Ce Blog est destiné à favoriser la réalisation d'articles sur les facteurs, marchands de musique, luthiers, en mettant à disposition une collection de documents sur ces sujets.
This Blog is intended to facilitate the realization of articles on music instruments makers, music goods sellers, stringed-instrument makers, by giving a collection of documents on these subjects.
Notre ami Jacques DIDIER nous a quitté le 30 août 2018
à Woippy (Banlieue de Metz) à 79 ans.
Vous allez découvrir à travers cet article qui était Jacques DIDIER, troisième d'une génération de luthiers : Son Grand père Marius DIDIER (1873-1958) exerça à Mattaincourt à coté de Mirecourt, son père Paul DIDIER (1908-2002) s'installa à Metz, Jacques prit la suite avant de passer le flambeau à son fils Bertrand DIDIER.
Notre rencontre fortuite en 2004 mérite d'être racontée. Ma belle famille possède depuis 1800 une maison familiale dans un petit village lorrain de 50 habitants : Bellange en Moselle situé à 10 kms d'une ville plus importante, Morhange, ville de garnison qui en 1914 était un point essentiel de la défense allemande, et que l'armée française, dès la déclaration de guerre avait attaqué le 18 août 1914, la fleur au fusil, pantalons rouges et sabres au clair .....en avant "sus aux Boches, on les aura". Naturellement le résultat de cette brillante stratégie ne se fit pas attendre : 20000 morts en une journée d'attaque. Notre maison de Bellange servit d’hôpital de campagne, tenu par un médecin militaire qui rédigea ses mémoires résumant cet épisode. Ce document dactylographié retrouvé par hasard dans la maison me donna l'occasion de découvrir le sujet et de comprendre pourquoi il y avait quelques cimetières militaires dans la région. Bien sûr cette épisode peu glorieux fut zappé au niveau historique et rangé au niveau des anecdotes et remplacé par une "victoire" qui eut lieu quelque temps plus tard lors de la contre-attaque allemande, bataille dite du "Grand Couronné". Un seul bouquin racontait cette bataille dite :" de Morhange" écrit par un certain Jacques DIDIER.
Le but du moment était de lui remettre les mémoires "du Docteur Pratbernon" que j'avais remises en forme, document inédit à l'époque pour qu'il en fasse bon usage. Pour ma part, mon intérêt était plus tourné vers les "Facteurs, luthiers, marchands de musique de l'est de la France" sur lesquels je travaillais ardemment. Bien sûr le nom de Didier, luthier à Metz figurait dans mes recherches, mais je n'avais pas fait le rapprochement. Vous imaginez la suite, lors de notre première rencontre téléphonique, il connaissait mon père qui toujours préoccupé de trouver le violoncelle ou le violon "idéal" pour mes deux sœurs musiciennes professionnelles passait souvent le voir. Depuis nous nous sommes rencontrés fréquemment et son aide à été très précieuse sur les nombreux sujets qui nous intéressaient.
Jacques nous avait raconté sa saga familiale et nous avait fourni de nombreux documents pour l'illustrer dans quelques articles rédigés dans nos blogs. Les voici remis en forme.
Marius DIDIER (1873-1958) : le fondateur est né à Mattaincourt le 20 avril 1873. Il
entre en apprentissage chez Jérôme Thibouville Lamy à Mirecourt à 13 ans. En
1901 il épouse Marie Marthe Bourguignon ; ils auront deux enfants : Madeleine
et Paul.
Document Jacques DIDIER.
Après avoir participé à la grande guerre de
1914 à 1918, il rejoint l'entreprise Thibouville où il participe à la
réorganisation d'après-guerre et exerce sa profession de maître luthier, au côté
de Camille Poirson et Marcel Voiry. Alfred Acoulon, directeur général lui
confie le poste de responsable de l'atelier de lutherie de Mirecourt et fait de
lui un de ses proches collaborateurs.
Document Jacques DIDIER.
