
Le comportement du collectionneur est traversé par l’alternance de sentiments divers : tension quand l’objet est choisi et désiré, phase d’allégresse quand il a réussi à l’obtenir après une stratégie subtile, mais aussi tristesse voire frustration d’avoir raté un objet qui devient encore plus attrayant car manquant. Les insatisfactions sont nombreuses car il ne peut pas acheter tous les objets qu’il peut voir et qui lui plaisent à cause de la limitation financière (certains se contentent d’avoir le plaisir de les prendre en photos au lieu de les acquérir, constituant une collection virtuelle), car beaucoup d’objets ne sont pas sur le marché parfois même pas visibles car rares voire uniques (sauf parfois dans des livres et catalogues, dans les réserves des musées ou chez d’autres collectionneurs). Le désir de l’inaccessible… Par définition, la collection est souvent insatisfaisante car trop vaste et jamais finie. Les frustrations de rater un objet important, louper une bonne affaire ou au contraire se laisser emporter et acheter un objet, qui en fait après réflexions est sans grand intérêt, est agaçant.
On se reproche de ne pas avoir pris la bonne décision, et frustrés quand on loupe un objet qui devient avec le temps pour certains «l’affaire du siècle» ratée. D’ailleurs dans certaines réunions de collectionneurs, quelques-uns se remémorent les affaires perdues, comme les pécheurs qui ont failli avoir le plus beau poisson de la rivière, qui au cours des discussions, devient plus beau, plus gros et plus rare ! Mais comme le sportif qui sait qu’il va perdre souvent, c’est le plaisir de gagner qui importe. Gérer la frustration fait partie de la vie mais l’expérience montre que les objets repassent plusieurs fois sur le marché, qu’ils sont rarement uniques et que d’autres équivalents ressortent… L’exceptionnel peut être à portée des collectionneurs, il s’agit d’être patient et prêt mais les prix demandés sont souvent un réel obstacle. Pour des instruments plus communs, il y a encore de l’offre si on reste vigilant.   
Lorsque l’acquisition a été réalisée, des sentiments surviennent, parfois fugitifs, parfois plus installés, comme le doute sur la valeur réelle de l’objet obtenu, la peur de découvrir des défauts cachés, de culpabilité égoïste d’avoir acheté un objet, souvent cher, exclusivement pour soi au lieu d’offrir un cadeau à sa famille etc….Ces sentiments mélangés sont souvent présents chez les collectionneurs.
Mais le plus souvent c’est la joie de voir arriver un nouvel instrument rejoindre ses semblables qui est courant. Ils deviennent des consommateurs heureux quand ils atteignent leurs buts.
Les collectionneurs recherchent souvent la série complète ou au moins une série homogène.
Car collectionner rend heureux. Tout bonheur est lié à une action énonce le philosophe Alain que si on la mène car l’homme n'aime guère un bonheur qui lui tombe dessus sans avoir rien fait.
Imaginez-vous un collectionneur qui n'aurait pas fait peu à peu sa collection ? Acheter une collection toute faite sans y participer n’a aucun intérêt, sauf pour un musée.
C'est dans l'action libre et non imposée que l’homme est heureux, même s’il se fixe des règles strictes et des obligations et qui apparaissent aux autres comme contraignantes


A suivre.........