En 1925, à l'âge de 52 ans, il décide de
s'installer dans son atelier de Mattaincourt pour exercer la lutherie à son
compte en compagnie de son fils Paul.
Document Jacques DIDIER.
Il accueille dans son atelier des stagiaires
qui deviendront des luthiers prestigieux (Jean Bauer, Marcel Simon etc...). Son fils Paul décide de s'installer à Metz.
L'atelier de Marius DIDIER continue son activité, malgré la crise des années 30
et la guerre 39-45. A la libération, âgé de 72 ans, il continue d'assurer une
production qu'il réserve à son fils. Il décède en novembre 1958.
Violon de Marius DIDIER de 1932.
Paul DIDIER
(1908-2002) luthier, de Mirecourt à Metz.
Document Jacques DIDIER.
Paul DIDIER
est né le 15 janvier 1908 à Mattaincourt (Vosges). Il effectue son
apprentissage à partir de 1921 chez Thibouville, auprès de son père qui était à
cette époque responsable de la fabrication. En 1925 il fait un stage chez
Ouchard, et ensuite travaille dans l'atelier de son père à Mattaincourt
jusqu'en 1928 date à partir de laquelle il effectue son service militaire
jusqu'en 1929. Il retrouve ensuite l'atelier de son père. Il se marie
en 1933 et décide en 1936 et en accord avec son père de reprendre l'atelier et
le magasin : "Lutherie d' Art" du 6 rue du Faisan à Metz, créé par
Auguste Mouchot, qui venait de décéder en se noyant accidentellement dans la
Moselle ; la famille était désemparée, la veuve avait un fils d'un an et ne
pouvait s'occuper de ce commerce. A la
déclaration de guerre Paul Didier est mobilisé et son épouse qui vient de
donner naissance à un fils ne peut tenir seul le magasin qui est alors fermé.
Paul est fait prisonnier le 17 juin 1940 à Pontarlier. Il ne rentrera à Metz
qu'en août 1945.
Document Jacques DIDIER.
En
1941, Metz est occupé par les allemands qui font venir un luthier autrichien, Franz NOSEK et auquel le commissaire
de la ville propose d'occuper le magasin de la rue du Faisan. Après 3 années
à Metz, celui-ci disparaît en 1944, il est remplacé par Zophel RICHARD né
à Markneukirchen.
Magasin de la rue du Faisan. (Doc. Jacques DIDIER)
En août 1945
à son retour de captivité, Paul Didier retrouve son magasin et
l'appartement dans un triste état, tout a disparu, seul une partie de
l'outillage lui sera rendu. Il se remet au travail, notamment en
travaillant pour l'orchestre de Radio Luxembourg et en cogérant
l'atelier de son oncle Maurice BOURGUIGNON (1885-1978) à Bruxelles.
Mais la lutherie ne suffit plus à faire vivre une famille,
c'est pourquoi il étend son activité aux disques et oriente la formation de son
fils Jacques vers les cuivres et instruments à vent.
Celui-ci le rejoindra en 1962. Paul DIDIER est décédé à 94 ans en 2002.
Document Jacques DIDIER.
Violon de Paul DIDIER de 1838.
VIOLON
MARIUS OU PAUL DIDIER ?
"Lorsque j’assistais mon père Paul Didier dans son activité de
luthier à Metz, j’ai pu observer bon nombre d’instruments fabriqués par ses
soins, ainsi que ceux de mon grand père Marius. Je dois dire que pour les
identifier, il fallait être habitué tellement il y avait de similitudes dans le
travail entre le père et le fils. Le fait de travailler dans l’atelier au même établi pendant les années de 1925
à 1936 justifie les concordances de la structure de leurs instruments. Ils
utilisaient les mêmes moules et mêmes modèles. La couleur de vernis était
propre à chacun. Lorsque le fils, jeune adolescent de 17 ans, commence à
fabriquer ses propres violons, son père, ayant acquis une grande habileté dans
ses gestes pendant plus de vingt ans chez Thibouville-Lamy, pouvait lui
prodiguer les conseils nécessaires. Le modèle extra copie du violon Guarnerius, vernis à l’huile, fait
par Marius avait les faveurs des professeurs et des musiciens. Pour le violoncelle extra, le professeur du Conservatoire national
de Paris, Louis Feuillard, recommandait le modèle Stradivarius pour la qualité
de sa lutherie et sa sonorité".
Jacques DIDIER
Jacques DIDIER (1939-2018) et Bertrand DIDIER luthier à
Metz.
Jacques DIDIER avec
son fils Bertrand.
Jacques DIDIER est
né à Metz en 1939. Il apprend la clarinette au conservatoire
de Metz et après plusieurs années de formation dans différents
ateliers parisiens, notamment 2 ans chez Selmer, il rejoint en 1962 le
magasin familial en créant un atelier de réparations d'instruments à vent. En juillet 1983, la
Maison DIDIER quitte la rue du Faisan, pour s'installer 25-27 rue du
Palais à Metz, adresse actuelle.
Bertrand DIDIER,
dirige la société messine. Après avoir acquis son diplôme de
luthier dans l'atelier de Jean Jacques Pagès à Mirecourt, il part se
perfectionner dans l'atelier du maître Etienne Vatelot.
L'une des raisons de la création de ce blog en 2009 était que très peu de choses étaient écrites sur les facteurs d'instruments de musique et qu'il était très difficile de trouver de bonnes informations sur ce sujet. Aujourd'hui les choses ont bien évolué et les bons sites internet foisonnent. Nous vous proposons dans cet article d'essayer de rassembler les sites majeurs pour mieux les faire connaître et donc encourager les articles dans ce domaine.
Nous allons sans doute en oublier donc n'hésitez pas à nous alerter sur les sites manquants.
Pour allez sur les sites cités : Cliquez sur le lien en début de rubrique en bleu.
Les sites en français : 1) Les Historiques.
Les luthiers de Mirecourt : Tout d'abord celui de Roland TERRIER, luthier à Mirecourt, qui en plus de son travail alimente un site spécialisé, où vous trouvez tout, non seulement sur la lutherie, toutes les marques, l'histoire, la généalogie, les images de très beaux instruments....mais qui a scanné un nombre innombrable de catalogues concernant le quatuor mais aussi ceux de grands industriels comme Thibouville, Couesnon avec des pianos, cuivres, instruments à vent, accessoires etc...et quelques annuaires musicaux.
Pour tout savoir sur les facteurs et fabricants de pianos : Piano Forte de LieveVERBECK,qui travaille sur les marques de pianos, notamment la facture française, et en plus de très nombreuses illustrations, indique des liens vers des ouvrages de référence : Pontécoulant, Fétis....comptes rendus sur les Expositions, sur les brevets d'inventions etc...scannés sur internet.
Sébastien ERARD (né à Strasbourg 1752- mort à Paris 1831)
Si les facteurs de l'est de la France vous intéressent notre premier site peu vous aider :Facteurs et marchands de musique de l'est de la France.Ce site est peu actif actuellement car nous souhaitons rassembler tous ses articles sur un seul site et le fondre avec celui-ci. Projet Ambitieux mais pour l'est de la France nous pensons en avoir fait le tour à l'exception de quelques inconnus à découvrir mais trop peu nombreux pour alimenter un site spécifique.
2) les nouveaux depuis 2009.
Un site particulièrement important, très documenté et principalement consacré au saxophone : Celui de Jean Jacques Bona :Luthier Vents.
3) Les Musées en Français. Une Référence et Thierry Maniguet (conservateur) que l'on remercie pour son accueil.
Un site très utile celui de : MIMO : Musical Instruments Muséums OnLine. C'est à dire la mutualisation de nombreux musées européens......Malheureusement à l'exception de celui de Paris et de Bruxelles, les images d'instruments sont très médiocres et le projet semble à l'arrêt. (A suivre)
4) Les sites des antiquaires en instruments de Musique.
Orphée Musique.Le site de notre ami Richard Charbit , qui même si il pense à la retraite est toujours aussi dynamique.
Le site de Dirk Arzig en allemand, mais avec une très grosse documentation sur des fabricants allemands, mais aussi Français comme Gautrot, Couesnon, Thibouville et même Roth de Strasbourg.
"Lully, d'un
tempérament explosif, s'emporta et se frappa violemment un orteil avec son «
bâton de direction », longue et lourde canne ......"
Tous
les métiers ont leurs pénibilités surtout quand les postures, gestes, exercices… sont répétitifs. Le musicien n' échappe pas à cette difficulté, bien au contraire. Le
musicien est une personne qui avec un instrument fait de la musique et pour
être bon, voire excellent, doit faire des milliers d’heures d’entrainement et
être en super forme le jour de sa prestation. Ainsi
le moindre problème anodin touchant son instrument de musique ou sa santé peut être lourd de conséquences . Le musicien a donc besoin de deux personnes dans son
entourage personnel : le luthier, médecin de son instrument et son médecin pour soulager ses diverses douleurs (physiques
et/ou psychologiques) et l’aider à demeurer au top.
Pour
des articles de médecins soignant les musiciens voir cet excellent site.
Souvent
entre musiciens, on évoque des souvenirs où il a fallu jouer avec des maux douloureux et handicapants, chacun y allant de ses anecdotes (du style
« tamalou » mais j’y arrive quand même car je suis un
pro !)… En interrogeant les uns et les autres, j’ai été submergé de
souvenirs à croire que la vie de musicien est pleine de pièges et
d’obstacles qu’il faut surmonter avant de se faire applaudir et que tous ont
des médicaments, voire une véritable boite à pharmacie avec même des
substances limites ou des recettes et pratiques miracles.
Je ne
parle pas ici des problèmes liés à l’instrument qui nous lâche au mauvais
moment ! De nombreux réparateurs et luthiers doivent rassurer le musicien
stressé avec une ultime révision avant le concert ! Cela fait partie de la
relation parfois anxiogène que nous avons avec nos instruments, ou des
problèmes survenus comme unvêtement qui
craque lors du concert, de trébucher sur scène, de faire tomber sa partition ou
son pupitre, sans compter le ressort d’une clé qui casse ou un tampon qui
colle… certaines situations sont cocasses (quand cela arrivent aux
autres !).
Ainsi
il y a longtemps à l’Opéra, Méphistophélès (dans Faust de Gounod) devait surgir
brutalement d’une trappe, avec tremplin sous la scène, mais le jour de la
Générale la trappe s’est mal ouverte et le pauvre diable a été coincé à moitié
par les côtes et a produit un couinement affreux et non son grand air ! (2
cotes cassées) entraînant évidemment les rires du public !
En effet
être musicien, et plus généralement être sur scène au vu du public et des
caméras (sportifs, politiciens, acteurs de théâtres…), demande de n’avoir
aucune gêne de santé. Or la vie en procure beaucoup ! Tous les musiciens
ont des souvenirs de problèmes qui ont perturbés des concerts ou des
concours. Nous avons bien sûr des pathologies graves qui empêchent de jouer
parfois définitivement, mais nous allons nous concentrer sur des prestations
limites où les musiciens ont frôlé la catastrophe à cause de douleurs ou
d’incapacités temporaires. Pour les
musiciens, la pratique intensive des instruments entraîne des pathologies
(comme le sport). Jouer un instrument à vent avec une côte fêlée douloureuse à
chaque respiration ou jouer assis avec une sciatique ou la fièvre devient vite
l’enfer.
La
douleur est le symptôme le plus communément rencontré chez le musicien.
Aiguë ou chronique, cette douleur est fréquente chez les musiciens qui passent des
milliers d’heures répétitives dans la même position. Des enquêtes montrent un
pourcentage élevé chez les
professionnels comme les étudiants, à cause des postures peu naturelles
et la pratique intensive. Les zones douloureuses ne sont pas les mêmes selon
les instruments, mais les douleurs au dos et aux doigts sont très fréquentes et
entraînent parfois une incapacité ponctuelle de jouer. La
professionnalisation à outrance dès le plus jeune âge (comme dans le sport) débouche sur une situation alarmante surtout si les mauvaises positions ne sont pas
corrigées de suite. Combien d’instrumentistes à vent se sont éclatés les
lèvres !
Dizzy Gillespie
Jouer
des instruments à cordes par exemple le violon entraîne rapidement, vu la
position peu naturelle, des problèmes de nuque, d’épaule, de coude, de dos, de
bras droit, de poignet… pour la flûte traversière nous rencontrons les mêmes
problèmes ; Pour les autres instrumentistes à vent, le poids des cuivres donne souvent des douleurs. Les tendinites sont fréquentes car sur le plan
ergonomique certains instruments demandent des positions bizarres! De nombreux
musiciens se sont tellement abîmés avec des exercices voire des appareils de
torture qu’ils ont arrêté leur carrière. Rappelons nous l’exemple fameux de
Schumann.
L’embouchure,
qui est fondamentale dans les instruments à vent, sollicite énormément les
muscles, tendons, ligaments et l’articulation de la mâchoire et souvent après
des heures de pratique journalière elle peut être douloureuse avec des bruits
de craquements (mâcher du chewing-gum, grincer des dents ou recevoir des chocs
sont déconseillés et deviennent vite, en plus de la prise de bec journalière
avec l’instrument, un facteur déclenchant la douleur).
Il y
a une corrélation entre le temps passé à jouer et les troubles et douleurs de
la mâchoire pour les instrumentistes à vent et les chanteurs qui sont
particulièrement exposés : serrer les lèvres autour du bec, ouvrir la cavité
buccale, lâcher les lèvres, répéter, détacher avec vitesse et précision,
staccato puissant, etc…La posture
et le maintien d’un instrument à cordes tels le violon et l’alto provoquent
aussi des troubles de la mâchoire en calant l’instrument. Il faut souvent
faire des pauses. Et
puis le « bobo » qui semble initialement anodin mais qui devient vite
alarmant pour le musicien (piqûre d’insectes, coupures légère d’un doigt qui
vous fait souffrir à chaque pression, épine de rosier sous un ongle,
malheureuse ampoule, brûlure etc…). Chaque musicien a sa liste de petits
accidents perturbants (c’est pour cela que jardinage et bricolage sont peu
recommandés pour un musicien). Pour
les musiciens à vent, puisque ce blog leur est destiné en priorité, le moindre
problème sur les lèvres ou la langue (bouton, coupure…) et surtout les dents
(combien de concerts ont été annulés pour le plaisir de la roulette !)
sont redoutables. Les
rhumes, angines, trachéite, etc… même sans complications deviennent
épouvantables et nuisent aux cordes vocales des chanteurs ou à la gorge des
instrumentistes à vent. En effet un rhume banal change complètement les
respirations prévues d’une partition travaillée des centaines de fois, le
volume de la colonne d’air, voire la sonorité.
Beethoven et surdité
“Au cours des trois dernières années, mon audition est devenue plus faible…je peux vous donner une idée de cette surdité particulière en vous disant que je dois me tenir très proche de l’orchestre pour comprendre les musiciens, et qu’a cette distance je n’entends pas les notes hautes des instruments ni des chants… Parfois également, je n’entends pas les personnes qui parlent doucement. J’entends bien un son, mais pas les mots. Et si quelqu’un crie, je ne le tolère pas”. (Lettre à son médecin)
Les
oreilles douloureuses rendent difficilement supportables certains sons surtout
si les cuivres derrière vous y vont gaiement ! ou quand on doit jouer avec
des acouphènes ! Les
yeux fatiguent vite avec ces notes écrites, (les fameuses « chiures de
mouche»et je ne parle pas des
partitions manuscrites contemporaines ! ) sous des éclairages divers et
parfois éblouissants, sans parler des affections oculaires (Certains musiciens
me racontent la poussière malencontreuse qui sur scène pénètre dans votre œil
juste avant un passage difficile évidemment !) La
colonne d’air et les problèmes pulmonaires, la toux bénigne voire même l’envie
de tousser lors d’une prestation est une horreur, car nous sommes alors
focalisés sur la maîtrise de l’évitement de la toux plus que sur la musique. La
coupe de champagne et ses bulles traîtresses sont à proscrire avant de jouer.
Après le concert c’est une autre histoire … Les
problèmes intestinaux et les douleurs au ventre ne sont pas rares, avec bruits
inconvenants (du gargouillis aux flatulences). Certains mangent pour éviter la
fringale et le coup de fatigue au milieu du concert, d’autres ne peuvent rien
avaler des heures avant ; j’ai connu un excellent musicien qui avec le
stress avait l’envie permanente et pressante d’uriner. C’était nerveux …il a arrêté et est devenu prof.
Pour
se donner du tonus, certains prennent de l’alcool, des médicaments voire de la
drogue (et il n’y a pas que les jazzmen ou les rockers !), d’autres
pratiquent la médecine douce (alimentation stricte, discipline de son corps et
de son esprit,…). Les
musiciens ont des psychologies très différentes : certains ne peuvent pas
passer des concours malgré leur niveau élevé et ne peuvent jouer qu’en studio
ou en grand orchestre. (Glen Gould a fait peu de concert mais combien de
disques admirables. En studio on a le droit à l’erreur et l’ingénieur du son
gomme beaucoup d’imperfections. C’est la même chose avec le cinéma comparé au
théâtre). Le
chambriste est sur scène en vedette, mais au sein d’une équipe et cela dépeint
une autre mentalité. Quand à la psychologie du soliste « star », elle
n’a rien à voir avec celle des deux précédents : il n’a pas droit à la
baisse de forme et toute erreur est impardonnable. La
psychologie de l’artiste et la maîtrise de son corps sont aussi importantes
pour faire carrière que la maîtrise technique de l’instrument et de la
musicalité. Nous avons le même phénomène avec les politiciens et acteurs…Mais
les troubles liés au stress sont les plus redoutables : mains moites,
gorge sèche, anxiété, insomnie, difficulté de concentration en pleine lecture
de la partition, coup de fatigue….Pour y
remédier, certains prennent des bêtabloquants, « le dopage des musiciens».
D’autres pratiquent la relaxation et il n’est pas rare dans les coulisses de
voir des musiciens faire du Yoga ou du Qi Gong, de la méditation ;
d’autres enfin s’entrainent à faire des arpèges brisés à toute vitesse ou faire
de la gym tonique ou boxer le vide avant d’entrer dans l’arène, le ring !
Et puis
nombreux sont les musiciens qui ne peuvent à cause de migraines, de céphalées,
jouer certains instruments bruyants et qui se sont mis à la
guitare classique ! (mais un guitariste me dit lui qu’il ne peut plus
jouer à cause de ses doigts !). Thomas
Friedli le grand clarinettiste me disait : « le musicien doit avant
tout gérer son stress, car bien jouer seul chez soi, des milliers peuvent le
faire. ». La
poursuite de l’excellence, le perfectionnement technique permanent aussi bien
en classique qu’en jazz, la compétition mondiale de plus en plus rude et le peu
d’élus choisis sélectionnent sans pitié. De plus
tout est désormais filmé, enregistré, envoyé sur internet en temps réel et la
moindre défaillance d’un artiste (ou d’un homme politique, ou «stars» diverses)
sont commentés des milliers de fois… la pression est intenable. Le
musicien ne peut être au top tous les jours et cette exigence de perfection entraîne le recours de plus en plus à la médicalisation pour pallier les
diverses faiblesses. L’hormone du stress, le cortisol, doit être sous
contrôle !
Auparavant
quand les grands solistes faisaient des fausses notes, le public acceptait et n’enregistrait pas tout en disséquant. Maintenant c’est impossible. Il faut
dépasser ses limites et celles des autres en permanence. Le musicien prend des médicaments
pour apaiser ses douleurs, mais souvent il se dope (euphorisants, excitants,
…). Les beta bloquants sont couramment absorbés pour gérer le stress, le trac
car il coupe les manifestations physiques de l’angoisse. Beaucoup n’en prennent
qu’épisodiquement ou plus régulièrement sans d’effets indésirables notables.
Dans l’idéologie actuelle de l’ «homme augmenté», il devient banal et
admis d’utiliser ces produits qui ne sont plus considérés comme une drogue, une
tromperie illicite. D’ailleurs nombre de médecins préconisent ces «bêtas» et
dans certains concours ou concerts les solistes sont bien «chargés» (ce sont
les mêmes pays qui dopent leurs sportifs !) Mais attention tout est
question de dosage et de durée d’utilisation, car si vous en prenez trop votre
performance s’effondre et/ou devenez
addict !). Les «bêtas» ralentissent le rythme
cardiaque, évitent les tremblements et les mains moites (qui transforment des pièces
techniques en patinage pas toujours artistique sur clés chromées !) Ils vous apportent
sérénité, confiance en votre valeur, vous aident à vous concentrer sur la
musique et non sur la gestion des troubles physiques ressentis, qui vous
obsèdent rapidement même en plein concert.
La maîtrise du son pour un chanteur
ou un instrumentiste à vent passe avant tout par la maîtrise de son corps et
certains privilégient d’autres techniques que la prise de médicaments, comme la
sophrologie, la PNL, l’hypnose, la psycho phonie, les techniques de méditation
et de respiration, la digitopression sur les points d’acupuncture et plus
généralement toute discipline améliorant la connaissance de soi. Un médecin soignant des
musiciens me disait : «quand je les vois en concert ils sont
formidables mais moi qui les vois en coulisses avant et après, ce n’est pas la
même chose» (un conseiller technique peut dire la même chose de son Ministre!). L’important est de bien jouer,
d’être reconnu comme un artiste et d’être applaudi ! Le travail et le
talent ne suffisent pas, la fin justifie les autres moyens.
L’insomnie
liée au stress est fréquente chez les musiciens : le concert on le rêve
plusieurs fois avant (parfois en cauchemar, parfois c’est magnifique) et
souvent nous avons la musique en boucle dans la tête ; cela devient même
insupportable.Après
le concert, on le refait, comme les sportifs refont le match, évaluant chaque
moment, parfois sans concession ! enfin si on écoute l’enregistrement ou
les commentaires des autres musiciens ou professeurs, cela peut devenir
traumatisant. (souvenirs de master-class). Les musiques sont fort différentes et créer une atmosphère planante, triste, énergique, joyeuse....sous entend de réguler ses propres émotions et de les transmettre à un public sans être soi même émotif !
Et puis
il y a le trou de mémoire toujours terrible ! L’anecdote d’Alfred Cortot
qui, après un trou de mémoire s’arrête en plein concert, et indique au public
« excusez moi, je pensais à ma mère ! » puis après
applaudissements reprend son concert n’est plus possible aujourd’hui. Un des problèmes du musicien est donc le manque de concentration ; il décroche de sa partition, l'attention vagabonde dans des pensées des rêves et l'esprit quitte la musique dans ce que l'on appelle l'errance mentale. Heureusement le travail intensif imprimé à votre cerveau et vos doigts permet de jouer la musique sans y penser ! Ce phénomène naturel est fréquent dans les passages mélancoliques; techniquement faciles et répétés. En effet la musique triste au tempo lent favorise l'introspection, le surgissement de pensées, d'émotions et des souvenirs passés d'images pas forcément mélancoliques, des pensées de sa vie....et l'évasion. La musique rapide, joyeuse, quand à elle, mobilise l'énergie et l'attention technique réduisant l'errance mentale et obligeant à une concentration sur la rapidité d’exécution pour le musicien et l'écoute pour l'auditeur. Quand un musicien joue du jazz ou de la musique latino, la stimulation du cervelet de l'auditeur l'incite à battre la mesure avec la tête, les pieds, et provoque une envie de danser irrépressible. La
musique est interaction entre le musicien qui joue, interprète et transmet des
émotions et l’auditeur qui selon son état d’esprit et de santé va recevoir la
musique de façon très variée et parfois très inattendue. Pour
l’auditeur aussi, le moindre problème (physique, psychologique, contrariétés
etc…) peut nuire à sa qualité d’écoute.
La musique a des effets reconnus sur la santé des auditeurs et on l'utilise depuis l'antiquité pour apaiser certaines maladies mentales et divers symptômes ou situations traumatisantes (relaxation, musicothérapie). Ma dentiste met toujours de l'Opéra, peut être pour couvrir les cris de ses patients?La musique peut réduire la violence, «adoucir les
mœurs», procurer des émotions diverses, et calmer même les insomnies et
dépressions ;
Désormais nous avons tous nos oreillettes et grâce au MP3, nous
nous branchons sur nos musiques préférées génératrices d’émotions. Ainsi par le
choix des musiques adéquates, on arrive à se mettre dans une certaine ambiance
émotionnelle choisie pour réaliser toutes les activités quotidiennes en
travaillant, en se déplaçant, en mangeant (il paraît que le vin n‘a pas le même
goût selon la musique écoutée…). Les musiques régulières sans modification de tempo, JS Bach et
Mozart ou les valses gracieuses de Strauss, ont
des effets bénéfiques sur le système cardio-vasculaires, provoquent une
baisse du cortisol, génère le calme chez les femmes enceintes… De nombreuses études ont
démontré que la musique agit sur les neurotransmetteurs cérébraux.
La musique romantique, avec ses changements sonores et de tempi
comme chez Beethoven, ont l’effet inverse. «Quand je dois avoir la pêche,
j’écoute les ouvertures d’Egmont ou de Coriolan» «moi c’est du jazz, Benny Goodman ou Count
Basie» «moi qui joue du baroque ce sont
des variétés hard et contemporaines » etc… La musique peut ainsi donner de
l’énergie si elle est rythmée (la plupart des sportifs s’entrainent avec de la
musique, même en courant le Marathon)
Certaines
personnes souffrent d’amusie c’est à dire sont incapables d’apprécier voire de
reconnaître le moindre plaisir musical quelque soit la musique. Malheureusement
la médecine ne peut pas leur venir en aide. C’est un handicap important, la
musique étant un axe cardinal de nos vies de musiciens et de mélomanes.
Comme
on peut le voir, le musicien doit être vigilant en ce qui concerne sa santé et
développer une hygiène de vie car même de petits incidents bénins peuvent avoir
des conséquences néfastes. «il faut toujours être au top et c’est épuisant
!» dira l’un, «la vie de musicien est une vie de chien mais je ne changerai ma
place pour rien au monde» dira un autre, «quand votre public s’est déplacé,
payé une entrée et applaudit à tout rompre, là tous les efforts et douleurs
sont évanouis», et tous indiquent «la médecine dure ou douce et les médicaments
sont vraiment les alliés du musicien»….
Pour
finir je ne peux résister à la blague classique : « le musicien
court toujours après un cachet » …. ajouterais-je pour gagner sa
vie et pour l’aider à gagner sa vie.
Si vous vous intéressez aux instruments de musique anciens, donc aux facteurs d'instruments à vent, de pianos, d'orgues ou aux luthiers, aux marchands de musique....vous voulez mieux les connaître. Ce blog met à votre disposition des données qui vous permettront d'illustrer vos articles, dossiers, documentation. L'idée est d'échanger, de partager...les connaissances. Si vous avez des infos, des documents....faites des blogs, des sites, des articles.....ou communiquez les nous pour les publier sur ce blog.